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Critique de ventrebleu


ventrebleu
  03 mai 2019
Les Buddenbrook sont un classique incontournable de la littérature allemande. Évidemment ces six cent cinquante pages et le renom de leur auteur, souvent décrit comme difficile d'accès, pédant et philosophe, sont des barrières psychologiques que beaucoup hésiteront à franchir. J'écris ce billet à l'intention de ces lecteurs car je pense cette réputation surfaite. Ce livre est au contraire, malgré les quelques pages à la fin de l'oeuvre où les références philosophiques ou musicologiques sont évidentes, un récit captivant et plein d'humour.

Bien que son narrateur soit omniscient, le texte adopte tour à tour le point de vue de différents membres de la famille Buddenbrook.

Dans un bon quart du récit l'accent est mis sur Antonie dite Tony, personnage clef qui survivra jusqu'à la dernière page du livre. Tony est une charmante écervelée, espiègle à neuf ans, lorsqu'elle met en doute au grand plaisir de son grand-père les vérités du catéchisme, comme à cinquante ans, lorsqu'elle se moque de sa vieille cousine en la traitant de vieux chameau. Tout au long de l'histoire et malgré ses déboires conjugaux répétés, elle marchera dans les rue de Lübeck, la tête portée fièrement en arrière et le menton sur sa poitrine sans accorder un regard à ces maudits parvenus de Hagenstroem.

Progressivement s'efface le personnage de Tony et c'est Johann junior, son père, qui attire l'attention. La personnalité de ce protestant austère et bigot est alors décrite en détail non sans cette subtile ironie qui accompagne toujours le style de Thomas Mann. Un exemple fameux est celui où le consul Johann mate la révolution de 1848 dans un seul discours en confrontant les révolutionnaires à leurs propres contradictions. Ce glorieux épisode qui ressemble plus à un exploit de Tartarin de Tarascon qu'à tout autre chose s'amplifiera par la suite en un mythe personnel du consul.

Ensuite, à la mort de Johann junior, Thomas Buddenbrook, frère de Tony, prend la relève et le lecteur suit ses heurs et malheurs aussi bien au niveau commercial (il tentera par tous les moyen d'assurer la pérennité de l'entreprise familiale fondée par son grand-père), que politique ou mondain (il deviendra sénateur) ou sentimental (après une romance de jeunesse à laquelle il renonce par ambition, il épouse Gerda Arnoldsen à la fois par amour et vision politico-commerciale). La personnalité arriviste de Thomas est mise en exergue par la comparaison avec Christian Buddenbrook, son frère dilettante, rejeté par la société et dont la vie se finira dans un asile psychiatrique.

La dernière partie du livre est consacrée au fils unique de Thomas, Hanno, personnage faible et sensible, à la santé fragile, dont l'unique intérêt est la musique et dont le destin est de se faire rejeter par la société bourgeoise. La mort de Hanno de la typhoïde à dix-sept ans scelle le destin tragique de la famille Buddenbrook.

Oui, il s'agit d'une tragédie. Mais les tragédies ne peuvent-elles pas être comiques? Je prétends que oui et que Thomas Mann le démontre ; car, même à la toute fin de son roman, quand il donne la parole à la vieille institutrice alors qu'elle se dresse contre le doute qu'émet Tony quant à une vie après la mort:
"- C'est la vérité! dit-elle de toute sa force, avec un regard de défi à la ronde.
Elle se dressait là, victorieuse dans le bon combat qu'elle avait mené toute sa vie contre les doutes que lui insufflait sa raison d'institutrice, bossue, minuscule et frémissante de conviction, petite prophétesse courroucée et enthousiaste."
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