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Félix Bertaux (Traducteur)Charles Sigwalt (Traducteur)Axel Nesme (Traducteur)Armand Nivelle (Éditeur scientifique)
ISBN : 2253006459
Éditeur : Le Livre de Poche (01/01/1965)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 794 notes)
Résumé :
Ecrivain au faîte de sa gloire, Aschenbach éprouve un besoin impérieux de dépaysement. Après avoir hésité, et le questionnement est au coeur de cette nouvelle, il se décide pour Venise. Le bouleversement qu'il y vit, à l'image du texte, est intériorisé et progressif, exprimé avec l'élégance d'un aristocrate en vacances. Il en émane, comme de Tadzio, le jeune homme dont Aschenbach s'éprend, une grâce subtile. Tout au long de son séjour à Venise, décor par excellence ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (56) Voir plus Ajouter une critique
Ambages
20 mai 2017
« Monsieur peut maintenant tomber amoureux sans crainte. »
Un livre enivrant. Un souffle émane de l'écriture de Thomas Mann que je n'imaginais pas aussi fort. C'est une écriture pleine de sens et magnifique. Comment résister à une telle prose ? Je me suis enroulée dans ses mots, accrochée à certaines phrases, les relisant jusqu'à épuiser toutes les saveurs qu'elles contenaient, ou du moins celles que j'ai pu savourer avec mes sentiments, connaissances et qui peuvent être bien en-dessous de ce que d'autres peuvent goûter. J'en suis pleinement consciente car l'analyse de ce texte est multiple. Pour autant je n'ai eu aucune empathie pour d'Aschenbach, si fier de sa particule.
« le poète n'est pas capable de durable élévation, il n'est capable que d'effusions »
Ce personnage est effrayant. Je n'aime pas son tempérament, alors qu'il est intelligent. Comment voir si loin les choses de la vie et rejeter celles qui ne sont tout simplement plus belles selon ses critères ? Ce vieux contemplateur déteste la vieillesse, juge et critique des vieux « beaux » et se pâme devant cette pureté juvénile. En outre, il a un côté fort désagréable, comme une sorte de jalousie de ce qu'il n'a plus (et n'a peut-être jamais eu) au point d'avoir un petit sentiment de réjouissance en constatant que ce bel éphèbe est fragile, peut-être même malade. Est-ce ainsi que doit finir un homme intelligent ? Dans la contemplation, l'envie et l'aigreur ?
« nous autres poètes, nous ne pouvons suivre le chemin de la beauté sans qu'Eros se joigne à nous et prenne la direction ; encore que nous puissions être des héros à notre façon, et des gens de guerre disciplinés, nous sommes comme les femmes, car la passion est pour nous édification, et notre aspiration doit demeurer amour... tel est notre plaisir et telle est notre honte. »
Non je n'ai vraiment pas apprécié ce voyageur mais j'ai adoré l'écriture de Mann. La description de Venise avec ses petites ruelles et passerelles d'où se dégagent des odeurs rances, sa touffeur qui essouffle et colle les âmes aux pavés. Mais aussi les embruns lorsque l'embarcation vous promène dans ses canaux et délivre une autre vision de la ville. Et puis il y a les méditations d'Aschenbach. Des mots qui touchent ceux qui les lisent. Je ne pense pas que l'on puisse rester indifférent car Mann va loin dans la psychologie humaine, il sonde, il nuance, il étonne et nous questionne. J'ai donc suivi ce petit pull marin au liseré rouge comme un fil conducteur, naviguant de découvertes en découvertes sur les mots de Mann qui avaient le goût de la subtilité, du perspicace et du délicat. Mann évoque d'une manière somptueuse la source du Verbe chez le romancier. Il y a toute une explication très fine et intéressante sur le travail de la création littéraire, qui m'amène à penser à « Arrête avec tes mensonges » dans lequel Philippe Besson livre des informations sur ses précédents livres.
« le spectacle de si complexes destins amène à se demander s'il a jamais existé d'autres héroïsme que celui de la faiblesse, ou si en tout cas ce type de héros n'est pas proprement celui de notre époque ? »
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JacobBenayoune
12 novembre 2015
Si le héros de la Mort à Venise est parti en vacances, ce n'est pas le cas pour le lecteur. Ce dernier doit affronter un texte exigent, très dense, très profond et compliqué par son style et ses idées.
Thomas Mann (lui le grand écrivain célèbre et admiré) nous présente un exemple du combat entre Dionysos et Apollon où un auteur qui s'est acharné d'un travail "spartiate" pour se faire un chemin dans la gloire littéraire avec des oeuvres majeures, sent un besoin cuisant d'interrompre cette vie et de voyager. "Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage" comme l'a bien dit Du Bellay. le héros va faire ce voyage à Venise, pour y découvrir la beauté et non comme Rimbaud, il la trouvera délicieuse. Un séjour à arrière-plan mythologique et artistique. Cet écrivain est subjugué par un chérubin qu'il poursuit partout au risque de succombé à cette épidémie qui ravage Venise:
"Tel l'enfant, par un fleuve attiré pas à pas,
S'y mire, s'y lave et s'y noie." (V. Hugo)
C'est un très beau texte (bien écrit, avec un style mythologiquement ficelé et ciselé) sur l'écriture et son exigence parfois étouffante, la peur de vieillir, l'amour interdit, le sacrifice pour l'amour (qui m'a fait penser à cette idée singulière qu'aimer est plus important, plus beau qu'être aimé) et la mort.
Voici pour finir, ce que dit Mann lui-même sur son livre :
"L'histoire est essentiellement une histoire de mort, mort considérée comme une force de séduction et d'immortalité, une histoire sur le désir de la mort. Cependant le problème qui m'intéressait surtout était celui de l'ambiguïté de l'artiste, la tragédie de la maîtrise de son Art. La passion comme désordre et dégradation était le vrai sujet de ma fiction.
Ce que je voulais raconter à l'origine n'avait rien d'homosexuel ; c'était l'histoire du dernier amour de Goethe à soixante dix ans, pour Ulrike von Levetzow, une jeune fille de Marienbad : une histoire méchante, belle, grotesque, dérangeante qui est devenue La Mort à Venise. À cela s'est ajoutée l'expérience de ce voyage lyrique et personnel qui m'a décidé à pousser les choses à l'extrême en introduisant le thème de l'amour interdit. le fait érotique est ici une aventure anti-bourgeoise, à la fois sensuelle et spirituelle."
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Allantvers
21 janvier 2017
Voilà un texte qui me faisait peur et dans lequel je suis heureuse d'avoir pu pénétrer avec délices, avec concentration aussi car il est vrai que la bête est austère ne s'offre pas facilement, avec effroi également tant il est implacablement démontré dans cette nouvelle que se confronter à la pure beauté, « la seule idée qui se puisse contempler », amène fatalement à l'idée de la mort.
Avant d'ouvrir le livre, j'avais de « La mort à Venise » l'impression récente sur la rétine et dans l'oreille d'un photomontage du film de Visconti sur fond de la cinquième symphonie de Mahler; ces images, centrées sur l'artiste Gustav von Aschenbach au vieillissement morbide poursuivant du regard la beauté douloureuse de l'éphèbe Tadzio sur une plage de Venise, sont (plus que le film d'après ce que j'en ai entendu dire) parfaitement synchrones tant avec le synopsis de la nouvelle qu'avec les émotions moites et lourdes que la plume pesamment ciselée de Thomas Mann fait ressentir ; elles m'ont aidée à entrer plus avant dans les profondeurs de ce texte, de la moiteur fétide de Venise au basculement du vieil homme de l'intégrité rigoriste vers la folie de l'amour, jusqu'à la splendide et sépulcrale scène finale.
Une lecture bouleversante et une médiation sur la mort à ne pas lire un jour de déprime…
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sylvaine
26 octobre 2016
La mort à Venise 1912 Thomas Mann
Gustav Aschenbach, écrivain connu et reconnu, récemment anobli, se promène dans les rues de Munich. Au détour de sa promenade, il entre aperçoit un homme. Sur une impulsion subite il décide de bouger, de laisser pour quelque temps son austère mode de vie, consacré exclusivement au travail d'écriture; solitaire depuis le décès de son épouse, il se veut un adepte d'une vie de rigueur et de travail . Il part d'abord pour Trieste et Pola et bien vite décide de retourner à Venise. L'Hôtel des bains au Lido, Hôtel de luxe s'il en est, va l'accueillir. La clientèle est très cosmopolite, allemande, anglaise, russe, slave et polonaise. Aschenbach remarque vite une famille polonaise : trois jeunes filles, leur nurse, leur mère, femme hiératique, austère, et le lumineux jeune garçon « d'une si parfaite beauté « qu'il en est confondu. « tout cela faisait songer à la statuaire grecque de la grande époque ». Aschenbach est émerveillé par ce jeune adolescent, sa beauté le suffoque , le grise, l'aimante et de jour en jour plus fasciné il glisse dans un état amoureux digne des plus grands héros de l'Antiquité.
Je vous laisse suivre Aschenbach dans ses promenades vénitiennes sur les pas de Tadzio, dans ses pauses sur la plage en train de le contempler , de le regarder vivre, de se repaître de sa présence même lointaine. Mais la chaleur est là, le sirocco souffle et la ville s'inquiète devant le risque de contamination …Quand Thomas Mann écrit cette nouvelle en 1911 , son grand ami Gustav Malher vient de décéder, il est à Venise à un tournant de sa vie . Lui le conservateur, apolitique, à l'image de son personnage, est en pleine interrogation personnelle, politique, existentielle. Beaucoup de nostalgie dans cette nouvelle, le romantisme allemand du 19ème résistera t'il aux chamboulements que l'on sent imminents en ce début du XXème siècle ?
J'attendais tellement de cette lecture et me voilà mi-figue mi-raisin ! Une longue nouvelle , un texte riche en enseignements sur l'écriture, l'art, la beauté le lien entre pensée et beauté , des phrases complexes et parfois un peu grandiloquentes, une lecture souvent fastidieuse et soudain quelques lignes d'une rare beauté . Pas de regrets mais pas d'enthousiasme non plus .
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Palmyre
25 août 2014
Gustav Aschenbach est un compositeur de musique allemand. Lors d'un séjour à Venise, il tombe en admiration devant la beauté d'un jeune adolescent polonais,Tadzio. L'arrivée subite d'une épidémie de choléra sur la lacune forcera-t-il Aschenbach à abandonner son attirance pour ce jeune homme?
J'étais curieuse de me lancer dans la lecture de "La mort à Venise", car je sais que l'auteur de "Train de nuit pour Lisbonne" Pascal Mercier est comparé à Thomas Mann.
J'ai donc trouvé quelques similitudes.
Tous deux ont choisi une ville mythique facilement identifiable par les lecteurs qui s'imaginent instantanément le décor. Pour Venise, les gondoles flottant au gré des canaux, pour Lisbonne les rues pentues traversées par le tramway. Deux villes côtières qui attirent une foule de personne venue du monde entier.
Le deux auteurs abordent également des thèmes similaires. le voyage: deux hommes décident subitement de partir vers des destinations connues. La beauté intimement liée à la vieillesse tiennent une place importante dans leurs récits au même titre que l'omniprésence de la mort.
Mais pour moi, il y a un passage dans "La mort à Venise" qui m'a immédiatement fait penser au roman "Train de nuit pour Lisbonne", il s'agit:
"La pensée qui peut, tout entière, devenir sentiment, le sentiment qui, tout entier, peut devenir pensée, font le bonheur de l'écrivain. L'idée envahissant le coeur, le sentiment monté au cerveau, qui appartenaient et obéissaient à ce moment-là au rêveur solitaire, étaient tels: il savait, il sentait que la nature frissonne de délices quand l'esprit s'incline en vassal devant la beauté. Il fut pris soudain du désir d'écrire."
Pascal Mercier lui évoque: "Penser est la deuxième plus belle chose du monde. La plus belle est la poésie. S'il existait une pensée poétique et une poésie pensante, ce serait le Paradis."
Alors, je ne suis pas une experte en littérature, d'ailleurs il existe un article dans le Magazine littéraire sur les similitudes de ces oeuvres que je n'ai pas encore lu, mais voilà c'est juste mon ressenti. Et incontestablement, "Train de nuit pour Lisbonne" reste ma référence jusqu'à ce jour. Je n'ai pas réussi à accrocher entièrement à l'histoire de Tadzio et d'Aschenbach, mise à part quelques passages subtilement écrits.
Challenge Nobel 2013/2014
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Citations & extraits (78) Voir plus Ajouter une citation
AmbagesAmbages20 mai 2017
Jamais il n'avait senti la volupté du Verbe plus délicieusement, jamais si bien compris que le dieu Éros vit dans le Verbe, comme il le sentait et le comptenait pendant les heures dangereuses et exquises où, assis sous la tente à sa table grossière, en vue de son idole, dont la voix musicale atteignait son oreille, il façonnait à l'image du beau Tadzio sa brève dissertation, une page et demie de prose raffinée, dont la pureté, la noblesse et la vibrante énergie allaient à bref délai susciter nombre d'admirateurs. Il est bon assurément que le monde ne connaisse que le chef-d'oeuvre, et non ses origines, non les conditions et les circonstances de sa genèse ; souvent la connaissance des sources où l'artiste a puisé l'inspiration pourrait déconcerter et détourner son public et annuler ainsi les effets de la perfection. Heures étranges ! Étrange et fécond accouplement de l'esprit avec un corps !
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AmbagesAmbages19 mai 2017
C'était Venise, l'insinuante courtisane, la cité qui tient de la légende et du traquenard, dont l'atmosphère croupissante a vu jadis une luxuriante efflorescence des arts et qui inspira les accents berceurs d'une musique aux lascives incantations.
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stcyr04stcyr0419 mai 2017
Il n’est rien de plus singulier, de plus embarrassant que la
situation réciproque de personnes qui se connaissent seulement
de vue, qui, à toute heure du jour se rencontrent, s’observent, et
qui sont contraintes néanmoins par l’empire des usages ou leur
propre humeur à affecter l’indifférence et à se croiser comme des étrangers, sans un salut, sans un mot. Entre elles règnent
une inquiétude et une curiosité surexcitées, un état hystérique
provenant de ce que leur besoin de se connaître et d’entrer en
communication reste inassouvi, étouffé par un obstacle contre
nature, et aussi, et surtout, une sorte de respect interrogateur.
Car l’homme aime et respecte son semblable tant qu’il n’est pas
en état de le juger, et le désir est le résultat d’une connaissance
imparfaite.
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stcyr04stcyr0419 mai 2017
D’ailleurs, évoluer, c’est céder à la fatalité et l’on n’imagine
guère un artiste fournissant la même carrière s’il a la sympathie
et la confiance passive du grand public, ou bien s’il va seul, sans
l’éclat de la gloire et les obligations qu’elle crée. Seuls ceux qui
sont voués à une éternelle bohème trouveront fade et souriront
de voir un beau talent échapper au libertinage, passer de la
chrysalide à l’être accompli, ne plus consentir au laisser-aller de
l’esprit, estimer la tenue, la trouver expressive, s’enfermer dans
une aristocratique solitude, et y livrer sans secours le douloureux,
le farouche combat qui conduit aux honneurs, au pouvoir.
Et puis quel jeu, quel défi, quelle jouissance n’est-ce pas de travailler
ainsi à soi en artiste !
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zazimuthzazimuth25 septembre 2010
D'être seul et de se taire, on voit les choses autrement qu'en socitété ; en même temps qu'elles gardent plus de flou elles frappent davantage l'esprit ; les pensées en deviennent plus graves, elles tendent à se déformer et toujours se teintent de mélancolie. Ce que vous voyez, ce que vous percevez, ce dont en société vous vous seriez débarrassé en échangeant un regard, un rire, un jugement, vous occupe plus qu'il ne convient, et par le silence s'approfondit, prend de la signification, devient événement, aventure, émotion. De la solitude naît l'originalité, la beauté en ce qu'elle a d'osé, et d'étrange, le poème.
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