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EAN : 9782020542852
144 pages
Seuil (02/01/2004)
4.01/5   360 notes
Résumé :
Une ville, une gare, sur "une planète blanche, inhabitée". Une ville de l'Oural, mais peu importe. Dans le hall de la gare, une masse informe de corps allongés, moulés dans la même patience depuis des jours, des semaines d'attente. Puis un train, sorti du brouillard, qui s'ébranle enfin vers Moscou. Dans le dernier wagon, un pianiste raconte au narrateur la musique de son existence. Exemple parfait, elle aussi, de "l'homo sovieticus", de "sa résignation, son oubli i... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (62) Voir plus Ajouter une critique
4,01

sur 360 notes
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mcd30
  09 février 2019
La musique d'une vie c'est cette part d'humanité que nous perdons à certains moments mais qui nous habite tous. Alexeï Berg verra sa vie basculer à la veille de son concert comme tant d'autres russes. Il fuira pour éviter le camp d'internement et se retrouvera pris dans la tourmente de la guerre.
Notre héros vivra une vie solitaire, mais sera toujours habité par sa musique. Son histoire est aussi celle du peuple russe dont la destinée s'est retrouvée mélée de façon irrémédiable à la révolution et à la guerre. Tout au long de sa vie Alexeï fera preuve d'humanité et de compassion, il restera en harmonie avec lui-même. Et si la vie est une partition alors il a joué la sienne en sourdine, discrètement, dans l'anonymat mais avec maestria face à l'adversité.
Un récit grave traité sans pathos avec une grande sobriété, qui dégage une grande impression de solitude. Un excellent roman d'Andreî Makine dont j'admire le style et le talent de conteur. Comme vous l'avez deviné c'est une lecture que je conseille. Avec une superbe phrase qui résume bien ce roman :
"La nuit à travers laquelle il avançait disait et ce mal, et cette peur, et l'irrémédiable brisure du passé mais tout cela était déjà devenu musique et n'existait que par sa beauté." (p. 122)
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LoloKiLi
  28 février 2018
Aujourd'hui les amis ça va encore cailler, le souffle sibérien du Moscou-Paris est en passe de nous congeler les arpions, qu'ils disent à la météo. J'ai donc (à nouveau) penché pour une oeuvre venue du froid, histoire d'être raccord (ou maso, j'hésite encore).
Immersion dans l'immensité blanche de l'Oural. Une gare assoupie, des voyageurs en attente du train pour Moscou paralysé par la neige, voilà le point de départ d'une rencontre et d'un autre voyage, dans le temps celui-ci.
Comme dans « L'archipel d'une autre vie » le narrateur prête sa plume à la mémoire d'un homme. Cet homme âgé croisé par hasard fut, dans les années quarante, un jeune pianiste prometteur. Fracassé par les purges staliniennes et la deuxième guerre mondiale, son destin ne sera qu'une interminable errance en un douloureux exil de soi.
Témoignage imaginaire aux allures de conte cruel, ce triste réquisitoire contre les fureurs idéologiques est aussi une ode magnifique à la résistance et à la dignité de l'âme russe chère à l'auteur, cette alliance particulière de fatalisme et de pugnacité, portée ici en filigrane par une musique, la musique des phrases de Makine, la musique d'une vie, celle qui au-delà de l'absurde aura le dernier mot.

Lien : http://minimalyks.tumblr.com/
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michfred
  09 février 2017
Prélude.
(Pesante. Mesto)
Une petite gare isolée dans la steppe et ses voyageurs immobiles, résignés. Neige et fatalisme. L'homo sovieticus tel qu'en lui-même, appesanti par l'absurdité de la vie et engourdi par le froid. Hiver russe.
(Pizzicato)
Un cagibi d'où s'échappent quelques notes, une brève poursuite. Une silhouette entrevue, un vieux piano. (Lento) . Des larmes.
Place au soliste.
Premier mouvement.
(Adagio.) Remontée lente des souvenirs. (Allegro ma non troppo) Jours tranquilles à Moscou. L'intelligentsia, la belle voiture, la musique. L'avenir plein de promesses et de succès.
Deuxième mouvement
(Pesante. Mesto) Menace, inquiétude. Visite de la police secrète. Ombres du goulag.
(Crescendo) Fuite. Claustration volontaire. (Andante) Échappatoire opportuniste : la guerre. Déguisement. Usurpation. (Appassionato ma non troppo) Brèves rencontres, femmes de passage, odeurs d'iode. (Tenuto) Errance et discrétion.
Troisième mouvement
(Tranquillo. Sotto voce). La planque. L'anonymat du subalterne. Moscou mais sans les feux de la rampe, juste ceux d'une voiture de général. La casquette de chauffeur.(Allegro vivace) La musique ensommeillée doucement se réveille. le coeur endormi aussi. Danger. (Staccato. Pesante.) Faire la brute. Doigts maladroits sur le clavier. (Lento) Humiliation.
Quatrième mouvement.
(Appassionato. Slancio. Con fuoco.)
Le temps fort du concert. Tout donner. Tout retrouver : la fougue, le talent, l'honneur.
Tout perdre aussi.
Finale
(Diminuendo. Morendo.) Retour de l'enfer blanc. Homo sovieticus routinier, résigné. La musique encore, mais par d'autres. Place au jeune virtuose.
Rideau.
Bravo(s.)
Bravissimo!!



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diablotin0
  18 juillet 2019
Ce petit livre par la taille est un condensé d'émotions qui nous bouleversent. le narrateur nous rapporte les propos d'Alexei Berg qui lui raconte ce qui lui est arrivé durant la guerre. Ses parents ont été déportés et lui va être contraint de fuir et de se cacher , il prendra une fausse identité, celle d'un soldat mort et devra taire qui il est vraiment pour survivre. le jour de sa fuite est le jour où il devait donner son premier concert. L'histoire d'Alexei Berg est déchirante, on le voit se perdre jusqu'au point où il ne sait plus vraiment qui il est.
Ce livre se raconte difficilement, il doit se lire car la sensibilité qui en émane doit être ressentie pour qu'elle prenne toute son ampleur. L'écriture est belle, précise, chaque mot a son importance et nous emporte. Ce n'est pas une lecture divertissante mais c'est une lecture riche en émotions et en beauté.
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Osmanthe
  19 octobre 2016
Nous sommes à la fin des années 1970, des voyageurs attendent dans le froid, la neige et dans une gare vétuste d'une grande ville de l'Oural un train qui n'arrive décidément pas. Le narrateur observe ces « homo sovieticus », âmes fatiguées et résignées qui l'entourent. Dans ce tableau son attention est captée par un vieil homme, qui profite de la présence d'un piano abandonné pour jouer quelques notes. Une fois installés dans le train pour Moscou, cet ancien, Alexeï Berg, va profiter des longues heures de voyage pour lui conter son histoire.
Tout commence à la fin des années 1930, à l'époque stalinienne. Alexeï étudie le piano au Conservatoire de Moscou. C'est un jeune talent qui se révèle, probablement à l'aube d'une grande carrière. Il est à l'affiche d'un concert qui aura lieu dans huit jours…Mais tout va basculer.
Rentrant chez ses parents, il découvre qu'ils ont été emmenés. C'est que la suspicion est partout, les dénonciations, les purges impitoyables du régime communiste sont à leur paroxysme.
Il faut fuir plus à l'Est, mais ce qu'il croyait être un refuge se révèle être un piège. Il est trahi, fuit encore, est rattrapé par la guerre. Vole son identité à un soldat mort. Les femmes se succèdent, elles l'aident quand il est blessé, transi de froid, sans abri. Il conquiert ces femmes. Souvent dans l'urgence des corps qui ont faim, sans suite. Parfois c'est un sentiment plus profond, né de la solitude de deux coeurs désespérés comme cette infirmière aux doigts curatifs marqués de teinture d'iode.
Mais la guerre n'est pas propice à l'éclosion et à l'épanouissement d'un grand amour, il faut toujours batailler, fuir, il n'y a pas de repos, pas d'histoire possible.
Blessé encore, fortement marqué dans sa chair avec une grosse balafre sur le front, il s'éloigne un peu du cataclysme, enrôlé comme chauffeur d'un Général…Il connaîtra sa fille Stella.
Mais entre les contingences de classes, les non dits, les vrais faux sentiments, les hésitations, les départs trop rapides, l'histoire d'amour qu'on pensait inéluctable ne prendra pas corps. C'est qu'Alexeï reste secret, souvent comme absent à lui-même, meurtri et usé par ce destin qui s'est acharné à lui faire perdre ce qu'il avait de plus cher, ses parents, son identité. Et surtout, il n'aura vécu ni la belle carrière de pianiste promise, ni connu le grand amour.
Une fois, un soir seulement, pour le mariage de Stella avec un autre, Alexeï le cabossé aux mains abîmées de soldat, retrouvera ses doigts magiques de pianiste virtuose, bravant les moqueries des convives.
Andreï Makine adopte une construction narrative assez proche de celle qu'il adoptera plus tard dans l'Archipel d'une autre vie, avec un narrateur initial qui n'est pas le personnage objet du récit mais qui recueille son témoignage pour nous le transmettre. On retrouve ici un sens du romanesque, une acuité formidable pour nous faire saisir l'essence de l'âme russe, du stalinisme, de la guerre, mais aussi pour peut-être livrer, subtilement, par petites touches, un peu de lui-même, de son propre passé qui reste par bien des aspects énigmatique.
L'auteur magnifie la langue française comme aucun autre. Dans un style parfait, où la raison et l'émotion s'équilibrent dans une sorte de longue mélopée intérieure, il nous raconte, sans jamais s'attendrir, comment un destin peut être brisé lorsque, par des ratés, des occasions manquées, et parfois à cause de la grande histoire qui s'en mêle, on reste à la porte de ses rêves.
Andreï Makine sait nous faire rêver en nous racontant des histoires. Ils ne sont plus tant d'écrivains à le faire, surtout avec une qualité de langue pareille. Il est décidément pour moi une des figures littéraires actuelles incontournables et exemplaires.
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Citations et extraits (64) Voir plus Ajouter une citation
Ha2san_hbHa2san_hb   10 août 2022
Je suis comme eux, certes, mais je peux nommer notre condition humaine et, par conséquent, y échapper.
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rmehmetirmehmeti   06 août 2022
Le monde tout entier ressemblait à ce jeu de couleurs : il suffisait de retirer une mince feuille grisâtre de mauvais souvenirs et la joie éclatait.
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araucariaaraucaria   18 mars 2016
Alexeï posa le verre, se tourna vers le clavier. Les rires, les conversations se turent peu à peu, mais il attendait toujours, les mains posées sur les genoux, assis très droit, l'air absent. Stella chuchota, comme un souffleur, en lançant un clin d'oeil aux invités : "Mais vas-y! Tu commences par le do avec le pouce de ta main droite..."
Quand il laissa retomber ses mains sur le clavier, on put croire encore au hasard d'une belle harmonie formée malgré lui. Mais une seconde après la musique déferla, emportant par sa puissance les doutes, les voix, les bruits, effaçant les mines hilares, les regards échangés, écartant les murs, dispersant la lumière du salon dans l'immensité nocturne du ciel derrière les fenêtres.
Il n'avait pas l'impression de jouer. Il avançait à travers une nuit, respirait sa transparence fragile faite d'infinies facettes de glace, de feuilles, de vent. Il ne portait plus aucun mal en lui. Pas de crainte de ce qui allait arriver. Pas d'angoisse ou de remords. La nuit à travers laquelle il avançait disait et ce mal, et cette peur, et l'irrémédiable brisure du passé mais tout cela était déjà devenu musique et n'existait que par sa beauté.
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joedijoedi   30 juillet 2012
Il n'avait pas l'impression de jouer. Il avançait à travers une nuit, respirait sa transparence fragile faite d'infinies facettes de glace, de feuilles, de vent. Il ne portait plus aucun mal en lui. Pas de crainte de ce qui allait arriver. Pas d'angoisse ou de remords. La nuit à travers laquelle il avançait disait et ce mal, et cette peur, et l'irrémédiable brisure du passé mais tout cela était déjà devenu musique et n'existait que par sa beauté.
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jmlire92jmlire92   21 octobre 2021
 La masse humaine dort. L'unique bruit nouveau est ce mâchonnement dans l'obscurité : le vieil homme étendu sur un journal s'est redressé sur un coude, a ouvert une boîte de conserve, et il mange avec une série de lapements comme font ceux qui n'ont plus beaucoup de dents. Le fracas métallique du couvercle refermé me fait grimacer par sa laideur rêche. L'homme se couche, cherche une position confortable dans le froissement des pages du journal et bientôt commence à ronfler.   

   Le jugement que j'essayais de retenir m'envahit, à la fois compassion et colère. Je pense à ce magma humain, qui respire comme un seul être, à sa résignation, à son oubli inné du confort, à son endurance face à l'absurde. Six heures de retard. Je me tourne, j'observe la salle plongée dans l'obscurité. mais ils pourraient très bien y passer encore plusieurs nuits. Ils pourraient s"'habituer à y vivre ! Comme ça, sur un journal déplié, le dos contre le radiateur, avec une boîte de conserve pour toute nourriture. La supposition me paraît tout à coup vraisemblable. D'ailleurs, la vie dans ces bourgades à mille lieues de la civilisation est faite d'attentes, de résignation, de chaleur humide au fond des chaussures. Et cette gare assiégée par la tempête n'est rien d'autre que le résumé de l'histoire du pays. De sa nature profonde. Ces espaces qui rendent absurde toute tentative d'agir. La surabondance d'espace qui engloutit le temps, qui égalise tout les délais, toutes les durées, tous les projets. demain signifie "un jour peut-être", le jour où l'espace, les neiges, le destin le permettront. Le fatalisme...

   D'ailleurs comment juger ce vieillard sur son journal déplié, cet être touchant dans sa résignation, insupportable pour la même raison, cet homme qui a certainement traversé les deux grandes guerres de l'empire, survécu aux répressions, aux famines, et qui ne pense même pas avoir mérité mieux que cette couche sur le sol couvert de crachats et de mégots ? et cette jeune mère qui vient de s'endormir et, de madone, est devenue une idole de bois aux yeux bridés, aux traits de bouddha ? Si je les réveillais et les interrogeais sur leur vie, ils déclareraient sans broncher que le pays où ils vivent est un paradis, à quelques retards de train près. Et si soudain le haut-parleur annonçait d'une voix d'acier le début d'une guerre, toute cette masse s'ébranlerait , prête à vivre cette guerre comme allant de soi, prête à souffrir, à se sacrifier, avec une acceptation toute naturelle de la faim, de la mort ou de la vie dans la boue de cette gare, dans le froid des plaines qui s'étendent derrière les rails.

   Je me dis qu'une telle mentalité a un nom. Un terme que j'ai entendu récemment dans la bouche d'un ami, auditeur clandestin des radios occidentales. une appellation que j'ai sur le bout de la langue et que seule la fatigue m'empêche de reproduire. Je me secoue et le mot, lumineux et définitif, éclate : "Homo sovieticus !

   Sa puissance jugule l'amas opaque des vies autour de moi. "Homo savieticus" recouvre entièrement cette stagnation humaine, jusqu'à son moindre soupir, jusqu'au grincement d'une bouteille sur le bord d'un verre, jusqu'aux pages de la Pravda sous le corps maigre de ce vieillard dans

on manteau usé, ces pages remplies de compte-rendus de performances et de bonheur.

    Avec une délectation puérile, je passe un moment à jouer : le mot, véritable mot-clef, oui une clef ! glisse dans toutes les serrures de la vie du pays, parvient à percer le secret de tous les destins. Et même le secret de l'amour, tel qu'il est vécu dans ce pays, avec son puritanisme officiel et, contrebande presque tolérée, cette prostituée qui exerce son métier à quelques mètres des grands panneaux à l'effigie de Lénine et aux mots d'ordre édifiants...

    Avant de m'endormir, j'ai le temps de constater que la maîtrise de ce mot magique me sépare de la foule. Je suis comme eux, certes, mais je peux nommer notre condition humaine et, par conséquent, y échapper. Le faible roseau, mais qui se sait tel, donc... " La vieille et hypocrite astuce de l'intelligentsia...", souffle en moi une voix plus lucide, mais le confort mental que m'offre l'"Homo sovieticus" fait vite taire cette contestation...
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