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ISBN : 2253010278
Éditeur : Le Livre de Poche (01/12/1976)

Note moyenne : 3.56/5 (sur 101 notes)
Résumé :
Tour à tour aventurier, communiste, résistant, visionnaire, romancier, ministre, André Malraux est une personnalité marquante de l'histoire du XXe siècle français. C'est cette vision protéiforme, unique et originale qui traverse Les Conquérants. Publié en 1928, ce livre dérouta la critique de l'époque, à la fois essai, récit de voyage, reportage, roman ou document historique. Divisé en trois ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
candlemas
  17 août 2019
Je ne reviendrai pas ici sur une analyse « littéraire » des Conquérants. Elle serait pour moi une redite de ma critique de la Condition Humaine, en moins fouillée. Je propose plutôt ici d'aborder cette oeuvre par une réflexion personnelle sur son thème principal, posé en titre.
Un film, un poème parnassien, une bande dessinée, un numéro spécial d'une revue d'Histoire… voilà tout… tout ce que nos puissants moteurs de recherche modernes offrent en réponse au mot-clé « Les Conquérants »… quelques rapides mentions du roman d'un certain André Malraux, et une analyse semble-t-il fouillée de leur rôle dans l'Histoire, d'un auteur inconnu, Muhamyankaka Damien Bambanza… indisponible à la vente. Rares sont donc les références de fond que j'ai pu trouver pour introduire cette interrogation : « qu'est ce qui fait courir les conquérants ? »
Pourtant, ils sont partout. Depuis les conquérants de l'espace, des pôles ou du nouveau monde, aux conquérants de l'inutile, de l'impossible, ou de l'accord parfait. Plus prosaïquement, chacun d'entre nous s'emploie chaque jour à conquérir… plus de parts de marchés, pouvoir et reconnaissance, l'amour de ses proches, la félicité, ou simplement plus de temps pour se ressourcer ; certains (et certaines) se spécialisent dans la conquête amoureuse et d'autres dans celle du jardinage (référence à la nouvelle plante crée par semis successifs).
L'esprit de conquête est tellement ancré dans l'adn de l'être humain que l'étymologie n'offre que des variations sur la « conquista » ; le « conquaere » est resté ce qu'il était du temps de César, ne faisant que se décliner dans toutes les activités sociales.
Et pourtant, qu'on oublie un instant le con- englobant, saisissant, totalisant, créant propriété et subordination –et donc historiquement et philosophiquement le plus souvent par la force-, et la « queste » du vieux françois, la quaesita latine se trouve révélée… mais que cherche donc ce conquérant de tout acabit ?
Au-delà du roman reportage sur la Chine révolutionnaire de 1929 et de ses qualités littéraires certaines et marquant son temps, au-delà de réflexions sur l'impact et les techniques de propagande au service d'un « cause », la question de fond que pose Malraux dans Les Conquérants, comme dans la Condition Humaine, reste bien celle-ci : qu'est-ce qui pousse ces « conquérants » à l'action ? En quoi cela participe-t-il de leur « condition humaine » ? Quelle est le sens de cette quête ?
On pourrait répondre qu'elle n'en a pas : la folle chevauchée d'Alexandre jusqu'à l'Indus et son exigence que lui soit rendu un culte divin pour cela l'aura-t-elle empêché de mourir jeune d'une crise de palu comme le dernier des touristes imprudents ?
Et même si les conquêtes laissent dans l'Histoire des traces importantes, souvent hors de la volonté de leurs initiateurs, à commencer par les « brassages » ethniques, culturels et religieux, peut-on oublier les destructions et la mort qui les accompagnent ? synonyme de succès aux yeux du peuple ou de la postérité lorsque la propagande est efficace, la conquête passe souvent par un travail de l'ombre sale et qui n'a rien d'épique.
Alors pourquoi les Conquérants ? S'il n'y a pas de succès durable et sans souffrance, si seule perdure la roue de la vie et de la mort, pourquoi cette énergie à aller au-delà, au-delà de soi, du « je », vers cet autre qui m'anime, m'émeut, m'attire, vers cet ailleurs que mon premier regard de découvreur déjà embrasse, possède secrètement… tandis que mes poings déjà se ferment pour en défendre l'accès à l'étranger.
Malraux répond « l'action ». Si l'homme ne se contente pas de cultiver son jardin, c'est qu'il lui faut l' « actio ». Mais comme l'écrit très justement Dorian Astor, le « deviens ce que tu es » de Nietzche et Pindare n'a rien à voir avec le slogan moderne de nos armées et autres détournements dont les grandes enseignes de vente ont le secret pour caresser notre désir infini d'être et de s'affirmer comme individu à des fins marketing.
Malraux, comme Nietzche, considère la volonté de puissance comme le moteur fondamental mais n'allègue pas de valeur en soi à l'individu : c'est le processus d'individuation lui-même qui compte et fait exister. Penser, parler, agir : tel serait donc la conquête dont nous parle Malraux –comme bien d'autres-, sans apporter de réponse toute faite.
Ainsi, chacun pourra continuer de chercher la transcendance dans une action pensée, consciente qu'au-delà d'une fuite devant nos peurs personnelles et collectives, l'être « agissant » est, par l'action même, plus que par son résultat ; et chacun pourra également s'employer à penser l'action juste, question sans fin elle aussi, depuis l'antiquité, d'autant qu'elle aussi ne se dénoue que dans le rapport complexe entre l'intention, l'action et l'effet.
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lecassin
  02 juillet 2013
Une première publication en feuilleton dans « La Nouvelle Revue Française » suivie d'une sortie en librairie en 1928, voilà « Les conquérants », un roman de jeunesse d'André Malraux. Et quel roman ! Nous voilà plongés dans la Chine révolutionnaire de 1925 qui verra la prise de pouvoir de Tchang Kaï-chek.
Dans le but de faire échec à l'Angleterre, puissance coloniale, Borodine et Garine, en dignes représentants de l'obédience soviétique fomentent une grève générale à Canton et à Hong Kong …
Un beau livre militant comme on n'en écrit plus guère ; tantôt journal, tantôt roman, tantôt reportage… Mais ne nous y trompons pas, c'est Malraux avec son tempérament de baroudeur passionné d'Asie qui parle à travers le narrateur…
Et puis quand on lit ce livre à quinze ans, l'aphorisme le plus célèbre de l'auteur vous saute à la figure : « J'ai appris qu'une vie ne vaut rien, mais que rien ne vaut une vie ».

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brigittelascombe
  21 août 2012
"Qu'ai-je fait de ma vie moi? Mais bon Dieu que peut-on en faire à la fin?"
Cette question existentielle, celle du sens à donner à sa vie, posée dans Les conquérants par Garine "commissaire de la propagande" révolutionnaire du type conquérant, homme puissant et dur qui a désiré le pouvoir et se remet en cause, se retrouve dans les principaux romans d'André Malraux (écrivain de génie et homme politique). Ainsi dans La condition humaine (prix Goncourt), il traite du thème "comment s'affranchir de sa condition d'homme?" et dans La voie royale, il aborde également la solitude du héros qui n'échappe pas à son destin.
Les conquérants a d'abord été publié en feuilletons. André Malraux, sur place au moment des faits, prend la parole à travers son narrateur (ami de Pierre Ganin dit Garine) venu d'Europe en paquebot (une escale à Saïgon, une à Hong-Kong) qui relate les évènements historiques (de juin 1925 à aout) lors des grèves visant à la cessation de travail des ouvriers d'Hong-Kong (aux richesses mal acquises dues "à l'impérialisme anglais") alors que le gouvernement de Canton rêve de "restituer l'unité de la Chine" et donc d' atteindre l'Angleterre dans "son prestige".
Fanatisme,idéal,haine....l'angoisse et la violence montent crescendo. "Guerre latente contre l'Angleterre immobile", interventions militaires, arrestations,tueries,tortures...absurdité de la vie.
Garine, l'anarchiste ambitieux qui veut une révolution culturelle, est ici opposé à Borodine, le corrompu qui souhaite une révolution sociale. Hong, qui a été le secrétaire de Garine, est le chef des terroristes. Tcheng-Daï le "chef spirituel de la droite du parti". Les forces s'opposent, les manipulations de tout genre et les enjeux financiers survolent la politique.
Un excellent livre, un peu trop intellectuel à mon goût, qui interpelle le lecteur à travers Garine mourant: j'éprouvais "le sentiment de la vanité de toute vie, d'une humanité de forces absurdes".
La volonté de puissance entraine-telle la chute des conquérants?
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Gast
  28 septembre 2010
Voici donc un roman agréable de Malraux, bien que présenter à mon goût de façon inutilement pompeuse par le quatrième de couverture extrait d'un article sur ce livre. Malgré un texte largement moins magistral que "La condition humaine" où Malraux avait su allier réflexion politique et evolées épiques, cet ouvrage reste un livre intéressant.
Et à mon sens, intéressant sur au moins trois points. D'une, il donne un éclairage sur une secousse de l'histoire peu médiatique car noyée dans une époque troublée et pour la Chine et pour le monde. Ensuite, les réflexions de Malraux, à travers ses personnages, sur la révolution son sens, ses dérives potentielles et ses interactions avec la société civile qu'elle prétend défendre autant que combattre sont instructives ; en effet, elles éclairent sur un mode d'activisme alliant endoctrinement politique, vision historique et volonté nihiliste, utile pour comprendre leurs héritiers contemporains. Enfin, par sa réflexion appuyée sur l'absurde de la vie et la révolte de l'homme face à cela, ce roman renvoie très fortement au Meursault de Camus qui près de quinze ans plus tard ancrera définitivement cette vision dans la littérature.
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Siberie
  15 avril 2019
Quel livre ! quel roman ! l'histoire importe peu, ce sont les réflexions de Malraux sur la vie, le sens, les hommes, le monde qui jaillissent. C'est fort. Et la postface est encore meilleure, sur la force, la renaissance, la métamorphose des cultures qui transmet l'élan du créateur Égyptien à l'homme d'aujourd'hui quand il admire son oeuvre. A lire et à relire.
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Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
Clio1989Clio1989   30 juillet 2019
Quand la France a-t-elle été grande ? Quand elle n'était pas retranchée sur la France. Elle est universaliste. Pour le monde, la grande France, c'est plus celle des cathédrales ou de la Révolution, que celle de Louis XIV. Il y a des pays, comme la Grande-Bretagne - et c'est peut-être leur honneur - d'autant plus grands qu'ils sont plus seuls. La France n'a jamais été plus grande que lorsqu'elle parlait pour tous les hommes, et c'est pourquoi son silence s'entend de façon aussi poignante...
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lecassinlecassin   02 juillet 2013
Je les préfère [les pauvres], mais uniquement parce qu'ils sont des vaincus. Oui, ils ont, dans l’ensemble, plus de cœur, plus d'humanité que les autres : vertus de vaincus. Mais je sais très bien qu'ils deviendraient abjects, dès que nous aurions triomphé ensemble…
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brigittelascombebrigittelascombe   21 août 2012
Juger, c'est de toute évidence ne pas comprendre, puisque si l'on comprenait on ne pourrait plus juger.
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brigittelascombebrigittelascombe   19 août 2012
La révolution française, la révolution russe ont été fortes parce qu'elles ont donné à chacun sa terre; cette révolution-ci est en train de donner à chacun sa vie.Contre celà aucune puissance occidentale ne peut agir...
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lecassinlecassin   14 décembre 2017
Pas de force, même pas de vraie vie sans la certitude, sans la hantise de la vanité de l'action.
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Videos de André Malraux (189) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de André Malraux
E.Couly reçoit Bénédicte Vergez-Chaignon au Panthéon pour sa biographie de Jean Moulin: "Jean Moulin l'affranchi" aux Éditions Flammarion. Chez Jean Moulin, la grandeur allait de soi, écrit André Malraux vingt ans après sa disparition. Vingt-cinq jours clés, vingt-cinq journées particulières ont façonné le destin du grand résistant, dont la vie fut tragiquement écourtée à 44 ans. Une vie magnifiée par la passion et l?amour de la liberté. Mais aussi par le devoir. Né en 1899 à Béziers dans une famille unie et très attachée aux valeurs humanistes, Jean Moulin s?engage à servir la république à travers ses fonctions dans l?administration. Tour à tour sous-préfet, préfet, puis attaché ministériel, il agrémente ses loisirs de sa passion pour l?art, affûte son talent de dessinateur dans les colonnes des grands journaux. Il aime la vie parisienne ; les nuits des années folles au c?ur de la capitale font son enchantement. Est-ce auprès des artistes qu?il a appris à regarder le monde? Avant l?Espagne et le Front populaire, le 6 février 1934 lui ouvre les yeux sur l?histoire en marche. L?historienne Bénédicte Vergez-Chaignon éclaire les «grandes heures» de ce parcours où l?on découvre un homme pétri d?enthousiasme, amoureux, un grand sportif passionné de voitures, d?avions, de ski, que son goût certain pour le bonheur et une haute conception de ce que devait être la France ont encouragé à défendre ses valeurs, à résister ? naturellement.
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