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ISBN : 2020542854
Éditeur : Seuil (02/01/2004)

Note moyenne : 3.98/5 (sur 200 notes)
Résumé :
Une ville, une gare, sur "une planète blanche, inhabitée". Une ville de l'Oural, mais peu importe. Dans le hall de la gare, une masse informe de corps allongés, moulés dans la même patience depuis des jours, des semaines d'attente. Puis un train, sorti du brouillard, qui s'ébranle enfin vers Moscou. Dans le dernier wagon, un pianiste raconte au narrateur la musique de son existence. Exemple parfait, elle aussi, de "l'homo sovieticus", de "sa résignation, son oubli i... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
palamede
24 novembre 2014
Un admirable conte russe aux résonances profondes.
Pour échapper à l'emprisonnement, Alexeï Berg doit renoncer à un dernier moment avec ses parents, à la musique, à son identité. Il va découvrir l'atrocité de la guerre et l'illusion de l'amour.
Car sa vie, bouleversée par les purges staliniennes, Alexeï la jette sur les champs de bataille fuyant un danger moins mortel. Une absurdité, un fatalisme qui sont ceux que l'on prête au peuple russe, ignorant leur résistance intérieure, pressés que nous sommes de les juger à notre aune.
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OlivierH77
19 octobre 2016
Nous sommes à la fin des années 1970, des voyageurs attendent dans le froid, la neige et dans une gare vétuste d'une grande ville de l'Oural un train qui n'arrive décidément pas. le narrateur observe ces « homo sovieticus », âmes fatiguées et résignées qui l'entourent. Dans ce tableau son attention est captée par un vieil homme, qui profite de la présence d'un vieux piano abandonné pour jouer quelques notes. Une fois installés dans le train pour Moscou, cet ancien, Alexeï Berg, va profiter des longues heures de voyage pour lui conter son histoire.
Tout commence à la fin des années 1930, à l'époque stalinienne. Alexeï étudie le piano au Conservatoire de Moscou. C'est un jeune talent qui se révèle, probablement à l'aube d'une grande carrière. Il est à l'affiche d'un concert qui aura lieu dans huit jours…Mais tout va basculer.
Rentrant chez ses parents, il découvre qu'ils ont été emmenés. C'est que la suspicion est partout, les dénonciations, les purges impitoyables du régime communiste sont à leur paroxysme.
Il faut fuir plus à l'Est, mais ce qu'il croyait être un refuge se révèle être un piège. Il est trahi, fuit encore, est rattrapé par la guerre. Vole son identité à un soldat mort. Les femmes se succèdent, elles l'aident quand il est blessé, transi de froid, sans abri. Il conquiert ces femmes. Souvent dans l'urgence des corps qui ont faim, sans suite. Parfois c'est un sentiment plus profond, né de la solitude de deux coeurs désespérés comme cette infirmière aux doigts curatifs marqués de teinture d'iode.
Mais la guerre n'est pas propice à l'éclosion et à l'épanouissement d'un grand amour, il faut toujours batailler, fuir, il n'y a pas de repos, pas d'histoire possible.
Blessé encore, fortement marqué dans sa chair avec une grosse balafre sur le front, il s'éloigne un peu du cataclysme, enrôlé comme chauffeur d'un Général…Il connaîtra sa fille Stella.
Mais entre les contingences de classes, les non dits, les vrais faux sentiments, les hésitations, les départs trop rapides, l'histoire d'amour qu'on pensait inéluctable ne prendra pas corps. C'est qu'Alexeï reste secret, souvent comme absent à lui-même, meurtri et usé par ce destin qui s'est acharné à lui faire perdre ce qu'il avait de plus cher, ses parents, son identité. Et surtout, il n'aura vécu ni la belle carrière de pianiste promise, ni connu le grand amour.
Une fois, un soir seulement, pour le mariage de Stella avec un autre, Alexeï le cabossé aux mains abîmées de soldat, retrouvera ses doigts magiques de pianiste virtuose, bravant les moqueries des convives.
Andreï Makine adopte une construction narrative assez proche de celle qu'il adoptera plus tard dans l'Archipel d'une autre vie, avec un narrateur initial qui n'est pas le personnage objet du récit mais qui recueille son témoignage pour nous le transmettre. On retrouve ici un sens du romanesque, une acuité formidable pour nous faire saisir l'essence de l'âme russe, du stalinisme, de la guerre, mais aussi pour peut-être livrer, subtilement, par petites touches, un peu de lui-même, de son propre passé qui reste par bien des aspects énigmatique.
L'auteur magnifie la langue française comme aucun autre. Dans un style parfait, où la raison et l'émotion s'équilibrent dans une sorte de longue mélopée intérieure, il nous raconte, sans jamais s'attendrir, comment un destin peut être brisé lorsque, par des ratés, des occasions manquées, et parfois à cause de la grande histoire qui s'en mêle, on reste à la porte de ses rêves.
Andreï Makine sait nous faire rêver en nous racontant des histoires. Ils ne sont plus tant d'écrivains à le faire, surtout avec une qualité de langue pareille. Il est décidément pour moi une des figures littéraires actuelles incontournables et exemplaires.
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michfred
09 février 2017
Prélude.
(Pesante. Mesto)
Une petite gare isolée dans la steppe et ses voyageurs immobiles, résignés. Neige et fatalisme. L'homo sovieticus tel qu'en lui-même, appesanti par l'absurdité de la vie et engourdi par le froid. Hiver russe.
(Pizzicato)
Un cagibi d'où s'échappent quelques notes, une brève poursuite. Une silhouette entrevue, un vieux piano. (Lento) . Des larmes.
Place au soliste.
Premier mouvement.
(Adagio.) Remontée lente des souvenirs. (Allegro ma non troppo) Jours tranquilles à Moscou. L'intelligentsia, la belle voiture, la musique. L'avenir plein de promesses et de succès.
Deuxième mouvement
(Pesante. Mesto) Menace, inquiétude. Visite de la police secrète. Ombres du goulag.
(Crescendo) Fuite. Claustration volontaire. (Andante) Échappatoire opportuniste : la guerre. Déguisement. Usurpation. (Appassionato ma non troppo) Brèves rencontres, femmes de passage, odeurs d'iode. (Tenuto) Errance et discrétion.
Troisième mouvement
(Tranquillo. Sotto voce). La planque. L'anonymat du subalterne. Moscou mais sans les feux de la rampe, juste ceux d'une voiture de général. La casquette de chauffeur.(Allegro vivace) La musique ensommeillée doucement se réveille. le coeur endormi aussi. Danger. (Staccato. Pesante.) Faire la brute. Doigts maladroits sur le clavier. (Lento) Humiliation.
Quatrième mouvement.
(Appassionato. Slancio. Con fuoco.)
Le temps fort du concert. Tout donner. Tout retrouver : la fougue, le talent, l'honneur.
Tout perdre aussi.
Finale
(Diminuendo. Morendo.) Retour de l'enfer blanc. Homo sovieticus routinier, résigné. La musique encore, mais par d'autres. Place au jeune virtuose.
Rideau.
Bravo(s.)
Bravissimo!!



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araucaria
18 mars 2016
J'ai été gênée au début de ma lecture par l'écriture de Andreï Makine que j'ai trouvé un peu froide. Et puis le charme a agi et je dois avouer que j'aime beaucoup ce livre pudique, racontant sans pathos une existence brisée à cause du régime politique de Staline. Un auteur que je découvrais à cette occasion. Un livre mince, bien construit. Une lecture que je recommande.
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bouquine
01 juillet 2012
J'ai tourné la dernière page de ce très beau roman depuis plusieurs jours et sa petite musique me poursuit encore, elle m'accompagne.
Les critiques précédentes ont déjà tout exprimé sur cette histoire belle et triste, simple et forte, pleine de subtilité, mais j'ai quand même envie de vous dire : Lisez-le ! Je crois bien qu'il contient un peu de l'âme russe.
Dans un train qui le mène à Moscou, le narrateur recueille le récit d'un vieil homme, un musicien promis à une belle carrière qui verra son destin broyé, emporté dans la tourmente de l'histoire au moment de la grande terreur stalinienne.
« Homo sovieticus » c'est l'expression qui désigne la résignation des russes sous le joug du totalitarisme, leur fatalisme et leur endurance face au malheur, à l'injustice et à l'absurdité, qu'il s'agisse des arrestations sommaires comme des horaires très fantaisistes des trains.
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Citations & extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
araucariaaraucaria18 mars 2016
Alexeï posa le verre, se tourna vers le clavier. Les rires, les conversations se turent peu à peu, mais il attendait toujours, les mains posées sur les genoux, assis très droit, l'air absent. Stella chuchota, comme un souffleur, en lançant un clin d'oeil aux invités : "Mais vas-y! Tu commences par le do avec le pouce de ta main droite..."
Quand il laissa retomber ses mains sur le clavier, on put croire encore au hasard d'une belle harmonie formée malgré lui. Mais une seconde après la musique déferla, emportant par sa puissance les doutes, les voix, les bruits, effaçant les mines hilares, les regards échangés, écartant les murs, dispersant la lumière du salon dans l'immensité nocturne du ciel derrière les fenêtres.
Il n'avait pas l'impression de jouer. Il avançait à travers une nuit, respirait sa transparence fragile faite d'infinies facettes de glace, de feuilles, de vent. Il ne portait plus aucun mal en lui. Pas de crainte de ce qui allait arriver. Pas d'angoisse ou de remords. La nuit à travers laquelle il avançait disait et ce mal, et cette peur, et l'irrémédiable brisure du passé mais tout cela était déjà devenu musique et n'existait que par sa beauté.
+ Lire la suite
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joedijoedi30 juillet 2012
Il n'avait pas l'impression de jouer. Il avançait à travers une nuit, respirait sa transparence fragile faite d'infinies facettes de glace, de feuilles, de vent. Il ne portait plus aucun mal en lui. Pas de crainte de ce qui allait arriver. Pas d'angoisse ou de remords. La nuit à travers laquelle il avançait disait et ce mal, et cette peur, et l'irrémédiable brisure du passé mais tout cela était déjà devenu musique et n'existait que par sa beauté.
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tomettetomette26 décembre 2014
Moscou ce soir la, était aérienne. Légère sous ses pas dans les lacis des ruelles qu'il connaissait par cœur. Légère et fluide dans ses pensées. S'arretant une minute sur le Pont de pierre, il regarda le Kremlin. Le ciel mouvant, gris- bleu, donnait à ce faisceau de coupoles et de créneaux un air instable, presque dansant. Et, à gauche, la vue basculait dans un immense vide qu'avait laisse la cathédrale du Christ-Sauveur dynamitée quelques années auparavant.
Quelques années...Reprenant sa marche, Alexeï essaya de se rappeler la suite de ces années. La cathédrale avait été détruite en 1934. Il avait quatorze ans. Merveilleuse excitation de sentir le trottoir tressaillir après chaque explosion ! C'étaient les années de bonheur, 1934, 35, 36...puis soudain tombe cette longue quarantaine, comme aux temps de épidémies . La ville s'alourdit autour de leur famille. Un soir , en grimpant l'escalier, il entend le chuchotement d'un homme qui, un étage plus haut, monte pesamment, perdu dans un soliloque presque muet mais fiévreux. "Non,non, vous ne pouvez pas m'accuser... Et les preuves...les preuves..." Alexeïsaisit ces bribes, ralentit le pas, gêné par cette confidence volée, et, tout à coup, reconnaît son père. Ce petit vieux marmonnant, son père!...la quarantaine dure. Certains mots deviennent imprononçables. Le dictionnaire du théâtre que son père à publié au début des années trente est retiré de toutes les bibliothèques. Certains noms qu'il y citait doivent disparaître car viennent de disparaître ceux qui les avaient portés
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araucariaaraucaria04 mars 2016
Je m'éveille, j'ai rêvé d'une musique. Le dernier accord s'éteint en moi pendant que je m'efforce de distinguer la pulsation des vies entassées dans cette longue salle d'attente, dans ce mélange de sommeil et de fatigue.
Le visage d'une femme, là, près de la fenêtre.
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michfredmichfred07 février 2017
L'effort que je fais pour sauver de ce tout anonyme quelques silhouettes individuelles faiblit. Tout se confond dans l'obscurité, dans la luminescence trouble, jaune, sale, du lampadaire au-dessus de la sortie, dans le néant qui s'étend à perte de vue autour de cette ville ensevelie sous une tempête de neige.
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Vidéo de Andreï Makine
Rencontre avec Andréï Makine de l'Académie française - 38ème édition du Livre sur la place
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