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Geneviève Bianquis (Traducteur)
EAN : 9782253063193
852 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (01/01/1993)

Note moyenne : 4.33/5 (sur 329 notes)
Résumé :
Trente ans après sa parution, Les Buddenbrook figure au nombre des livres brûlés dans les autodafés. Les chemises brunes hurlent sous les fenêtres de Thomas Mann qu'une " famille allemande, une famille de la race élue ne peut jamais déchoir ". [...] Les Buddenbrook est le roman du déclin, le livre de l'essoufflement. Thomas Mann traque dans cette dynastie marchande les prodromes du désastre. L'observation de soi-même est le premier pas vers le déclin. Car s'observer... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
Allantvers
  21 août 2015
Fin de siècle, fin de race : telle est la prémonition qui traverse cette grande saga crépusculaire, publiée en 1900.
Bien qu'assez austère, à l'image de cette famille de bourgeois trop affairés dans le commerce et la tenue de son rang social pour perdre son temps à cultiver sa richesse d'esprit ou de coeur - cette occupation de manants et de dégénérés - , « les Buddenbrock » est un roman captivant de bout en bout, tant Thomas Mann réussit à transcrire de l'intérieur, en s'appuyant sur son propre vécu, les signaux faibles qui conduiront inéluctablement au déclin.
Sous sa plume sensible et rythmée, on assiste, tout au long de ces 850 pages, à la lente chute de cette famille sur quatre générations, de l'aïeul bâtisseur Johann, solidement ancré dans les valeurs traditionnelles de la bourgeoisie allemande du début du 19ème siècle dans lesquelles son fils le consul continuera de s'inscrire, à son petit-fils Thomas qui poursuivra l'oeuvre familiale mais qui, prenant conscience à l'aube de la cinquantaine qu'il tourne à vide sur des valeurs qui ne sont pas les siennes et engendrera le déclin, jusqu'au dernier né Hanno, l'artiste répugnant aux affaires du monde, indifférent à la déchéance de sa lignée.
Un classique magnifique et instructif.

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ventrebleu
  03 mai 2019
Les Buddenbrook sont un classique incontournable de la littérature allemande. Évidemment ces six cent cinquante pages et le renom de leur auteur, souvent décrit comme difficile d'accès, pédant et philosophe, sont des barrières psychologiques que beaucoup hésiteront à franchir. J'écris ce billet à l'intention de ces lecteurs car je pense cette réputation surfaite. Ce livre est au contraire, malgré les quelques pages à la fin de l'oeuvre où les références philosophiques ou musicologiques sont évidentes, un récit captivant et plein d'humour.
Bien que son narrateur soit omniscient, le texte adopte tour à tour le point de vue de différents membres de la famille Buddenbrook.
Dans un bon quart du récit l'accent est mis sur Antonie dite Tony, personnage clef qui survivra jusqu'à la dernière page du livre. Tony est une charmante écervelée, espiègle à neuf ans, lorsqu'elle met en doute au grand plaisir de son grand-père les vérités du catéchisme, comme à cinquante ans, lorsqu'elle se moque de sa vieille cousine en la traitant de vieux chameau. Tout au long de l'histoire et malgré ses déboires conjugaux répétés, elle marchera dans les rue de Lübeck, la tête portée fièrement en arrière et le menton sur sa poitrine sans accorder un regard à ces maudits parvenus de Hagenstroem.
Progressivement s'efface le personnage de Tony et c'est Johann junior, son père, qui attire l'attention. La personnalité de ce protestant austère et bigot est alors décrite en détail non sans cette subtile ironie qui accompagne toujours le style de Thomas Mann. Un exemple fameux est celui où le consul Johann mate la révolution de 1848 dans un seul discours en confrontant les révolutionnaires à leurs propres contradictions. Ce glorieux épisode qui ressemble plus à un exploit de Tartarin de Tarascon qu'à tout autre chose s'amplifiera par la suite en un mythe personnel du consul.
Ensuite, à la mort de Johann junior, Thomas Buddenbrook, frère de Tony, prend la relève et le lecteur suit ses heurs et malheurs aussi bien au niveau commercial (il tentera par tous les moyen d'assurer la pérennité de l'entreprise familiale fondée par son grand-père), que politique ou mondain (il deviendra sénateur) ou sentimental (après une romance de jeunesse à laquelle il renonce par ambition, il épouse Gerda Arnoldsen à la fois par amour et vision politico-commerciale). La personnalité arriviste de Thomas est mise en exergue par la comparaison avec Christian Buddenbrook, son frère dilettante, rejeté par la société et dont la vie se finira dans un asile psychiatrique.
La dernière partie du livre est consacrée au fils unique de Thomas, Hanno, personnage faible et sensible, à la santé fragile, dont l'unique intérêt est la musique et dont le destin est de se faire rejeter par la société bourgeoise. La mort de Hanno de la typhoïde à dix-sept ans scelle le destin tragique de la famille Buddenbrook.
Oui, il s'agit d'une tragédie. Mais les tragédies ne peuvent-elles pas être comiques? Je prétends que oui et que Thomas Mann le démontre ; car, même à la toute fin de son roman, quand il donne la parole à la vieille institutrice alors qu'elle se dresse contre le doute qu'émet Tony quant à une vie après la mort:
"- C'est la vérité! dit-elle de toute sa force, avec un regard de défi à la ronde.
Elle se dressait là, victorieuse dans le bon combat qu'elle avait mené toute sa vie contre les doutes que lui insufflait sa raison d'institutrice, bossue, minuscule et frémissante de conviction, petite prophétesse courroucée et enthousiaste."
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Adenolia
  20 septembre 2015
Les Buddenbrook, le déclin d’une famille (Buddenbrooks - Verfall einer Familie).
Port de la mer Baltique, capitale et riche héritière de la ligue hanséatique qui régna sur le commerce en Europe du Nord jusqu’au XVIIe siècle, Lübeck est encore une ville prospère entre 1835 et 1877. Sur cet îlot à la confluence de la Wakenitz et du fleuve Trave, les marchands défendent encore jalousement leurs privilèges.
Thomas Mann naît à Lübeck en 1875, dans une grande maison à la façade baroque sur la Mengstraße. En été les familles bourgeoises se retrouvent dans la station balnéaire de Travemünde à l’embouchure du fleuve.
Son grand-père Johann est un riche marchand de grain et politicien, qui épousa en seconde noces Elisabeth Marty, fille d’une autre riche famille influente de Lübeck. Son père Thomas Johann est le plus riche marchand de Lübeck et un sénateur proéminent. Sa mère Júlia da Silva Bruhns, est la fille d’un planteur de canne à sucre allemand et d’une brésilienne, fille d’immigrants portugais ; née à Parati, près de Rio de Janeiro, elle n’a que six ou sept ans lorsque son père renvoie ses enfants en Allemagne mais reste très attachée à ses souvenirs d’enfance. Le couple Mann-Bruhns est dit mal assorti.
Les cinq enfants du couple n’auront pas le sens des affaires et préféreront le théâtre et l’opéra, comme leur mère. A la mort prématuré du père, l’héritage sera rapidement dispersé, les deux sœurs se suicideront alors que deux des frères se mettront à écrire des romans et des pièces de théâtre.
Roman très fortement biographique comme vous l’aurez compris, Les Buddenbrook paraît en 1901, c’est alors le premier roman d’un auteur de 26 ans. Il est l’observateur sans concession de son propre milieu naturel, social et politique. Sa description autant physique que psychologique des personnages est connue pour rappeler des romanciers tels que Balzac ou Zola.
C’est pourtant un roman des frères Goncourt, Renée Mauperin, qui aurait décidé Mann à se lancer dans l’écriture. Jeune fille bourgeoise moderne et artiste du XIXe siècle, Renée Mauperin cherche à secouer le joug des convenances mais passera sa vie à composer avec les bassesses et l’arrivisme de son frère.
Dans la dynastie bourgeoise des Buddenbrook, l’énergie et les qualités marchandes des ancêtres disparaissent avec l’affaiblissement physique des membres de la famille et l’affirmation de leur culture intellectuelle. Les exigences d’une vie de marchand bourgeois et d’artiste y sont inconciliables.
Le récit est construit essentiellement autour des quatre enfants :
- Thomas, le fils qui reprendra les affaires et qui épousera une musicienne d'une riche famille d'Amsterdam dont il aura un fils, le petit Hanno, enfant chétif qui ne montrera aucun intérêt pour les affaires et qui mourra prématurément.
- Christian, le second fils, qui sera incapable de travailler ou de trouver sa voie. Il fréquentera les artistes et accumulera les dettes.
- Antonie, Tony, qui se veut la dépositaire de l'honneur familial et qui par obligations sociales, renoncera à la possibilité de mener une vie simple et heureuse avec un médecin et fera deux mariages ratés.
- Et enfin la très pieuse Clara qui partira vivre à Riga avec un pasteur et mourra de tuberculose.
Les passages du roman qui se situent dans la station balnéaire de Travemünde ne sont pas sans rappeler un tableau impressionniste, par cette capture d’une vie simple baignée de lumière nordique, de moments libres et heureux au bord de la mer, en contact étroit avec la nature, où les émotions trouvent leur place.
Le chapitre V de la dixième partie m'a particulièrement interpellé par sa profondeur.
Les influences de Schopenhauer, Nietzsche et Wagner sont incontestablement très présentes tout au long du livre.
Cette chronique de famille a fait l’objet de plusieurs adaptations au cinéma et au théâtre. Le livre est bien plus complexe et profond que les adaptations cinématographiques.
- Challenge PAVES 2015 -
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LiliGalipette
  28 janvier 2017
Je voudrais vous y voir, vous, à résumer ce pavé mieux que ne le fait la quatrième de couverture. Chez les Buddenbrook, grande famille de négociants, on se marie, on se reproduit, on fait des affaires, on perd de l'argent, on en regagne un peu, on divorce et on voit la gloire familiale s'éteindre en quatre générations. La grande affaire est de faire prospérer la fortune pour établir les fils et doter les filles, sans léser personne. Hélas, même si le gâteau est gros, il n'en reste pas beaucoup quand tout le monde demande sa part, voire se ressert. Dans le grand livre qui se transmet de père en fils se déroule l'histoire quotidienne de la famille, avec les grands événements et les revers. La revue journalière prend alors des airs de légende pour celui qui la lit des années après son écriture. « Tout cela serait lu par les membres futurs de la famille avec la même piété qu'elle éprouvait à suivre maintenant les événements passés. » (p. 169) Pas de destin individuel chez les Buddenbrook, pas plus que de personnage principal dans ce roman. Chaque protagoniste s'articule aux autres et forme une chaîne « C'est précisément en tant qu'anneau de cette chaîne qu'elle avait aussi cette haute mission, si lourde de responsabilité, de collaborer par l'action et la volonté à l'histoire de sa famille. » (p. 169) Mais de la chaîne au monstre, il n'y a qu'un pas. L'entité Buddenbrook est une hydre aux multiples visages et dont certains membres sont affaiblis ou malades
Face à cette dynastie qui dégénère jusqu'à l'extinction, on pense forcément à Zola et à son naturaliste atavique. C'est avec grand plaisir que j'ai suivi le déclin des Buddenbrook et retrouvé la plume cynique et très réaliste de Thomas Mann. Plusieurs miniséries et téléfilms ont été tirés de ce premier roman de Thomas Mann. Je pars à leur recherche pour retrouver encore un peu cette impressionnante famille. Je vous conseille La mort à Venise de cet auteur.
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Gustave
  22 juillet 2014
"La valeur n'attend point le nombre des années". Tel se présente un des plus fameux vers du Cid de Pierre Corneille...Quelques siècles plus tard, c'est au jeune Thomas Mann d'en administrer la preuve magistrale.

William Faulkner aurait dit des Buddenbrook qu'il s'agissait du plus grand roman du 20ème siècle. Toujours est-il qu'il avait un exemplaire dédicacé par la main de Mann lui-même se trouvait dans sa bibliothèque.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les Buddenbrook m'ont rappelé...Tendre est la nuit, de Francis Scott Fitzgerald. Bien évidemment, le second n'était encore qu'un enfant quand quand Mann eut achevé ce premier roman, de sorte qu'il ne saurait être question de dire que l'Américain aurait influencé l'Allemand...

Non, ce qu'il y a d'assez frappant, c'est cette même représentation saisissante de la déchéance, dans ce qu'elle possède d'insidieuse et d'irréversible, par l'incapacité qu'ont les individus d'en reconnaître à temps les prémices, au-delà des différences abyssales séparant ces deux écrivains.

La conscience de la décadence est toujours une conscience tragique, en ce sens que c'est souvent lorsque toute action visant à la contrecarrer est désormais vaine qu'elle survient.

De ce fait, ce n'est pas par hasard que le roman accorde une place croissante à des tempéraments contemplatifs, davantages tournés vers la dimension intellectuelle et esthétique de l'homme (d'abord Christian Buddenbrook, puis son frère aîné Thomas, enfin son fils Hanno, qui clôt la lignée) que vers l'action pratique propre à cette lignée de commerçants (les deux premiers Buddenbrook, Johann père et fils).

Cette succession progressive d'hommes d'action vers des individus dominés par l'intellect épouse en effet la trajectoire descendante des destinées de la famille, comme si le caractère vain de toute action se manifestait de la sorte. Plus les générations avancent, et plus la conscience de l'inanité de l'action se manifeste chez les Buddenbrook. Hanno en est l'illustration la plus accomplie, lorsque la commotion esthétique éprouvée devant la représentation de Lohengrin, un des chefs-d'oeuvre de Wagner se traduit dans son esprit par un écoeurement absolu envers toute forme de vie pratique (dont le commerce) face à l'intensité de la contemplation esthétique face à l'oeuvre d'art.

Mais là où ce roman se montre d'une ambiguïté fondamentale, c'est qu'il peut apparaître par moments difficile de déterminer si l'arrivée de ces hommes de moins en moins aptes à l'action et au sens pratique qu'impose la direction d'une entreprise est la cause ou la conséquence de cette décadence familiale.

Le roman ne semble pas aussi tranché qu'on pourrait le croire en faveur de la première hypothèse. le mariage malheureux d'Antonie avec Bendrix Grunlich, son premier mari, a bien eu lieu avec l'assentiment de Johann Buddenbrook fils (le second du nom), un homme tout entier tourné vers le commerce, qui croyait faire là une affaire fructueuse...

A vrai dire, c'est essentiellement à travers des natures duales, ni tout à fait aptes à l'action qu'implique la vie de chef d'entreprise, ni assez talentueuses pour pouvoir entreprendre une carrière artistique ou intellectuelle que se manifeste la chute lente de la famille.

La troisième génération de Buddenbrook en est l'illustration même, à travers les personnages de Thomas et de Christian. le premier, chef de la firme familiale, profondément lettré et cultivé, n'en demeure pas moins attaché à un rôle auquel sa nature profonde ne le destinait pas: le second, un dilettante amateur prodigieux de théâtre, n'aura jamais ni le courage, ni le talent nécessaire pour tenter d'accomplir une vie d'artiste comme sa nature semblait le prédisposer. Hanno, de la quatrième génération, semble être le premier à se révéler être une pure nature d'artiste, à travers son talent de musicien: mais sa mort prématurée marque l'extinction de la lignée de Buddenbrook.

Ce qui semble paradoxalement marquer une forme de victoire de la contemplation sur l'action, c'est précisément l'écriture de ce roman par Thomas Mann lui-même. L'on se rappellera utilement à cette fin que la matière de ce roman est largement autobiographique, le jeune auteur qu'il était ayant alors puisé amplement dans l'histoire de sa propre famille, des commerçants semblables à bien des points aux Buddenbrook. L'écriture transfigure la vacuité de l'action et la déchéance d'une famille en l'intégrant dans le caractère intemporel d'un roman où l'échec et la tragédie même font sens en tant qu'ils contribuent à la mise en forme du récit.
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Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
TaraxacumTaraxacum   15 octobre 2012
[...] te rappelles-tu, tu m'as dit :"Il me semble qu'une ère toute nouvelle va s'ouvrir!" C'est comme si je t'entendais encore, et les évènements ont paru te donner raison, car aux élections au Sénat la fortune m'a souri, et, ici, la maison s'élevait à vue d'oeil. Mais la dignité de sénateur et la maison ne sont qu'apparences, et je sais,moi, une chose à laquelle tu n'as pas encore songé; je la tiens de la vie et de l'histoire. Je sais que, souvent, au moment même où éclatent les signes extérieurs, visibles et tangibles, les symptômes de bonheur et de l'essor, tout déjà s'achemine en réalité vers le déclin. L'apparition de ces signes extérieurs demande du temps, comme la clarté d'une de ces étoiles dont ne nous savons pas si elle n'est pas déjà sur le point de s'éteindre, si elle n'est pas déjà éteinte, alors qu'elle rayonne avec le plus de splendeur....
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PilingPiling   12 novembre 2010
C'est ainsi que les choses se passent dans la fièvre typhoïde. Jusque dans les lointains rêves de la fièvre, dans l'égarement brûlant du malade, la vie jette son appel d'une voix réconfortante que l'on reconnaît infailliblement. Cette voix rude et fraîche atteint l'esprit sur le chemin étrange et torride où il avance et qui mène à l'ombre, à la fraîcheur, à la paix. L'homme, s'il prête l'oreille, entendra cette voix claire, gaie, un peu railleuse, qui l'exhorte à revenir sur ses pas, qui vient à lui de cette région qu'il a laissée, si loin derrière lui et déjà oubliée. Si un émoi s'éveille en lui, comme un sentiment d'avoir lâchement failli à son devoir, un sentiment de honte, un renouveau d'énergie, de courage et de joie, d'amour et d'attachement envers cette agitation décevante, bigarrée et brutale qu'il a laissée derrière lui, alors, si loin qu'il se sera aventuré sur le sentier étrange et brûlant, il fera demi-tour et vivra. Mais s'il tressaille de peur et d'aversion en entendant la voix de la vie, si, en ce moment, à cet appel jovial et provocant, il secoue la tête négativement et étend le bras derrière lui comme pour se défendre, et s'élance en avant sur le chemin qui s'est offert à lui comme un refuge… alors il est bien clair qu'il mourra.
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ventrebleuventrebleu   25 avril 2019
Et quant au parti que je fais ? Ah ! j'ai presque peur que Stephan Kistenmaker, Hermann Hagenstroem, Peter Doehlmann, l'oncle Justus et toute la ville ne me regardent d'un air entendu, quand ils sauront le chiffre de la dot, car mon futur beau-père est millionnaire... Mon Dieu, que dire à cela ? Il y a en nous tant de sentiments mélangés que l'on peut interpréter diversement. J'ai une adoration enthousiaste pour Gerda Arnoldsen, mais je n'ai nullement l'intention de descendre au fond de moi-même pour découvrir jusqu'à quel point la grosse dot dont l'on m'avait chuchoté le chiffre à l'oreille d'une facon assez cynique a tout de suite contribué, dès la première présentation, à cet enthousiasme. Je l'aime, mais mon bonheur et ma fierté sont d'autant plus grands qu'en la faisant mienne, j'apporte à notre maison de commerce un important appoint de capitaux.
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ventrebleuventrebleu   01 mai 2019
Il arriva à la Fischergrube et se mit à descendre le trottoir de gauche. Au bout de vingt pas, il fut prit de nausées. "Il va falloir que j'entre dans le cabaret d'en face boire un cognac", pensa-t-il, et il descendit sur la chaussée. Arrivé au milieu de la rue, il lui sembla que son cerveau était saisi et entraîné par une force irrésistible, à une vitesse croissante et terrifiante, qu'il tournait en cercles concentriques de plus en plus étroits, comme si une puissance démesurée, brutale et impitoyable, allait le fracasser pour finir contre le noyau de pierre dure de cette spirale. Il fit demi-tour et tomba les bras étendus, la face contre le pavé mouillé. Comme la rue avait une forte pente, son buste se trouvait sensiblement plus bas que ses pieds. Il était tombé sur la face et une flaque de sang se mit aussitôt à s'étaler au-dessous de lui. Son chapeau roula sur la chaussée. Sa pelisse était tachée de boue et de de neige fondue. Ses mains gantées de blanc reposaient ouvertes dans une flaque.
Il gisait là et y resta jusqu'à ce que des gens qui s'étaient approchés l'eussent retourné sur le dos.
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eliott18eliott18   22 décembre 2019
-Ces grandes vagues, dit Thomas Buddenbrooks... Regarde-les approcher et se briser, revenir et se briser, l'une après l'autre, sans but, désolées, folles. Et, cependant, c'est un spectacle calmant et consolant, comme tout ce qui est simple et nécessaire. J'ai appris à aimer la mer de plus en plus. Si j'ai autrefois préféré la montagne, c'est peut-être tout simplement parce qu'elle est plus éloignée. A présent, je n'ai plus envie d'y aller. Elle me ferait peur et honte. Les montagnes sont trop fantastiques, trop humilié devant elles. Mais de quelle trempe sont les hommes qui préfèrent la montagne à la mer ? Il me semble que ce sont eux qui ont trop longtemps observé la complication des choses intérieures pour ne pas exiger des choses extérieures une qualité à tout le moins : la simplicité. Peu importe que l'on gravisse vaillamment les montagnes ou que l'on demeure tranquillement couché sur la grève, au bord de la mer. Mais je connais le regard dont on admire les unes et celui que l'on accorde à l'autre. Les yeux assurés, présomptueux, heureux, plein d'esprit d'entreprise, de fermeté, du courage de vivre, errent de cime en cime ; mais pour rêver devant la vaste étendue marine qui roule ses flots avec un fatalisme mystique et gourd, il faut le regard d'un homme désillusionné et averti qui a au moins une fois plongé la tristesse des complications inextricables ; c'est toute la différence entre la santé et la maladie. On grimpe hardiment parmi la merveilleuse diversité des formes accidentées, hérissées, ravinées, pour mettre à l'épreuve sa force vitale encore intacte. Mais on aime à se reposer devant la vaste uniformité du monde extérieur quand on est las de toutes les complications intérieurs.
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