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Critiques sur La peau (26)
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Lencreuse
  21 juillet 2010
Malaparte, accompagné des "grands" libérateurs américains, promène un regard terriblement lucide sur l'Italie du frais après-guerre. de Naples à Rome, il dénonce les ravages d'une guerre et d'un peuple qui, après la soumission, a connu la Libération mais aussi et surtout la pauvreté et la faim et toutes les horreurs qu'elles peuvent traîner dans leur sillage.
Bien difficile de faire une "critique" de ce livre brûlot. Parce que ce n'est pas évident de le résumer, parce que les émotions que provoque la lecture sont complexes et finalement, je m'en rends compte, difficilement exprimables. On y trouve des scènes terribles, des métaphores flamboyantes, il y a de la beauté et de l'horreur et beaucoup de beauté dans l'horreur elle-même. Il y a la vieille Europe malade face à la saine Amérique, les vaincus face aux « vainqueurs ». Malaparte est un érudit, sensible à l'art et cet amour de l'art, notamment de la peinture transpire tout au long du récit. Sans jamais être pesante, cette omniprésence de l'art donne un relief particulier aux « horreurs » du quotidien, à ces petits arrangements avec les consciences qu'engendre la faim, aux ignominies devenues la norme d'un peuple libéré certes, mais à jamais vaincu. La peau évoque cette période dont on parle finalement peu, - même dans les livres d'histoire - de la sortie de la guerre. Dans les films, on crie « Vive la liberté ! » et les filles embrassent les soldats au son des flonflons. Dans la réalité, les pays et les hommes sont ravagés et la guerre laisse encore longtemps des traces.
On rencontre des livres parfois sur lesquels il est bien difficile de faire de la prose, même si on les a aimés - peut-être parce qu'on les a aimés d'ailleurs !
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ericbo
  28 mars 2017
J'aime beaucoup ce roman. En fait, je l'avais découvert à travers la magnifique adaptation cinéma de liliana Cavani dans les années 8o avec Mastroianni. C'est bien plus tard que je l'ai lu, et après un voyage à Nap!es. Ce fut un deuxième choc. Toute la truculence de Naples se retrouve dans ce texte, avec ses excentricités, sa trivialité, son réalisme. Il s'agit de la rencontre entre deux cultures diamétralement opposées : l'Amérique puritaine et l'Italie méditerranéenne. Les soldats americains remontant la botte pendant la deuxième guerre mondiale n'etaient pas armés (si j'ose dire) pour affronter la culture napolitaine. Et on assiste alors aux difficultés de ce militaire italien nommé pour faire le lien entre les deux cultures. Il ne parviendra jamais à réussir sa tâche. Constamment ridiculisé ou incompris par les américains. Tout ceci finit dans l'explosion du Vesuve de 44.
Malaparte, à travers le réalisme napolitain, nous signifie que la vie s'apprécie pour ce qu'elle est, dans l'instant, dans les horreurs comme dans le bonheur. Mais surtout, ne pas juger ce que l'on voit à l'aune d'une culture différente. La peau humaine n'est que cela. Prendre de la distance pour essayer de comprendre. Malaparte nous offre donc une belle leçon de vie.
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majero
  03 octobre 2018
Malaparte désirait-il nous léguer ses cauchemars de guerre, espérant s'en délivrer?

Officier de liaison avec les américains après que Mussolini aie retourné sa veste en 43, il nous raconte, déformé par un fascinant expressionnisme à la Fellini, la Naples humiliée, réduite à la 'peste' que constitue la prostitution généralisée des hommes femmes et enfants, sa chevauchée nocturne abordé par des juifs crucifiés, le procès expéditif de jeunes fascistes par les partisans communistes, le soir où il arrive à distraire un soldat mourant, le tribunal des foetus ou la danse lubrique du bossu sous les bombardements...
Et il trouve aussi les mots et la forme comme ces extraordinaires dialogues de sourds!
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sebbys
  27 septembre 2012
C'est un livre très dur, qui se passe durant la deuxième guerre mondiale. Curzio Malaparte nait en 1898 et fera les deux grandes guerres. Emprisonné à deux reprises durant la deuxième guerre, il en sortira vivant. Il deviendra aussi écrivain durant ces années difficiles pour lui, et pour l'Europe toute entière, alors considérée comme un pays et non comme un continent.
Berlin est bombarbée, et des tranchées sont construites un peu partout dans la capitale allemande. Des familles entières sont enterrées. On les noit aussi. Paris est occupée par les Allemands.
L'apparition de la peste le 1 octobre 1943 ne va rien arranger. Il va y avoir des milliers de morts, laissés en plan sur les trottoirs. Les corps pourissent et sont ensuite ramassés et jetés dans les cimetières.
Mussolini est viré de ses fonctions. Il est arrêté et remplacé.
Les Anglais remportent la guerre, et les Italiens vont s'amuser de leur défaite. Ils vont jouer avec leurs armes, et considéreront que perdre n'est pas pire que gagner la guerre.
C'est un roman émouvant, dur, très dur même.
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stcyr04
  10 décembre 2012
Avec Kaputt, Malaparte plongeait le lecteur dans la dichotomie d'une vie de luxe autour du gouverneur général Frank à Varsovie aux heures sombres du ghetto, et plus généralement dans les horreurs du front est de la deuxième guerre mondiale. Dans la Peau l'auteur témoigne de ce que le débarquement des alliés et plus particulièrement des Américains dans le sud de l'Italie représenta pour la ville de Naples. On y découvre une population exsangue et affamée - comme elle l'a souvent été au gré du passage des différents “libérateurs” qui se sont succédés dans sa longue et superbe histoire –, vivant dans des taudis et épuisée par une guerre que l'Italie n'avait pas les moyens de soutenir. Tout s'achète et tout se vend, l'honneur, les femmes et les enfants. D'autant plus que les vainqueurs ont de l'argent, des vivres, du matériel, des cigarettes, qu'ils sont beaux et un peu naïfs, autant dire du pain béni pour ces Napolitains qui ont toujours montré de l'ingéniosité et de la malice.
Avec son style si particulièrement suggestif, puissant, son talent à transmettre l'horreur d'une situation, à la rendre fascinante, et même terriblement belle, Malaparte prouve encore son génie d'écrivain et son don de conteur hors-pair.
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lafilledepassage
  23 août 2018
Un tout grand coup de coeur pour ce magnifique roman de Malaparte (mon premier roman de cet auteur).

Tout à l'image du peuple napolitain qu'il décrit presque avec amour, c'est une écriture colorée, mouvementée, généreuse, truculente, fantasque, baroque, onirique mais aussi sensible. En somme terriblement vivante, pour raconter des événements très douloureux.
Malaparte raconte tour à tour les événements de la Libération de l'Italie, l'extrême misère du peuple, le cynisme et l'hypocrisie des Américains, l'entrée hautement symbolique des Alliés dans Rome par la Voie Appienne (comme Marius, Sylla, Jules César, Cicéron, …), pour finir avec la dernière éruption du Vésuve, dieu tutélaire de Naples, en 1944.

Le tout est foisonnant d'images, de délires et d'humour. Sous cette extravagance, je ressens une bonne dose de pudeur de la part de l'auteur, à mi-chemin entre le peuple italien et les soldats US envahissants, pudeur devant les souffrances du peuple napolitain, soumis à une barbarie d'un genre encore inconnu alors, celle du peuple américain.

Un excellent moment de lecture, loin des écrivains aseptisés et prévisibles.
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mireille.lefustec
  01 février 2014
La PELLE, lu en V.O.
Une terrible peste de répand à Naples à partir du jour où, en octobre 1943, les troupes alliées sont entrées en libérateurs.
Une peste qui ne corrompt pas le corps, mais l'âme. poussant les femmes à se vendre et les hommes à piétiner le respect de soi.
Transformée en un enfer d'abjections, la ville offre des visions d'une obscène, déchirante horreur: la fille qui, dans un taudis, ouvrant "lentement la rose et noire tenaille de ses jambes" permet que , pour un dollar, les soldats vérifient sa virginité;
les perruques blondes où rousses des femmes oxygénées et la poudre blanche dont elles se couvrent le pubis parce que "Negros like blondes" ;
les enfants à demi-nus et terrorisés que les mégères au visage couvert de fard vendent aux soldats marocains, oubliant le fait qu'à Naples les enfants sont la seule chose sacrée.

La peste --c'est l'indéniable vérité-- est dans la main charitable et fraternelle des libérateurs, de leur impossibilité à découvrir les forces mystérieuses et obscures qui, à Naples, gouvernent les hommes et les faits de la vie, de leur conviction qu'un peuple vaincu ne peut être qu'un peuple de coupables.

Il ne reste alors rien d'autre que la lutte pour sauver sa peau: non l'âme, comme autrefois, ou l'honneur, la liberté, la justice, mais l'abominable peau.

Insoutenable et splendide roman. Un réalisme à la limite du macabre.
..."avec ses mots, Malaparte se fait du mal à lui-même et aux autres; celui qui parle est un homme qui souffre. Pas un écrivain engagé. Un poète;" Kundera
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rotsenamrub
  09 septembre 2018
Quel est mon sentiment après avoir refermé ce livre?
Difficile à préciser, tout d'abord, tenter de dissocier l'oeuvre de l'auteur. Outre sont adhésion au parti fasciste, on sait les soupçons d'opportunisme et d'imposture qui sont prêtés à Malaparte, je suis insuffisamment instruit sur le sujet et j'en ferai abstraction ici.
Eh bien ! le livre alors ?
C'est d'abord un tableau saisissant de la pagaille gigantesque qui suivit l'arrivée des troupes alliées victorieuses en Italie et sans doute dans toute l'Europe avec son cortège de héros, de traitres, de collabos et de profiteurs. Catégories de destin qui s'avérèrent d'ailleurs par la suite bien moins étanches qu'on aurait pu le supposer, certains ayant, au gré d'opaques circonstances, impunément frayés successivement dans l'une ou l'autre.
C'est aussi l'occasion pour l'auteur de partager son amour pour son pays et ses compatriotes à travers de longues descriptions lyriques de Naples, du Vésuve, de l'ile de Capri, de Rome et de la Toscane étayées et enrichies de références historiques, artistiques, littéraires et mythologiques d'une érudition qui, je l'avoue modestement, ont souvent trouvé chez moi un ignorant.
Reste un point délicat et difficile à trancher pour un lecteur lisant en 2018 une oeuvre de 1949, c'est le caractère violemment homophobe qui marque de longs passages. Les mentalités à cet égard étaient certes très différentes à l'époque mais Malaparte, en temps qu'intellectuel, ne peut être complètement exonéré de cette critique.
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frmwa
  29 juillet 2018
Avec la Peau, Malaparte poursuit sa manière bien à lui de rendre compte de la guerre - au delà des faits bruts. Cette fois-ci, les puissants sont les libérateurs, américains ou français, avec qui il pratique son redoutable humour, macabre et ironique. Il alterne les tableaux, tantôt proustiens dans la description de la noblesse italienne ou des officiers américains, tantôt dantesques avec le peuple de Naples, priant, vociférant, trafiquant, souffrant - comme représentant de tous les peuples d'Europe. La scène de l'éruption du Vésuve est particulièrement saisissante et magnifiquement décrite. Celle du chien saisira d'horreur tous les amis des animaux et bien au-delà. Malaparte répond par avance à ses détracteurs qui lui reprochent ses talents de caméléon en faisant valoir ses états de service comme volontaire dans l'armée française pendant la 1re guerre et sa qualité d'opposant, emprisonné ou exilé dans l'île de Lipari. Malaparte certes se donne souvent le beau rôle, mais c'est lui qui tient la plume, donc pourquoi se priverait-il d'autant qu'il le fait avec talent. La page de la première moitié du 20e siècle s'apprête à être tournée. Un vieux monde s'écroule, mais Malaparte, paradoxalement pour un supposé caméléon, répugne à s'aligner sur la pensée dominante et se fait un plaisir d'introduire le doute et le questionnement, par ses questions impertinentes et paradoxales, et impose sa propre personnalité dans le chaos et le maelstrom des libérateurs de la 25e heure, avec une répugnance à tuer - ce qui ne va pas sans mal en temps de guerre, et aux exécutions sommaires. Il y a quelque chose de Corto Maltese en lui. Son attitude vis-à-vis des homosexuels peut cependant paraître datée, même si sa critique acerbe des modes littéraires, intellectuelles et autres garde toute sa valeur. Malaparte met également en abîme les critiques quant à l'authenticité de ce qu'il décrit, personnifiées par la remarque du général français, auquel il répond par une farce macabre ! Notons aussi qu'il parle de sa magnifique villa qui devait notamment servir plus tard de décor au film le Mépris de JLG avec Brigitte Bardot.
Comme je ne retrouve plus le passage, je cite Libé :
"Il raconte la visite (fictive) du maréchal Rommel dans sa maison de Capri. Rommel demande à Malaparte s'il a acheté la villa déjà construite. Celui-ci prétend que oui puis, désignant d'un mouvement panoramique du bras la péninsule de Sorrente, les îles des Sirènes et les reflets azurés de la côte d'Amalfi, il ajoute : «Moi, je n'ai dessiné que le paysage.»"
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MarianneL
  26 avril 2013
Naples libérée et prostituée, ou l’ambiguïté et la violence de la victoire.

En 1943, Curzio Malaparte (1898 – 1957) est officier de liaison auprès des troupes alliées, dans la ville de Naples où les Américains viennent de débarquer. Naples est une ville exsangue dévorée par la faim et Malaparte raconte, de manière aussi brutale, macabre et picturale que dans «Kaputt», cette cité peuplée de femmes et d’enfants décharnés, aux visages couleur de cendre, de napolitains réduits à la honte face à aux soldats américains. La misère et la honte des napolitains luttant pour survivre les réduisent à une condition, selon Malaparte, encore plus tragique que la guerre.

«Avant la guerre, nous avions lutté et souffert pour ne pas mourir. Maintenant, nous luttions et nous souffrions pour vivre.».

«Vous ne pouvez pas imaginer de quoi est capable un homme, de quels héroïsmes, de quelles infamies il est capable, pour sauver sa peau. Cette sale peau.»

Comme dans «Kaputt» publié six ans auparavant, il est impossible démêler le reportage de la fiction dans «La peau», deuxième volet de cette fresque tragique de l’Europe en guerre, publié et traduit en français en 1949 par René Novella pour les éditions Denoël, somme hallucinée de mensonges qui permet de raconter la vérité.

La suite sur mon blog ici :
Lien : https://charybde2.wordpress...
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