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Critique de Dandine


Dandine
  12 août 2019
Il y a de quoi rester bouche bee devant la lucidite, la clairvoyance d'Heinrich Mann. Il ecrit ce livre avant la premiere guerre mondiale et le publie juste apres. Et cette satire ironique de l'ascension d'un bourgeois allemand tourne a la critique, mordante, non seulement de la bourgeoisie, mais d'une certaine humeur, une certaine attitude nationale, arrogante pour ne pas dire rogue, suffisante pour ne pas dire dedaigneuse. On peut y lire clairement l'etat d'esprit qui mena a la guerre, et certains y ont meme vu une des explications de la montee du nazisme.

Diederich Hessling (pourquoi avoir, dans la traduction que j'ai lu, francise son nom en Didier?) est le type parfait du cycliste (le symbole, l'image du cycliste en psychologie) : il pietine tout ce qui est sous lui et baisse la tete sous tout ce qui est au dessus de lui. Ayant herite d'une petite usine de papier, il maltraite ses ouvriers et les meprise (mais plie devant un representant syndicaliste). Il mesestime la gent feminine, y compris ses soeurs et sa femme. Il admire les militaires, adule les politiciens au pouvoir, et porte aux nues son empereur. Ah! L'empereur! L'ordre imperial! le privilege allemand! Voyant l'empereur "une ivresse plus haute et plus souveraine que l'ivresse de la biere le soulevait sur la pointe des pieds, le suspendait en l'air. [...] Sur ce cheval [...] c'etait la Force elle-meme, la force qui nous passe sur le corps et dont nous baisons les sabots; qui passe outre a la faim, a la revolte, a la haine; contre laquelle nous ne pouvons rien, parce que tous nous l'aimons, parce que nous l'avons dans le sang, comme nous y avons la soumission. Devant elle, nous sommes comme un atome d'elle, comme une molecule perissable de son crachat".

Assistant a un opera de Wagner "il voyait la toutes les exigences nationales satisfaites, aussi bien par le texte que par la musique. La revolte etait assimilee au crime, l'ordre etabli brillamment celebre, la noblesse et le droit divin avaient la premiere place, et le peuple pareil au choeur antique, eternellement etonne par les evenements, se battait de bon coeur contre les ennemis de ses maitres. La charpente guerriere et les fioritures mystiques, tout y etait en place". Par la meme occasion Hessling dira ce qu'il pense des gens comme Mann, ces ecrivains empecheurs de penser en rond: "Le plus haut de tous [les arts] est la musique, qui est proprement l'art allemand. Ensuite vient le drame [...] parce qu'on peut souvent le mettre en musique, et puis on n'a pas besoin de le lire, et puis etc. Apres vient naturellement la peinture de portraits, a cause des portraits de l'empereur. Le reste a moins d'importance. -- Et le roman? -- Ca n'est pas de l'art. Au moins, grace a Dieu, pas de l'art allemand. le nom seul l'indique".

Mais Hessling est en plus hypocrite, retors, menteur, ne reculant devant aucune vilenie, devant aucune bassesse pour s'elever, et en fin de compte complexe (accent aigu), peureux, pleutre et lache. Bref il a tout pour plaire, ce prototype du hideux.

Je reste admiratif devant le projet d'Heinrich Mann, sa denonciation des tendances de certains allemands. J'ai moins aime le style du livre, son ecriture, que j'ai trouve lourde, repetitive, presque indigeste (et qui a surement deteint sur ce billet). En definitive le projet aurait merite quatre etoiles, le livre que j'ai lu moins, bien que j'affirme qu'il est bon. I'm just a soul whose intentions are good. Oh Lord, please don't let me be misunderstood.

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