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EAN : 9782070406579
183 pages
Éditeur : Gallimard (23/10/1998)

Note moyenne : 3.95/5 (sur 275 notes)
Résumé :
Le malaise des cadres, c'est pas rien! Vous avez femme, enfants, bagnole, télé, et voilà que vous vous sauvez. Tout ça parce que deux rigolos essaient de vous flinguer. Et vous savez même pas pourquoi. Un jour, camarade, il faudra quand même comprendre...
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Critiques, Analyses et Avis (33) Voir plus Ajouter une critique
nameless
  26 décembre 2018
Georges Gerfaut est un cadre commercial souffrant d'un mal-être existentiel à moins qu'il ne s'agisse de mélancolie vaguement tchékhovienne. Est-ce pour ce motif qu'il aime foncer à 145 km/h sans but et nuitamment sur le périphe en écoutant du jazz ? Peut-être. Ou pas. Au cours de l'une de ses virées nocturnes, il porte secours à un blessé dans une voiture accidentée, le dépose anonymement à l'hôpital et rentre chez lui. Gerfaut l'ignore encore, son geste altruiste contrarie Alonso Emerich y Emerich. Né en République dominicaine, le redoublement de son patronyme germanique indique son appartenance à l'élite de l'île, la pureté de son sang indemne de tout croisement avec des races inférieures, indienne, juive, nègre ou autre. Homme de main, mercenaire, nervi, barbouze, tueur à gages, chargé de mission, émissaire officiel ou officieux bénallaire et plus si affinités idéologiques, son unique combat a consisté à traquer des communistes réels ou imaginaires, jusqu'à ce qu'il soit contraint de s'enfuir pour vivre en reclus dans une propriété près de Magny-en-Vexin avec pour seule compagne Elizabeth, bullmastiff dressée pour tuer, comme son maître.

Comme chaque année en vacances à Saint-Georges-de-Didonne avec épouse et filles, Georges est victime d'une tentative d'assassinat en se baignant dans l'océan. Poussé par son instinct de survie, il abandonne sa famille pour retrouver le commanditaire de cet acte incompréhensible pour lui. Dropahouté, jeté d'un train, poursuivi par des tueurs, réfugié dans la Vanoise, Georges mène sa traque en validant la pensée de Manchette : « l'époque de barbarie dans laquelle nous vivons se prête moins que jamais aux effusions romantiques ». S'inspirant de la littérature noire américaine, Le petit bleu de la côte ouest est un roman au style froid, rigoureux, sec, tranchant comme une lame de rasoir, purifié, dans lequel chaque mot ou signe de ponctuation superflu a été éradiqué. Irrigué au Cutty Sark, Glenlivet ou Four Roses, imprégné de la culture cinématographique et de la passion pour le jazz de l'auteur, électrifié par l'action, l'action et encore l'action dans laquelle est positionné un homme pris dans une toile d'araignée, Le petit bleu de la côte ouest est une parfaite synthèse du genre littéraire néo-polar initié par Jean-Patrick Manchette : "Le bon roman noir est un roman social, un roman de critique sociale, qui prend pour anecdote des histoires de crimes" (1993).

Gerfaut demanda à Liétard s'il n'avait pas un peu de musique à mettre.
- Comme quoi ?
- Un petit bleu de la côte ouest, dit Gerfaut (p. 62)
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jeranjou
  11 juillet 2013
Maçacestchouette, ce Manchette !
Oui, oui, vous allez me dire qu'on ne moque pas des grands noms, décédés qui plus est. Néanmoins, je me permets une petite entorse au règlement car j'ai vraiment été séduit par l'écriture de cet auteur français des années 70-80.
Auteur, que dis-je, écrivain, traducteur, notamment de Westlake, critique littéraire, journaliste, j'en passe et des meilleurs. Manchette est également un passionné de Jazz dont le titre « Un petit bleu sur la côte ouest » s'avère être un morceau de jazz dans le roman, peut-être inventé par l'auteur en référence au blues américain.
Mais, pour le moment, je cède la parole à Zazie qui se met dans la peau du héros du roman, Georges Gerfaut, cadre commercial, marié deux enfants, qui tourne en rond sur le périf' parisien à 145 km/h pour échapper à sa propre existence :
♫ Je tourne en rond, je tourne en rond.
Je suis un homme plein d'ambition
Belle voiture et belle maison
Dans la chambre ou dans le salon
Moi je tourne en rond, je tourne en rond.
Je fais l'amour et la révolution
Je fais le tour de la question
J'avance, avance à reculons
Et je tourne en rond, je tourne en rond.♪
Et puis, un jour, quittant la région parisienne pour Troyes, Georges Gerfaut assiste incrédule à un accident de la route, poursuit son chemin ni vu ni connu et enfin, pris de remord, retourne sauver la personne blessée sur le bord de la route. Gerfaut dépose alors la victime aux urgences de l'hôpital de Troyes et quitte les lieux sans même communiquer son identité aux médecins… Hum, hum…
De retour en famille, Georges Gerfaut prépare déjà le voyage au bord de la mer en Charentes non loin de chez sa belle-mère qu'il … haït tant. Après les quelques heures de voiture et la visite de l'hideuse location retenue par la belle doche, rien de mieux que plonger une tête dans la mer ; oui l'océan atlantique pour les puristes.
Et devinez ce qu'il advint de notre homme :
a) Un requin, s'étant trompé de Réunion, tente de faire qu'une bouchée de Georges Gerfaut,
b) Deux tueurs musclés et beaux gosses en maillot de bain agrippent Georges Gerfaut et essaient en vain de le noyer,
c) Georges Gerfaut, se croyant sur le périf, fait des ronds dans l'eau à 145 km/h et déclenche une mini-tornade en bord de mer,
d) Tout simplement, Georges Gerfaut ne s'est pas suffisamment mouillé la nuque avant de rentrer dans l'eau et est foudroyé par une hydrocution.
Bien entendu, je comprends parfaitement que vous hésitiez fortement entre toutes ces réponses tout à fait crédibles, hormis peut-être la b) j'en conviens.
Toujours est-il qu'après cet évènement, Georges Gerfaut ne peut plus tourner en rond et doit fuir pour de bon sa famille ! A vous de découvrir la cavale de notre cadre dynamique en lisant le roman…
Hep, hep… Je devance même vos interrogations les plus folles à propos de Georges.
Cherche-t-il à s'éloigner à jamais du requin mangeur d'hommes ? A-t-il une peur paranoïaque des tornades tempérées de France ? Georges évite-t-il tout contact avec à l'eau dorénavant ? Ou encore, mais assez peu probable, veut-il échapper à la mort certaine des deux tueurs à ses trousses qui auraient un contrat sur sa tête ?
Lisant habituellement plutôt des romans américains, j'ai été séduit par le style et la construction de ce livre de Jean-Pierre Manchette. La première partie, que j'ai relue après la fin du roman, est particulièrement intrigante et permet d'embrouiller avec finesse le lecteur. Manchette, tel le petit poucet avec ses blancs cailloux, laisse suffisamment tomber d'indices au passage pour nous plonger dans un brouillard de suppositions au sujet de Georges Gerfaut et de son entourage.
Jusqu'au bout, j'ai été happé par ce roman noir, assez court et rythmé, qui ne fait pas de sentiments et délivre une course-poursuite des plus enivrantes. Un très bon moment de lecture que je recommande chaudement, excepté pour ceux qui ont peur des requins, des tornades ou de l'eau bien entendu.
♫ « Pour ma peine, ma punition », ma prochaine cible sera ‘La position du tireur couché' du même auteur. « Moi je tourne en rond, je tourne en rond » ♪
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torpedo
  05 mars 2020
Ce néo-polar est une petite pépite.Il nous dépeint la société des années 1970 avec en toile de fond une sombre histoire de course-poursuite. Le héros ne trouve d'ailleurs d'autre issue que de revenir à son point de départ, peut-être n'existe-t-il d'ailleurs pas d'autre alternative. Le plus de ce livre : ses références au jazz West Coast, et surtout le style inimitable de Manchette qui ne décrit que des faits. A vous lecteurs de comprendre ce qui n'est pas dit.
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gonewiththegreen
  29 juillet 2020
Un JP Manchette peut en cacher un autre. Après la position du tireur couché, me voici lancé sur les rives du petit bleu de la cote ouest. le swing plutôt, ce titre énigmatique faisant apparemment référence à un style de musique direct from the states
Il aime ça Manchette la musique et en truffe ses romans avec des artistes qui ne font pas partie de ma sphère musicale
C'est comme les armes. Dès qu'un protagoniste en touche une , on sent la plume de l'auteur qui s'emballe, prêt à nous faire vibrer avec quelques détails dont on se fout , sauf ses lecteurs texans peut être .
C'est marrant parce que sinon, il est plutôt avare de description le JP. On n'est pas chez Balzac à se pâmer devant une tapisserie .
L'écriture est nerveuse et musclée et tout le charme est là. C'est vif, sans digression, avec un brin d'humour noir.
Dans les phrases sèches de Manchette, il n'y a pas de fioriture donc mais il y a souvent un adjectif qui va nous renseigner bien plus sur l'individu qu'une longue phrase. C'est très fort.
Alors, bien sur , on peut avoir tous les talents du monde, s'y connaitre en jazz et en flingue puis pondre des livres merdiques . Que nenni !
Parce qu'ici, l'histoire, elle est top . Moins de 200 pages de roman noir mais qui invite à relire le début du roman tellement celui ci est bien construit et mène le lecteur par le bout du nez.
Bon, mais cette histoire ?
C'est Georges . Et Georges, c'est le pékin de base . Marié deux enfants comme al Bundy . Un job de commercial, des vacances en Charente, une Mercedes de Tarba comme disent mes élèves. On ne le sent pas forcément au summum de l'épanouissement . Cela tombe bien , la vie va lui donner l'occasion de quitter son costume de cadres.
Le tout dans une immersion totale dans les années 70.
Mais je ne vais pas vous raconter parce que la construction du roman et le travail de Manchette en prendrait un coup de spoil , comme diraient à nouveaux les susdits élèves.
Un très bon moment de lecture , légèrement supérieur au tireur couché car l'histoire me semble plus prenante avec une construction élaborée.
Pour le reste , c'est du même calibre, mais là, Manchette s'y connaît mieux que moi !
Ce roman a été adapté au cinéma sous le titre "trois hommes à abattre"
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Ambages
  21 novembre 2016
« Un cadre commercial, pourtant, c'est normalement très facile à tuer. »
Georges Gerfaut, cadre commercial, bien sous tous rapports, est poursuivi par deux tueurs à gage. Qu'a-t-il bien pu faire pour en arriver là ? Il se le demande lui aussi. Mais pas longtemps. Il préfère prendre la poudre d'escampette. Un soir il se casse. Laissant femme et enfants en plan. Il roule en voiture Porte d'Ivry, puis en train, puis à pied (enfin, sur un pied), il roule sur lui, laissant derrière lui les portes-flingues (enfin un, l'autre est parti en fumée). Jusqu'au moment où il est rattrapé et se met alors en colère. Mais pas longtemps, car Gerfaut, rien ne l'atteint au fond. Il oublie, tout. Un cadre qui a perdu son utilité, sa fonction, et la boussole, oui Gerfaut était dans la merde totale, et la seule solution, la fuite et la picole...
J'ai adoré l'écriture décalée, très drôle, de Jean-Patrick Manchette. Il savait jouer de contrastes dans les styles d'écriture .
« Ce n'étaient qu'abrupts ressauts, affleurements de granit, entrelacs de troncs abattus par la foudre ou les avalanches, surplombs vertigineux. Plastiquement, c'était fort romantique. du point de vue de Gerfaut c'était la merde totale. »
Un moment bien amusant quand Carlo pleure la mort de Bastien et lui lit la page de garde des aventures de Spiderman en guise d'oraison funèbre. Fallait y penser.
Manchette, c'est le « jazz de style West-Coast : du Gerry Mulligan, du Jimmy Giuffre, du Bud Shank, du Chico Hamilton. Je sais par exemple qu'à un moment, ce qui est diffusé est Truckin', de Rube Bloom et Ted Koelher, par le quintette de Bob Brookmeyer. » Ouaip, ce bouquin, c'est aussi une anthologie du jazz !
« Georges, dit Gerfaut. Georges Sorel, dit-il précipitamment. Je suis tombée d'un train de marchandises, l'autre nuit. Je suis un vagabond. Vous comprenez ? Un chemineau. Pas un cheminot de la S.N.C.F., un chemineau qui chemine, un vagabond quoi. »
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critiques presse (2)
LeFigaro   05 décembre 2014
Mort il y a bientôt vingt ans, Jean-Patrick Manchette reste cette référence absolue, ce maître du roman noir français des années 1970-1980. Gallimard reprend l'un de ses grands romans, Le Petit Bleu de la côte Ouest.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Lecturejeune   01 mars 2006
Lecture jeune, n°117 - Reconnu pour sa série «Nestor Burma», Tardi adapte ici un roman policier de Jean-Patrick Manchette, disparu il y a dix ans et désigné comme le chef de file du «néo-polar». Georges Gerfaud, cadre et père de famille mal dans sa peau, est témoin d’une course-poursuite qui finit mal sur une route nationale. Il porte secours au conducteur blessé puis le mène à l’hôpital. Depuis ce jour, deux hommes cherchent à lui trouer la peau. Le climat devient celui d’un thriller… L’album est truffé de références à la musique, au cinéma et à l’actualité des années soixante-dix, ce qui rend la lecture assez ardue. De plus, la tonalité est extrêmement pessimiste. Le héros, même après avoir échappé à la mort, après avoir vécu en retrait et oublié, retrouve son quotidien morne et ne reprend à aucun moment goût à la vie. Ces soixante-dix pages en noir et blanc constituent néanmoins une belle réussite (atmosphère, textes…) à conseiller aux amateurs de policiers et bandes dessinées noires et aux fans de Tardi. Delphine Cressen
Lire la critique sur le site : Lecturejeune
Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
jeranjoujeranjou   11 juillet 2013
Gerfaut se rangea sur l’accotement, entre deux arbres, à côté de la portière arrachée. […] Il arrêta le lecteur de cassette.

Peut-être allait-il découvrir des cadavres hideusement mutilés, une fillette aux nattes gluantes de sang, ou bien des blessés retenant leurs tripes à deux mains, on ne peut décemment faire ça en musique.



Ps : Quel humour noir décapant ! Mais, je vous rassure, le conducteur est encore en vie !
+ Lire la suite
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jeranjoujeranjou   06 novembre 2013
- Ta mère est une conne.
- Ma mère est une conne, approuva Béa avec une équanimité désarmante.
Nous déjeunons chez elle et tu me feras le plaisir d’être rasé et poli. […]

- Un de ces jours, dit-il, je vais devenir subitement fou et tu ne t’en apercevras même pas.
- S’il y a une différence, je la verrai.
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AmbagesAmbages   18 novembre 2016
D'une manière générale, même en remontant au début, au contrat Mouzon, on pouvait dire que les affaires passées avec le colonel Taylor avaient marché comme sur des roulettes, jusqu'au moment où ils étaient tombés sur ce con de Georges Gerfaut. Un cadre commercial, pourtant, c'est normalement très facile à tuer. Carlo et Bastien pouvaient faire des comparaisons, car ils avaient exercé leur industrie dans les couches les plus variées de la société. Maintenant ils commençaient à être en colère contre Georges Gerfaut.
Vers 13h30, Gerfaut se tapa des Francfort-frites dans une brasserie.
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torpedotorpedo   05 mars 2020
- Si je vous disais que c'est une trace de balle, tenez, cette touffe blanche.
- Oui, oui, dit Alphonsine. Vous êtes un aventurier.
- Non, vous ne comprenez pas. Non, pas du tout. Je suis le contraire.
- Qu'est ce que c'est, le contraire ?
- Un type qui ne veut pas d'aventures.
- Vous ne voulez pas d'aventures ? Vous êtes heureux, vous ne voulez pas d'aventures? (Elle demeurait rieuse ; ironique, mais sans méchanceté.)
- Une aventure avec vous, dit étourdiment Gerfaut. Excusez-moi, ce n'est pas ce que je voulais dire. Je suis confus.
+ Lire la suite
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AmbagesAmbages   18 novembre 2016
Ils finirent leur tartare et leur vin. Il était neuf heures du soir. Ils allumèrent des cigarettes. Gerfaut demanda à Liétard s’il n’avait pas un peu de musique à mettre.
- Comme quoi ?
- Un petit bleu de la côte ouest, dit Gerfaut.
Kleine Frauen, dit Liétard, kleine Lieder, ach, man liebt une liebt sie wieder. Les petites femmes, expliqua-t-il, les petites chansons, on les aime encore et encore. Le petit bleu de la côte ouest, c’est toi. Désolé, mon pote. J’ai que du hard bop.
- Déjà au lycée, dit Gerfaut, nous n’étions pas d’accord.
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Vidéo de Jean-Patrick Manchette
Gilles Magniont présente "les Lettres du mauvais temps : correspondance 1977-1995" de Jean-Patrick Manchette aux éditions La Table ronde.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2406445/jean-patrick-manchette-lettres-du-mauvais-temps-correspondance-1977-1995
Note de musique : Youtube Audio Library
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