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EAN : 9782743616991
301 pages
Payot et Rivages (05/09/2007)
3.57/5   7 notes
Résumé :

Que se passerait-il si les aiguilles du temps s'emballaient et qu'un pays remontait le cours de son histoire ? Comment le peuple argentin va-t-il survivre à cette mystérieuse intempérie qui avance inexorablement et menace de tout réduire à néant ? C'est à Buenos Aires, où Maria Valdes Neylan et son père vivent, que des milliers d'Argentins déferlent pour fuir la catastrophe. La ville désorganisée... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Avec cette mystérieuse intempérie qui s'abat sur l'Argentine, Pedro Mairal travaille les mémoires et le pouvoir de renaître au silence, bâtit une métaphore hallucinante des crises récentes mais aussi toutes celles traversées par son pays au cours de son histoire, mais surtout, au travers de ces martyrs à qui la répression ne laisse qu'un oeil, Mairal laisse dans le sillage de ce livre l'image même de l'écrivain : écrire envers et contre tout, pour dire.
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Au début du XXIe siècle, un phénomène, l'Intempérie (ou le Désert en version originale), dévaste l'Argentine. Voilà l'argument du troisième roman de Pedro Mairal, écrit juste après la crise argentine de 2001.

Dès le prologue, des éléments sont mis en place, qui trouveront leur explication au fil des pages. Nous sommes en présence d'une femme, dans un monde anglo-saxon : on parle anglais, la topographie urbaine est celle de la vieille Europe. Cependant le personnage est hispanophone et étrangère. Elle se présente comme dépositaire d'une mémoire et vit hors du temps, ce qu'illustre son travail de bibliothécaire.
Son histoire est celle de son pays natal, l'Argentine. Elle nous est contée comme une métaphore. Maria, réceptionniste de 23 ans, vit à Buenos Aires. Mais une rumeur court dans la ville : l'intempérie avance, tout va être détruit. de fait, toute modernité disparaît, les êtres sont séparés et le pays s'enfonce en l'espace d'une année dans les temps les plus reculés de son histoire.

Ainsi, le lecteur voit passer le film de l'Argentine comme une cassette vidéo qui se rembobine. El futuro es primitivo affirme l'auteur lui-même. A l'époque récente et à son instabilité politique, succèdent les heures noires de la dictature, les guerres d'Indépendance, l'immigration du XXe siècle, l'exploitation des terres agricoles au XIXe siècle, les cultures indiennes exterminées et enfin l'arrivée des premiers colons européens au XVIe siècle. La langue elle-même reflète cette évolution : les amis de Maria retournent à l'italien et à l'anglais, les langues indigènes se développent à partir de l'espagnol en un renversement ironique, Maria ouvre le récit en évoquant son mutisme.

Tout cela est exprimé sans didactisme et le lecteur devra reconnaître lui-même les périodes décrites. le rythme du roman est très rapide, lecteur comme protagonistes sont pris dans un tourbillon temporel qui ne leur laisse aucun répit.
Cette progression antéchronologique ancre l'Intempérie dans le genre fantastique.

Il faut aussi voir dans le roman une métaphore politique. La crise brutale de 1999-2001 conduit à la faillite de l'Argentine et le recul socio-économique est réel. le pays, si riche un siècle auparavant, passe du côté du Tiers-Monde. Il n'attire plus d'immigrants. Bien plus, nombre d'Argentins prennent le chemin inverse de leurs ancêtres, en gagnant l'Europe.

Nous n'aurons pas beaucoup de précisions sur ce qu'est ce « désert » qui détruit tout sur son passage : la corruption est physique et géographique, mais aussi humaine et violente. Ce thème est d'ailleurs devenu un topos de la littérature de crise argentine. La violence exprimée n'est pas liée aux narcotrafiquants, par exemple, mais à la déchéance du pays.

Maria, la narratrice, est prise au piège de cette régression. Figure de la jeunesse de son pays, elle ne comprend pas ce qui arrive, et ne peut qu'y assister, impuissante. Elle devient la mémoire vive de ses contemporains. C'est elle qui ne cesse de nommer les gens et les lieux de façon très précise : quartiers de Buenos Aires, rues, fleuves, port, banlieue. Elle tente de retrouver une familiarité dans des paysages ravagés. Elle remplace la voix des personnes anesthésiées ou tuées par la crise.

L'auteur s'est également amusé à introduire une grande intertextualité dans ces évocations : les lieux et les personnages nommés sont également issus d'une Buenos Aires littéraire, empruntée à d'autres oeuvres.
En tant que femme, Maria ne va pas combattre au front et devient le témoin privilégié des évolutions sociales de son pays. Ainsi, elle voit décroître les droits des femmes, se développer le racisme, encore prégnant aujourd'hui, envers les populations indigènes du Nord.

Elle-même d'origine européenne, à la fois Irlandaise et Espagnole, Maria se sent avant tout Argentine. Elle commence par refuser son retour en Europe. L'anglais, qu'elle maîtrise, n'est cependant pas sa langue maternelle, elle qui a été privée de mère très jeune. le personnage devient le symbole d'une jeunesse argentine en perte de repères durant la crise.
Lien : http://los-demas.blogspot.fr..
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C'est le deuxième roman de Pedro Mairal, publié en 2005 et réédité en 2023.
C'est un roman total, une fable dystopique allégorique, un voyage vers le futur d'une force incroyable. Vingt années sont passées et cette dystopie est presque crédible avec le réchauffement de la planète Terre, une pandémie récente et d'autres malheurs qui nous donnent un avant goût d'apocalypse.

C'est un livre intéressant et bien conçu. La temporalité du récit se fait sur un an de la vie de Maria Valdés, l'héroïne, et dans cet espace de temps l'auteur fait défiler 2 siècles de l'Histoire argentine. Ce livre a aussi une structure circulaire car il débute et finit au même endroit : la Tour Garay au coeur de Buenos Aires. Nous sommes en 2001 quand l'Argentine entame une nouvelle crise politico-économique.

Le coupable de la crise dans cette dystopie est un phénomène que l'écrivain appelle l'intempérie, sans donner d'autres détails. Un phénomène qui commence dans la pampa et se propage vers la capitale, détruisant tout sur son passage. Ceci provoque des flux de populations vers Buenos Aires avec désordres, du chaos, des agressions et des vols à la chaîne. Commence alors une guerre civile avec des gens qui vont se retrancher dans une capitale totalement assiégée et coupée du reste.

Maria Valdés travaille dans une financière haut de gamme au moment où l'Argentine vit un néolibéralisme sans frein.
Mais peu à peu le monde de Maria va basculer et elle perdra tout : l'emploi, son fiancé, la maison familiale, les amis, même son corps et son langage.
Afin de survivre au chaos, elle devra s'adapter à une nouvelle forme de vie : d'hôtesse bien payée d'une filiale internationale elle deviendra tour à tour lavandière, fabricante de cierges, éboueuse, infirmière, employée de maison, prostituée, chanteuse, assassine, fermière, professeur rural, esclave sexuelle et femme d'indien.

Il y a beaucoup de références dans le livre : géographiques, historiques, sur Buenos Aires, littéraires, etc. Et Maria pourrait correspondre au prototype de la femme argentine de classe moyenne ou basse, toujours courageuse pour se battre. Il y a aussi profusion de clins d'oeil culturels argentins.
Au bout de un an d'intempérie, la Tour Garay tient toujours débout, mais les quelques rescapés que s'y terrent sont devenus cannibales afin de survivre et cette grande ville qui est Buenos Aires sera transformée en ville d émigrants alors qu‘elle est connue comme une ville d'immigration.

Un livre qui narre de façon allégorique l'Histoire d'un pays qui va à la dérive.


Lien : https://pasiondelalectura.wo..
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Je continue ma découverte de Pedro Mairal, après avoir lu Sabrina, l'uruguayenne et son recueil de nouvelles.

L'intempérie est certainement son roman le plus difficile d'accès, pas tellement par son écriture, mais plutôt par son style narratif. Mairal réussit la gageure de décrire une situation post-apocalyptique (l'intempérie détruit tout sur son passage, mais on ne saura jamais ce que c'est). Je dois bien avouer que je n'avais pas saisi que Maria recule dans l'histoire de l'Argentine, mais le remarquable billet d'Anjali84 en 2014 m'a ouvert les yeux.

J'ai également retrouvé du Kakfa dans ce livre.

Ce roman est à part dans l'oeuvre de Mairal mais vaut largement la peine que l'on s'y attarde.

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Video de Pedro Mairal (1) Voir plusAjouter une vidéo

[Pédro Mairal : L'intempérie]
A la Fondation Suisse de la Cité Internationale Universitaire de Paris, Olivier BARROT présente "L'intempérie", roman de l'écrivain argentin Pédro MAIRAL. Sur des photos de villes argentines, Olivier BARROT explique l'histoire de ce roman, à la frontière du fantastique, qui parle de l'Argentine et de ses périodes de dictatures.
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