AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 9782843049316
Éditeur : Zulma (03/01/2020)
3.68/5   88 notes
Résumé :
Ils sont sur l’autoroute, chacun perdu dans ses pensées. La vie défile, scandée par les infos, les faits divers, les slogans, toutes ces histoires qu’on se raconte – la vie d’aujourd’hui, souvent cruelle, parfois drôle, avec ses faux gagnants et ses vrais loosers. Frédéric, lanceur d’alerte devenu conducteur de poids lourds, Catherine, qui voudrait gérer sa vie comme une multinationale du CAC 40, l’écrivain sans lecteurs en partance pour « Ailleurs », ou encore Sylv... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
3,68

sur 88 notes

Kirzy
  07 janvier 2020
Tout est déroutant dans cet audacieux roman tellement contemporain.
D'abord, il embrasse une multitude de personnages – 13 si j'ai bien compté – comme autant de morceaux de vie, en prenant le temps, soit environ 150 pages pour les présenter tour à tour, sans qu'aucun lien ne semble les attacher les uns aux autres de façon évidente, si ce n'est que tous roulent sur une même autoroute et traversent les mêmes aires et stations service. Marcus Malte ose même les présenter en ouvrant chaque chapitre du nom du véhicule utilisé, kilométrage et prix argus, voitures, caravane, camion et même chaussures de marche ! Chaque chapitre est scandé par les infos en continu ou par des slogans publicitaires, mais aussi par des extraits de cahiers / journaux intimes très introspectifs rédigés par un des protagonistes.
En fait, Marcus Malte ose tout dans ce roman, ce qui le rend à la fois fascinant, original mais qui rend aussi son accès assez difficile, voire hermétique, jusqu'à ce qu'on comprenne où l'auteur veut aller. J'ai mis un peu de temps pour y parvenir, un peu perdue, mais sans que mon intérêt ne retombe, tenue par la tension qui s'instaure pour découvrir le fil qui relie toutes ses vies.
Ce roman se révèle terriblement noir, voire désespéré . Les morceaux de vie qu'il raconte sont tout à la fois foncièrement banals et humains : un homme qui rejoint la femme qu'il a aimé et qui se meurt, un père blessé par son récent divorce qui se heurte au mutisme de son jeune fils, une serveuse éclairé par la foi qui se projette dans une vie possiblement belle, une femme installée dans le couple et la maternité qui doute ... Des trajectoires parallèles qui finissent par se croiser, s'emboîter, se heurter, se repousser en un chaos qui ressemble au hasard ou au destin, mais qui n'occulte en rien la solitude profonde de l'être humain depuis la perte de l'enfance.
« Un enfant qui marche dans les flaques pour éclabousser. Un enfant qui saute sur un trampoline ou qui tape dans un ballon. Un enfant qui joue. Qui s'amuse. Jouer, s'amuser, et rien d'autre. Cette insouciance, cette légèreté, elles nous ont été données, à tous, au départ. Cela s'appelle l'enfance. Et cela dure plus ou moins longtemps, selon l'histoire de chacun, selon les conditions d'attribution et de développement. Certains en sont très vite dépossédés, d'autres ont la chance de pouvoir prolonger cette période. Mais personne, personne ne parvient à la conserver au-delà d'une certaine limite. La joie. La joie première. La joie égocentrique. Notre capacité à l'accueillir. Nous perdons cela. Avec les année vient la conscience, et avec la conscience vient le poids. Tout devient lourd, plus pesant. Toute nous écrase. Regardez-nous marcher, l'échine voutée, ployant sous le joug, le pas lent, comme si nous trainions des boulets à nos chevilles. Esclaves de notre propre conscience, de notre connaissance du monde, de notre expérience du monde, de notre lucidité. C'est long. C'est pénible et fastidieux. Quand on marche dans les flaques, dorénavant, c'est parce qu'on n'a pas réussi à les éviter. (...) Retourne-toi. Souviens-toi. Vois ce que tu n'as plus et n'auras plus jamais. Tends l'oreille pour entendre l'écho de ton rire, du pur cristal de rire, des perles, des bulles, légères, si légères, envolées, impossibles à saisir sans les faire éclater. Quand tu ris aujourd'hui ce n'est plus qu'un bruit, pareil à celui d'une chaîne qu'on secoue, c'est un relent sonore, un rot moqueur ou sarcastique, ce n'est plus le fer de lance joyeux jaillissant dans les airs et accrochant le reflet du soleil. »
Cette lecture fait réfléchir avec acuité et classe sur les dérives de notre société de consommation, en dénonce les travers, avec subtilité, parfois avec tendresse, parfois rudesse , mais toujours avec un humour ravageur qui décille les yeux pour nous forcer à nous confronter à nos petites lâchetés ordinaires. Ce n'est pas une lecture confortable, je n'ai pas ressenti le même plaisir absolu qu'en découvrant le Garçon ( un des plus beaux romans que j'ai lu ces dernières années ). Mais c'est une lecture riche, qui secoue. Alors que l'émotion mettait du temps à arriver, elle m'a percutée puissamment dans les dernières chapitres, m'a broyé le coeur et serré l'âme.
Et puis, il y a toujours, l'écriture superbe de l'auteur, un vrai styliste qui jamais ne se laisse aller à l'exercice de style : il parvient à déployer une panoplie dingue de variations, maniant aussi bien la poésie que l'ironie, le lyrisme que le rythme jusqu'à un final assez étourdissant.
Un roman exigeant, sans séduction facile, qui prend le risque de dérouter ceux et celles qui gardent en mémoire le Garçon. Un roman impressionnant tant dans sa forme que dans son fond. Un roman marquant qui donne envie de sauter dans les flaques sans chercher à les éviter.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          9514
michfred
  10 janvier 2020
Pas glop, le dernier Marcus Malte, pas glop et même très noir.
Ça commence brillamment, dans une sorte de Novlangue façon SF post apocalyptique. On va examiner quelques specimens de l'humanité disparue, ça vous va ? Démarrage sur les chapeaux de roues, pour une équipée sauvage,  drôle et féroce. Démarrage inventif: on va se régaler ! Glop, glop ?
Non, on embraye- c'est le mot!- sur un roman choral plus classique et à première vue plus plan- plan . Sauf que les chapitres portent des noms  de voitures assortis de leur présentation façon Argus. Je rectifie: pas plan-plan, plutôt pouèt-pouèt!
Moi qui ai déjà du mal à distinguer une Renault d'une Nissan,  pas Ghosn-Ghosn,  vous m'avez repérée- et qui ai roulé des années en Cox ou en 2 pattes  parce que c'étaient les seules que je retrouvais dans les parkings- je cafouille sec! À part se retrouver dans le même embouteillage un jour de canicule aoûtienne, je ne vois pas trop ce qu'ils ont à faire ensemble, ces conducteurs ou passagers.
Voyez plutôt :
-Catherine , une fille à papa du Cac40, narcoleptique et cynique, dans sa Lexus
 -Peter un vieux rocker british un peu clodo et tout à fait à la masse dans son camping car en stationnement permanent sur une aire d'autoroute,
 - Sylvain, un père A.C. (Acheteur compulsif), criblé de dettes et, sur le siège arrière de son bolide à crédit "revolver",  Ju',  son petit garçon ,  geek et mutique, les yeux rivés sur sa console et ne répondant à son père que par signes de tête -tac tac!-, 
- Maryse et Lucien, un vieux couple en Dacia, la petite roumaine pas chère,  toujours amoureux, toujours communistes,
- leur fils Fred devenu chauffeur de poids lourd apres des mésaventures professionnelles -bien la peine que Maryse et Lucien aient sollicité l'ascenseur social  à coup de Pif Gadget et d'articles de l'Huma! le diplômé est revenu à la case prolo!-  et avec lui, dans la cabine de son 15 tonnes, un autostoppeur  mystérieux,  écrivain, et fumeur,
- Roland Carretero, ancien prof de techno,  avec Placido, sa tortue géante , qui part sur la route retrouver sa Rolande, bouffée par un vilain crabe, avant qu'il soit trop tard , pour lui dire que depuis 25 ans qu'ils se sont quittés,  il n'aime et n'a aimé qu'elle, 
- la petite famille  Jourde dont la mère,  pas Claire, décidément,  s'apprête à faire un grand saut sexuel et conjugal dans l'inconnu,
- Audrey et Romain incolores petits spécimens d'amoureux dans le vent ( du boulet?) "à qui il faudrait apprendre une langue"
- et enfin Zoé,  petite serveuse du restauroute l'Arche. L'arche de Zoé.  Ah! Ah! On se marre.. .
Bon, je suis sympa, je vous ai mis un peu d'ordre, là,  histoire que vous soyez moins perdus que moi, au debut,. ...sauf pour quelques bagnoles, mais ne me demandez pas l'impossible! Vous allez pouvoir, comme moi, vous prendre à la tension insoutenable de savoir comment le destin avec ses grosses pognes vachardes va les faire se "rencontrer" tous ceux-là. En même temps, comme ils sont en voiture, on a bien une petite idée..
Avec la maestria d'un joueur de modèles réduits sur circuit,  Marcus Malte aiguille ses personnages vers les points chauds, les carrefours dangereux, les aires sauvages, les glissières fragiles, il fait monter la pression, semant présages et avertissements sous forme de bulletins de trafic, de slogans publicitaires,  de chansons  ou de spots d'information -la radio, toujours allumée pour réveiller l'attention des conducteurs, est, dans chaque habitacle,  le messager involontaire des mauvaises nouvelles ou le commentateur sans état d'âme des us et coutumes  de ce siècle qui, on le sait depuis la première page, sera le dernier.
En même temps que se préparent les fatales catastrophes, les petits hannetons jacassant dans les carlingues nous deviennent plus familiers, plus proches, plus inquiétants, plus franchement odieux, c'est selon..
La terreur et la pitié dont les grands ressorts de la tragédie disait Aristote.
La dérision qui mord et la tendresse qui caresse sont ceux de ce grand roman choral qui nous emmène allegretto , en klaxonnant, dans le mur.
Pas glop,  pas glop.  Mais très réussi. 
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          498
zabeth55
  22 janvier 2020
Encore une fois je suis éblouie par le talent de Marcus Malte.
Autant que dans « le garçon », bien que le genre soit ici totalement différent.
« -Plusieurs histoires, en fait. Mais qui n'en font qu'une. Parce que c'est le principe même de la vie, sa trame : des destins qui s'enchevêtrent. Et c'est quelque chose que je trouve fascinant. Toutes ces trajectoires parallèles qui finissent par se croiser »
Cet extrait résume parfaitement le roman.
J'ai l'impression d'avoir lu plusieurs livres, d'avoir croisé plusieurs vies.
Tout se passe sur l'A10, une autoroute où circulent des gens dont les destinées de certains vont se croiser.
Au gré des personnages, d'innombrables sujets sont traités.
L'auteur tourne en dérision les excès de notre société. Il dénonce des faits divers de l'actualité.
Il ya de anecdotes, des drames.
On y trouve des sentiments, de l'amour, de la passion, de l'addiction.
De la fougue et du désespoir.
Tout est entrecoupé de spots publicitaires, de flashs radio, de chansons selon les stations écoutées par les automobilistes.
Il est beaucoup question de société et de politique.
C'est un livre jubilatoire et puissant.
Le style, le vocabulaire, l'originalité, tout est délice.
L'humour côtoie la profondeur.
Sûr qu'après cette lecture, on ne parcourra plus les autoroutes sans y penser.
Un livre pour lequel on souhaiterait avoir plus d'insomnies pour ne pas avoir à le refermer avant de l'avoir terminé.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          304
gruz
  13 janvier 2020
Marcus Malte a un talent unique, il nous l'a prouvé avec ses précédents romans, Single Malte. Avec « Aires », son don s'est déMalteiplié !
Voilà un roman qui ne ressemble à aucun autre. Un chassé-croisé d'automobilistes sur des routes surchargées, tel un collage de morceaux de vies passés et présents. Des sucreries souvent acides, Maltesers de la littérature (mais absolument pas junk food).
Jeux de mots. L'une des caractéristiques de ce nouveau livre étonnant. La forme surprend d'emblée (avant qu'on ne se rende compte que le fond l'est tout autant). En ce qui concerne le jeu avec la langue, l'écrivain s'en donne à coeur joie. Et ce sur 500 pages, souvent denses ! Mots d'esprit, calembours, piques, saillies verbales…, tout y passe.
Ne tentez pas de trouver un point commun avec son précédent roman, le garçon, il n'y en a aucun. Histoire contemporaine (même si le passé ou l'Histoire font quelques incursions), construction syncopée, multiplication des voix et des voies (on roule et on parle). Un récit en mode patchwork, dont il est impossible d'anticiper le cheminement, sauf à se retrouver échec et Malte.
Pensées, monologues, dialogues, échanges, discordes, digressions. Les idées et les mots vagabondent le long des routes, rythmés par le staccato des infos radiophoniques et des publicités. Entrecoupés d'histoires dans l'histoire, de faits divers et variés qui ont changé la vie quotidienne des protagonistes ou marqué la société. Entremêlés.
Qu'il est difficile de parler d'un tel livre ! Inenvisageable d'imaginer le raconter. Chaque personnage vit sa vie dans son auto, pense à son existence, coincé entre ces tôles ondulantes et ces morceaux de plastique, parenthèses de leurs vies qui pourtant vont s'entrechoquer. L'auteur ne rend pas la vie facile à ses personnages (ni au lecteur), Maltetraitance assumée pour mieux faire passer le message.
Parce que les errances d'Aires sont tout sauf une plaisanterie. le ton est souvent mordant. L'auteur utilise l'humour, parfois le non-sens, et cette construction déstabilisante, pour imager son humeur sur les dérives d'une société qui roule à tombeau ouvert droit dans le mur. On comprend vite que le fond du propos n'a rien d'amusant.
Ça claque, ça tranche dans le vif, Malte ne mâche pas ses mots à travers l'imagination de ses chapitres. A chacun de se faire ensuite sa propre image mentale de ce qu'il vit à travers ce récit.
Car, l'écrivain nous fait douter durant ce roman touffu, on se demande ce qu'on lit exactement, comment qualifier un tel texte. Avant d'arriver à s'en faire sa propre signification. Aires permet en fait de prendre de la hauteur en roulant pied au plancher. Pas le seul paradoxe de cet étonnant roman.
Cet assemblage romanesque fait que chaque partie du tout sera vécu différemment, selon chaque lecteur, chaque sensibilité. Certains passages m'ont subjugué, d'autre intrigué, j'en ai trouvé certains trop longs, j'ai été également désorienté ou encore poussé à de vrais questionnements sur la vie.
Avec Aires, Marcus Malte ne reste pas à la surface des choses, il creuse, il approfondit. Son cheminement à géométrie variable n'est pas de tout repos, mais se révèle d'une richesse singulière. Dans la forme comme dans le fond, il prouve que la littérature ne tourne pas en rond. Comme s'il avait emmagasiné informations et émotions durant de longues années, et décidé de les partager à ceux qui ont l'esprit ouvert et curieux. Et qui ne sont pas effrayés de confier les clés du camion à l'écrivain sans savoir où il va les emmener (à l'image de l'étonnante aire de lancement et d'atterrissage du récit).
Lien : https://gruznamur.com/2020/0..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          236
visages
  04 mars 2020
Après une introduction qui nous prévient que tout ce qui va suivre fait partie d'un monde révolu,monde dans lequel nous n'étions encore que de pauvres primates ( les humains), nous prenons la route ou plutôt l'autoroute à bord de différents véhicules. Avant de grimper à bord, nous sommes informés du type de véhicule : sa marque, son prix, son kilométrage, sa côte à L'Argus. Il y a aussi un rescapé de la préhistoire qui se déplace (au début) pedibus jambus, on appelait ça un auto stoppeur. le chemin que nous empruntons, quelque soit la voiture ou camion dans lequel nous posons nos fesses,est jalonné de slogans publicitaires, flash d'actualités,diffusés par les auto radios. Mais surtout, nous partageons les pensées les plus intimes des conducteurs, et parfois de leur passager. Il y en une bonne dizaine. L'un voyage avec son fils et discute non stop...enfin c'est un monologue puisque le fiston ne parle pas et se contente de tic tacquer de la tête. Il y a cet homme qui court rejoindre la femme de sa vie qui est mourante. Et puis ce père qui roule pour gagner sa croûte....et puis les autres....Tous ont un point commun, malgré les apparences et les vernis, c'est la solitude, stone le monde est stone! A part, ce couple dont l'amour permet de garder espoir et militantisme face à un monde bien injuste et décevant. Car finalement, de l'avoir plein les armoires ça ne règle rien, et si en plus l'armoire est vide,je vous laisse imaginer !
J'ai attendu, attendu la rencontre, l'événement qui allait relier tout ce monde, donner sens à ces kilomètres parcourus ensemble. L'événement arrive en effet. Peut on le nommer Destin? Il ne donne,en tout cas pas d'élan...
Après avoir été enchantée par le garçon, j'avoue être déçue de ce dernier roman de Marcus Malte. J'y ai trouvé des longueurs et n'ai pas vraiment accroché à l'histoire. La belle écriture de l'auteur, sa finesse d'esprit sont pourtant bien présents. Il y a un humour grinçant, sarcastique mais cela n'a pas permis le coup de coeur.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          210


critiques presse (2)
Actualitte   04 février 2020
Ce qui frappe dans cet ouvrage, révélateur d’une société un peu perdue, c’est d’abord la franchise de ton de l’auteur dans un style ouvert et puissant sans transiger au final sur le contenu parfois pervers de la domination, celle qui fait souffrir et détruit les rêves.

Lire la critique sur le site : Actualitte
LeSoir   14 janvier 2020
On ne sait par quel bout le prendre ou l’évoquer. Celui du roman social, celui de l’humour, celui du roman puzzle… Résumer Aires, c’est essayer de contenir le mouvement de la vie et de toutes les vies que Marcus Malte y a injectées.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Citations et extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
gabbgabb   17 septembre 2021
- Ce qui nous manque, c'est l'insouciance. C'est la légèreté. Ce qui nous manque, c'est la joie. C'est d'être ouvert à la joie. La joie toute simple, pure, sans taches. Ce qui nous manque, c'est la capacité de vivre dans l'instant, à chaque instant, et de l'apprécier, d'y prendre plaisir. Le plaisir, oui. Le plaisir brut, primaire, de la vie. C'est-à-dire le fait même d'être en vie et de ne pas avoir peur de ce qu'elle nous réserve, de ne pas même y songer.
[...]
- Comme un enfant, dit l'homme. Un enfant qui rit. Un enfant qui marche dans les flaques pour éclabousser. Un enfant qui saute sur un trampoline ou qui tape dans un ballon. Un enfant qui joue. Qui s'amuse. Jouer, s'amuser, et rien d'autre. Cette insouciance, cette légèreté, elles nous ont été données, à tous, au départ. Cela s'appelle l'enfance. Et cela dure plus ou moins longtemps, selon l'histoire de chacun, selon les conditions d'attribution et de développement. Certains en sont très vite dépossédés, d'autres ont la chance de pouvoir prolonger cette période. Mais personne, dit l'homme, personne ne parvient à la conserver au-delà d'une certaine limite. La joie. La joie première. La joie égocentrique. Notre capacité à l'accueillir. Nous perdons cela. Avec les années vient la conscience, et avec la conscience vient le poids. Tout devient plus lourd, plus pesant. Tout nous écrase. Regardez nous marcher, l'échine voûtée, ployant sous le joug, le pas lent comme si nous traînions des boulets à nos chevilles. Esclaves de notre propre conscience, de notre connaissance du monde, de notre expérience du monde, de notre lucidité. C'est long. C'est pénible et fastidieux. Quand on marche dans les flaques, dorénavant, c'est parce qu'on ne réussit pas à les éviter. Où est passée la joie d'éclabousser ? Elle est derrière nous, elle est loin. Tout ce qu'il nous en reste, c'est le souvenir. Hélas, dit l'homme. Hélas, oui, car mieux vaudrait pour nous qu'on l'oublie tout à fait. Ce serait moins cruel, moins douloureux. On en a subi la perte et il faut encore qu'on en subisse le souvenir. C'est là, au fond de nous, telle une écharde plantée sous la peau, qu'on n'a pas su retirer. C'est une douleur lancinante, au long cours, à laquelle s'ajoute de temps à autre de plus brèves et plus vives piqûres de rappel. Retourne-toi. Souviens-toi. Vois ce que tu n'as plus et n'auras plus jamais. Tends l'oreille pour entendre l'écho de ton rire, du pur cristal de rire, des perles, des bulles, légères, si légères, envolées, impossibles à saisir sans les faire éclater. Quand tu ris aujourd'hui ce n'est plus qu'un bruit, pareil à celui d'une chaîne qu'on secoue, c'est un relent sonore, un rot moqueur ou sarcastique, ce n'est plus le fer de lance joyeux jaillissant dans les airs et accrochant le reflet du soleil. Tout est pareil, mais tout a changé.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
gabbgabb   15 septembre 2021
[ Roland Carratero s'aventure dans les toilettes d'une aire d'autoroute, muni d'une gamelle à remplir pour faire boire son animal de compagnie ]

Il arrive. Roland Carratero atteint le bloc des sanitaires. Pas trop tôt. Béton, céramique, tuyaux [...] Il est en nage, cœur battant comme au terme d'un marathon, et pris subitement d'une irrépressible envie de pisser. Le trac, peut-être. Problème : il n'est pas le seul. Les grandes manoeuvres se poursuivent [...], les troupes sont légion et la bataille fait rage pour le moindre pouce de terrain. La conquête des chiottes ça s'appelle. Nécessite patience et stratégie. De l'audace aussi, quelquefois. Les cabinets sont pris d'assaut, cependant - là ! - une brèche s'ouvre tout à coup sur la gauche, du côté des vespasiennes, et Roland Carratero s'y engouffre, délaissant les Turcs au profit des Romains. Il rejoint le rang. Tous au front. Ils sont six, debout, côte à côte, en position. Certains qui arrosent déjà. Il s'apprête à les imiter, mais freine soudain son élan. Halte ! Problème : nul endroit où poser son quart (gamelle, écuelle, sébile, au choix). Mince. Bien embêté, le soldat Roland. L'objet l'encombre. Et avec ça sa vessie qui continue de le presser et toute une escouade, derrière, qui piaffe. Que faire ? Improvise, mon gars. OK. Sans plus réfléchir il porte le récipient à la bouche et en mord le bord, le coince entre ses dents. Bien. Bonne initiative. Ses mains sont libres. Presto, Roland Carratero se déboutonne. Le soulagement est proche. Las, c'est à l'instant de lâcher les vannes que le danger lui saute aux yeux : il ne voit rien ! Maintenue de cette façon, en effet, sa gamelle (écuelle, sébile, quart) lui bouche la vue. Urinoir comme dans un four. Impossible de viser. Et s'il manquait l'objectif ? S'il canardait à côté ? S'il venait à se tirer une salve dans le pied, ou, pire, à mitrailler les bottes (tongs) de son plus proche voisin et compagnon d'armes - lequel commence d'ailleurs à le regarder en coin, d'un drôle d'air, un air qui semble dire qu'est-ce que c'est que ce bleu-bite qu'on nous envoie en renfort ? Non. Il ne peut décemment pas prendre ce risque. Alors ? Roland. Merde. Combien de temps tu vas rester comme ça à baver dans ton écuelle (quart, sébile, gamelle) ? Une idée, vite. Ça urge. Trouve une solution. C'est au pied du mur (de l'Atlantique, des latrines, des lamentations) que les braves se révèlent : brusque changement de tactique, Roland Carratero se saisit du récipient et s'en couvre le chef. Là ! Ça, c'est de l'inspiration ! Casque en place - ou calotte (non glaciaire), ou kippa (en plastoc), ou bob (c'est la saison), qu'importe, à la guerre comme à la guerre (et réciproquement) ! On pardonnera cette tenue pas très réglementaire pourvu qu'elle libère le troufion et lui permette enfin d'ouvrir le feu - sous le regard cette fois franchement consterné du compisseur posté sur son flanc. Longue, longue rafale. En plein dans le mille. Ouf. Miction accomplie. Victoire (il n'y en a pas de petites). Puis repli immédiat vers les lavabos.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
gabbgabb   16 septembre 2021
Écrire c'est peut-être juste traquer la beauté, traquer la laideur, et les sublimer. Attraper l'autre par le cou et l'embrasser à pleine bouche et lui souffler à l'intérieur toute cette beauté, toute cette laideur, les lèvres collées aux siennes pour qu'il n'en perde rien, pas une miette, pas une étincelle. Tout en douceur et tout en fureur.
Commenter  J’apprécie          10
gabbgabb   15 septembre 2021
ll n'y a pas de vérité, au fond. Il n'y a que des histoires auxquelles on a envie de croire.
Commenter  J’apprécie          60
michdesolmichdesol   01 juillet 2020
ELLE : Dis donc, comment ça se fait que tu saches tout ça, toi ?
LUI : Je l'avais lu, à une époque, et ça m'est resté.
ELLE : Ben, tant mieux, comme ça tu pourras le raconter à ta petite-fille. Elle va dorer Pif Gadget, et au moins elle saura que c'est grâce aux communistes, encore une fois, qu'elle peut lire sa BD préférée !
LUI : les communistes, ça n'existe plus, Maryse. Et ça existera encore moins quand Océane sera en âge de comprendre. Elle ne saura même pas de quoi on lui parle. « Les communistes ? C'est quoi,Papy, les communistes ? » Euh... c'est comme les dinosaures, ma chérie. Des grosses bêtes qui vivaient sur la Terre, il y a très longtemps de ça...
ELLE : Et qui rêvaient d'un monde meilleur. Qui se bagarraient pour un monde meilleur.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90

Videos de Marcus Malte (20) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Marcus Malte
LA PART DES CHIENS — Marcus Malte
Notre sélection Littérature française Voir plus
Livres les plus populaires de la semaine Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

L'Echelle de Glasgow

Comment s'appelle l'adolescent dans le coma ?

Camille alias Kamo
Michaël alias Mika
Bastien alias Baba
Martin alias Tintin

10 questions
22 lecteurs ont répondu
Thème : L'échelle de Glasgow de Marcus MalteCréer un quiz sur ce livre

.. ..