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EAN : 9782752904256
560 pages
Phébus (15/10/2009)
4.05/5   22 notes
Résumé :
Jean Malaquais travailla jusqu'à sa mort en 1998 à la révision du texte de ce roman publié en 1947 dans l'indifférence totale - et que ses admirateurs considèrent clairement comme son plus grand livre. Norman Mailer, dans sa préface, insiste sur les raisons du malentendu : Malaquais s'est toujours arrangé pour avoir un demi-siècle d'avance sur la sensibilité de son temps. Conclusion : il est peut-être temps de le lire. Nous sommes à Marseille au début des années 40.... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
PeterKmad
  25 novembre 2014

Je me sens obligé de sortir de ma réserve habituelle concernant les oeuvres de fiction pour vous parler de ce roman, que personne ne semble avoir lu ici-bas, ce qui est absolument triste.
A cette époque de réseaux et d'encyclopédies en ligne, je ne prendrais pas le temps de vous parler de Jean Malaquais, une rapide recherche documentaire via les moyens informatiques dont nous disposons tous suffira amplement à vous forger une idée du personnage.
Et maintenant, voici Marseille ! Marseille en 1942, sous le contrôle du gouvernement de Vichy, en "Zone libre" donc, avant que les autorités allemandes (et italiennes) ne se décident à occuper le territoire, suite au débarquement allié en Afrique du Nord. Marseille, goulot d'étranglement pour tout ceux qui cherchent à se barrer de cette Europe transformée en gigantesque coupe-gorge par une bande de barbares en uniformes. Se côtoient donc, dans une promiscuité étouffante, les locaux, comme échappés d'un roman de Pagnol, qui vivotent comme ils le peuvent en ces périodes de pénuries (plus de pastis !) et toute une faune interlope de juifs fuyant les rafles et d'opposants politiques fuyant la Gestapo et/ou le NKVD, qui végètent dans l'attente d'obtenir un visa de sortie. Je vous laisse imaginer ce qui peut fleurir dans un terreau pareil : crapules opportunistes, policiers louvoyants, indicateurs visqueux, combattants de l'ombre, fonctionnaires carriéristes, bref, une joyeuse bouillabaisse de poissons moyennement frais...
Du coup, on s'attend à l'habituel récit des bassesses humaines, qui renaissent spontanément dans ce genre de contextes. Mais ce n'est pas le plat que l'on sert là, même si les ingrédients sont là. Car les multiples personnages dont nous allons suivre les pérégrinations sont bien plus ambigus que ce que l'on pourrait s'imaginer. S'inspirant très souvent de personnes réelles, Malaquais nous entraine dans un univers peu manichéen, même si les crapules y sont légions, et nous rapproche au plus près possible du monde tel qu'il est perçu par les individus concernés, ce qui particulièrement bien rendu par le parti-pris littéraire qu'il a choisi. En effet, dans ce récit choral, pour chaque protagoniste, nous aurons le droit à un style d'écriture bien spécifique. Si nous suivons une petite frappe imbue d'elle-même, légionnaire du SOL, gouailleur comme c'est pas permis, çà va causer "popu", çà va l'ouvrir à tout-bout-de-champ, et çà va pas être finaud-finaud dans ses réflexions. Et si nous suivons un vieux révolutionnaire russe désabusé, avatar fictionnel de Victor Serge, vas-y que je te pratique la dialectique, que je ressasse mes déception politiques, que je me complet dans mon personnage un brin mythique de "celui qui as participé à 1917". Et ainsi de suite, pour une quinzaine de personnage.
Comme le mentionne à juste titre le quatrième de couverture, on est donc dans une approche qui est autant réaliste que lyrique. On retrouve dans ce roman à la fois une représentation fidèle de certains lieux et de certains personnages emblématiques de cette période historique (même si les noms ont été changés) et une approche résolument humaniste de ces personnages, qui s'attache à éclairer avec une grande finesse la réalité vécue par ceux qui se retrouvent contraint de vivre dans ces situations troubles, et qui nous conduit, de fait, à développer de la sympathie aussi bien pour un haut-fonctionnaire de Vichy issu de la grande bourgeoisie aristocratique française, que pour un jeune résistant trotskyste idéaliste issus du prolétariat russe.
Un récit subtilement immersif, signifiant, véritable réflexion sur les implications humaines de ce genre de situation historique, dans un Marseille dont nous n'aurons que les visions subjectives de ceux qui y vivent, et qui finalement, ne sera qu'une scène discrète pour les petites et grandes tragédies qui s'y trament. Je recommande chaudement ce roman à ceux qui aiment autant l'humanité qu'ils la haïssent. Vous l'aimerez et la haïrez d'autant plus.
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topocl
  07 juin 2017
Il s'agit d'un roman choral puissant écrit en exil entre 1942 et 1947 par Jean Malaquais, qui ne se fixe rien moins comme objectif que de raconter la France de 1942, juste avant l'invasion de la zone non occupée par les Allemands. Une époque où pour ceux qui n'ont d'autre choix que l'exil, on peut encore espérer passer entre les mailles du filet. Belle ambition, donc, et parfaitement aboutie.
Basé à Marseille, grand port de départ vers l'inconnu et de petites magouilles, avec son satellite le camp des Miles, s'exportant à Paris, Vichy et sur la frontière espagnole, le roman entrecroise de multiples destins, ceux des petits comme des puissants et des profiteurs, des humiliés comme de ceux qui croient être du côté de la victoire, des révoltés comme des collaborateurs, des traqués comme des policiers, mouchards et autres gardes-chiourme, des apatrides comme des nationalistes. Toute l'humanité est là, vit, s'active, se cache, se démène, réfléchit , aime.....
Sans refuser le pathétique et le lyrisme, s'accompagnant d'humour et d 'ironie, empreint d'humanité, Jean Malaquais nous donne à voir tous les membres de cette société déboussolée, leurs petites et grandes vilenies, leurs bonheurs et leurs courages, leurs majestueuses élégances.
Jean Malaquais est un romancier expert, tout à la fois intelligent et bon, maitrisant un récit démultiplié, plein de rebondissements, de digressions, de détours, tout cela sans (trop perdre son lecteur (à qui je recommande cependant de bien se concentrer dès le début). Il y met une prose éblouissante d'inventivité, unique, splendide. C'est bluffant.
Planète sans visa fait partie de ces rares romans qu'on lit avec ses tripes, son cerveau et son coeur, se demandant perpétuellement comment on a pu ignorer son existence jusque-là, comment il se fait que ce n'est pas un classique. C'est l'oeuvre d'un écrivain singulier, fascinant, un roman déchirant de beauté, qu'il serait bien dommage d'ignorer plus longtemps.
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lolo71
  06 avril 2009
Marseille, 1942, quelques mois avant l'invasion de la zone libre par les Allemands. L'occupant est loin, mais la ville n'en est pas moins sous la férule d'un despote, le régime collaborationniste de Vichy. Vers Marseille ont convergé des réfugiés des quatre coins de l'Europe, fuyant la tyrannie, l'oppression et la guerre, et espérant décrocher le visa de sortie qui leur permettra d'embarquer sur un de ces cargos en partance pour la liberté et la paix. Parmi eux, un révolutionnaire bolchevique de la première heure qui a connu les camps staliniens, un républicain espagnol, et surtout des juifs d'Europe de l'est, tous indésirables et en butte aux tracasseries et persécutions de la bureaucratie policière de Vichy.
Le roman fut publié en 1947 et ne fut pas beaucoup lu. Les Français voulaient oublier cette période récente de leur histoire. Ils ne voulaient pas se rappeler ces collaborateurs issus du peuple qui avaient profité de la situation pour prendre une revanche sociale. Ou ceux issus de la grande bourgeoisie, servant l'Etat français mais n'hésitant pas à trafiquer pour préserver leurs intérêts personnels. Ou encore ces policiers raflant les juifs sur ordre de la préfecture, avant la visite à Marseille du maréchal. Cet épisode, un des passages les plus saisissants du livre, se conclut sur ces lignes : « Les gens sur le trottoir regagnent un à un leur gîte, sentant peut-être qu'avec ce rapt une part d'eux-mêmes s'en va dans la nuit qui recouvre tant de terres hostiles, de fosses communes, de ravages innommables, et d'espoirs aussi, trop tenaces pour qu'aucune ignominie jamais n'en vienne à bout ».
L'espoir est représenté par ces anonymes luttant, chacun avec ses armes, contre le totalitarisme qui s'est abattu sur la France : intellectuels anti-fascistes, fabricants de faux papiers, arnaqueurs captant les capitaux destinés à la fuite vers l'étranger, passeurs, etc. Mais les motivations ne sont pas toujours pures, et la fin justifie des moyens parfois douteux : « Les grands salauds ont toujours leurs petites bontés, et les grands bonshommes ont toujours leurs petites saloperies du dimanche ». Les véritables héros sont rares dans la France de Vichy.
Jean Malaquais brosse un portrait sans concession de cette période trouble. Il met en scène une multitude de personnages dont les trajectoires se croisent. Il alterne descriptions réalistes, introspections psychologiques et évocations lyriques, utilisant tous les registres de la langue française qui vont du parler populaire à l'expression la plus précieuse, façon XVIIIe siècle. Une maîtrise sidérante chez cet écrivain, de son vrai nom Wladimir Malacki, Polonais, juif, qui n'apprit qu'à l'adolescence notre langue, alors qu'il était un jeune immigré. Cet autodidacte, acharné au travail, écrivit Planète sans visa de 1942 à 1947, au fil de sa fuite de Paris au Mexique, en passant par Marseille et l'Espagne, et le remania jusqu'à l'aube de sa mort en 1998, à l'âge de 90 ans. Un livre d'une lecture parfois difficile, mais d'une richesse incontestable. J'ai préféré pour ma part Les Javanais, prix Renaudot 1939, récit joyeux de la vie d'une colonie de métèques trimant dans une mine de Provence. le meilleur moyen d'entrer dans l'oeuvre de cet immense poète.

Lien : http://plaisirsacultiver.unb..
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
stekasteka   21 juillet 2015
Note de l'éditeur
Le livre avait surtout été pour son auteur, Malaquais le malappris, l'occasion d'expliquer à ceux qui n'étaient pas tout à fait ses compatriotes qu'ils souffraient d'une maladie inquiétante : une bizarre démangeaison d'inhospitalité agressive qui les poussait à gratter jusqu'à l'os la couenne délicate du corps national afin d'en chasser la vermine supposée - vermine venue d'ailleurs, ainsi qu'il se disait alors (et ainsi qu'il se dit encore).
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duplauduplau   14 juillet 2016
J'ai passionement aimé enseigner la philosophie à mes élèves toutes ses années durant. Comme toutes choses, les passions s'éteigent, on change d'objet, d'autres académies me requièrent :celles des camps de réfugiés. Des classes, des cercles d'études y surgissent spontanément, que ce soit pour apprendre les tables de multiplication ou se faire expliquer le système des mondes engloutis. En sorte que la question de l'élève vêtu de tweed ou de celui qui grelotte dans sa veste en loques, lequel a le plus besoin que je lui parle du poids de la lune ? Cette question là se passe de réponse.
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YalimapoYalimapo   20 avril 2021
Soit les mesures de rationnement était nécessaires et indispensables. Mais la rapacité des puissances occupantes rendait sa tache bien ardue. Il en voulait surtout aux italiens. Fourrés en permanence dans les dépots, les gares de marchandises.
Balayette d'attaque et camionnette sous pression, ils prétendaient mettre le grappin sur le peu que les Allemands avaient omis de rafler. Ceux là, au moins, forcaient l'estime du connaisseur : comme maîtres en fait d'expropriation chapeau! Presque des bolchevistes, en ce sens. L'Allemagne était ce qu'elle était, bon, bref, on savait à quoi s'en tenir. Mais l'Italie? la sœur latine? la sœur de race? Les façons de ses chemises noires, leurs fanfaronnades, leur dégaine de matamore, il en souffrait - pas tout à fait, mais presque - comme un infidélité à un idéal commun.
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stekasteka   23 juillet 2015
Et quand bien même l'on serait seul, au plus désolé de la solitude, c'est encore autrui, la présence de l'autre, de tous les autres, qui étoffe notre vie.
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LaFaroLaFaro   06 mai 2020
Il est évident que nulle fin, si idéale soit-elle, ne résiste au traitement par la maculation: l'action des moyens sur la fin est directe et irréversible.
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