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EAN : 9782357202580
199 pages
Éditeur : Editions Hervé Chopin (25/08/2016)
4.18/5   33 notes
Résumé :
Drazen Erdemovic a 20 ans lorsque la guerre éclate en Yougoslavie. Impliqué dans le massacre de Srebrenica, il est traduit devant le TPI et est seul à avouer sa participation.
La voix du magistrat Romeo Gonzalez évoque le déroulement du procès et met en évidence les motivations subjectives des juges, celle de Dirk, casque bleu néerlandais, parle au nom de l'ONU qui n'est pas intervenue.
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
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Perlaa
  28 juillet 2020
Il est des romans passés sous les radars de l'actualité dont la lecture vous secoue durablement. Comme si j'étais seul est l'un de ceux-là.
La guerre en ex-Yougoslavie n'est plus qu'un vague souvenir pour beaucoup et le sujet n'intéresse plus les télés qu'aux heures creuses de la nuit sur des chaines confidentielles. J'ai lu et vu nombre de documentaires, de livres d'histoire, de mémoires sur le sujet mais je n'avais pas encore lu un roman si proche du terrain et dont le ressenti pouvait sonner si juste.
Parti pris est de donner à tour de rôle la parole à trois personnages : deux acteurs du conflit et un juge du TPI.
Dražen le soldat croate enrôlé dans l'armée serbe va participer au massacre de Srebrenica, Dirk, personnage de fiction, faisait partie du contingent des Casques bleus hollandais travaillant sous mandat de l'ONU.
Le titre si bien choisi Comme si j'étais seul rend compte du désarroi des témoins enrôlés malgré eux dans ce tourment. Ils n'avaient pas choisi ce destin. le « Yougoslave », comme il se définit, est essentiellement soucieux du bien-être de sa famille, le Hollandais, à la dérive dans « cette région de merde », « ce coin oublié de Dieu » qu'est la Bosnie en 1995 est frustré par son impuissance. Tirer serait prendre parti dans le conflit. Il est là pour faire respecter la résolution 836 de l'ONU. Triste farce.
Jusqu'à ces jours poisseux de juillet 1995 où à Potočari, proche de Srebrenica, les Casques bleus sépareront, sous le regard des Serbes, les hommes des femmes et les feront monter dans des bus. Quelques kilomètres plus loin les Serbes extermineront 6 à 8000 hommes musulmans jeunes et vieux compris. Dražen, sera à son corps défendant l'un des assassins. Il sera le seul à répondre de ses actes au TPI et plaidera coupable.
L'intelligence du jeune auteur est d'avoir introduit le juge Romeo Gonzales, un juge espagnol mal à l'aise, effacé et en fin de carrière. Il n'a rien à gagner ici et va porter sur le TPI de la Haye mais aussi sur ses collègues un regard sans concession. Plus intéressant encore sa condamnation de l'accusé Dražen sur des motifs qu'il reconnaîtra futiles. On a jugé un lampiste. Les vrais coupables n'étaient pas sur le banc des accusés lors du procès de Dražen Erdemović.
Il est difficile de démêler la part du vrai et de la création romanesque dans ce roman. Dražen, personnage réel, n'était pas un psychopathe assoiffé de sang comme pouvaient l'être d'autres personnages du roman, le Hollandais fictif a certainement un double quelque part qui doit aujourd'hui vivre avec le souvenir de la terrible complicité de son régiment.
On a l'impression d'un terrible gâchis des belligérants eux-mêmes et de la communauté internationale. «Communauté internationale ? Il n'avait pas fallu longtemps à Romeo Gonzalez pour comprendre que lorsqu'une chose est supposée intéresser tout le monde, elle finit par ne plus intéresser personne. »
Retour réussi sur une guerre absurde. Un roman peu connu en France mais qui s'est vu discerner plusieurs prix mérités en Italie.
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Dixie39
  08 novembre 2021
Qu'il est difficile ce livre ! Difficile, car on aimerait lui échapper, pouvoir le garder à distance, mais rien n'y fait. L'estomac aux bords des lèvres, on essaie d'en sortir tant bien que mal, en vain. C'est une réalité qu'on n'a pas encore fait sienne, cette guerre en Yougoslavie. Trop proche de nous, dans le temps et l'espace, c'est un peu comme si on avait mis ce conflit dans un coffre, fermé à double tour, dans les méandres de notre mémoire. Comme pour oublier qu'on regardait tout cela, le cul bien au chaud dans nos canapés.
C'était compter sans Marco Magini qui nous plonge dans cette réalité à travers trois personnages : un magistrat de la cour pénale internationale devant juger un Serbe, soldat impliqué dans le massacre de Srebrenica, sachant que la communauté internationale a sciemment fermé les yeux. Et un casque bleu, qui se devait de rester neutre. Mais à quel prix ?
Le magistrat a devant les yeux un coupable ouvertement désigné. A quel moment comprend-il qu'il va participer à une mascarade ? Comment prononcer une sentence juste et justifiée, quand un seul soldat se trouve assis sur le banc, celui-là même qui eut le courage de parler, de s'assumer comme acteur de ces meurtres ?
"J'ai et nous avons condamné un homme à la prison pour une faute qui n'est pas la sienne, pour avoir décidé d'agir comme nous aurions agi si nous avions été à sa place. Qui d'entre nous aurait risqué sa vie pour discuter les ordres reçus de l'autorité, si insensés soient-ils ?"
Des scènes vraiment difficiles, dont on ne peut s'échapper, à moins de fermer le livre et ne pas le rouvrir. Les camions se succèdent (hommes entassés / femmes et enfants entassés), les balles font un boucan d'enfer, et quand on croit que c'est fini, un autre, et encore un autre...
Marco Magini écrit sans concession. Un livre dur, mais nécessaire.
Lien : http://page39.eklablog.com/c..
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mireille.lefustec
  09 décembre 2018
Dans certains cas, L Histoire oblige à faire des choix.
Douloureux comme dans une tragédie grecque.
Partant de ce choix douloureux Marco Magini compose un roman qui raconte le plus grave des faits historiques survenu en Europe à la fin de la deuxième guerre mondiale : le carnage de Srebrenica.
Le drame de consciences contraintes de renoncer à une voie de justice. le choix d'un des plus dramatiques moments de l'Histoire européenne récente.
Un an après les faits a lieu le procès au Tribunal pénal international.
Trois voix alternent dans une partition bien rythmée.
Deux voix qui nous ramènent en arrière et une troisième, extérieure, celle du juge Romeo Gonzales, venu d'Espagne, pour le procès.
Dirk, hollandais, casque bleu de l'ONU, sans arme, assiste impuissant à l'inertie de l'OTAN et au massacre d'un peuple.
Drazen, bosniaque de parents croates n'adhère pas à l'idéologie serbe mais n'a pas d'autre possibilité. "Pas un fanatique, pas un jeune qui a subi un lavage de cerveau, mais un des derniers à prendre part au conflit, quand toutes les autres options étaient épuisées, pour nourrir sa femme et sa fille".
A la page 223 le juge se pose une question : "La justice des hommes peut-elle exister"?
Quand on connaît la suite, on peut affirmer que non.
Un premier roman d'une puissance bouleversante.
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SophieBonheur
  22 août 2016
Le grand intérêt de ce roman réside dans son analyse de la situation à travers 3 personnes touchés différemment selon leurs rôles respectifs.
Il y a Dražen, le yougolsave, né en Bosnie-Herzégovine de parents croates, il n'avait pas l'intention de prendre part au conflit et préférait la fuite vers la Suisse, mais, trompé, il se retrouve acculé à faire le choix qu'il regrettera amèrement, d'entrer dans l'armée serbe. Au fil des mois, il va prendre conscience que pour ne pas mourir (et alors laisser une veuve et une orpheline), il va devoir se conformer aux ordres et pratiques de son bataillon qu'il réprouve pourtant de tout son être (viol collectif, exécution d'innocents...) après de vaines tentatives de rebellion. La phrase au dos du livre résume bien sa situation "A Srebrenica, la seule façon de rester innocent était de mourir". Il raconte ce qu'il ressent.
Il y a Dirk, le hollandais qui semble se demander ce qu'il fait là, le militaire de carrière qui n'avait pas imaginé l'ampleur de sa mission en tant que soldat de l'ONU, il n'aime pas les paysans qu'il doit protéger, il déteste l'idée de devoir rester neutre alors qu'on leur tire dessus, il se sent totalement impuissant devant ce à quoi il assiste... Lui aussi nous livre ses impressions.
Et puis, il y a Romeo, juge espagnol qui siège au Tribunal pénal, un an après la fin du conflit. Il doit statuer sur le cas de Dražen qui s'est livré en tant que participant au massacre. Nous assistons aux débats qui ont lieu dans son esprit, avec ses collègues, pour savoir si ce soldat doit être condamné pour ce qu'il a fait, ou être absout parce qu'il n'a fait que suivre les ordres, qu'il est l'un des seuls que l'on peut juger car les vrais coupables ont su disparaître... Ces chapitres sont écrits à la 3ème personne, peut-être pour donner une certaine distance vis à vis du conflit auquel, contrairement aux deux autres, le juge n'a pas directement pris part ?
Ce roman est extrêmement intéressant par son côté objectif, il nous laisse nous faire notre propre opinion sur chacun et surtout voir qu'un choix qui semble anodin au départ, voire "justifié" d'une certaine façon, entraîne vers des conséquences que l'on n'a pas désiré, et de se poser la question "et là, une fois ce choix posé, j'aurais fait quoi moi ?"
Le tire Comme si j'étais seul, je l'entends "comme si j'étais seul pour faire des choix alors qu'ils s'imposent à moi, que puis-je faire d'autre ? si j'étais seul, peut-être aurais-je agis différemment ?"
Ce n'est pas un "roman captivant", il est dur, mais pas inutilement et pas dans le but de "faire pleurer dans les chaumières", il vaut vraiment la peine d'être lu, pour ne pas oublier, pour ne pas juger trop rapidement... Je le recommande très chaudement.
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Sevlipp
  20 novembre 2020
Ce roman est un cri à trois voix. Trois protagonistes qui vont être impliqués dans la guerre de Yougoslavie et le massacre de Srebrenica.
- Un serbe qui s'enrôle malgré lui
- Un casque bleu
- Un juge au Tribunal de la Haye.
On y voit les viols, les bébés tués à bout portant, les fosses communes, les fusillés dans le dos/mains attachées, les vieillards tabassés.
On entend les cris, les hurlements, les pleurs.
On sent le sang, la puanteur, l'urine, la saleté.
Pour survivre, le soldat serbe ne va pas pouvoir s'opposer à l'effet de groupe, de meute.
"A Srebrenica, la seule façon de rester innocent était de mourir".
Tout cela est affreux ; c'est efficacement écrit.
Comment cela a pu se produire, à l'aube du XXIème siècle en Europe, sans que cela ne cause pas plus d'émoi, de révolte que cela ?
C'est la prise de conscience que tente d'éveiller ce récit.
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
Pixie-FlorePixie-Flore   09 octobre 2016
Mon présent, c'est cette camionnette qui roule sur une route déserte. Je me concentre sur Cedomil assis devant moi. C'est celui avec lequel j'ai le moins d'affinités. Cedomil aime la guerre et ne s'en cache pas. Il ne parle jamais de ce qu'il était avant, sans doute n'aurait-il rien d'intéressant à en dire, c'est la guerre qui lui a donné un rôle dans la société. La guerre qui lui a donné une raison d'être, elle l'a fait se sentir important pour la première fois de sa vie et il entend profiter au maximum de cette sensation. Petit, les bras épais, il parle en mangeant ses mots. Il ne fait rien d'autre que nous rappeler l'importance de notre mission et sa haine sans bornes pour les musulmans. Un parfait produit de la propagande.

[p74]
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mireille.lefustecmireille.lefustec   10 décembre 2018
La justice des hommes peut-elle exister ?
Pouvons-nous vraiment rendre la justice en tant qu'êtres humains ? Des êtres humains souvent guidés pa le plus haut désir d'équité, mais toujours enfants de leur histoire et de leurs petits problèmes quotidiens, d'inepties qui peuvent conduire à changer l'ordre des événements. p. 223
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mireille.lefustecmireille.lefustec   10 décembre 2018
La guerre exacerbe le caractère de tous les hommes. C'est ce que je me disais au début pour expliquer l'extrême rigueur du lieutenant Milorad, mais après quatre mois passés ensemble, je commence à penser que c'est simplement une façon pour lui de se protéger. Le fait d'avoir des tâches bien déterminées, de les répéter de façon systématique et méthodique, l'aide à effacer tout lien de cause à effet. tout est perçu comme nécessaire, comme une tâche indiscutable qu'il est appelé à réaliser.
.
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Pixie-FlorePixie-Flore   09 octobre 2016
Il me suffit de sentir sur moi les regards des autres soldats en rang pour la soupe pour savoir ce qu'il en est. En interrompant leur petit jeu, j'ai fait un pas en avant, je me suis distingué en contredisant le désir du troupeau. Erreur colossale dans l'armée, surtout de la part d'un bâtard dans une guerre où ne pas avoir les bonnes racines peut vous condamner à mort.

[p124-125]
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lolapop93lolapop93   16 octobre 2016
Les hommes changent pendant la guerre Ils s’habituent à la présence de la mort, ils révèlent un autre aspect de leur personnalité. Connerie. On ne s’habitue jamais à la pensée de la mort…
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