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EAN : 9782757806104
320 pages
Éditeur : Points (04/10/2007)
3.93/5   57 notes
Résumé :

Du fond de la case où ils sont retenus prisonniers, deux instructeurs russes assistent au viol d'une femme qui cache une poignée de diamants dans sa bouche. Derrière eux, à demi-mort, gît un révolutionnaire angolais. Il scande le nom d'un village sibérien. Et dans cette forêt, à la lisière du Zaïre et de l'Angola, au milieu d'une Afrique exsangue, surgit le souvenir du visage tant aimé d'Anna...
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Renatan
  07 juin 2017
« On peut tuer un être humain sans lui enlever la vie. »
Depuis la nuit des temps, les êtres humains « s'affrontent pour la possession des femmes, de l'argent, du pouvoir… ». Ils violent et tuent, sans trop de remords, voire aucun, guidés par cet élan collectif qui pousse les hommes à s'unir pour s'élever au sommet d'une folie meurtrière n'ayant de limite que la soif insatiable de violence. L'amour humain cherche à donner un sens, s'il en est un, à ces batailles qui ont rendu les hommes méconnaissables. En posant un regard cynique sur la vie et les individus qui peuplent le monde, et ayant comme toile de fond la guerre coloniale portugaise tel un prétexte à son exposé, l'auteur nous raconte avec sensibilité les peurs qui nous hantent, incontrôlables. La conscience de la mort, l'indifférence qui en résulte et l'amour maternel vers lequel l'âme cherche sans cesse à revenir, bulle de réconfort dans un monde dont les valeurs essentielles semblent s'être effondrées. Mais aussi l'amour des sens et des souvenirs doux qui apaisent les maux.
Deux russes et un jeune révolutionnaire angolais, Elias – alias notre héros - sont retenus prisonniers au fond d'une case, ce dernier gisant à moitié mort. La guerre coloniale portugaise de 1961 vient d'éclater. Vingt-cinq ans plus tard, il se souviendra de cette nuit de terreur à Lunda Norte, où il assistera au viol d'une femme Noire par des soldats de l'armée angolaise. Au milieu de l'horreur, le visage d'Anna...
« Sans l'amour qu'il lui portait, la vie n'aurait été qu'une interminable nuit. »
Il se souviendra de ses mains noires sur sa peau laiteuse. de ce train filant à toute allure à travers la taïga sibérienne, sa terre natale. Des nuits d'amour et de cette femme qui portera sur sa robe les senteurs de la nuit. C'était le hasard d'une rencontre lors d'une conférence sur le développement durable en Afrique. Dans cette foutue jungle, peu leur importait le regard des autres. Parce que l'amour humain est incolore...
Il découvrira la tendresse, la confiance et la peur, celle inhérente à la perte. Sentiment inaltérable, inévitable. J'ai été transportée par ce roman de Makine. Avec douceur, il a su allier la révolution à l'amour - ce qui en fait, à mes yeux, toute sa beauté. L'amour des sens, l'amour maternel et celui des souvenirs. L'amour des mots, l'amour des gestes et l'amour qui panse, qui occulte la haine. L'amour d'Anna et les odeurs de la nuit. L'amour universel...
L'amour humain selon Makine. Plus fort que toutes les guerres. Merci Bison :-*
« le soleil de l'Afrique, un billet pour Cuba, de la neige à pelleter et une histoire d'amour ». T'avais raison, j'étais dans mon élément... :P
« Croyez-vous qu'après la victoire de la révolution les gens vont s'aimer autrement? »

Lien : http://www.lamarreedesmots.c..
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le_Bison
  31 janvier 2012
L'Afrique. Des noirs aux cous gras se goinfrant de petits fours lors de colloques pseudo-littéraires, pseudo-politiques, pseudo-spirituels. Des blanches grassouillettes baisant des éphèbes noirs. Des hôtels grands luxes accueillant ces grosses blanches, ces cous gras et ces éphèbes noirs. Tel est le portrait réaliste de cette Afrique contemporaine. Et lors d'un de ces colloques où le champagne coule à flot pendant que le peuple n'a même pas accès à l'eau potable, l'auteur se revoit 25 ans en arrière dans une geôle africaine en compagnie d'un étrange prisonnier, Elias. Cette nuit-là, massacres et viols se succédaient pendant que les rafales de tirs faisaient rage. Révolution, indépendance, pouvoir, tout était prétexte à cette barbarie humaine, à ces tueries successives et sauvages. Et au milieu de ces morts, Elias, jeune noir charismatique, aura un destin extraordinaire…
De l'Angola au Congo, de Cuba en Sibérie, Elias se forgera une vision politique hors-norme. Il parle révolution. Il espère entre-aide. Il pense soutien au peuple. Elias, le jeune révolutionnaire. Il partira se former à Cuba. Il rencontrera un certain Ernesto Guevara que certains appellent El Che. Il sera déçu. Il s'enfuira en Ex Union Soviétique pour continuer sa formation, découvrira le racisme. Il s'aventurera dans le froid et la Sibérie, y rencontrera l'Amour, le pur, avec la belle Anna…
Cela faisait plusieurs années que ce livre (pourtant assez court) m'attendait patiemment. L'auteur, Andreï Makine, un russe francophone qui écrit sur l'Afrique, la révolution, les rêves idéologiques et les massacres faussement idéologiques. Voilà de quoi dessiner une trame forte et cruelle. Les images sont fortes, les odeurs tenaces, les destins tragiques. Les morts, les viols, les violences, les massacres se succèdent au fil des pages. C'est ça la vie en Afrique, la vie dans une révolution. Pourtant au milieu des cadavres humains, l'auteur distille de l'espoir et de l'amour…
Lien : http://leranchsansnom.free.f..
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isabellelemest
  09 janvier 2013
Le narrateur, d'origine russe comme l'auteur, évoque dans ce roman la vie et les combats d'un ami angolais, un militant convaincu aux motivations personnelles très fortes, qui mettra toute son énergie au service de la révolution, et sera évidemment formé et entraîné dans les écoles de l'ex-URSS et de Cuba. Ayant vécu un amour d'une grande intensité sentimentale avec une étudiante moscovite qui lui fera connaître son village sibérien, son froid glacial et sa chaleur humaine sans phrases, il sera manipulé et connaîtra tous les aléas de la politique impérialiste du bloc soviétique dans l'Afrique de la guerre froide, avant de trouver, au terme d'un parcours aussi désabusé qu'héroïque, une fin admirable et dérisoire dans la panique et le brasier de Mogadiscio évacué par les Russes.
Dans ce roman inégal, de très belles pages sur la pureté et la force de l'amour voisinent avec des sarcasmes qui frôlent racisme et même sexisme, car l'auteur semble distinguer l'amour idéal de la bestialité d'une sexualité repoussante et caricaturale… On reste déconcerté par cette satire violente des compromissions et des bassesses de bien des dirigeants africains, même si la peinture, pour cruelle qu'elle soit, n'est pas entièrement inexacte… L'évocation de la politique soviétique en Afrique et de son cynisme, présente une assez grande originalité, ce thème étant peu connu et peu abordé. le lyrisme de certaines pages et la dénonciation impitoyable des menées politiques en Afrique, de quelque bord qu'elles soient, restent les deux atouts de ce roman assez hétérogène.
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Peteplume
  26 février 2016
C'est un livre déroutant; dur et dérangeant certainement pour nos bonnes consciences d'occidentaux qui aiment — quel que soit le camp choisi — que les choses soient claires et les valeurs essentielles soient respectées ou, du moins, en aient l'apparence. C'est un roman qui nous donne à voir toute la réalité de la barbarie des bouleversements qui ont ont eu lieu en Afrique suite à la décolonisation, au temps de la guerre froide; un roman aux accents très réalistes qui montre la bassesse des hommes, le dessous des révolutions faites au nom d'un idéal auquel les têtes pensantes ne croient même pas. On sent l'auteur désabusé et son pessimisme a quelque chose de contagieux. Mais dans ce contexte extrêmement sombre, Makine y va aussi de son propre idéal: l'amour humain — un thème récurrent chez lui— qui s'oppose à sa bestialité et amènerait en quelque sorte sa rédemption. Cependant, cet amour nous est présenté comme un fantasme, un bonheur impossible à vivre au quotidien. Ces deux aspects du roman— celui du documentaire sans concessions à L Histoire et celui de la romance à certains égards proche de celle de Roméo et Juliette — se côtoient dans ce roman improbable qui laisse, en fin de lecture, un arrière-goût doux-amer. On retient aussi beaucoup de pages, comme toujours chez Makine, d'un lyrisme époustouflant et qui mériteraient toutes des citations.
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Wyoming
  18 avril 2018
Probablement pas mon préféré de Makine, mais toujours cette écriture d'exception pour décrire les sentiments humains et particulièrement l'amour. Pourtant, ce livre est une tragédie car il est rempli de déchirements divers au milieu de l'idéologie révolutionnaire. La dureté de la vie est omniprésente, précisément, et ce n'est pas coutume chez Makine, en Afrique où il situe une partie de ce roman qui devient très noir dans l'horreur décrite. Mais l'amour humain surpasse tout et Makine en est un chantre merveilleux.
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
gaelbourgeoisgaelbourgeois   19 juillet 2015
p118 :
"Tu sais, je n'ai jamais pensé que notre combat était parfait et que les gens qui les menaient étaient des saints. Mais j'ai toujours cru à la nécessité d'un monde différent. Et j'y crois encore."

p119 :
"Tu vois ce type, oui en short, une chemisette à pois. Le steak qu'il mange pèse une livre, au moins. Son pays, l'Amérique, protège par toute sa puissance le droit de cet homme à manger une telle quantité de viande. Et surtout son droit de se foutre qu'à l'autre rive de l'Atlantique des enfants aux membres amputés mâchent de l'écorce pour tromper la faim, avant de crever. Les deux rives sont pourtant un seul et même monde, il suffit juste de se lever, comme ça, sur la pointe des pieds pour le voir."

p249 :
"Oui, il faudrait une foi qui balaye, en nous, le petit insecte grésillant, cette petite mouche de la peur de mourir. Mais surtout, il faudrait savoir aimer. Tout simplement aimer. Alors il serait impensable de casser d'un coup de botte la clavicule d'une femme jetée par terre..."
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PeteplumePeteplume   26 février 2016
Durant toute sa vie, il aurait l'impression de se rappeler chaque minute passée avec elle, chaque angle de rue qu'ils tourneraient, chaque aquarelle des nuages au-dessus de leurs têtes. Et pourtant, dans les moments les plus proches de la mort, donc les plus vrais, c'est cet instant-là qui reviendrait avec la patiente douleur de son amour : la senteur amère de la neige, le silence d'une chute du jour et ces yeux qui l'avaient retenu debout.
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PeteplumePeteplume   26 février 2016
«On peut donc tuer un être humain sans lui enlever la vie», pensait Elias en observant cette masse de corps à peine couvert de lambeaux. Pas besoin de les vider de leur sang, de les démembrer. Il suffisait de les affamer, de mélanger femmes et hommes, vieux ou jeunes, de les obliger à faire leurs besoins devant les autres, de les empêcher de se laver, de leur interdire la parole. En fait, d’effacer tout signe d’appartenance au genre humain. Un cadavre était plus vivant qu’eux car, dans un mort, on reconnaît toujours un homme.
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le_Bisonle_Bison   31 janvier 2012
La blondeur laiteuse de la peau, l’épaisseur charnue des cuisses : une femme retrousse sa jupe moulante et se cale dans une grande voiture de luxe. La nuit découpe des lumières crues, comme toujours en Afrique. La chevelure excessivement dorée de la femme scintille. Ses talons hauts l’obligent, quand elle s’assied, à redresser ses genoux. Son corps replié sur le siège fait penser à une… oui, à une grosse dinde qu’on met au four.
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PitayaPitaya   03 mai 2012
Elle était vêtue d'une simple jupe et d'un pull, malgré le froid qui était descendu à moins cinquante, et sa course dans la neige, la rencontre des deux silhouettes au milieu d'un désert blanc, leur rapide étreinte, la fragilité du lien qui se créa momentanément entre eux et se rompit, tout cela frappa Elias par son absolue évidence d'amour.
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