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EAN : 978B088WNTCLF
Éditeur : Les Arènes (10/06/2020)
4.02/5   84 notes
Résumé :
La France connaît une série d’assassinats ciblés sur des Arabes, surtout des Algériens. On les tire à vue, on leur fracasse le crâne. En six mois, plus de cinquante d’entre eux sont abattus, dont une vingtaine à Marseille, épicentre du terrorisme raciste. C’est l’histoire vraie.
Onze ans après la fin de la guerre d’Algérie, les nervis de l’OAS ont été amnistiés, beaucoup sont intégrés dans l’appareil d’État et dans la police, le Front national vient à peine d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
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Kirzy
  10 juin 2020
J'aime quand les polars s'immiscent dans les angles morts de notre histoire pour en révéler la moindre faille, qui grattent là où ça fait mal, implacablement, percutent et décillent, qui soulèvent les consciences tout en éclairant les dysfonctionnements de la société actuelle. Marseille 73 est de cette classe-là.
La guerre d'Algérie ne s'est pas arrêtée avec les accords d'Evian de 1962, elle s'est poursuivie à Marseille et alentours avec comme point culminant l'été 1973 qui a été émaillé de crimes racistes ciblés : onze morts, une vingtaine de blessés, tous algériens jusqu'à l'attentat de décembre visant le consulat d'Algérie. On leur tire à vue, on leur fracasse la tête, mais les enquêtes sont bâclées et étouffées, presque toutes classées sans suite.
Cette réalité historique terrible – qui, pour ma part, m'était totalement inconnue - Dominique Manotti a choisi de la faire découvrir de façon méthodique en immergeant totalement le lecteur dans un marigot phocéen en déployant tous les acteurs possibles : le SRPJ ( Service régional de police judiciaire ) du commissaire Daquin qui est celui qui cherche la vérité ; la Police urbaine minée par la corruption et le racisme ; l'UFRA ( Union des Français repliés d'Algérie ) aux relents d'OAS ; les syndicalistes du Mouvement des travailleurs arabes qui utilisent la grève pour dire leur colère face aux assassinats racistes ; les représentants de la justice ; les journalistes. Je me suis souvent perdue dans le foisonnement de personnages, mais l'auteure a eu la bonne idée de proposer un récapitulatif type «  qui est qui » qui m'a beaucoup servi.
Et ça pue dans ce polar bien noir, ces ratonnades oubliées soulèvent autant l'indignation que les collusions entre la police, la justice et les mouvements racistes qui regrettent le temps de la colonisation et de l'Algérie française. L'écriture sèche, sans fioritures, presque froide de l'auteure présente les faits de façon très claire, sans exagération, sans manichéisme pour permettre à la réflexion du lecteur de s'épanouir.
Faut dire que les en-têtes de chaque chapitre amplifie l'effet de réel, reproduisant des extraits de journaux ou magazines de l'époque, surtout le Quotidien de Marseille, suivant la chronologie jour après jour du récit. C'est tout simplement stupéfiant de lire que le Paris Match du 14 septembre 1973 titré «  les Bicots sont-ils dangereux ? » ou le Nouvel Observateur du même jour poser la question «  Peut-on vivre avec les Arabes » ? ».
Le roman distribue les gifles à tout va, tendu sur une crête incisive. Mais de cette flambée de violences, surnage une magnifique figure, celle du père d'un des jeunes algériens assassinés, Malek Khider. C'est par lui que l'émotion profonde arrive, ce qui fait du bien après toute la colère engendrée par les pages précédentes. Lui, le fellah pauvre de l'Oranais qui s'est enrôlé durant la Deuxième guerre mondiale aux côtés des Alliés pour fuir la misère , puis a migré définitivement à Marseille, trois garçons à élever après la mort «  d'exil » de son épouse. Dominique Manotti lui donne une dignité incroyable lorsqu'il arrive bardé de ses médailles de guerre face à un juge qui a collaboré, lui , empli de confiance car il sait qu'il va gagner et qu'on va retrouver l'assassin de son fils : «  la statue du Commandeur drapée dans les plus de l'histoire de France ».
Un excellent polar, très affuté et ostensiblement militant qui déplace avec intelligence le terrain de la critique politico-sociale vers le champ littéraire. Percutant.
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umezzu
  07 septembre 2020
Le nouveau Dominique Manotti renoue avec son personnage habituel, le commissaire Daquin, dans sa période marseillaise. du point de vue temporel, Marseille 73 s'inscrit entre l'avant-dernier Manotti, Racket (les débuts de Daquin à Marseille), et Sombre sentier (Daquin à Paris), le tout premier Manotti.
Marseille en 1973 connaît une résurgence des combats de la guerre d'Algérie. Des groupes de pieds noirs extrémistes estiment le temps venu de se montrer de nouveau, après les années de De Gaulle et du SAC. L'après 68 leur paraît plus porteur, les anciens du SAC ont bénéficié d'amnisties. le pouvoir a tourné la page. Mais pas ces quelques radicaux qui veulent désormais lutter contre la présence d'immigrés nord africains en France. Ces derniers sont employés le plus souvent au noir, et risquent l'expulsion s'ils ne sont pas régularisés. Leurs employeurs en profitent.
Des Algériens finissent noyés dans le port de Marseille ou visés par des tirs, dont les auteurs ne sont pas identifiés. le climat se fait tendu, lorsque survient le meurtre en plein jour d'un jeune Algérien dans le XV éme arrondissement de Marseille. La Sûreté vite arrivée sur place veut rapidement clore ce dossier, imputé à des règlements de compte au sein de la population immigrée. Daquin et son équipe, de permanence à la PJ, voient les choses autrement, mais ils ne sont pas saisis. Par contre, ils sont chargés de suivre de loin les activités d'un nouveau groupuscule de rapatriés d'Algérie, qui semble se préparer à des actions violentes. Il est demandé à Daquin de marcher sur des oeufs. Pas de vagues, pas de problèmes…
La Police urbaine et la sûreté urbaine, basées à l'Evêché, tout comme la PJ, comprennent des rapatriés d'Algérie prêts à tourner la tête lors d'une action violente, ou même d'aider les auteurs de ce type de délits. Les tenants de la place veulent maintenir l'équilibre entre toutes les forces autour du Vieux Port : criminalité corse en déclin, gros bras rapatriés d'Afrique du Nord qui ne se cachent plus, politiques qui veulent absolument nier tout racisme en ville…
Pendant que la violence monte, les travailleurs immigrés commencent à s'organiser, avec le concours des organisations de gauche, pour se faire entendre. La presse locale, elle, évite de parler des meurtres qui visent la communauté nord-africaine, et des manifestations et grèves qui s'en suivent. Seuls un journaliste engagé et un avocat idéaliste vont chercher à faire progresser les enquêtes en cours.
Le roman de Manotti est une plongée dans ces eaux troubles. Les idéaux de justice et d'action de Daquin ne conviennent pas à ce marigot. Il va encore une fois devoir avancer malgré les obstacles hiérarchiques et judiciaires.
Chaque roman de Manotti est un régal quant à la forme. Phrases ciselées, simples mais efficaces. Pensées des acteurs qui surviennent au milieu du texte. Basculements impromptus entre le « il » et le « je ». La fluidité du texte contribue grandement à l'avancée de l'action.
Le fond est un coup d'éclairage total sur une période passée sous silence, mais qui, quand on la redécouvre, constitue les prémices de beaucoup de problèmes actuels. Travailleurs immigrés qui peinent à trouver leur place. Leurs enfants qui se débrouillent comme ils peuvent. Oppositions de la guerre d'Algérie qui se renouvellent sur le territoire national.
Le récit est par moments moins vif qu'à l'accoutumée. Mais la reconstitution historique est impressionnante. Marseille 73 est un petit cours d'histoire sociale marseillaise.
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DoubleMarge
  31 juillet 2020
" (...) Ce roman est une belle reconstitution du Marseille complexe des années 1970, il nous rappelle des événements tragiques et la complicité de l'État français, le rôle de la justice et de la police où les Daquin existent peut-être mais ne sont manifestement pas assez nombreux. Dominique Manotti nous raconte avec talent comment s'organisent les assassinats racistes et la protection des meurtriers, comment se construit le déni, bien commode pour ceux qui ne veulent rien voir, bien pratique pour aveugler les autres, et comment ce déni entraîne l'oubli.
Marseille 73 est un roman efficace et utile, passionnant et sans pitié, avec une écriture sèche qui va droit au but, des personnages marquants auxquels on s'attache ou qu'on déteste. C'est une fiction qui révèle une vérité dérangeante qui fait écho au mouvement Black Lives Matter.
Un roman de combat contre l'oubli, à lire bien évidemment."
François Muratet in DM (Extrait)
Lien : https://doublemarge.com/mars..
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ATOS
  18 août 2020
Marseille 73… Août 1973 « Marseille, début d'une vague anti-algériennes qui vont tuer 50 personnes et en blesser 300, et qui s'achèveront avec un attentat contre le consulat d'Algérie à Marseille qui fait 4 morts et 22 blessés, revendiqué par l'organisation terroriste d'extrême-droite Groupe Charles-Martel. » … La France était en vacances…. J'avais 8 ans, et je crois bien que j n'avais pas encore toutes mes dents…J'avais huit ans et je me souviens de incendie du Collège Édouard-Pailleron à Paris...je me souviens du Tupolev 144 qui s'est écrasé à Goussainville…Mais en 1973 du haut de mes huit ans , Marseille devait me paraître une terre lointaine...
C'était la France d'après de Gaule, la dernière année de Pompidou, l'avant vieille de Giscard..
Bref c'était le temps des affaires perpétuelles, le temps des Guerini, des Pasqua, du SAC, 11 ans après la guerre d'Algérie, 19 ans après la guerre d'Indochine, trois après que l'Ordre Nouveau ait créé le FN, cinq ans après la création du GUD, un an avant la fin de la guerre du Viet-nam, c'était encore pour un moment la guerre froide, c'était deux ans après le premier choc pétrolier, Boumediene présidait l'Algérie, 1973...deux après la nationalisation par l'Algérie des hydrocarbures, « au grand dam de la France », c'était la Françafrique, c'était quelques mois après la circulaire Marcellin-Fontanet, … première lecture pour ma part d'un roman de Dominique Manotti, et j'avoue que cela ne sera pas la dernière. Travail d'enquête, véritable travail d'historienne, l'auteure nous entraîne avec efficacité à travers ces mois terribles qui ensanglantèrent Marseille et qui firent trembler l'Évếché…
Bienvenue en histoire de France !
https://www.dominiquemanotti.com/2020/05/19/marseille-73-video/
Astrid Shriqui Garain
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RomansNoirsEtPlus
  02 octobre 2020
Même si Marseille peut s'enorgueillir d'être la capitale mondiale de la bouillabaisse et de l'aïoli , en cette année 1973 , elle ressemble plutôt à une bombe à retardement.
Onze ans après l'armistice algérienne , on y retrouve pêle-mêle , les rapatriés nostalgiques de l'Algérie française comme les pieds noirs , les anciens de l'OAS ( dont la plupart des crimes ont été amnistiés ) , ou les harkis .. mais aussi les algériens issus de l'immigration.
La plupart des pieds noirs ont été intégrés tant bien que mal dans la police ou les renseignements avec une concentration très importante sur Marseille .
Pas besoin de vous faire un dessin : la cohabitation entre les immigrés et les rapatriés revanchards est quasi impossible et les ratonnades , les expéditions punitives ( dont certaines mortelles ) contre la communauté algérienne vont se multiplier . Mais pour le gouvernement et les autorités locales - donc la police - comme pour les journaux du cru , un mot est tabou : racisme . Ces actes criminels sont donc cachés voire déguisés en règlements de compte entre bandes rivales.
Jusqu'au jour où le jeune Malek se fait abattre devant les yeux impuissants de ses deux frères . Ces derniers ont décidé que la mort de leur frère ne resterait pas impunie et , avec l'aide d'un avocat défenseur des opprimés , de se porter partie civile afin que justice soit faite , malgré toutes les intimidations.
Alors que la police marseillaise est gangrenée par des luttes intestines et des jeux de pouvoir qui ne disent pas leurs noms , où l'officieux contrebalance l'officiel , où compromission et corruption vont de paire, le jeune commissaire Daquin assisté de ses deux fidèles collaborateurs, est justement chargé par sa hiérarchie d'enquêter sur les associations pieds noirs , aux agissements suspects voire délictueux.
Une affaire délicate , aux dangereuses ramifications, dont certaines pourraient croiser de prêt l'enquête sur la mort du jeune Malek .
Difficile de ne pas être attiré par cette couverture aguicheuse , d'un rouge flamboyant et au design vintage digne d'un roman de San Antonio ..
Mais le meilleur est à l'intérieur. Comme souvent avec Dominique Manotti, on est dans le mélange des genres . Pour partie roman policier , critique sociale et politique, c'est surtout et avant tout le témoignage d'une époque prétexte à un récit habilement conduit où se côtoient personnages réels et d'autres , tout droit sortis de l'imagination ( fertile ) de l'auteure. Une époque et une ville : Marseille. La ville de toutes les cultures mais aussi celle de tous les excès .La politique « du vivre ensemble » est loin d'être née et, a contrario, les antagonismes sont attisés par un gouvernement de droite qui marginalise les immigrés maghrébins , alors qu'ils représentent une manne indispensable aux industries du pays gourmandes en main d'oeuvre bon marché .
Dans toute cette violence et cette haine crue , la romancière nous démontre que la raison peut l'emporter et c'est cette famille algérienne qu'elle prend comme exemple. Malgré le deuil , la famille restera digne , soudée et sûre de son bon droit malgré les provocations. Un exemple salvateur , s'il en est , par les temps qui courent .

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critiques presse (2)
Culturebox   10 juillet 2020
Son roman est passionnant : on découvre avec curiosité l'univers délétère de la police marseillaise des années 70 et avec frayeur l'indifférence incroyable dans laquelle ces crimes racistes ont pu avoir lieu.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Telerama   23 juin 2020
Passé colonial mal digéré, déni des violences policières et du racisme… Son livre, passionnant, fait étrangement écho à l’actualité.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
mimo26mimo26   19 juin 2020
« Tour de table, accord unanime. Percheron continue sur sa lancée :
- Autre chose. Nos collègues de l’antenne SRPJ de Toulon nous ont contactés. Ils surveillent depuis un moment l’UFRA... Tout le monde est au clair sur l’UFRA ? Non ? L’Union des Français repliés d’Algérie, une des associations de défense des pieds-noirs, pas la plus importante, mais la plus remuante, avec son siège social dans le Var, et un goût prononcé pour l’illégalité. D’après nos collègues, un groupe armé de proches de l’UFRA a débarqué chez un notaire et a bloqué les armes à la main une vente aux enchères des biens saisis pour dettes d’un de ses adhérents. Ils ont récidivé un mois plus tard pour empêcher l’expulsion d’un exploitant agricole pied-noir qui ne payait pas son bail. Nos collègues en ont profité pour arrêter quelques membres de l’UFRA pour port d’arme prohibé et, au cours d’une perquisition au domicile de l’un d’eux, ils ont trouvé tout un arsenal du parfait petit chimiste pour bricoler une assez belle bombe. Dans le contexte actuel, après les accidents de Grasse et le climat tendu dans la région, nos collègues craignent que ça pète, d’une façon ou d’une autre. Le procureur de Toulon a décidé d’ouvrir une enquête préliminaire. Et nos collègues ont trouvé dans les carnets des individus qu’ils ont arrêtés quelques adresses marseillaises, ils nous demandent donc de prendre contact avec eux pour des échanges d’informations. Je sais que mon prédécesseur a toujours été très réservé dans ses rapports avec l’antenne de Toulon. Mais il me semble que, dans le contexte actuel, nous ne pouvons pas négliger cette demande. Daquin, j’ai pensé que vous pourriez vous charger de ce dossier avec votre équipe. Vous les contactez, et nous voyons ensemble les suites éventuelles.
La proposition est validée.
Quand la réunion est finie, le patron entraîne Daquin dans son bureau et lui communique les coordonnées des Toulonnais à joindre. Il ajoute sur le ton de la confidence :
- Soyons précis. Nous apportons notre soutien à nos collègues de Toulon, dans le cadre de l’enquête qui a été ouverte par le procureur de Toulon, mais pour l’instant aucune enquête n’est ouverte à Marseille. Il faut être d’autant plus prudent que je me suis laissé dire que nous avions des collègues de chez nous dans le circuit de l’UFRA. Je ne veux pas de conflits dans la Maison. D’autre part, ces gars de l’UFRA ne sont pas tous à mettre dans le même sac. Certains militants risquent d’aggraver la tension avec l’immigration nord-africaine en jouant la provocation et la violence. Ceux-là, il faut les calmer. D’autres peuvent à l’avenir nous aider à encadrer cette population qui nous crée déjà pas mal de problèmes. Eux, ils les connaissent bien, les immigrés. J’aimerais que vous profitiez de cette demande des Toulonnais pour me faire un tableau précis de ce qu’est l’UFRA sur Marseille. Qui devons-nous craindre, sur qui pourrons-nous peut-être nous appuyer. Vous voyez, c’est assez simple.
- Je vois, et je ne trouve pas que ce soit simple, mais nous allons nous y mettre tout de suite. » (p. 20-21)
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Charybde2Charybde2   05 juillet 2020
Grimbert a soigneusement préparé son entretien avec le Gros Marcel. Aucune improvisation possible. Pour mener les recherches qu’il envisage, il doit d’abord obtenir son accord tacite, et ce n’est pas évident. Le Gros Marcel n’a pas de responsabilité hiérarchique définie, il se contente d’un grade de brigadier-chef aux fonctions incertaines. Il ne figure dans aucun organigramme, mais toute la vie de la Police urbaine passe par lui. Car le Gros Marcel la connaît mieux que la hiérarchie en place. Chacun vient lui parler de son service, de son travail, de ses problèmes, de sa vie. Il réunit de façon tout à fait officieuse ses « conseillers », des gens posés, peut-être un peu fatigués, donc sans ambition personnelle, qui viennent des différents services, et surtout qui appartiennent à l’un ou l’autre des puissants groupes d’intérêt organisés dans la police : le syndicat FO, les francs-maçons, le SAC (Service d’action civique), les associations de pieds-noirs… et jouissent de la confiance de leurs pairs. Il leur transmet les informations qu’il juge utile de discuter, et tous ensemble cherchent à désamorcer les conflits au sein de la police, à pacifier la gestion du quotidien. Leurs analyses et leurs suggestions sont transmises par Marcel aux directions officielles, qui les reprennent la plupart du temps et estiment qu’elles s’en portent bien. Le Gros Marcel fonctionne ainsi depuis quinze ans, et, bon an mal an, la police marseillaise a survécu à la prise du pouvoir par de Gaulle, qui ressemblait beaucoup à un coup d’État, à la création par le pouvoir gaulliste de son service d’ordre musclé, le SAC, peu regardant sur les méthodes employées et infiltré dans la police officielle, à l’abandon de l’Algérie en 1962, avec son cortège d’attentats et la mini-guerre civile menée par l’OAS, à l’arrivée massive de cent mille rapatriés dans la ville, dont beaucoup de policiers de l’ancienne colonie, directement intégrés dans les cadres de la police métropolitaine. Derniers soubresauts, en mai 1968, le pouvoir gaulliste répond aux contestations étudiantes et ouvrières en amnistiant tous les condamnés de l’OAS, sans doute pour s’en faire des alliés contre la « chienlit gauchiste », les prisons se vident, beaucoup d’amnistiés, et non des moindres, viennent s’installer dans la région de Marseille. Épidémies de braquages, coups bas et luttes d’influence dans la police, nouveaux problèmes… Puis de Gaulle est parti, en 69, et chacun sait maintenant que des hommes politiques sympathisants de l’Algérie française et de l’OAS participent au gouvernement à Paris.
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Charybde2Charybde2   05 juillet 2020
Prologue
1973. Grasse, charmante cité provençale, ses fleurs, ses parfums, ses trente mille habitants, et son petit millier de travailleurs immigrés, souvent tunisiens, ouvriers agricoles, ouvriers du bâtiment, tous travailleurs au noir.
À l’automne 1972, le gouvernement français décide de contrôler la population immigrée beaucoup plus strictement qu’il ne l’avait fait jusqu’alors. La circulaire Marcellin-Fontanet impose aux immigrés qui souhaitent entrer sur le sol français ou qui y résident déjà d’être munis d’un contrat de travail et d’avoir un logement décent pour pouvoir obtenir un permis de séjour et, ainsi, être « régularisés ». Quatre-vingt-six pour cent des immigrés présents sur le sol français passent d’un coup de la catégorie des « travailleurs au noir » à celle des « travailleurs clandestins » et alimentent du jour au lendemain une catégorie nouvelle, celle des « sans-papiers » candidats à l’expulsion dès l’été 73.
À l’approche de l’échéance, Ordre nouveau, mouvement d’extrême droite, nationaliste et néofasciste, s’engouffre dans la brèche ouverte par le gouvernement et lance, le juin 1973, une campagne nationale « Halte à l’immigration sauvage ».
À Grasse comme ailleurs, les travailleurs immigrés se sentent menacés. Ils n’ont ni contrat de travail ni logement décent.
Le 11 juin 1973, ils tiennent un meeting en plein air dans la vieille ville, où beaucoup d’entre eux sont logés dans des taudis, et décident de faire grève le lendemain pour des contrats de travail et des logements décents. Dans la nuit, les murs de la cité se couvrent d’affiches noir et blanc « Halte à l’immigration sauvage », signées Ordre nouveau.
Le 12 juin, la grève est très suivie et deux cents à trois cents grévistes se retrouvent le matin devant la mairie de Grasse. Ils demandent qu’une délégation soit reçue par le maire, pour lui faire peur de leurs revendications.
Le maire ne les reçoit pas, réquisitionne les pompiers, fait disperser les travailleurs à la lance à incendie et appelle les CRS en renfort.
Dans l’après-midi, des groupes de grévistes déambulent et discutent dans la vieille ville, où beaucoup d’entre eux habitent. Vers 16 heures, les CRS interviennent vigoureusement à la matraque contre les groupes de grévistes, les artisans et commerçants de Grasse, munis de bâtons, se joignent aux CRS. La chasse à l’immigré jusqu’à l’intérieur des maisons dure toute la soirée et une partie de la nuit. Bilan : cinq blessés graves, deux cents arrestations.
Le lendemain, les habitants de Grasse créent un « Comité de vigilance des commerçants et artisans », dont l’objectif déclaré est : « Se débarrasser des mille oisifs qui portent atteinte au bon renom de la cité. » Le maire (centriste) déclare à la presse qu’il a convoquée : « Ces manifestations d’immigrés sont absolument scandaleuses et nuisent à l’ordre public. Il est non moins scandaleux qu’elles ne soient pas plus sévèrement réprimées. » Il ajoute : « C’est très pénible, vous savez, d’être envahi par eux. »
L’Express, le plus important des magazines d’information nationaux de ces années-là, rend compte des événements sous le titre suivant : « Les sorcières de Grasse. Quelque chose de grave est en train de naître, qui porte un nom : le racisme. »
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umezzuumezzu   05 septembre 2020
Moi, de mon côté, je veux sortir le dossier de son enfermement dans le bourbier marseillais, avec ses connivences, ses arrangements, sa consanguinité. Si je n'y parviens pas, nous nous enfoncerons lentement et sûrement dans la stratégie habituelle la justice marseillaise, les délais, les reports, les recours, les contre-rapports, pour finir dans dix ans, enlisés dans un non-lieu, faute de preuve. Les juges et les flics d'ici sont les champions en la matière.
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umezzuumezzu   03 septembre 2020
En choisissant de faire ce métier, je ne m'attendais pas à me retrouver à négocier des informations sur une enquête en cours avec un journaliste et un avocat de la partie civile. Ce que je vais faire ce soir. Ce n'est pas l'image que je me faisais du métier de flic. Quelle image ? Pourquoi tu l'as choisi, ce métier ? Sûrement un peu, tout au fond, par haine de ton père , un métier qu'il considérait comme un métier de gueux, déshonorant. Magistrat, diplomate, général, évêque oui, policier, non.
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C'est l'histoire d'un golden boy qui a vu dans la folie du monde de la finance des années 1980 l'opportunité de construire un système d'arnaque à grande échelle. C'est aussi l'histoire d'un escroc rattrapé par la justice, qui a fini ses jours dans un pénitencier de Caroline du Nord ce mercredi 14 avril. C'est en somme l'histoire d'un véritable personnage de roman. Comment Bernard Madoff est-il devenu un symbole des dérives du capitalisme financier moderne ?
Guillaume Erner reçoit Dominique Manotti, écrivaine, ancienne professeure de l'histoire économique du XIXe siècle et auteure de l'ouvrage “Le rêve de Madoff” paru en 2013 aux éditions Allia.
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