AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2847204695
Éditeur : Gaïa (07/01/2015)

Note moyenne : 4.06/5 (sur 8 notes)
Résumé :
Tout le monde croit connaître Arlequin, ce gai baladin, avec sa guitare et ses entrechats. Mais où et quand est-il né ? Personne ne le sait. On pense qu'il est venu du fin fond d'une vallée bergamasque, ou de l'Enfer, ce rejeton du Diable. Alors, retraçons ses origines, faisons revivre celui qui a créé Arlecchino, suivons-le pas à pas, partageons ses misères et sa gloire. A l'aube du Quattrocento, la peste, la disette et les guerres ravagent l'Italie et la Provence.... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Villoteau
  06 février 2015
Alors que les jeunes générations sont très largement ignorantes du personnage d'Arlequin, on espérait que cet ouvrage permettrait en particulier aux parents de pouvoir évoquer ses origines devant leurs enfants.
Le récit évoque une révolte au deuxième tiers du XIVe siècle à Florence, c'est celle des Ciompi en 1378 ; Niccolò Naselli , dit "Lecchino", en est un des chefs et il doit fuir la cité car la répression le guette.
« Les bourgeois de Florence ont amassé des fortunes, ils ont formé des factions rivales; de puissantes familles se disputent la suprématie de la cité. Profitant de ces dissensions, les insurgés réussissent à s'emparer du pouvoir. (…) Bourgeois et praticiens pactisent, ils sont résolus à reprendre les rênes. À l'été finissant, ils organisent les représailles. La suite n'est guère difficile à deviner. Il y a grand massacre d'émeutiers. Blessé au cours de l'affrontement, Niccolò parvient à s'échapper, mais il songe avant tout à sa femme, Fiora, et au bébé qu'elle va mettre au monde. » (page 17)

Dans sa fuite, sa femme Fiora décède mais elle a le temps de donner naissance à Angelo Naselli , dit "Lecchino", père de Micheluccio Naselli. C'est bientôt l'époque où

« Florence et Bologne affrontent une coalition de Milanais, Ferrarais et Mantouans. Or, comme chacun sait, quand la soldatesque ne s'étripe pas, elle boit et elle mange. Cavalerie et piétaille silllonnant le pays, le bétail et les réserves de grain diminuent fortement. Et lorsque les armées repartent au combat, elles cèdent la place à des bandes de pillards qui ne laissent que cendres sur leur passage. » (page 31)

Un des narrateurs est Gianni Lanzaccio, issue d'une famille noble provençale, mais devenu acteur d'une troupe dirigée par Angelo Naselli et par ailleurs époux de la Zingara une bohémienne ayant rejoint la compagnie de comédiens en 1401.

Lecchino, fils d'un colporteur, prend l'habitude de faire une animation pour aider à vendre les marchandises de son père. Un moine comprend que son nom n'est pas "Lecchino" (c'est-à-dire "le gourmand") mais "Alichino", nom d'un démon de l'enfer (page 44).

Le père et son fils quittent Florence, où ils sont en danger, pour Ferrare où les circonstances font que Lecchino devient le second bouffon du marquis d'Este (page 104). Toutefois après s'être moqué d'un condotierre lubrique, Lecchino doit quitter la ville et rejoint Medola en Toscane, puis Parme, Gênes, le Piémont et la Provence. C'est l'époque où l'antipape Benoît XIII, élu en 1394, réside en Avignon. Ce premier voyage, qui dure de 1396 à 1400, le conduit jusqu'au Trentin ; grâce à deux autres il aura quasiment parcouru toute l'Italie , sauf la région au sud et à l'est de Naples.

Ce n'est qu'en 1404 qu'apparaît Arlequin pour la première fois à Venise :
« Dans un somptueux salon, nous servons une pitrerie que, jamais au grand jamais, nous ne pensions que des seigneurs avaleraient. Lecchino y incarne pour la première fois Alchino qui, cherchant à s'emparer de l'âme d'un trépassé, prend conseil auprès de Lucifer:

"Grand Maître, cette âme, par où va-t-elle sortir ?"
Et la voix de Lucifer lui répond :
"Elle sort par le fondement; ne fais le guet qu'au trou du cul !"
Et l'Alchino ravi se frotte les mains :
"Si c'est par là, j'en aurai facilement un millier pour moins d'un écu ! " (page 446)

C'est quand même faire attendre passablement le lecteur que de faire apparaître si tardivement le personnage d'Arlequin et on aurait aimé en savoir plus sur les choix de l'apparence sous laquelle il se fait connaître. Bref, ici Arlequin semble un bon prétexte pour évoquer des généralités sur l'Italie autour de 1370-1420 et la comedia dell'arte plus que le sujet principal du récit.

Dans une annexe, Michel Maisonneuve explique sur quels faits historiques ou récits fictionnels d'époque, il s'est appuyé; on reste toujours dubitatif sur les réelles origines du personnage d'Arlequin. On signale l'existence d'un musée Arlecchino à Bergame dans un lieu où vécut un acteur qui interpréta le rôle d'Arlequin.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          121
meeva
  14 février 2015
Une splendeur picaresque !
A la fin du 14ème siècle et au début du 15ème, les pérégrinations d'Angelo Naselli dit Lecchino dit Ganassa dit Arlecchino et ses rencontres avec Jehan de Lansac dit Gianni Lanzaccio, avec Antonio Beolco dit Buffaltronio, avec la Zingara, formant une troupe de saltimbanques, nous sont contées.
Ce périple nous fait traverser différentes régions d'Italie et de France, et nous donne à explorer de nombreuses sociétés, du cachot au palais, en passant par les bois et les montagnes.
Nous connaissons la joie et le faste, la peine et la peste, une vie haute en couleurs.
Mais surtout, surtout, nous nous laissons emporter par une langue fleurie de patois divers, pimentée de grivoiseries satiriques et de grossièretés poétiques. Quel plaisir de se laisser aller à lire à voix haute…

« « Margaton et Bras-Fort, vous v'la femme et mari par la grâce du grand Golias qui vous bénit au jus de treille ! Que le méchant Cornu et l'éternel Benêt surtout point ne s'en mêlent ; légers comme fétus, mes deux jolis bleuets, dansez sous le soleil ! » Et toute cette belle compagnie, croyez-vous qu'elle s'offusque en m'entendant débagouler un sermon qui fleure le fagot ? Nenni. Une belle fournée d'hérétiques, en effet ! Ça chante, ça danse et en bas Lucifer doit se frotter la panse. Ah, je me rappelle encore les figures hâves de ces lurons, ce banquet de faméliques et l'odeur de ces fines galettes cuites sur la pierre. »

Je souhaitais découvrir les saltimbanques, Arlequin en tête, ces bouffons, ces fous, ces histrions qui font la nique aux autorités, aux malheurs, à la mort, comprendre ce qui charmait tant Romain Gary dans ces personnages.
Alors cette histoire, car c'est un roman, qui repose sur une solide documentation mais qui est oeuvre d'imagination - et une belle imagination - je l'ai savourée, je m'en suis délectée…

Merci aux éditions Gaïa de participer à Masse Critique, merci à Babelio de l'organiser.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
Lelf
  15 février 2015
L'histoire de L'Histrion du Diable est forcément linéaire, puisque contant la vie d'Arlecchino depuis sa naissance jusqu'à ce soir important qui doit décider si le personnage d'Arlequin va continuer de vivre ou finir avec son créateur. Ce choix risqué aurait pu s'avérer monotone et pourtant, le jeu narratif est bel et bien vivant car Arlecchino est raconté au travers de ses rencontres et par ses amis, avec beaucoup d'émotions et de vie. Parfois les narrateurs interviennent dans le fil du conte, pour protester ou commenter, permettant revenir au présent par moments… L'ombre d'Arlequin navigue ainsi entre passé et présent et ces jeux narratifs permettent de dynamiser le récit en créant un parallèle entre l'homme presque anonyme et la légende qu'il a créée.
Ce choix de narration contribue à une certaine proximité entre protagonistes et lecteur, qui mesure la puissance et le poids contenu dans un simple habit, et il devient vraiment difficile de quitter la fine troupe à la fin.
Le lecteur découvre au fil des soirs une vie faite d'errance et de voyages, car les routes appellent Lecchino sans cesse. Cette vie sur les chemins est extrêmement riche en aventure et rencontres humaines. Et c'est autant d'occasions pour l'auteur de peindre le portrait de l'Italie (et une partie de la France) d'époque. Lecchino et ses amis croisent des figures historiques de pouvoir, des intellectuels, des artistes, des religieux… qui ont marqué l'Europe de l'époque, en proie aux luttes politiques et en conflit religieux avec deux papes. Car cette fin de Moyen-âge est plutôt agitée.
Si la grande histoire se dessine autour des protagonistes, la petite n'est pas en reste pour autant. le sort des petites gens est un sujet qui touche Lecchino et façonne son art. Violences des puissants, maladies, conditions de travail difficiles, mais aussi capacité à faire la fête, à porter un regard particulier sur la vie… toute cette richesse humaine touche l'histrion de près, car il en fait partie aussi et que ses semblables sont son premier public. Dans les moments de doute ou de malheur c'est cette richesse qui le ramènera le plus souvent sur les chemins de sa passion et le poussera à se surpasser.
Michel Maisonneuve prend tout de même des libertés, côté historique, et il ne s'en cache pas. L'annexe en fin d'ouvrage éclaire à ce propos de manière très intéressante. Malgré ces arrangements avec la réalité, l'auteur fournit un roman historique convainquant et très entraînant. le lecteur est marqué par les paysages sublimes, la violence et la rapidité des combats politiques, les différences notables d'une ville à l'autre, notamment dans le traitement réservé aux histrions. Et chaque rencontre est une source riche d'information sur l'équilibre des pouvoirs, l'ambiance d'une cité ou d'une région.
L'Histrion du Diable est un roman résolument réjouissant, particulièrement vivant. Au-delà de l'environnement historique et du récit de vie de Lecchino, l'auteur crée une ambiance théâtrale tout le long du livre. Celle-ci se ressent dans la narration au présent par Gianni et ses compères, histrions eux aussi, habitués à conter devant un public, qu'ils savent captiver par leur ton, leur attitude.
De nombreux mots italiens, latins, provençaux ponctuent le texte, lui-même rythmé par les farces de la troupe. Toute cette dynamique théâtrale entraînante et ce rappel constant aux langages d'époque rendent le récit très immersif.
Lecchino vit par le théâtre et par les pitreries, ce que fait particulièrement ressentir Michel Maisonneuve dans son écriture. Bons mots, farces, provocations, poèmes rythment le récit ; le spectacle gagne toujours, malgré les drames et les difficultés qui se dressent sur la route. Lecchino est un personnage intense, hypersensible, jusque dans ses instants de douleur. Il entraîne dans son univers ses amis proches et avec eux cherche à repousser toujours plus loin les limites du spectacle. Lecchino veut plaire, séduire, bousculer et surtout faire rire. Pour cela, il ne s'accorde aucun répit. L'auteur rend bien compte de cette hyperactivité, du génie qui tutoie parfois la folie.
Pour qui aime le théâtre, les beaux paysages italiens, les ambiances historiques ou tout simplement un beau récit riche, humain et touchant, L'Histrion du Diable est une lecture hautement recommandée.
Lien : http://www.imaginelf.com/201..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
Bardak
  27 février 2015
J'ai toujours eu beaucoup de tendresse pour le personnage d'Arlequin, et c'est ce qui m'a guidée vers ce roman. Michel Maisonneuve s'empare du mythe afin de retracer l'itinéraire d'un apprenti colporteur qui deviendra au fil des rencontres et grâce à un travail acharné le premier Arlequin de l'histoire. A travers ce parcours haut en couleurs, c'est toute l'histoire du théâtre qui se déroule sous nos yeux, des tours et jongleries des histrions sur les places publiques aux mystères orchestrés par l'église. Grâce à une langue vivante, mélange de patois français et italien, l'auteur nous propulse dans une errance tantôt joyeuse, tantôt désespérée au coeur d'un pays ravagé par la pauvreté, la peste, l'inquisition.
J'avais un peu peur de l'indigestion de faits historiques en ouvrant ce livre; mais je me suis au contraire retrouvée avec une fringale qui n'a pas été totalement calmée en le refermant. J'aurais pu marcher encore longtemps aux côtés de la troupe de Lecchino, assister à leurs rencontres hétéroclites avec les célébrités de leurs temps, toutes classes sociales confondues : bouffons, taverniers, intellectuels, scientifiques, saltimbanques, et me régaler de leurs inventions scéniques époustouflantes d'audace.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
Imdougat
  11 février 2015
Pour moi, c'est un vrai récit d'aventures, qu'on n'a pas envie de lâcher avant la fin. Quant au personnage d'Arlecchino, on en découvre un aspect nouveau : sa fabrication, comment il a été créé, au fil du chemin comme dit le narrateur, comment il a composé les couleurs de son costume, et tous les tâtonnements qui ont abouti à la création de son masque. C'est un roman initiatique, dans la grande tradition, qui entraîne le lecteur dans le sillage d'un mythe en train de se constituer. Et lorsqu'apparaît Arlecchino en tant que tel, c'est un aboutissement. Nous assistons à sa naissance, à sa gestation, et à son succès final. Je ne verrai jamais plus Arlequin comme avant.
Commenter  J’apprécie          00
Citations et extraits (1) Ajouter une citation
meevameeva   14 février 2015
« Margaton et Bras-Fort, vous v’la femme et mari par la grâce du grand Golias qui vous bénit au jus de treille ! Que le méchant Cornu et l’éternel Benêt surtout point ne s’en mêlent ; légers comme fétus, mes deux jolis bleuets, dansez sous le soleil ! » Et toute cette belle compagnie, croyez-vous qu’elle s’offusque en m’entendant débagouler un sermon qui fleure le fagot ? Nenni. Une belle fournée d’hérétiques, en effet ! Ça chante, ça danse et en bas Lucifer doit se frotter la panse. Ah, je me rappelle encore les figures hâves de ces lurons, ce banquet de faméliques et l’odeur de ces fines galettes cuites sur la pierre.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
autres livres classés : roman historiqueVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle





Quiz Voir plus

Quelle guerre ?

Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell

la guerre hispano américaine
la guerre d'indépendance américaine
la guerre de sécession
la guerre des pâtissiers

12 questions
1086 lecteurs ont répondu
Thèmes : guerre , histoire militaire , histoireCréer un quiz sur ce livre