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EAN : 9782369145295
304 pages
Éditeur : Libretto (06/06/2019)

Note moyenne : 3.79/5 (sur 7 notes)
Résumé :
Ce volume réunit deux courts romans : Alexandre (1929) et Ludwig (1937).

Le conquérant grec et le roi de Bavière ont ceci de commun : ils se sont créé un univers propre, à la fois symbole d’infini et prison, se sont crus les égaux de Dieu et ont poursuivi leurs rêves et leurs illusions jusqu’à la folie.

Klaus Mann retrace avec précision la vie, les conquêtes et les amours de celui qui posséda le plus vaste empire du monde antique, Alexa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Oliv
  29 juin 2019
Pour faire plaisir à un certain Alex qui se reconnaîtra, je vais commenter ma lecture de "Alexandre"... Et même si je ne connais personne portant ce prénom, je dirai aussi quelques mots sur "Ludwig", les deux textes ayant été réédités en un seul volume aux éditions Libretto. Le premier est un court roman d'un peu plus de 200 pages publié en 1929, le second une longue nouvelle d'une cinquantaine de pages datant de 1937. J'avoue que je ne savais pas grand-chose de Klaus Mann avant de lire ce livre. En jetant un œil à sa biographie, certains éléments ressortent particulièrement : en plus d'être un "fils de" (en l'occurrence de l'auteur de "La mort à Venise" et de "La Montagne magique", que je n'ai pas lus), il est connu pour son homosexualité revendiquée et son engagement contre le nazisme.
Les relations entre les hommes, amicales et surtout amoureuses, sont très présentes dans "Alexandre". On sent en outre chez l'auteur une obsession de la beauté et de la laideur masculines ; tout au long du récit, les visages, les corps, sont abondamment détaillés. Quant à la question politique, elle est inévitable quand on évoque la vie d'un bâtisseur d'empire, a fortiori dans une œuvre sous-titrée "Roman de l'utopie". Celle-ci est donc émaillée de réflexions sur le pouvoir, sur la tyrannie... Mais Klaus Mann ne fait pas du roi de Macédoine un Führer en puissance, et pour cause : le roman a été publié quelques années avant l'instauration du Troisième Reich. Hormis ces deux aspects saillants, pour ma part j'ai surtout apprécié le fait que Klaus Mann fasse d'Alexandre une sorte de héros romantique, marqué par le destin, à la personnalité torturée. J'ai retrouvé dans cette vision de nombreux points communs avec celle d'Oliver Stone, dans son film si injustement décrié à mon sens. J'ignore si le réalisateur américain a lu ce roman et s'il s'en est inspiré, mais je ne serais pas surpris que ce soit le cas.
Dans les descriptions, qu'il s'agisse de l'apparence des personnages, de leurs sentiments ou des lieux traversés, on perçoit une esthétique "fin de siècle" sans doute déjà passée de mode en 1929, mais qui n'est pas pour me déplaire. À l'inverse d'autres romanciers ayant écrit sur l'épopée d'Alexandre, qui s'en sont sagement tenus aux faits historiques, Klaus Mann n'hésite pas à mêler à son récit des éléments relevant du mythe. Un seul exemple qui illustre bien sa démarche : en reprenant à son compte les légendes sur la confrontation entre le roi de Macédoine et les Amazones, l'auteur fait de Roxane une reine guerrière... Un choix surprenant de prime abord, mais loin d'être absurde : car qui, d'une farouche souveraine régnant sur l'infini des steppes ou d'une simple fille de notable bactrien, est plus à même d'épouser le Conquérant ? Tous les grands moments de la conquête de l'Asie sont là, pourtant ce ne sont pas les exploits militaires qui intéressent l'auteur en premier lieu. Le formidable siège de Tyr, qui donna tant de fil à retordre aux Grecs durant des mois, est ainsi évacué en une ligne. Le Granique, Issos, Gaugamèles, sont un peu plus développés, sans non plus être prétextes à de longues pages de combats. En fait, le génie tactique d'Alexandre est à peine évoqué ; si l'armée macédonienne remporte chacune de ses batailles, c'est avant tout grâce au charisme quasi surnaturel de son chef.
Dans la multitude d'ouvrages de fiction consacrés à Alexandre, celui-ci est assurément dans le haut du panier, notamment grâce à sa qualité d'écriture et à la volonté de l'auteur de donner une version personnelle du personnage tout en restant fidèle à ce qu'il dut être historiquement. Bref, il s'agit d'une lecture tout à fait recommandable sur le sujet.
Je serai moins enthousiaste sur "Ludwig", la nouvelle qui complète le volume. Avec son unité de temps et de lieu, son faible nombre de personnages et ses longs monologues, celle-ci a des allures de pièce de théâtre. Comme "Alexandre", elle met en scène un roi aux tendances homosexuelles, et traite essentiellement du pouvoir et de la folie qui en découle... Mais par rapport à la précédente, cette lecture m'a paru plus anecdotique. Il faut dire que j'ai beaucoup plus d'affinités avec le roi de Macédoine qu'avec le roi de Bavière et moins d'intérêt pour l'Allemagne du 19ème siècle que pour la Grèce antique. J'ai acheté ce livre pour Alexandre, et celui-ci m'a totalement satisfait : bonne pioche, donc !
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Henri-l-oiseleur
  11 août 2019
Klaus Mann, fils de l'illustre romancier et essayiste Thomas Mann, publia en 1929 un bref roman historique consacré à Alexandre le Grand, et en 1937, une courte nouvelle sur les derniers jours de Louis II, le "roi fou" de Bavière. Malgré les différences d'époque, de format et de personnages, ces deux récits réunis dans ce volume ont des points communs : deux souverains sont mis en scène, qui sont des politiciens, des êtres d'exception et des homosexuels, même si la prudence est nécessaire pour ce qui est d'Alexandre et de son temps (il est périlleux de projeter sur l'Antiquité des conceptions modernes comme celle d'homosexualité). Les thématiques associées à ces personnages sont déjà connues et établies par la tradition. Klaus Mann ne les invente pas, mais se livre à des variations sur des motifs pré-existants : le romantisme exalté, morbide et suicidaire de Louis II, roi wagnérien, admirateur passionné de l'univers de Wagner ; l'épopée grandiose, mondiale, la destinée romanesque d'Alexandre, héros qui, dès l'Antiquité, élabora son propre mythe. Là où Klaus Mann cède un peu à la banalité, c'est en donnant de l'homosexualité masculine une image tragique, même dans sa Grèce rêvée où Alexandre, repoussé par celui qu'il aime, se retrouve incapable d'aimer et se lance dans une aventure vide, qui ne le console pas. Ne parlons pas de Louis II, torturé par son "péché". La réflexion de Klaus Mann sur le pouvoir politique, esquissée en préface, ne m'a pas beaucoup intéressé, peut-être parce que je ne vis pas dans les années trente du XX°s, où un pouvoir extrêmement personnalisé dépendait des caprices et de la subjectivité des chefs (Staline, Hitler etc). L'auteur a toutefois le mérite de dépouiller son Alexandre de son aura poétique traditionnelle, en fait un amoureux frustré (à l'opposé des hagiographies) et un idéaliste vaincu. Cette version du mythe a beaucoup d'intérêt et d'originalité. La folie de Louis II est perceptible dans la nouvelle, sa représentation est réussie car on répugne à lire pareil texte qui fait pénétrer le lecteur dans le délire du héros. Toutes ces qualités ne compensent pas les faiblesses littéraires et narratives de ces deux récits : en particulier leur sécheresse (qualité dont l'excès nuit).
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MENALKE19
  16 juin 2017
Historique
Publié en 1939 par la maison d'édition néerlandaise Querido, ce roman, écrit entre 1936 et 1939, est consacré à l'émigration allemande anti-nazie entre 1933 et 1939 et constitue, en quelque sorte, le pendant de Mephisto (1936), dans lequel l'auteur décrivait la compromission d'un artiste avec le régime nazi. Avec Mephisto, c'est l'un des chefs-d'oeuvre de Klaus Mann.
Résumé
Au lieu d'un personnage principal unique, Klaus Mann campe ici une série de personnages qui rendent compte de la variété des émigrés qui fuient la montée du nazisme en Allemagne : aristocrates, professeurs, jeunes gens de bonne famille, ouvriers, artistes. Il décrit leurs difficultés, leur déchéance ou leurs succès, leurs combats et leurs défaites. le réalisme du récit n'empêche pas la description de scènes hallucinées, avec l'intervention du divin. Par-delà les doutes, les chagrins, la mort d'amis, Klaus Mann appelle à garder espoir.
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Sharon
  15 mars 2012
Impossible pour moi d'être objective. J'adore cet auteur. Je me demande même pourquoi je ne lis pas plus souvent ses oeuvres. Pour les garder en réserve, sans doute.
Ludwig est véritablement le dernier jour du souverain. Prolongement : la venue d'une autre souveraine foudroyée, Sissi. Son double, sa jumelle. Quand elle apprit la nouvelle de sa mort, elle ne voulut pas croire à un "accident". Bouleversée, elle parla de meurtre.
Mais n'en était-ce pas un que de l'acculer au désespoir ? Arrivé dans son château prison, Ludwig se remémore comment "ils" sont parvenus à le destituer, tous ceux qui ne comprenaient rien à ses rêves de bâtisseur, d'esthète, à ses amitiés exclusives. Tous ceux qui veulent lui faire croire que les barreaux aux fenêtres sont purement décoratifs.
Prouesse d'écriture : nous épousons les méandres des pensées de Ludwig et en les lisant, j'avais l'impression de relire le journal de Nijinski (véritable témoignage de la montée de sa folie). En même temps, nous entrons aussi dans l'esprit de son médecin, si sain de corps et d'esprit, si sûr de lui. le dénouement est connu.
Cette nouvelle nous raconte autant sur son auteur que sur Ludwig. En effet, Klaus Mann choisit de parler de l'homosexualité (présumée ? refoulée ?) de Ludwig II - ni Klaus Mann ni sa soeur aînée ne faisaient mystère de leur préférence sexuelle et d'en faire une des composantes de son récit. J'y vois, peut-être à tort, une des raisons pour laquelle il a choisi de parler de ce souverain.
A lire - comme toute l'oeuvre de Klaus Mann.
Lien : http://le.blog.de.sharon.ove..
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
SachenkaSachenka   30 septembre 2019
Alexandre, tout engourdi, perçut à nouveau près de son oreille son chuchotement envoûtant : «Tu ne vivras pas très longtemps, mon cher fils, je ne sais pas non plus si tu seras jamais heureux. Mais tu es destiné à apporter le bonheur à l'humanité, mon Alexandre! Telle est la volonté des dieux mystérieux, telle est ma volonté... Tu imposeras le bonheur par l'amour et par l'épée! Tu l'imposeras par ta beauté et ta jeunesse. Car tu es jeune, Alexandre, vois-tu, c'est cela qui est merveilleux.»
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OlivOliv   28 juin 2019
Pendant la journée, le roi était très occupé à passer en revue les troupes nouvellement levées. Des heures durant, il faisait défiler devant lui des jeunes gens qui combattraient pour sa gloire et, sans doute, y trouveraient la mort. "Pour la gloire qui m'attend", songeait-il, l'air sombre, en les jaugeant du regard.
C'étaient de robustes jeunes gens de races diverses : des Macédoniens, des Perses, des Grecs, des Égyptiens, des Indiens aussi. Ils avaient la peau claire ou foncée, des cheveux lisses ou frisés, des membres robustes ou délicats. Mais tous levaient sur Alexandre le même regard craintif et respectueux, où le dévouement se mêlait à l'effroi. Ce n'est pas sur les hommes qu'on porte ce regard craintif et passif, mais sur des idoles sans vie, incapables de douleur ou de joie, qui ne sont que puissance.
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OlivOliv   27 juin 2019
"Philippe voulait entreprendre cette année même l'expédition d'Asie. Mais dans quel but ? Pour faire de l'Asie, dans la mesure du possible, une colonie macédonienne ; pour imposer à ces peuples, qui sont les plus sages et les plus avancés, ses croyances impies, sa virilité de rustre ; pour rendre le monde entier encore plus malheureux qu'il ne l'est déjà à l'heure actuelle sous le règne de l'homme." Elle se secoua à cette pensée. "Il est vraiment bien qu'il soit mort !" dit-elle une fois encore en guise de conclusion. Elle se retourna vers son fils, à nouveau remplie de passion.
"Mais à toi, Alexandre, ta mère te donne une mission : pars vers l'Asie, elle se soumettra à toi avec amour, car tu es beau, descendant d'Achille ! L'Asie maternelle t'obéira, car cette mission, tu l'as reçue de ta mère. Il ne s'agit pas d'une conquête : les hommes ont déjà conquis tant de choses. Il faudra préparer un mariage."
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OlivOliv   28 juin 2019
Alexandre considérait ce paysage majestueux et nu d'un regard assombri et empreint de respect. Qu'elle était insignifiante, comparée à cette nature inexorable, la voluptueuse abondance de l'Asie Mineure et de la grasse Babylone ! Ici, sur une plaine interminable d'éboulis arides, des montagnes primitives toutes crevassées dressaient leurs cratères noirâtres. Face à ce paysage cruel, le roi, les dents serrées, dut s'avouer que désormais, cela devenait sérieux. Car il n'y avait plus qu'un pas à faire pour entrer définitivement dans le désert. C'était la solitude absolue qui s'ouvrait, où nulle frontière ne séparait plus les pays, où l'on ne connaissait plus ni Perses ni Grecs, ni Zarathoustra ni Dionysos. Là vivaient les Scythes, qui mangent la chair humaine.
"Nous sommes à la limite", se disait Alexandre avec effroi, face à ce paysage.
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OlivOliv   29 juin 2019
"Non, non, mon très cher docteur, vous aurez beau dire, la république est le régime auquel notre époque aspire – de ce point de vue, la France n'a été, comme toujours, qu'un peu en avance sur son temps. Nous, les rois – comprenez-moi bien, excellent ami ! –, nous, les monarques, nous ne sommes plus que des anachronismes ambulants. L'époque moderne appartient à la science, à l'heure actuelle les vraies puissances sont la psychiatrie et le capital..."
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Vidéo de Klaus Mann
Homosexuel, toxicomane, citoyen allemand déchu, exilé puis engagé contre l’idéologie nazie, écrivain prolifique et visionnaire, résolument contemporain, il est l’un des plus éminents représentants de la littérature allemande… MAIS QUI EST KLAUS MANN ?
Après "Contre la barbarie" et "Point de rencontre à l'infini", paraîtront le 3 février 2011 aux Éditions Phébus "Aujourd'hui et demain" (http://bit.ly/h0er3J) et "Speed" (http://bit.ly/fMP5tS).
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