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EAN : 9782021463477
304 pages
Éditeur : Seuil (20/08/2020)

Note moyenne : 4.25/5 (sur 10 notes)
Résumé :
Volontairement confiné dans la bibliothèque de son château où il vit reclus, un vieil homme s'apprête à dévoiler le secret historique de sa naissance. Lui, Italo Zadouroff deuxième du nom, descendant direct d'un soldat de Pierre le Grand, raconte comment et pourquoi le grand Ludwig van Beethoven, dont tout le monde est persuadé qu'il mourut seul et sans descendance, fut en réalité l'amant très amoureux de sa mère, une domestique qui servait au château de Martonvásár... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Kirzy
  23 août 2020
*** Rentrée littéraire 2020 #4 ***
Et si Beethoven avait eu un fils ? Et s'il l'avait eu d'une aventure avec la bonne des Brunszvick qui accueillirent le musicien ( pour de vrai ) dans leur château hongrois de Martonvasar en mai-juin 1880 ? Et si son âme était aussi torturée que son auguste père qu'il n'aurait jamais connu ? A partir de ce postulat de départ, Stéphane Malandrin s'amuse à imaginer un roman complètement fou qui déborde allègrement des bornes du roman classique en s'aventurant sur le chemins du conte jusqu'à celui du réalisme magique à la Borgès avec notamment une ballade dans la psyché et la mémoire du fils de Beethoven ( représentés sous la forme d'un monde imaginaire gardé par un gardien des clefs.)
L'auteur est un styliste et sa prose, souvent inventive et virtuose, est menée sur un rythme prestissimo qui entraîne le lecteur derrière lui dans une sarabande échevelée qui revisite la biographie réelle de Beethoven tout en en inventant une à ce fils fictif, jusqu'à imaginer un formidable ancêtre unijambiste roux qui se fait couper la barbe par le tsar Pierre le Grand !
Même si on sent la maîtrise de l'auteur dans la construction goulue qu'il donne à son roman, celui-ci est tellement débordant que cela peut avoir tendance à épuiser le lecteur qui doit courir derrière l'intrigue échevelée comme un dératé. A mi-parcours, j'ai ressenti le besoin de faire une pause devant tant de densité.
Pause d'autant plus nécessaire qu'elle m'a permis d'en mieux apprécier une fin superbe et terriblement émouvante. La lecture de la lettre ( toujours fictive ) écrite par Beethoven à ce fils qu'il n'a jamais connu permet de remettre tout le roman en perspective, lui apportant enfin douceur et apaisement. Indéniablement un auteur à suivre pour son univers original et son style plein de fougue.
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michfred
  22 novembre 2020
Stéphane Malandrin est un conteur.
Quand il s'empare d'un sujet, même complexe, même grave, comme celui d'un fils écrasé par le génie de son père, comme celui d'un homme que sa mémoire empêche de vivre au présent, comme celui d'un créateur aux prises avec ses créatures, comme celui d'un musicien qui se se déteste d' être un interprète et non un compositeur, quand il  rencontre un de ces sujets-là,  d'abord, avec gourmandise, Stéphane Malandrin n'en choisit pas un, il les prend tous, il les tisse ensemble avec la délectation d'un lissier à son métier, et  plutôt que l'ennuyeuse route toute droite, il choisit,  comme le petit Chaperon rouge,   les petits chemins de traverse, les sentiers qui  sentent la noisette et où ça grouille de papillons...  
Quitte à différer le plus longtemps possible l'arrivée du loup.
Si vous n'acceptez pas cette royale fantaisie, cette divine gourmandise qui va de pair avec celle des mots, celle des parenthèses, celles  des " listes"  chères à  Rabelais et au vieux Mátyus de ce récit , si vous ne vous sentez pas l'estomac  pour cette boulimie baroque, cette faim encyclopédique des domaines inexplorés -de celui des hongroyeurs à celui de l'oeuvre de Ludwig van- , si un labyrinthe,  pour vous, c'est un défi à trouver la sortie au plus vite et pas comme chez Borgès (ou chez Malandrin),    un art de se perdre pour voir l'envers des choses, alors retournez vite à des lectures plus disciplinées, plus rigoureuses et moins folles.
Ne lisez pas Je suis le fils de Beethoven.
Pour moi, j'attendais cette profusion, cette générosité exigeante- j'ai adoré le mangeur de livres, son premier roman-. Je me doutais  qu'il fallait être dans des dispositions particulières d'éveil, d'appétence, de lâcher prise pour apprécier ce deuxième livre. ..j'ai donc attendu un peu avant de me hisser à la hauteur du cadeau.
Je suis le fils de Beethoven est un cadeau!
Après l'emboîtement compliqué d'une filiation qui remonte à un unijambiste au visage bleu et à la barbe tousse, soldat du tsar Pierre le Grand, on entre dans le vif du sujet: la naissance d'Italo Zadouroff, fruit des amours ancillaires et néanmoins passionnées de Roszá Zadouroff, servante au château de Martonvásar, et  du célèbre compositeur autrichien -d'ascendance belge, note avec malice  Stéphane Malandrin qui a fait de la Belgique sa patrie d'adoption.
 Pauvre Italo, deuxième du nom, bâtard obscur et sans talent, né de père inconnu trop connu, bientôt orphelin de mère et rempli d'un désir de vengeance qui le gonfle comme une outre, lui qui n 'est pourtant qu'un vaste trou où s'engouffrent les souvenirs qui lui dévorent l'esprit et le corps, l'habitant d'une mort vorace, lui dérobant jusqu'à la réalité du monde...
Cocasse, imaginatif, mais aussi profond et bouleversant,  oui, Je suis le fils de Beethoven est un cadeau.
Une surprise aussi, comme cette " mort du père " si longtemps imaginée, jouée, projetée, cette "mort -du -pere- délivrance- du- fils"  que n'eût pas désapprouvée, plus tard, un autre viennois appelé Sigmund, et qui devient un des moments les plus tendres, les plus touchants du récit.  Un instant de grâce comme seule la musique peut en donner...
Si vous avez aimé le Mangeur de Livres, vous retrouverez la faconde de l'auteur, cette jubilation à raconter...et le fameux Codex lisboète dans une nouvelle péripétie de sa dévoration. Mais ce deuxième livre, plus complexe, moins gratuitement ludique, dit aussi beaucoup de choses à l'oreille du lecteur captivé mais attentif....
Sur les fils et les pères.
Sur la musique qui console et qui fait vivre.
Sur les minces cloisons entre réel et fiction.
Sur la mémoire qui ronge et tue le vivant.
Sur le champ des possibles, celui des souvenirs non vécus qui sont la manne de toutes les créations, musicales, poétiques et romanesques..
Une belle et forte lecture.
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LiliGalipette
  24 septembre 2020
D'ascendance russe et hongroise, Italo Zadouroff est un vieil homme qui veut que le monde reconnaisse enfin son lien avec Ludwig van Beethoven. « Beethoven a existé, voyez-vous, et moi aussi j'ai existé, sauf que moi, perdu dans le grand labyrinthe de mes souvenirs, personne ne me connaît et maintenant que les voix laissent sortir la grande explication des faits historiques, tout le monde va me connaître ; alors que lui, tout le monde le connaît, et maintenant qu'on me lit, chacun va le méconnaître ; c'est ainsi que se vident et se remplissent les lavabos : Beethoven est mort, moi je suis vivant, dans le secret de nos tombes se trouve la vérité que je m'apprête à dévoiler. » (p. 48) Ainsi, le compositeur de génie aurait vécu des amours contrariées avec une servante du château de Martonvásár. L'enfant né de cette courte relation, Italo, grandit sans son père, ce qui laisse forcément des traces. « La haine me coulait si bien dans les veines que j'ai passé toute ma vie à m'en défaire. » (p. 87) Les années passant, Italo devient un virtuose du piano, mais il est tout à fait incapable de composer. Après une vie entière à tenter, symboliquement et littéralement, à tuer le père, il livre son histoire dans ses mémoires, plus ou moins empêché par son trop fidèle valet.
L'Histoire a retenu de Beethoven qu'il est mort seul et sans descendance, alors que faire des élucubrations d'Italo Zadouroff, deuxième du nom ? Eh bien, les prendre ce qu'elles sont, de merveilleuses créations de l'imagination. À moins qu'elles soient tout à fait véridiques ? Qui peut savoir... le fils fait face à un père trop imposant, écrasant, et sa vie entière est une démonstration de sa propre existence, un cri lancé à la multitude pour être enfin entendu. « S'il n'a pas manqué d'ambition, il a manqué de génie pour faire descendre le sublime dans une forme nouvelle et c'est la confusion dans les idées qui a fini par dominer chez lui. » (p. 237) Avec ce deuxième roman, Stéphane Malandrin explore à nouveau la puissance créatrice de l'esprit et les méandres infinis du réalisme magique, pour mon plus grand plaisir. Et bonus non négligeable, on retrouve Lisbonne et l'étrange codex à la source des malheurs du héros du Mangeur de livres, dont je ne peux que vous conseiller la lecture !
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Horizon_du_plomb
  04 décembre 2020
« «  Isogaba maware », disent les Japonais, « si tu es pressé, fais un détour  » »
Opération « Lisez-vous le belge ? » (#LisezVousLeBelge,
https://www.rtbf.be/culture/dossier/chroniques-culture/detail_lisezvouslebelge-une-campagne-qui-donne-une-voix-et-un-visage-aux-autrices-et-auteurs-francophones?id=10645675 ) Ma petite participation bien que j'ai lu 4 belges cette année (je n'ai intentionnellement pas mis ma lecture de « Marées basses » sur Babelio comme d'autres lectures cette année), ce qui est plus que ma moyenne en général. Ok, je sais, ce livre, on en parle déjà pas mal comparé à d'autres livres moins mis en avant mais le pitch conjugué au terme « réalisme magique » m'a attiré telle une vibration aimante le sourd qui la reconnait comme son monde.
« De son point de vue, l'histoire des hommes était une pyramide de luttes et de conflits dont la base disparaissait dans la nuit des temps, dont le sommet se trouvait à Vienne, coeur du monde, et dont l'oeil étincelant n'était autre que la musique de Beethoven, la seule capable d'exprimer de façon sublime le sursaut que l'Europe appelait de ses voeux depuis la Révolution française. »
« C'est là où nous vivons depuis tant d'années, mon valet et moi. Je l'appelle Vieille Savate, ou Sganarelle ou pauvre Yorik, ou piètre Sancho et parfois Mosca, mais son vrai nom, je dois dire que je l'ai oublié. Je le bastonne régulièrement pour lui rappeler qui est le maître. »
Et en effet, le ton est lancé dés les premiers paragraphes. On comprend bien vite qu'ici on va retourner la grande Histoire des manuels comme l'on retourne sa veste avec audace. J'avoue que le roman m'a un peu déstabilisé au début, puis j'ai ri plusieurs fois à gorge déployée, enfin je n'ai pas su quitter ses pages. On est pris dans ce vase communiquant d'un père sourd et d'un fils qui entend des voix tels des souffleurs sur la scène. En fait, il y a un petit coté Shéhérazade, à la cour des grands, le « fils » va nous conter son patronyme comme on enfile des perles le long d'une ligne généalogique tout en essayant de ne pas perdre la tête.
« J'ignorais encore l'océan qui se cachait sous le lac, et ce n'est que bien plus tard que je découvris les musiques de Lully, Charpentier, Vivaldi, Pergolèse, et tant d'autres. »
Disons le simplement, c'est du bonheur que d'envoyer valdinguer dans les affres littéraires ce tsar de la musique qui écrivait: «  Je suis tout ce qui est, ce qui a été, et ce qui sera ; aucun mortel n'a soulevé le voile qui me couvre  » (et qui a été pour moi plus jeune une porte d'entrée vers la musique classique comme sans doute pour bien d'autres). Mais que l'on ne s'y trompe pas, c'est un livre plein d'humour qui n'a rien d'une prothèse mais qui à coup sûr porte bien des thèses. Il dépasse le pastiche ou la caricature pour aller plus loin et c'est cela sa force. Vu que l'auteur rentre dans les « détails », il est clair qu'on l'apprécie plus si on aime L Histoire et la musique classique mais ce n'est pas obligatoire.
« Mozart aux latrines ! »
«  L'Italie nous a fait croire que notre époque a besoin de légèreté, mais c'est la vérité qui lui manque, car dans l'un comme dans l'autre cas, les excès sont contraires aux canons de la beauté.  »
Dans les infortunes d'Italo Zadouroff, deuxième du nom, encore plus qu'un Cervantés, on reconnait un peu ces méandres nabokoviens, cette intimité qui donne vers la beauté « pathétique ». Soyons honnête, il y a des passages un peu plus à mou, plus « ordinaires », mais le livre rebondit tout le long comme la grenouille d'une méchante blague d'écolier. On est balloté avec joie. La fin semble d'ailleurs un moment trop portée par Borges mais là aussi, par un tour de pirouette, l'auteur va vers autre chose, un drôle de miroir de société d'ailleurs.
Au final, et en connaissant le parcours professionnel de Stéphane, on se plait à rêver d'une production cinématographique franco-belge sur ce bout d'Histoire toujours décalé et bien culotté (voire belge tout court, soyons chauvin comme cette crinière d'animal fou [voir citation origine belge] ou en hommage au début du livre). Je visualise déjà Bouli en père, Benoit en fils secondé de Yolande en Magda et Efira en Thérèse ;-D.
Soyez donc de « ceux qui savent ». Et qu'au pays de Pan, cuir et cuivres résonnent rétrospectivement.
« – Il a dit : “Les boeufs ! les ânes !” Car cette Grande Fugue, Sali, fait entrer l'esprit de la modernité dans la forme antique, ce n'est pas moi qui le dis, c'est lui. »
« BAM, BAM, BAM – j'avais le droit d'exister –, BAM, BAM, BAM, fit mon poing rouge sur la porte verte – BAM, BAM, BAM pour la troisième fois – »
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lehibook
  02 août 2020
Depuis « le mangeur de livres » le lecteur ne peut ignorer la capacité d'invention de Stéphane Malandrin .Avec son deuxième opus « Je suis le fils de Beethoven » il en a amplement confirmation : d'un noble russe au teint bleu (c'est plus classe que le sang) et à la barbe rousse aux fruit des amours ancillaires du grand Ludwig en passant par un tanneur hongrois « hurleur de listes » nous avons notre content de personnages flamboyants et de péripéties improbables. Mais ce n'est pas tout ! L'auteur déroule derrière cette cavalcade effrénée des thèmes profonds : le rapport au père, la musique, la mémoire , l'angoisse de la stérilité créative . Et par-dessus tout l'amour des mots et de la littérature (on croise au fil du texte Montaigne, Rabelais et le génial Borgès ) . Un second roman plus fort , plus abouti .
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critiques presse (1)
Actualitte   16 septembre 2020
Je suis le fils de Beethoven marie le délice de la fake news à la théorie complotiste, dans un récit biographique construit de toutes pièces. L’apparente authenticité d’un récit mené par un « je » fanfaronnant et contestataire, se savoure comme une pâtisserie délicate.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
michfredmichfred   21 novembre 2020
Moi aussi j'avais souffert, et moi aussi j'avais été misérable. Moi aussi je devais prendre soin de moi comme une mère aurait pris soin de moi si elle avait été là. Moi aussi j'avais droit à la compassion et aux réparations que pouvait prodiguer de façon si bénéfique mon imagination. Moi aussi j'avais droit à ma propre bienveillance, et pour mieux dire, à ma propre amitié.
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LiliGalipetteLiliGalipette   24 septembre 2020
« Beethoven a existé, voyez-vous, et moi aussi j’ai existé, sauf que moi, perdu dans le grand labyrinthe de mes souvenirs, personne ne me connaît et maintenant que les voix laissent sortir la grande explication des faits historiques, tout le monde va me connaître ; alors que lui, tout le monde le connaît, et maintenant qu’on me lit, chacun va le méconnaître ; c’est ainsi que se vident et se remplissent les lavabos : Beethoven est mort, moi je suis vivant, dans le secret de nos tombes se trouve la vérité que je m’apprête à dévoiler. » (p. 48)
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michfredmichfred   21 novembre 2020
On me disait que Beethoven n'était pas d'âme allemande, comme le croyait l'opinion publique, mais flamande, comme je l'ai déjà dit, puisque sa famille paternelle venait de Malines, près d'Anvers, et même de Kampenhout, dans le Brabançon, près de Bruxelles, où elle résidait depuis deux siècles, et qu'il en avait ramené son indépendance frondeuse, son dégoût des préjugés et son sens de l'exubérance, aussitôt je reniais l'esprit allemand, me proclamais sujet du royaume des Belgiques - comme disaient les Français-, flamand de coeur et d'esprit, et je me montrais tel, refusant de me soumettre à l'étiquette, me déclarant l'égal des chevaliers ou des rois, répétant ad libitum une formule de papa :" Aussi longtemps que l'Autrichien aura de la bière brune et de la saucisse, il ne se révoltera pas."
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michfredmichfred   21 novembre 2020
C'est adulte que j'ai su que mes souvenirs voulaient en quelque sorte ma peau, qu'ils étaient jaloux , et qu'ils ne supportaient pas qu'on les prenne pour les reflets de réalités passées. Ils étaient prêts, tous, et en permanence, à s'emparer de moi, de mon esprit, de mon corps, prêts à écraser l'instant présent sous l'éternel printemps de leurs sensations mortes. Ma memoire est une béance qui avale l'intégralité du monde. Elie la mange. Rien n'y résiste. Tout s'y dissout. Moi-même, elle me veut, et pour contrer sa puissance dévorante, j'ai appris très tôt à me défendre.
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merodemerode   01 septembre 2020
On me disait que Beethoven avait de mauvaises manières, qu’il était « négligé au point de n’être plus présentable », qu’on l’avait vu donner des leçons en robe de chambre, qu’il travaillait avec tant d’ardeur qu’il bondissait parfois pour se verser des torrents d’eau sur la tête : je jouais sa musique puis me levais, m’asseyais, le crâne dégoulinant jusqu’à la chemise que je gardais sale et déchirée, je sortais au village habillé n’importe comment, me faisais remarquer par mon accoutrement ridicule — pantoufles et bonnet de nuit.
On me disait que Beethoven jouais tel rondo en se permettant un ritardando au moment du crescendo, retenant le mouvement, donnant tantôt à la main gauche, tantôt à la main droite, une expression qui lui paraissait inimitable, aussitôt je décidai de le chanter, suant sang et eau en faisant monter et descendre ma voix, faisant des ritardando à tous les crescendo, donnant à mon tour de chant une façon si efféminée que je ne savais plus si on allait rire ou m’applaudir à tout rompre.
On me disait que Beethoven était parfois violent, qu’on l’avait vu jeter à terre des cahiers de musique avant de les mettre en pièce, lancer au visage de sa servante un œuf éventé, renverser sur la tête d’un serveur un plat qu’on voulait injustement lui faire payer, on me disait qu’il blâmait Mozart d’avoir prostitué son talent sur un sujet aussi scandaleux que Don Juan, aussitôt j’exécrais cet opéra, que je trouvais abject, j’entrais dans de terribles colères s’il se trouvait quelqu’un pour l’apprécier, j’étais une « bête en fureur », un « brusque », un « rustre ».
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