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Critique de Alfaric


Alfaric
  29 avril 2014
Cela partait bien avec un prologue qui fleurait bon "Le Secret de Ji". Espoirs vite déçus car ensuite on retombe dans tous les clichés de la Big Commercial Fantasy : un jeune plouc orphelin… blablabla mais de noble ascendance… blablabla promis à un grand destin… blablabla car messie élu et guidé par la Prophétie… blablabla pour retrouver l'Artefact Ultime… blablabla conçu pour détruire définitivement un Mal Millénaire… blablabla sur le point de renaître à nouveau…
Pour faire bonne mesure ajoutons des elfes dans les forêts, des nains dans les montagnes, des magos comploteurs, des prêtres intolérants pas catholiques, des rebelles quasi caricaturaux tant ils semblent sortis d'un congrès de l'extrême gauche française du XIXe siècle, la princesse rebelle mais pas trop quand même, le mentor magicien plus âgé, l'amie d'enfance histoire d'avoir un triangle amoureux…
Et pourtant on s'affranchit de ce trop bien connu cahier car l'auteur ménage pas ses efforts pour rendre cela plus sympa qu'un énième machin anglo-saxon : on sent ainsi de très fortes influences moorcokiennes qui nous offrent de bons moments dark fantasy (La Dernière Prophétesse, les Apôtres, qui comprennent un pote de Nurgle et le frère caché de Freddy Kruger, la Dévoreuse, l'Ecorcheur d'Âme, un bestiaire patibulaire…) et un gars qui a connu l'âge d'or du jdr en France tant le troll Aljir semble tout droit sorti de "Runequest", et le nain Nimrod tout droit sorti de "Warhammer". Cela serait intéressant d'entendre l'auteur s'exprimer à ce sujet.
Malheureusement il y a la malédiction Tolkien qui vient ponctuellement vient gâcher ce chouette revival (le chapitre 10 du tome 2 semble directement sorti de la Communauté de l'Anneau, et ne parlons pas de ce paragraphe révélant que les nains ont creusé trop profond au coeur des montagnes, réveillant ainsi un mal indicible… mdr)

Oui le worldbuilding est inégal et inexploité, mais il donne bien envie quand même : des nains exilés, alchimistes, mercenaires ou mafieux, des elfes expatriés qui ont renoncé à leurs idéaux pacifistes en se faisant les bras armés des causes perdues, une monarchie esclavagiste luttant contre des révolutionnaires prêts à tour et au reste pour le Grand Soir, une Venise décadente construite sur des ruines millénaires, un empire théocratique intolérant et conquérant, un Su'adin qui ressemble fort aux royaumes du chaos moorcockiens (repris dans "Warhammer").
Au-delà de certains clichés j'ai entrevue un univers dark proche de la BD "La Compagnie des Lames".

Le désenchantement du monde gagné par la corruption est suggéré mais malheureusement pas exploité…
On sent qu'il y avait beaucoup à écrire en narrant la guerre entre forces du mal menés par les Apôtres et monde libre censément mené par des Anciens Rois. Mais ces derniers, déjà divisés par le sort de l'un des leur, sont définitivement dépités et démotivés par l'évolution de leurs anciens royaumes, où les derniers loyalistes tentent vaillamment de sauver ce qui peut encore l'être alors que tout une faune de crevards carriéristes attend le meilleur moment pour tirer les marrons du feu pour se rallier aux vainqueurs et collaborer au plus vite avec les nouveaux maître du monde.
Les twists de la fin du 3e tome les concernant sont vraiment bien sentis, mais mal amenés et mal exploités.
Et c'est con que le concept des Sceaux ne vienne que sur la fin. Il aurait été judicieux d'approfondir la chose. Au lieu de cela l'introduction des Puissances, concept assez flou durant tout le cycle, vient vampiriser le truc.
Ainsi on en fait des caisses sur les fantastiques Aether… qu'on ne verra jamais à part le clone de Stormbringer. Ainsi la disparition des Voies dracomantiques aurait eu plus d'impact si on les avait auparavant vues en action. Ces écoles de magie rivales fonctionnant sur le principe des vases communicants rappelaient aussi celles de "Warhammer".
Dragons, dragoniens, dracomancie… on se doute un peu de la tournure des choses quand même ! Ah tiens des dragons, des démons, des humains et un super Homme-Dragon pour maintenir l'équilibre des forces cela ne vous rappelle rien ? Mais oui l'univers de "Dragon Quest" bien sûr !
Il faut aussi ajouter le Maître Plan du théocrate en chef qui vient en remettre une couche dans l'hétérogénéité.
En fait je vais être cash : dès qu'il n'y a plus de héros adolescents à l'horizon c'est nettement mieux. le POV de Finrad le Roi du Nord est bien fichu mais ne constitue que la portion congrue de l'ensemble. Les interludes sont intéressants et viennent enrichir l'univers, mais ils sont trop peu nombreux et trop courts. D'ailleurs j'ai trouvé de bonne facture la nouvelle opposant le Prince et l'Âpotre (ambiance dark bien réussie !)
Mais si j'ai eu peine à m'y intéresser, je dois avouer que les émois et les atermoiements adolescents sont bien mieux traités par l'auteur que par d'autres auteurs bien mieux côtés (on évite les mormoneries d'un Brandon Sanderson par ex)

Après 3 tomes contenant des péripéties parfois dispensables, le tome 4 paru 6 ans après tranche vraiment avec le reste.


Clairement en dessous de Fabrice Colin et de Mathieu Gaborit pour parler Fantasy française, mais pour moi il y avait suffisamment de bons éléments pour ne pas être hostile à l'idée de retenter l'expérience (avec "Elamia" cela commençait bien et puis cela devenait plan-plan, avec "Génésia" c'est l'inverse : plus on avance mieux c'est jusqu'au sad end bien pensé).
Et puis c'était quand même plus plaisant et plus intéressant que bien des cycles de high fantasy anglo-saxons !
Alexandre Malagoli un auteur de Fantasy néoclassique : il fait partie de ces auteurs qui régénèrent le genre en puisant aux sources de la culture populaire, et qui la modernise en lui insufflant une écriture télévisuelle. Ici il ne parvient par à aller au bout de ses idées (« son oeuvre maudite » dixit l'auteur lui-même), et quelque part c'est bien dommage.
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