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Critique de Chouchane


Chouchane
  12 juillet 2018
Si la musique est omniprésente, elle n'est pas le personnage principal. Et même si Mister le pianiste mène la danse du début à la fin, il me semble que le personnage principal c'est la guerre. Etrangement, cette guerre reste indistincte. Et c'est tout le sens du titre qui se dévoile ainsi, comme l'explique le héros du roman, Mister, les harmoniques « c'est ce qui reste quand il ne reste rien. Pratiquement imperceptibles à l'oreille humaine, et pourtant elles sont là, quelque part, elles existent. Il n'y a pas que la musique qui produit des harmoniques. le bruit des canons aussi. Qui sait au bout de combien de temps elles cessent de résonner ? »

A la fin de ses spectacles, Mister, ce très grand noir musicien, se coule dans le vieux taxi de son ami Bob où ils écoutent sans fin des morceaux de jazz choisis selon leurs états d'âme (La play-list figure en première page et il serait possible de la téléchargée, je n'y suis pas arrivée ! )
Comme dans un bon roman noir, outre la musique, la solitude est leur compagne mais aussi un chat et la longue nuit silencieuse. Ces deux losers magnifiques vont être embarqués dans une enquête douloureuse.

Le noeud du récit c'est Véra, une jeune croate brûlée vive à laquelle Mister était très liée. Les auteurs du meurtre vite retrouvés, sont dès le début du récit emprisonnés, le mobile : la drogue. Sauf qu'à cet alibi Mister n'y croit pas et que de fil en aiguille il va mener l'enquête.

La force du récit c'est de plonger les racines du mal dans le passé. L'horreur du fait divers n'est qu'un écho aux atrocités d'une guerre mal connue en France celle du Kosovo. Au départ, imperceptible, ce conflit qu'on n'entend ni ne voit, laisse pourtant des indices partout, dès le début du récit : un accent, un chant, des sdf musiciens à la solde de parrains serbes, des noms aux sonorités balkaniques.

Les dialogues sont ciselés et apportent une certaines fraicheur au sein d'un récit qui alterne chapitres sur l'enquête (qui mènent nos deux compères vers les nationalistes serbes) et intermèdes (en italique) qui évoquent le passé apocalyptique de Véra. Malgré quelques brèves scènes d'une rare violence, on arrive à continuer à lire.
On comprend que Véra aime le jazz parce que les figures de cet art ont quelques choses de profond et de personnel à dire sur la souffrance et la résilience. Ces êtres que la vie a brisé, ont su apporter aux autres, par leur talent, un peu du soulagement dont ils n'ont jamais bénéficié. Un passage très explicite met face à face la souffrance des jazzman/woman et celle des croates torturés par leurs bourreaux. Difficile.

Le contrepoint de toute cette violence reste l'art, la peinture un peu, la musique beaucoup. Un bon roman noir qui reste noir.
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