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EAN : 9782377313754
278 pages
Éditeur : Sarbacane (05/02/2020)

Note moyenne : 3.99/5 (sur 87 notes)
Résumé :
Depuis que le père d'Hippolyte est parti, tout dans la vie de la jeune fille est déséquilibré. Sa mère s'enferme de longues heures à la cave et refuse de manger en sa présence. Elle lui prépare pourtant d'énormes pièces de viande qu'Hippolyte se force à avaler. Dans la rue où elles habitent, en bordure de forêt, leur voisine a disparu sans laisser de traces...Et puis un soir, la mère d'Hippolyte se jette sur elle et la mord.
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Critiques, Analyses et Avis (43) Voir plus Ajouter une critique
JustAWord
  20 juin 2020
Période (sur)exploitée par la littérature dites « young adult », l'adolescence reste un sujet fascinant et intense pour les lecteurs de tout âge.
Avec son second roman publié cette fois aux éditions Sarbacane, la belge Aylin Manço s'essaye à ce difficile exercice qu'est la description du passage à l'âge adulte…par le prisme du fantastique et de l'horreur !
Ogresse, sous sa couverture vert pomme, nous propose la singulière histoire d'Hippolyte, ado de seize ans, qui doit affronter la vie lycéenne mais aussi une vie de famille compliquée. Classique avez-vous dit ?
Pas sûr...
Problèmes d'ados
Comme tous les jeunes de son âge, Hippolyte (que l'on surnomme H, parce que c'est plus cool et moins long) affronte la dure loi du lycée. Ses deux potes, Kouz et Benji, n'arrivent pas encore à la considérer comme une « vraie » fille.
H voit donc passer des nudes de la copine de Kouz, Aurélie, et se révolte, en silence, contre ces attitudes misogynes 2.0.
Et puis, à la maison, la vie n'est pas plus rose. Fraîchement séparés, les parents d'Hippolyte n'ont plus la même attitude envers elle. Son père vit ailleurs et la voit toujours comme une gamine, sa mère elle…c'est un autre problème.
De plus en plus souvent, la mère de H s'isole à la cave pour y faire des choses terribles. du moins, c'est ce que se met à croire la jeune fille, d'autant plus que le comportement de sa mère a radicalement changé ses derniers temps, qu'elle se met régulièrement en colère et qu'elle peut même avoir des accès de violence terrible.
Puis, un beau jour en rentrant du lycée, Hippolyte découvre que la petite vieille d'à-côté, Madame Munoz, a disparu. Comment une femme de son âge à pu disparaître du jour au lendemain ? Et pourquoi a mère qui semblait si proche d'elle semble ne pas vouloir élucider ce mystère ? Que se passe-t-il dans cette maison et dans la tête de sa mère ?
Aylin Manço dresse le portrait d'une adolescente ordinaire en quête d'une identité : fille, amie, amoureuse, étudiante… qui est-elle au milieu de tout ça ? Si la chose semble vue mille fois, l'autrice belge a une carte de taille à jouer : celle du style.
Métaphore en amour(s) mineur
L'immense et la plus évidente force d'Ogresse, c'est bien le style d'Aylin Manço à la fois simple et intelligent, traversé par des métaphores et des comparaisons toujours judicieuses et inattendues. L'écriture de Manço transforme une multitude de problèmes adolescents ordinaires en de passionnants et épineux obstacles sur la route d'Hippolyte.
Les thèmes abordés ici sont nombreux : l'amour à l'ère des nude pics, le respect de la vie privée et de la féminité, le changement de l'image de soi (et des autres), les différences culturelles et, bien évidemment, la gestion de la séparation parentale par l'enfant.
Axe majeur d'Ogresse, la rupture parentale enveloppe de son ombre imposante l'histoire d'Hippolyte qui doit trouver de nouveaux repères.
Non content d'explorer les maux de l'adolescente en face de cet effondrement du paradigme familial, le roman va choisir la voie de l'horreur pour accentuer l'impact de ce drame personnel sur H.
Car derrière toutes ces préoccupations adolescentes, Ogresse se transforme en un conte terrifiant où la mère devient une figure monstrueusement inquiétante. Illustrant au départ le changement de regard de l'ado sur la figure maternelle qui s'éloigne, le roman profite des non-dits et des interstices de la terreur pour entretenir un faux-suspense qui marche incroyablement bien. En se donnant des allures de Grave, l'histoire capte le malaise d'Hippolyte et le laisse dégoûter sur le lecteur sans aucune retenue. Pour du « young adult » gentillet et mignon, on repassera. Et c'est tant mieux !
Mordre l'existence
Pourtant, là où Aylin Manço surprend le plus, c'est bien dans cette plongée horrifique où l'horreur n'est jamais franchement dans la collimateur mais au coin de l'oeil, derrière une porte de cave fermée, au coeur d'un morceau de viande pas assez cuit ou au fond de l'imagination d'une adolescente trop tétanisée par l'amour maternelle pour se rendre compte de ce qu'il se trame.
De façon tout à fait sournoise, Ogresse nous cause de la maltraitance et des coups en poussant les curseurs vers le fantastique et le surréel.
Pas pour amoindrir la chose, mais au contraire pour en illustrer le caractère anormal et la peur qui saisit la victime, d'autant plus lorsque la victime en question doit « balancer » un proche.
Ogresse montre que la seule issue vient de l'extérieur et des autres, par l'amour d'un copain ou, surtout, par le renfort des amis, des vrais, ceux qui sont prêts à ne pas acquiescer à tout juste pour faire plaisir à l'autre.
La violence dans Ogresse n'est d'ailleurs pas tant physique que psychologique, traitée de façon multiples et en expliquant qu'une victime peut en effet culpabiliser ou même s'attacher à son tortionnaire.
En somme, l'horreur permet de mettre en avant l'anormalité et l'insoutenabilité d'un phénomène qui pourrait autrement paraître trop banal, notamment aux yeux d'une victime qui aime forcément trop son bourreau.
Un sous-texte qui s'accorde forcément très bien avec l'organicité du propos, dans une période de la vie où l'on découvre sensualité et sexualité, son propre corps et celui de l'autre mais où l'on capte aussi des sensations plus inattendues et forcément moins plaisantes, parfois même violentes et traumatisantes. Hippolyte explique souvent que sa propre maison lui apparaît comme une extension d'elle-même, et au sein de celle-ci se niche aussi, l'indicible entouré d'amour.
Surprenant et captivant, Ogresse impose l'horreur de son récit avec un naturel déroutant. Grâce à une écriture parfaitement maîtrisée et à une authenticité de tous les instants, le roman dAylin Manço s'impose facilement comme un délicieux plat saignant à mettre entre toutes les papilles.
On s'en souviendra en tout cas.
Lien : https://justaword.fr/ogresse..
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thedoc
  26 juin 2020
Hippolyte, 16 ans, vit seule avec sa mère à Bruxelles depuis le divorce de ses parents l'été d'avant. Toujours flanquée de ses amis Kouz et Benji, elle ne montre rien de la tristesse qu'elle ressent depuis cette séparation et tente de surmonter son désarroi. Si les relations avec son père sont distantes, la jeune fille entretient une relation plus complice avec sa mère. Jusqu'au jour où sa mère mord Hippolyte.
Une couverture vert pétant, une goutte de sang qui perle à une fourchette et un titre, « Ogresse ». Il n'en faut pas plus pour comprendre. La littérature ado aborde cette fois-ci un sujet tabou encore souvent peu traité : le cannibalisme. Aylin Manço, auteure belge vivant en France, signe ici son deuxième roman.
« Ogresse » met en scène des personnages et des thèmes récurrents de la littérature ado : des adolescents un peu perdus lorsque les parents se séparent, les premiers émois amoureux lorsque la frontière entre amitié et amour devient floue, les premières relations sexuelles, le soutien ou les trahisons des amis. Et puis, à côté des tourments classiques de cette période fragile, arrive le secret de la mère d'Hippolyte qui devient ensuite celui de la jeune fille : sa mère est cannibale.
Entre l'amour pour sa mère et cette réalité abominable, Hippolyte est prise dans un étau intenable. Que faire, que choisir ?
« Ogresse » nous provoque des frissons d'angoisse, nous révulse aussi parfois, mais sans jamais tomber dans le gore ou le sensationnel. Et s'il fait parfois froid dans le dos, ce roman est surtout dérangeant de par l'attitude d'Hippolyte vis à vis de sa mère qui voit surtout en elle la malade et non pas le monstre. Que sommes-nous prêts à accepter de nos proches lorsque l'on veut à tout prix les sauver ?
« Ogresse » est un roman de littérature ado vraiment de qualité. Les jeunes lecteurs y retrouveront tous les thèmes favoris, agrémentés d'une touche d'horreur. La personnalité et la psychologie des personnages sont creusées, l'intrigue est addictive et jusqu'à la fin, on ne lâche pas le livre. le style, par ailleurs, est travaillé.
Une très belle découverte et une auteure à suivre.
Merci à Babélio et aux éditions Sarbacane.
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Saiwhisper
  04 janvier 2021
Lorsque j'ai eu à sélectionner 25 titres en tant que jurée du PLIB, j'avais repéré et voté pour « Ogresse », en particulier grâce à son résumé intriguant qui m'évoquait le cannibalisme ou les zombies. de plus, les notes sur les sites comme Babelio ou Livraddict étaient quasiment toutes positives. J'ai eu envie d'en savoir plus sur cette héroïne au prénom peu commun pour une fille : Hippolyte, alias « H ». Dès le début, la demoiselle a réussi à me faire ressentir de la compassion. Déjà en pleine adolescence où les émotions sont fortes et où les changements sont nombreux, « H » doit faire face à une modification au sein de son foyer, car ses parents ont divorcé. Or, si son père garde le contact, il brise les rares moments père-fille en critiquant son ancienne épouse. Quant à cette dernière, elle est terriblement étrange. J'avoue que, si j'avais été à la place de la narratrice, je n'aurais pas su comment réagir face à son comportement ou à son régime alimentaire. Cette mère de famille ne parle pas à sa fille, lui fait beaucoup de reproches, lui prépare uniquement de la viande saignante sans manger pas devant elle, puis va s'enfermer toute la soirée à la cave pour taper quelque chose… Une pluie d'éléments suspects va se succéder, troublant alors le personnage principal et le lecteur. Il y a bien sûr cette morsure et la disparition de la mystérieuse voisine dont fait mention la quatrième de couverture, mais aussi ce regard dérangeant que la maman jette à sa fille, comme si elle allait la constamment lui sauter dessus pour la croquer…
C'est cette ambiance sombre, inquiétante et pleine de non-dits qui m'a tenue en haleine. Il me tardait d'obtenir les réponses sur les agissements de cette génitrice vraisemblablement cannibale ou ogresse. J'étais également curieuse de savoir s'il en était de même pour l'héroïne qui ne cessait de manger de la viande malgré elle et dont le comportement est devenu de plus en plus trouble. Était-elle une fille d'ogresse devenant à son tour une adepte de chair sanguinolente ? L'auteure a plutôt bien su gérer le suspense. Même après avoir eu des explications, elle a su proposer une véritable descente aux enfers avec un final oppressant et intense. Cependant, à l'inverse des autres lecteurs, j'ai regretté le fait que cette atmosphère horrifique soit parasitée par énormément de chapitres n'ayant rien à voir avec l'affaire de cette maman mordeuse. « H » est une adolescente qui va au lycée et qui tente d'avoir une vie « normale ». Ainsi, on va souvent la suivre durant les cours, quand elle sort ou dans le bus avec ses deux amis Kouz et Benji. Je reconnais avoir mis du temps à m'attacher au binôme accompagnant Hippolyte, en particulier à cause des premiers chapitres où ils vont avoir des propos odieux envers la gente féminine. Par la suite, j'ai eu du mal à cerner Kouz qui est passé du connard montrant des nudes à ses potes pour se vanter au garçon sage, observateur, tranquille et compréhensif. Son changement de comportement m'a perturbée, car j'avais l'impression de ne pas avoir le même personnage sous les yeux. En réalité, j'avais plus d'attache pour Benji dont l'humour et les délires culinaires m'ont amusée. En revanche, le personnage de Lola m'a directement conquise, car son évolution au sein du groupe, sa relation complexe avec « H » ainsi que son passé trouble avec sa mère furent des éléments intéressants.
Les thèmes de cet ouvrage sont assez classiques : la relation mère-fille, le harcèlement physique, l'amitié, l'amour, les premières fois, etc. Malheureusement, j'estime que l'on aurait pu davantage exploiter ces points. le ton employé dans la narration colle à cette ambiance ado. La plume est fluide, on distingue ainsi des expressions de jeunes (enfin… ce sont celles que j'employais… Sont-elles encore d'actualité ?), du langage familier et quelques insultes de-ci de-là. Si j'ai été sensible aux émotions d'Hippolyte, à ses doutes et à sa détresse, j'avoue que j'avais parfois du mal à lui donner seize ans. Parfois, elle avait des réflexions enfantines qui ne collaient pas à son âge. Toutefois, je suppose que cela est dû au fait qu'elle a toujours été une jeune fille paisible et sans histoires avant de vivre cette mésaventure… « H » est une héroïne finalement complexe, ambiguë et étrange qui ne convaincra pas tous les lecteurs. Pour ma part, je ne sais toujours pas quoi penser d'elle, même en ayant terminé le roman. Cependant, je dois avouer apprécier ce sentiment incertain, car il y a un réel travail d'Aylin Manço autour de cette héroïne insolite.
Finalement, « Ogresse » me laissera un sentiment mitigé et pas mal d'incompréhensions. Je n'ai pas compris le choix de mélanger le genre thriller et l'épouvante au quotidien « classique » de quatre potes vivant de multiples expériences (drogue, mcdo, sexe, etc.). Certes, j'appréciais voir l'évolution de ce quatuor néanmoins, j'étais bien plus intéressée par le mystère autour de la mère de cette mère ogresse. À la manière de « Barbe Bleue », j'étais surtout impatiente que l'héroïne et ses camarades cèdent à la tentation de pousser la porte condamnée de la cave… Comme dit plus haut, les scènes scolaires ainsi que les interactions sociales ont trop pris le pas sur le reste, ce qui est dommage. Je regrette également le fait que certaines de mes attentes n'aient pas été comblées : en voyant que le titre était dans la sélection du PLIB, je pensais avoir affaire à un texte avec un minimum d'éléments fantastiques. Hélas, il n'y a pas d'imaginaire dans « Ogresse ». Je classerais davantage ce roman comme un mélange de roman contemporain, de romance, de polar horrifique et de thriller psychologique. Oui, cela fait un sacré cocktail ! Bref, « Ogresse » m'aurait laissé une saveur particulière dans la bouche : de bons éléments qui m'ont tenue en haleine, mais également des choses qui auraient pu être développées autrement.
Lien : https://lespagesquitournent...
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AudreyT
  31 mai 2020
***,*
Hippolyte est une adolescente dont la vie paraît plutôt banale : des parents divorcés, une bande d'amis soudée, une fille qu'elle déteste et qui deviendra sa meilleure amie et la vie au lycée qui l'ennuie Mais un jour, sa mère l'attaque et la mord... Et là, tout devient plus étrange...
C'est grâce à mes premières 68 que 'ai découvert ce premier roman. Un titre plutôt accrocheur, une belle couverture colorée et intrigante, une quatrième de couverture alléchante... Et le tour est joué !!
Aylin Manço a une très belle écriture. Elle nous entraine de manière rythmée, sans tergiverser, dans son univers entre fable et réalité.
On s'attache aux personnages et on se surprend à apprécier la vie aux côtés de H, cette jeune fille perdue que la vie bouscule.
De nombreux thèmes sont abordés dans le roman, sans que l'un prenne le dessus sur un autre. Aucune lassitude, aucune longueur, les rebondissements tombent toujours au bon moment.
Voilà un roman jeunesse à savourer...
Lien : https://lire-et-vous.fr/2020..
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hashtagceline
  11 février 2020
Ce roman m'a bousculée. Il m'a heurtée notamment parce qu'il touche à un sujet très sensible et dérangeant : le cannibalisme, comme le titre le laisse présager.
Et Aylin Manço, tant qu'à faire, exploite ce thème au coeur d'une relation mère-fille. Et cela en devient encore plus troublant. Mais Ogresse ne se résume pas qu'à cela. C'est bien plus profond.
On accompagne aussi Hippolyte, l'héroïne qui se débat avec ses tourments adolescents et qui va devoir faire face à quelque chose d'inconcevable. En tant que lecteurs, spectateurs passifs, on a parfois du mal à savoir comment réagir à ce qui se déroule sous nos yeux. Certaines scènes sont douloureuses, insoutenables.
Aylin Manço traite avec justesse les rapports (amicaux, de force, de séduction) et les moqueries entre adolescents. Et elle le fait avec beaucoup d'humour. Il y en a, heureusement. C'est ce qui permet de souffler parmi tout le reste.
J'ai aimé tous les aspects de cette histoire : l'histoire d'amitié avec Kouz et Benji, la relation qu'elle va nouer avec Lola, l'enquête sur la disparition de Madame Munoz, sa voisine mais aussi le rapport compliqué qu'elle entretient avec ses deux parents. Et puis, il y a ce malaise latent dans sa propre maison. Ces repas qu'Hippolyte fait seul sous les yeux de sa mère. Cette viande qu'elle doit mâcher, avaler en se forçant.
"J'en ai coupé un bout, et l'ai mastiqué jusqu'à ce qu'il perde tout son goût. C'était un morceau tout petit. J'ai estimé qu'à ce rythme-là, il me faudrait trente bouchées avant de venir à bout de la viande. Ça me semblait aussi absurde de me forcer à la manger que de pousser de la nourriture dans le gosier d'une poupée de plastique. C'était pas tant que j'avais plus faim, c'était que j'avais oublié ce que ça faisait d'avoir faim."
Et puis ce comportement étrange de cette femme avec qui elle vit et qu'elle ne reconnaît plus. Au départ, on trouve ça un peu étrange, comme Hippolyte. Et puis ça dérape. Sérieusement.
"Alors le noir crache quelque chose de furieux qui me tombe dessus. le salon se renverse ; le sol me heurte dans le dos. J'ouvre la bouche pour hurler mais le choc m'a coupé le souffle.
Elle a les ongles enfoncés dans mes épaules et je sens son haleine sur mon cou. D'instinct, je la repousse d'une bourrade, elle tombe et je me roule en boule.
Est-ce qu'il faut crier, là ?"
Que fait sa mère enfermée dans la cave? Que cache-t-elle? Les questions sont nombreuses. Les réponses, finalement, on les a mais on ne veut pas vraiment y croire. C'est trop...
Alors on angoisse. Et cela ne fait qu'empirer. Car l'amour (quel qu'il soit) rend souvent aveugle et mène à tous les excès et toutes les prises de risque.
Aylin Manço réussit à tout traiter en profondeur sans que l'histoire ne perde son sens ou que nous, lecteurs, nous nous y perdions. On comprend tout ce qui agite la jeune fille. On comprend à quel point la séparation de ses parents a été douloureuse, comment fonctionne ( plutôt mal au début ) son groupe d'amis, comment elle cache ses sentiments envers l'un d'eux. le groupe va évoluer, grandir et accueillir un nouveau membre. Ensemble ils vont faire des expériences plus ou moins légères. Certaines, comme lors du week-end sans les parents de Benji seront drôles...
"Benji me faisait marrer, mais j'étais pas tellement mieux que lui. J'avais l'impression d'avoir basculé dans un tableau impressionniste, et de voir partout autour de moi les minuscules coups de pinceau mouvants qui constituaient la matière. En fait, j'étais moi-même faite de coups de pinceaux. L'artiste me peignait en ce moment même !!"
...d'autres beaucoup moins.
Aylin Manço, comme dans La dernière vague, intègre un élément totalement fantastique inexpliqué qui sert de fil conducteur à son histoire. Elle s'en sert habilement pour construire son récit et exacerber les peurs et sentiments de ses personnages.
Tout ce qui tourne autour de la nourriture aussi est un aspect important du roman. Avec sa mère mais aussi avec ses amis. Il y a de nombreux passages autour des inventions gustatives de Benji comme le "MacMorning ultimate" ou la version améliorée du hot-dog de chez Ikea rebaptisé "meilleur hot-dog du monde".
La nourriture qui fait vivre, qui est un besoin primaire devient ici inquiétante et parfois écoeurante. Cela contribue à rendre l'ambiance du roman encore plus pesante. le texte nous pèse sur le coeur et sur l'estomac...
"Tu peux essayer de nourrir une marionnette, tu peux enfoncer la nourriture dans sa bouche et l'écrabouiller entre les parois de plastique, elle peut même mastiquer si tu lui fais ouvrir et fermer la bouche, mais tu ne peux pas la faire avaler, tu ne peux pas la faire digérer, excréter. La nourriture ne lui sert à rien."
Tout ce qui touche au corps et ses matières est aussi hyper présent. C'est saisissant.
Bref, ce roman porte bien son titre. Ogresse va vous manger tout cru et vous recracher, pantelants, choqués et je l'espère, comme moi, totalement convaincus et soufflés par la puissance de son histoire.
Histoire qui, une fois terminée, quoi que vous en ayez pensé, vous laissera une trace, là, un peu comme celle d'une morsure.
Un GROS GROS COUP DE COEUR pour ce roman définitivement à contre-courant mais génialissime.
Lien : https://www.hashtagceline.co..
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critiques presse (1)
Ricochet   07 janvier 2021
À mettre sous toutes les dents !
Lire la critique sur le site : Ricochet
Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
LaCabaneDeMesLivresLaCabaneDeMesLivres   02 février 2020
"Il manque un mot dans la langue française, un mot pour qualifier les évènements qui sont impossibles mais qui surviennent tout de même. Quelque chose de tellement inconcevable que, quand ça se produit, c'est comme si l'univers se fendait en deux, et vous vous retrouvez du mauvais côté, dans un monde presque pareil mais tout à fait différent."
"Parfois il vous arrive des trucs monstrueux, et c'est pas votre faute. Parfois c'est la faute de personne."
"C'est en ayant peur qu'on crée les monstres ; on les fait disparaître en fermant les yeux."
+ Lire la suite
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JustAWordJustAWord   20 juin 2020
J’ai compris que le sexe, c’est comme jouer avec un gros chien : quand on le voit de l’extérieur, ça paraît un peu dégueu avec toute cette bave et l’odeur d’animal mouillé, mais quand c’est le nôtre, c’est le paradis et on s’en fiche que ça soit poisseux ou odorant.
Commenter  J’apprécie          130
thedocthedoc   23 juin 2020
Il y a ma rue, et il y a l'école ; ce n'est pas le même monde. Le bus, c'est la frontière entre les deux. Les soucis qui m'assaillent à l'école se dissolvent dès que je descends du bus, ceux de la rue partent en fumée quand j'y monte.
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DreamBookeuseDreamBookeuse   08 février 2020
Alors le noir crache quelque chose de furieux qui me tombe dessus. Le salon se renverse ; le sol me heurte dans le dos. J’ouvre la bouche pour hurler mais le choc m’a coupé le souffle.
Elle a les ongles enfoncés dans mes épaules et je sens son haleine sur mon cou. D’instinct, je la repousse d’une bourrade, elle tombe et je me roule en boule.
Est-ce qu’il faut crier, là ?
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JustAWordJustAWord   20 juin 2020
J’habite dans une maison qui parle. Mes parents ont toujours accusé la mauvaise isolation, mais moi je pense que la maison a grandi autour de moi autant que j’ai grandi en elle. Elle est mon prolongement en poutres, en briques et en planches. Chaque porte a sa signature : le pêne de celle de l’ancien bureau de mon père résiste et claque quand on l’actionne ; celle de l’escalier menant aux chambres crisse en frottant contre le plancher ; et quand on ouvre la porte d’entrée, tout en bas, l’appel d’air entrouvre celle de ma chambre sous les toits.
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Videos de Aylin Manço (3) Voir plusAjouter une vidéo
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Notre jury de jeunes lecteurs vous présente les titres sélectionnés pour les Pépites 2020 du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis – France Télévisions.
Dans cet épisode, découvrez "Ogresse" (Sarbacane), de Aylin Manço.
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