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ISBN : 2070329488
Éditeur : Gallimard (05/11/1996)

Note moyenne : 3.76/5 (sur 27 notes)
Résumé :
"Qu'avaient vu, jusqu'en 1900, ceux dont les réflexions sur l'art demeurent pour nous révélatrices ou significatives, et dont nous supposons qu'ils parlent des mêmes oeuvres que nous (... )? Deux ou trois grands musées, et les photos, gravures ou copies d'une faible partie des chefs-d'œuvre de l'Europe.

[...] Aujourd'hui, un étudiant dispose de la reproduction en couleurs de la plupart des oeuvres magistrales, découvre nombre de peintures secondaires... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
NMTB
  20 décembre 2014
Le musée modifie le regard porté sur l'oeuvre. On ne regarde pas de la même façon une peinture au musée que dans un palais, une cathédrale ou n'importe quel autre contexte. Mettre une oeuvre d'art au musée, c'est en changer radicalement la perception.
L'invention, assez récente, du musée est un évènement qui, selon Malraux, s'inscrit parfaitement dans l'histoire esthétique européenne : La fiction. Depuis la renaissance, avec les nouvelles techniques de la peinture (la perspective, le sfumato) on a confondu, en Europe, l'art avec l'illusion. le Beau Idéal est une esthétique de la fiction, un théâtre ; et l'un des efforts des artistes modernes, patent depuis Manet et les impressionnistes, a été de se libérer de cette domination de la fiction, de l'anecdote, de la représentation. Les oeuvres d'art, avant la renaissance italienne, n'étaient pas, la plupart du temps, destinées à représenter mais à présenter. Pour le dire autrement, les oeuvres d'art n'en n'étaient pas ; elles n'étaient pas des objets servant à figurer, par exemple, des dieux immortels, mais elles étaient les dieux éternels eux-mêmes, en tout cas pour ceux qui les admiraient dans leur contexte d'origine. L'art européen de la renaissance et son illusionnisme a perdu ce regard primordial et a finalement inventé le musée, qui est devenu un lieu où l'on exposait ce que l'on considérait comme des chefs d'oeuvre. Les artistes modernes et contemporains depuis la fin du dix-neuvième siècle ont cherché à gratter ce vernis d'illusion déposé sur l'ensemble de l'art et ont permis de redécouvrir les masques africains, les estampes japonaises, les statues orientales, les peintures romanes, pour ne plus y voir le fruit d'une inhabilité ou d'une grossièreté mais des formes et des couleurs qui sont, fondamentalement, les seuls attributs de l'art.
Le musée imaginaire, qui doit suppléer au musée traditionnel, n'est donc pas un lieu physique mais l'ensemble des oeuvres d'art, du monde entier et de toutes les époques, auxquelles chacun d'entre nous a accès aujourd'hui grâce aux reproductions. Ce sont les livres d'art (et maintenant j'imagine qu'on pourrait y ajouter, en premier lieu, internet) où l'oeuvre d'art subit encore un grand nombre de métamorphoses du fait de cette exposition particulière, mais où plus aucune n'est oubliée. Il est donc beaucoup question de photographie dans ce livre, des cadres et surtout de leur absence et en général de la perception de l'oeuvre d'art.
Mettre le problème de la fiction au coeur de l'art, le délivrer des vieilles querelles d'écoles à travers les temps et les espaces, ressusciter les oeuvres oubliées, c'était le grand voeu de Malraux. Et, dans ce foisonnement de réflexions sur l'histoire de l'art, les questions qu'il pose peuvent également trouver des échos dans notre monde contemporain. Les innovations technologiques et leurs constantes évolutions, mais aussi les nouveaux musées d'art moderne ou primitifs, ne cessent de modifier notre regard. La radiographie des peintures, la popularisation de la troisième dimension, l'universalité d'internet, sont bien au coeur de la réflexion du musée imaginaire.
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karenbzh
  22 novembre 2017
Dans cet essai, André Malraux, dans un style poétique et métaphorique, s'interroge sur le nouveau regard posé sur l'oeuvre d'art depuis l'apparition des musées européens à la Renaissance. Cet essai, extrêmement technique, nécessite de connaître les codes de l'Histoire de l'art. Il y développe le concept de musée imaginaire correspondant à l'ensemble des oeuvres d'art dont on a connaissance, que l'on garde en mémoire, très largement grâce aux livres d'art et surtout à la photographie grâce à laquelle on peut désormais avoir accès à de nombreuses oeuvres d'art de l'humanité entière et de styles différents que l'on peut comparer ainsi plus facilement. Selon André Malraux, les oeuvres d'art proviennent soit de sources réelles (la nature et l'homme) ou de sources irréelles (la fiction et la religion). Dans le musée, un objet, pas nécessairement réalisé dans un but artistique au départ, perd sa fonction initiale pour devenir une oeuvre d'art. André Malraux parle alors de métamorphose. Les peintures religieuses perdent de leur symbolique divine et spirituelle pour devenir des oeuvres d'art que l'on peut admirer d'un point de vue artistique. Dans le musée, l'adoration divine n'existe plus, la fonction spirituelle a fait place à la nouvelle fonction d'oeuvre d'art, voire de chef d'oeuvre. Pour devenir oeuvre d'art, la fonction initiale de l'objet doit donc disparaitre. Les portraits, statues, bustes perdent de leur identité pour ne porter que le nom de leur créateur. le musée permet, à ces oeuvres d'art et à leurs créateurs, d'accéder à une part d'immortalité. Les Rembrandt ont survécu à leur créateur, qui vit éternellement à travers elles. Malraux est fasciné par cette « présence dans nos vies de ce qui devrait appartenir à la mort ». le Musée Imaginaire, merveilleux inventaire d'oeuvres d'art disparates permet à ces multiples oeuvres de continents et d'époques différents de se côtoyer. On peut ainsi les comparer et les étudier plus aisément. Chacun aura désormais la possibilité d'avoir accès à ces richesses du patrimoine de l'Humanité. Plus que dans un musée ordinaire organisé autour d'un thème ou d'un artiste particulier, on pourra faire cohabiter les oeuvres du monde entier et les styles les plus divers. On pourra parfois trouver des similitudes entre des oeuvres de continents différents. La liste n'est bien sûr pas exhaustive et le catalogue pourrait être complété à l'infini. On pourrait ajouter que les avancées technologiques modernes offrent des possibilités encore plus importantes aujourd'hui. le musée imaginaire est donc un chantier permanent.
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VACHARDTUAPIED
  04 avril 2013
Je préfère largement le Malraux essayiste au Malraux romancier......
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vllc
  02 août 2011
Je conseille cette page concernant André Malraux sur le site de l'Institut Français. Cliquez sur le lien.
Lien : http://www.institutfrancais...
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
vllcvllc   02 août 2011
A toutes les oeuvres d'art qu'il élit, le Musée Imaginaire apporte, sinon l'éternité que leur demandaient les sculpteurs de Sumer ou de Babylone, l'immortalité que leur demandaient Phidias et Michel-Ange, du moins une énigmatique délivrance du temps. Et s'il suscite un Louvre envahi et non déserté, c'est que le vrai Musée est la présence, dans la vie, de ce qui devrait appartenir à la mort.
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VACHARDTUAPIEDVACHARDTUAPIED   04 avril 2013
Les musées de moulages et de copies, eux aussi rapprochent les œuvres éparses : ils choisissent plus librement que les autres musées, puisqu’ils ne sont pas obligés de posséder les originaux qu’ils copient ; et ils ajoutent à la rivalité des œuvres originales, apportée par leur confrontation, une vie qui doit d’autant plus à la succession des copies, que ces musées se veulent au service de l’histoire. Ils ont plus de force que l’album, mais non le virus qui désagrège tout au bénéfice du style, et qui vient de la réduction, de l’absence de volume souvent ; et toujours de la proximité et de la succession des planches, qui font vivre un style comme l’accéléré du film fait vivre une plante. Ainsi entrent dans l’art ces sur-artistes imaginaires qui ont une confuse naissance, une vie, des conquêtes, des concessions au goût de la richesse ou de la séduction, une agonie et une résurrection, et qui s’appellent des styles. Comme la lecture des drames en marge de leur représentation, comme l’audition de disques en marge du concert, s’offre en marge du musée le plus vaste domaine de connaissances artistiques que l’homme ait connu. Ce domaine – qui s’intellectualise tandis que l’inventaire et sa diffusion se poursuivent, et que les moyens de reproduction s’approchent de la fidélité – c’est, pour la première fois, l’héritage de toute l’histoire.
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VACHARDTUAPIEDVACHARDTUAPIED   04 avril 2013
La photo, d’abord modeste moyen de diffusion destiné à faire connaître les chefs-d’œuvre incontestés à ceux qui ne pouvaient en acheter la gravure, semblait devoir confirmer les valeurs acquises. Mais on reproduit un nombre toujours plus grand d’exemplaires, et la nature des procédés de reproduction agit sur le choix des œuvres reproduites. La diffusion de celles-ci est nourrie par une prospection de plus en plus subtile et de plus en plus étendue. Elle substitue souvent l’œuvre significative au chef-d’œuvre, et le plaisir de connaître à celui d’admirer ; on gravait Michel-Ange, on photographie les petits maîtres, la peinture naïve et les arts inconnus – on photographie tout ce qui peut s’ordonner selon un style.
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leonceleonce   13 novembre 2018
Et le Musée imaginaire semble devenir le refuge de la longue rêverie où l'homme crut être nécessaire à l'univers.
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LaetiratureLaetirature   23 mai 2011
Le musée est un des lieux qui donnent la plus haute idée de l'homme.
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Videos de André Malraux (184) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de André Malraux
"Les israéliens ne continuent pas les israélites; ils les métamorphosent.". Mati Ben-Avraham cite le perspicace André Malraux pour résumer le phénomène sioniste. Un extrait de la passionnante conférence donnée à la Librairie en compagnie de Jacques Bendelac . Retrouvez leurs ouvrages sur le site de Vice Versa Jérusalem : https://www.viceversalib.com/le-choix-des-libraires/
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