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Sylvia Bénichou-Roubaud (Traducteur)Jean-Jacques Fleury (Auteur de la postface, du colophon, etc.)
EAN : 9782862605951
97 pages
Éditeur : Autrement (20/03/1996)
4.26/5   25 notes
Résumé :

1ère édition en espagnol (Argentine) : 1953

Au nord de la Patagonie, front pionnier, "débarque", un beau matin, un individu étrange muré dans son silence : Chaves. Et, dès le début, un tel silence a le don de déclencher la fureur des autres, de l'autre. Cette "impassibilité", cette "gravité", Mallea narrateur va les faire vivre directement à son lecteur, son personnage ne s'exprimant qu'au style indirect ou à travers un discours intérieur. C... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Sachenka
  17 mai 2015
Avec ce bref roman, cette nouvelle, cette plaquette, l'Argentin Eduardo Mallea signe un petit bijou. Il raconte l'histoire d'un homme seul et grave : Chaves. Cet homme parle peu, n'échange pas avec ses collègues bavards, même une fois le travail terminé. Solitaire jusqu'au bout, il n'en a que faire des autres, il s'isole volontairement, s'attelle avec ardeur à la tâche, peut-être même essaie-t-il de s'y oublier… Mais ce silence qu'il s'impose est mal perçu, ses collègues le croient hautain, méprisant. Alors, la frustration puis la colère se déchainent. Contrairement à l'entourage de Chaves, le lecteur est intrigué, veut connaître l'histoire de cet homme si particulier.
Et cette histoire, Mallea la livre petit à petit, via des retours en arrière. Alors que la fureur des travailleurs est à son paroxysme, l'auteur lève le voile sur les moments les plus intimes d'un homme à qui les promesses de la vie ont été ravies. Sa fille, puis sa femme… Chaves réussit à les partager naturellement. Et merveilleusement, aussi. On a l'impression d'entrer à pas feutrés dans la vie de cet homme. Lui qui parle si peu, il communique beaucoup, par des gestes presque imperceptibles, par un regard jeté à la dérobée, par le mouvement lent de ses pieds près de la berge, un soir alors que la brise vient rencontrer sa nuque. L'écriture a un je-ne-sais-quoi de poétique mais sans les lourdes fioritures qui souvent l'accompagnent. Tout comme le personnages Chaves, Mallea est économe de ses mots : rien de superflu, tout va à l'essentiel. Décidément, un auteur à découvrir et faire connaître.
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GeraldineB
  15 mai 2021
"Au commencement était le Verbe". La parole, comme vibration qui donne la Vie. 
Chaves, lui, ne parle pas. Il ne parle plus. Qu'est-il arrivé à cet homme pour qu'il arrive jusque dans cette scierie du nord de la Patagonie? Les autres essaient de le faire parler mais il reste obstinément muet. Il dresse contre leur verbiage inutile tout le poids de son silence. Mais pour qui se prend-il avec ses airs supérieurs? Chaves c'est l'étranger, le bouc émissaire, celui qui dérange parce qu'il est différent, parce qu'on ne le comprend pas. Alors pour chasser le malaise qu'il diffuse, il faut le chasser lui, le battre, le détruire.
Pourtant Chaves n'a pas toujours été cet homme distant et mutique. La vie lui avait donné une femme qui était comme un miroir de lui-même. Pour la garder auprès de lui, Chaves avait appris à parler, à raconter et à se dire. Et puis la vie lui avait ensuite donné une fille, une enfant solaire qui réclamait des histoires. Pour elles, Chaves avait forcé sa nature de taiseux. Par elles, il avait connu l'amour. Mais ce que la vie donne, la vie le reprend et Chaves a tout perdu. Il a parlé et supplié pour les garder sur cette terre et sa parole est tombée dans le vide. Alors Chaves s'est muré dans un profond silence. Puisque tout est dérisoire et inutile, pourquoi parler?
Roman de l'extrême solitude, de l'absurdité de la condition humaine et du miracle de l'amour,  "Chaves" est l'un des plus beaux romans qu'il m'ait été donné de lire, véritable diamant d'à peine 80 pages. Il est souvent plus facile d'écrire beaucoup que d'écrire juste ce qu'il faut et j'admire les écrivains qui parviennent à cet épure. Eduardo Mallea possède, mieux qu'aucun autre, ce talent d'orfèvre. Chaque mot est parfaitement choisi, formant une écriture subtile et délicate. le lecteur est comme plongé dans une eau pure. En peu de mots, Mallea fait un livre sur le pouvoir magique de la parole et le conclut par un "Non" qui résonne comme une porte qui claque. Un grand livre, une grande leçon d'écriture.

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TerrainsVagues
  24 mai 2021
Eduardo Mallea, vous connaissez ? Moi non, enfin jusqu'au billet de GeraldineB qui m'a fait prendre un billet pour l'Argentine sitôt la chronique lue.
Bienvenue en Patagonie, au coeur de la forêt. Bienvenue à la scierie sur les rives du fleuve, celui qui convoie les troncs portés par les eaux. Bienvenue mais disons le tout net, ça ne va pas être la franche déconnade.
Un roman de quatre vingt pages, vous allez me dire que c'est court et je vous répondrai oui. C'est court mais c'est intense.
Vous allez me dire qu'on a pas le temps de connaitre les personnages, je vous répondrai qu'en évitant d'écrire des pages et des pages de « paillettes » l'auteur plonge le lecteur au profond de l'intime du personnage, il nous emmène dans les entrailles de l'Homme et du sens de la vie ou plutôt de sa vie dans un premier temps.
Quatre vingt pages ne suffisent pas toujours c'est vrai car tout écrivain n'a pas la capacité d'Eduardo Mallea de dire l'essentiel en peu de mots.
Peu de mots tout comme son personnage en prononcera au cours de ces pages car le personnage principal partage l'affiche avec le mutisme. Dans les seconds rôles, l'incompréhension du monde extérieur et l'agressivité qu'elle provoque quand elle est complice de la peur de la différence.
Tout ça en quatre vingt pages et écrit divinement bien, bienvenue chez Eduardo Mallea.
Puissant et brillant.
Pour répondre à une amie babeliotte, je dirai que je vais suivre son conseil sans attendre et me plonger dans l'oeuvre de Mallea sans attendre, d'ailleurs la commande est déjà partie, c'est dire si j'ai aimé cette première rencontre avec l'auteur.
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chris49
  02 juillet 2021
En tout premier lieu, merci à GeraldineB d'avoir ouvert une porte sur ce nouveau continent qui a pour nom Eduardo Mallea. Merci à elle de nous avoir invités à y entrer et d'avoir provoqué le désir, et encore plus, le besoin, de vouloir explorer l'oeuvre de cet immense auteur.
Au commentaire de GeraldineB et aux autres belles critiques déjà disponibles, je n'ajouterai rien de plus que quelques remarques.
Chaves est un récit très court. Sa densité remarquable en fait toutefois un roman de grande envergure qui nous conte une histoire universelle. Ainsi, l'impact de Chaves sur le lecteur a la puissance du conte, et c'est une des entrées possibles pour recevoir cette oeuvre – ce n'est pas la seule, la puissance poétique de l'écriture également ne cesse de nous emmener au-delà des frontières de l'ordinaire.
Concernant le conte, je citerai simplement les mots de Walter Benjamin pour ce qu'ils nous révèlent d'essentiel à ce sujet :
« ... parce qu'il fut jadis le premier conseiller de l'humanité, (le conte) se survit de façon mystérieuse à travers l'art de la narration. La première narration authentique est celle du conte de fées, – et elle reste telle. Là où il était malaisé de trouver un bon conseil, le conte féerique a su le donner ; là où la détresse était la plus grande, c'est lui qui fut le mieux en mesure de porter secours à l'homme. »
Dans ce récit déchirant, « le verbe », la parole de l'homme, sont mis à l'épreuve de l'absurdité. L'art de Mallea est d'avoir sublimé par sa prose admirable ce qui est absurde dans le monde et ce qui est grandiose. Entre ces deux extrêmes, l'homme se fraie un chemin à travers la parole ; or, sa griserie langagière est un leurre. Elle ne lui sert à sauver personne, et dans le cas de Chaves ni sa femme ni sa fille. Les deux moments où cette question atteint un paroxysme précèdent dans les deux cas la mort imminente, le comble de la parole impuissante et absurde revenant aux sommités médicales et à leurs divagations aussi désarmantes que bouffonnes. Leur déversement inouï de paroles insensées là où Chaves attendait les lumières de la science est la preuve imparable que celle-ci est stérile, suffisante, incompétente et vaine au moment le plus aigu de la détresse humaine.
La morale est cruelle qui renvoie chaque être humain à sa quête impossible et à sa solitude, mais Eduardo Mallea ne s'en tient pas toutefois à ce sombre constat. À ce qui semble sans espoir, la nature et l'amour sont en réel pouvoir de donner à chaque homme une réponse secourable. La nature et l'amour. La rencontre de l'Autre, si improbable soit-elle aux moments les plus hostiles, et ce que celui-ci représente en tant qu'autre, singulier et fraternel, censément possédé par la même quête que soi.
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dbacquet
  05 février 2012
Chaves est un homme impassible, grave, et silencieux, au point de se heurter constamment à l'hostilité des autres et de mener une vie errante au milieu des paysages sauvages de l'Argentine. Quand il arriva dans la scierie d'un village afin d'y trouver un emploi, ce n'est donc qu'avec réticence qu'on l'employa et lui trouva un logement. Il aimait, la nuit, contempler les eaux du fleuve et voir s'agiter les lumières de l'autre rive, écouter ses rumeurs et sentir ses odeurs ainsi que celles de la forêt. Et là tout son passé remontait, en vagues successives, comme les lambeaux d'un rêve, nous entraînant dans les abîmes de son être : sa rencontre avec Pure, une jeune femme quelque peu étrange et détachée, comme lui, leur amour, leur vie commune avec leur fille, puis quand celle-ci décéda, les premiers assauts du malheur et les débuts de l'errance jusqu'à ce que Pure, elle-même, atteinte du typhus, vienne à décéder dans une ultime agonie, après laquelle Chaves allait comme renoncer au monde pour n'être plus attentif qu'aux pulsations les plus élémentaires de la Nature, s'abandonnant à un profond mutisme, que les hommes, aveuglés par leur haine et leur bêtise, allait rejeté.
Ce roman, très court, d'abord publié, dans les années cinquante, dans la collection de Roger Caillois "les croix du Sud", à l'écriture minutieuse, poétique et poignante, est un incontestable bijou.
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
chris49chris49   02 juillet 2021
Il songeait qu'en été il pourrait se déchausser, mettre ses pieds dans la rivière et ajouter aux autres impressions la sensation de l'eau qui lui glisserait sur les chevilles. Il songeait que l'eau devait être gelée maintenant, et on n'apercevait jamais une silhouette humaine parmi les arbres de la rive opposée. Il songeait qu'en face, entre les chalets et les villas, tout n'était, sans doute, que paix.
(...)
Il songeait à tout le reste. À ces sept années d'isolement passées en compagnie de Pure, dans l'inquiétude, dans la crainte constante que le fil de la vie ne se brisât, les laissant, lui ou elle, solitaires au milieu des choses. Les choses ! Elles étaient plus vieilles et plus durables que la naissance ou la mort - avec leur monstrueuse docilité qui devient bientôt une tyrannie, obéissantes entre nos mains, mais despotiques à notre mort et régnant sur notre disparition.
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HardivillerHardiviller   08 mars 2017
- Vous n'allez jamais leur dire ce qu'ils veulent que vous disiez ? Quelque chose .... N'importe quoi ... Vous n'allez jamais rien leur dire ? Jamais vous ne parlerez , jamais vous n'ouvrirez la bouche ?
- Non , répondit Chaves .
Et c'est sur ce non définitif , tranchant , que se termine l'histoire de ce Chaves , l'histoire d'une solitude .
Chaves c'est l'homme seul , mais conscient d'être seul au milieu des autres tout aussi seuls mais qui , eux , refusent d'admettre , d'accepter cette fatalité : " Chaves ne devait aboutir que beaucoup plus tard , sans qu'aucun changement n'eût lieu pour autant dans son humeur sombre et difficile , à cette constatation que dans un monde où personne ne répond à personne , personne cependant n'accepte qu'on refuse de lui répondre . "
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GeraldineBGeraldineB   15 mai 2021
Une nouvelle fois il voulut essayer sur elle la magie des paroles. Que de réserves et de réserves de paroles il se remit à inventer! C'étaient comme de grands lacs intérieurs, plein de poissons auditifs inespérés. Et Pure semblait renaître, elle semblait retrouver le riche éclat de ses yeux en écoutant tout cela, et elle pensait qu'il n'était inspiré que par son amour pour elle et que ce sentiment donnait à un homme des facultés insolites et inouïes.
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GeraldineBGeraldineB   14 mai 2021
Celui que nous avons quitté il y a trente ans, qui portait notre nom, qu'a-t-il à voir avec celui que nous sommes trente ans plus tard? C'est un autre être, d'une autre race -ou peut-être est-ce monstrueusement le même, sans solution de continuité, sans mutation, sans prodige.
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TerrainsVaguesTerrainsVagues   24 mai 2021
Wickers l’avait provoqué; les autres aussi l’avaient provoqué. Comme s’ils ne parvenaient pas à admettre qu’il pût leur résister et agir en toute liberté. Ce que les gens craignent par-dessus tout, chez quelqu’un, c’est l’absence de crainte. Ils craignaient que Chaves ne fût capable d’agir sans crainte, librement.
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Video de Eduardo Mallea (1) Voir plusAjouter une vidéo

Eduardo Mallea : Les Rembrandt
Olivier BARROT, à Cabourg, présente le dernier roman de l'auteur argentin Eduardo MALLEA, "Les Rembrandt", publié aux éditions Autrement. BT page de couverture du livre et BT peintures de Rembrant.
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature espagnole et portugaise>Romans, contes, nouvelles (822)
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