AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
EAN : 978B088WNTCLF
Éditeur : Les Arènes (10/06/2020)

Note moyenne : 4.2/5 (sur 15 notes)
Résumé :
La France connaît une série d’assassinats ciblés sur des Arabes, surtout des Algériens. On les tire à vue, on leur fracasse le crâne. En six mois, plus de cinquante d’entre eux sont abattus, dont une vingtaine à Marseille, épicentre du terrorisme raciste. C’est l’histoire vraie.
Onze ans après la fin de la guerre d’Algérie, les nervis de l’OAS ont été amnistiés, beaucoup sont intégrés dans l’appareil d’État et dans la police, le Front national vient à peine d... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Kirzy
  10 juin 2020
J'aime quand les polars s'immiscent dans les angles morts de notre histoire pour en révéler la moindre faille, qui grattent là où ça fait mal, implacablement, percutent et décillent, qui soulèvent les consciences tout en éclairant les dysfonctionnements de la société actuelle. Marseille 73 est de cette classe-là.
La guerre d'Algérie ne s'est pas arrêtée avec les accords d'Evian de 1962, elle s'est poursuivie à Marseille et alentours avec comme point culminant l'été 1973 qui a été émaillé de crimes racistes ciblés : onze morts, une vingtaine de blessés, tous algériens jusqu'à l'attentat de décembre visant le consulat d'Algérie. On leur tire à vue, on leur fracasse la tête, mais les enquêtes sont bâclées et étouffées, presque toutes classées sans suite.
Cette réalité historique terrible – qui, pour ma part, m'était totalement inconnue - Dominique Manotti a choisi de la faire découvrir de façon méthodique en immergeant totalement le lecteur dans un marigot phocéen en déployant tous les acteurs possibles : le SRPJ ( Service régional de police judiciaire ) du commissaire Daquin qui est celui qui cherche la vérité ; la Police urbaine minée par la corruption et le racisme ; l'UFRA ( Union des Français repliés d'Algérie ) aux relents d'OAS ; les syndicalistes du Mouvement des travailleurs arabes qui utilisent la grève pour dire leur colère face aux assassinats racistes ; les représentants de la justice ; les journalistes. Je me suis souvent perdue dans le foisonnement de personnages, mais l'auteure a eu la bonne idée de proposer un récapitulatif type «  qui est qui » qui m'a beaucoup servi.
Et ça pue dans ce polar bien noir, ces ratonnades oubliées soulèvent autant l'indignation que les collusions entre la police, la justice et les mouvements racistes qui regrettent le temps de la colonisation et de l'Algérie française. L'écriture sèche, sans fioritures, presque froide de l'auteure présente les faits de façon très claire, sans exagération, sans manichéisme pour permettre à la réflexion du lecteur de s'épanouir.
Faut dire que les en-têtes de chaque chapitre amplifie l'effet de réel, reproduisant des extraits de journaux ou magazines de l'époque, surtout le Quotidien de Marseille, suivant la chronologie jour après jour du récit. C'est tout simplement stupéfiant de lire que le Paris Match du 14 septembre 1973 titré «  les Bicots sont-ils dangereux ? » ou le Nouvel Observateur du même jour poser la question «  Peut-on vivre avec les Arabes » ? ».
Le roman distribue les gifles à tout va, tendu sur une crête incisive. Mais de cette flambée de violences, surnage une magnifique figure, celle du père d'un des jeunes algériens assassinés, Malek Khider. C'est par lui que l'émotion profonde arrive, ce qui fait du bien après toute la colère engendrée par les pages précédentes. Lui, le fellah pauvre de l'Oranais qui s'est enrôlé durant la Deuxième guerre mondiale aux côtés des Alliés pour fuir la misère , puis a migré définitivement à Marseille, trois garçons à élever après la mort «  d'exil » de son épouse. Dominique Manotti lui donne une dignité incroyable lorsqu'il arrive bardé de ses médailles de guerre face à un juge qui a collaboré, lui , empli de confiance car il sait qu'il va gagner et qu'on va retrouver l'assassin de son fils : «  la statue du Commandeur drapée dans les plus de l'histoire de France ».
Un excellent polar, très affuté et ostensiblement militant qui déplace avec intelligence le terrain de la critique politico-sociale vers le champ littéraire. Percutant.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          9914
Lalitote
  28 juin 2020
Il fut un temps où… le roman de Dominique Manetti aurait pu commencer comme cela. L'action de ce polar noir se situe à Marseille en 1973. C'est toute une époque dont nous ne pouvons pas être fiers que l'auteure ravive pour nous, entre petite histoire et grande Histoire. On ne doit pas oublier que les ravages d'un racisme ordinaire à cette époque ont causé une hécatombe chez les immigrés algériens. Dix ans après la guerre d'Algérie, la communauté Pieds noirs se regroupe, le Front National émerge, les anciens de l'OAS ne lâchent rien, c'est la fin des « trente glorieuses » et le chômage grimpe. La communauté des travailleurs nord-africains commence à gêner, il y aura une manifestation pour protester contre la précarité de leur statut, la nuit sera sanglante. le commissaire Théodore Daquin nouvel arrivant dans la cité phocéenne, a bien du mal à trouver ses repères dans ce milieu puant dont il se sent si éloigné. J'ai aimé le personnage de Daquin qui n'en revient pas du fonctionnement illégal de la Police et de l'impunité qui semble régner. Avec sa petite équipe, il avance comme un flic intègre et respectueux des lois. Il mettra tout en oeuvre pour trouver le coupable du meurtre de Malek ce jeune algérien de 16 ans abattu en toute impunité. C'est un défi alors que l'affaire semble déjà vouloir être classée. le style de l'auteure est franc et direct, on ressent toute la colère et le besoin de justice derrière chaque phrase. Une roman noir qui donne le frisson parce qu'il prend sa source dans la réalité de notre histoire et que l'on peut toujours se demander si les choses ont tant changé que cela en 50 ans. le racisme est toujours là sournois, nous devons plus que jamais rester vigilant. Un livre comme celui-ci ne peut qu'aider à mettre les choses en perspectives. Bonne lecture.

Lien : http://latelierdelitote.cana..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
mimo26
  19 juin 2020
Encore une fois, la militante politique tape fort, frappe sur Marseille, la police en 1973. Époque sinistre des ratonnades où désabusés et racistes décidaient de descendre des Algériens principalement à Grasse et Marseille, avec désintéressement des médias et des politiques ne voulant pas faire les liens dans les morts criminelles d'une cinquantaine d'Arabes. L'été 1973 va rester comme l'une des périodes les plus « sanglantes » pour l'immigration maghrébine dans le sud de la France, au point qu'on a pu parler de « flambée de racisme » ou d'« été meurtrier ».
Mais l'inaltérable inspecteur Daquin va démêler tout cela…
Pour rappel, le commissaire Daquin, est un personnage compliqué, agréable, on l'avait quitté à la fin d'Or Noir.
De son passé de professeure d'Histoire, Dominique Manotti a gardé la méthode et le talent pour l'investigation, Marseille 73 est son treizième livre.
Commenter  J’apprécie          90
EvadezMoi
  26 juin 2020
Une histoire française, mais est-ce bien du domaine de l'Histoire ?
Dominique Manotti nous ramène près de cinquante ans en arrière.
Début des années 70, à Marseille, quelques années après la fin de la guerre d'Algérie, les français qui sont rentrés d'Afrique du Nord, les « Pieds-noirs », se sont installés dans tout le Sud de la France. Pourquoi Marseille en particulier ? Parce que c'est là que les bateaux en provenance d'Oran arrivaient, contrairement aux pieds-noirs du Maroc, quelques années plus tard, qui ont accosté à Algésiras, en Espagne, depuis Tanger (mais c'est une autre histoire).
Ça, les plus anciens le savent déjà. Ce que l'on connait moins, c'est cette période où les Algériens étaient la cible favorite des anciens de l'OAS, des pieds-noirs rentrés bon gré et surtout mal gré d'Algérie, des colons qui se sentaient dépossédés de quelque chose qui ne leur a jamais appartenu.
En 1973 donc, à Marseille, un gamin, arabe, est abattu en pleine rue. Alors que la PJ y voit un meurtre, l'affaire est confiée à la Police urbaine. Au travers une enquête policière, l'auteure détaille avec une minutie impressionnante tous les rouages du système judiciaire, ses ramifications politiques et les débuts du Front National.
Elle démontre que ce sont des années et des années de haine, de désir de domination, qui ont engendré cette montée du racisme, largement toléré par certains gouvernements qui se sont succédés.
C'est aussi le combat de quelques-uns pour que justice soit faite et qu'une famille entière puisse comprendre, faire le deuil de son enfant et obtenir un soupçon de vengeance.
C'est un roman tout à fait passionnant, extrêmement documenté mais quand vous le refermez, vous avez une désagréable impression que les choses n'ont pas évolué, encore moins changé et que, pour aller plus loin, elles ont empiré avec un regain actuel.
A lire pour le plaisir d'un très bon polar mais aussi pour apprendre à défaut de comprendre et d'accepter.


Lien : http://www.evadez-moi.com/ar..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
culturevsnews
  09 juin 2020
Dominique Manotti nous livre ici un récit extrêmement documenté à base d'intrigues politico- raciste imbriquées et de quelques meurtres.
On y découvre un jeune commisaire du nom de Daquin . Manotti mêle  faits et personnages réels à sa fiction qui n'en devient que plus crédible.  Le livre bénéficie d'une écriture remarquable, sèche qui parvient à nous rendre intelligibles, des mécanismes complexes, sans jamais sacrifier le sens du récit et de la tension…
L'auteur rend hommage à la beauté des paysages et ne cache rien de la complexité des relations humaines et des renvois d'ascenseur. Car les réseaux se télescopent : les stups sont liés au consulat américain de Marseille, la sécurité publique abrite quelques membres du SAC, les Corses s'entraident entre truands et flics, la PJ veut faire oublier son inefficacité. le livre est un vrai turn-over, on le dévore d'une traite, pour assécher cette soif de savoir qui nous conduit vers la fin.'Les points négatifs, il y en a un petit; si l'on devine rapidement l'élément-clé qui explique tout, cela gâchera un peu le plaisir. Néanmoins, la mise en place de l'intrigue est tellement parfaite et bien ficelée qu'à la fin, même si vous veniez à deviner il y a toujours les explications des différents indices semés tout au long du Roman, et que l'on avait manqué. J'ai été époustouflée par ce travail de recherche . Un super roman à lire, où on ne s'ennuie jamais.
Lien : https://culturevsnews.com/
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50


critiques presse (2)
Culturebox   10 juillet 2020
Son roman est passionnant : on découvre avec curiosité l'univers délétère de la police marseillaise des années 70 et avec frayeur l'indifférence incroyable dans laquelle ces crimes racistes ont pu avoir lieu.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Telerama   23 juin 2020
Passé colonial mal digéré, déni des violences policières et du racisme… Son livre, passionnant, fait étrangement écho à l’actualité.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   05 juillet 2020
Grimbert a soigneusement préparé son entretien avec le Gros Marcel. Aucune improvisation possible. Pour mener les recherches qu’il envisage, il doit d’abord obtenir son accord tacite, et ce n’est pas évident. Le Gros Marcel n’a pas de responsabilité hiérarchique définie, il se contente d’un grade de brigadier-chef aux fonctions incertaines. Il ne figure dans aucun organigramme, mais toute la vie de la Police urbaine passe par lui. Car le Gros Marcel la connaît mieux que la hiérarchie en place. Chacun vient lui parler de son service, de son travail, de ses problèmes, de sa vie. Il réunit de façon tout à fait officieuse ses « conseillers », des gens posés, peut-être un peu fatigués, donc sans ambition personnelle, qui viennent des différents services, et surtout qui appartiennent à l’un ou l’autre des puissants groupes d’intérêt organisés dans la police : le syndicat FO, les francs-maçons, le SAC (Service d’action civique), les associations de pieds-noirs… et jouissent de la confiance de leurs pairs. Il leur transmet les informations qu’il juge utile de discuter, et tous ensemble cherchent à désamorcer les conflits au sein de la police, à pacifier la gestion du quotidien. Leurs analyses et leurs suggestions sont transmises par Marcel aux directions officielles, qui les reprennent la plupart du temps et estiment qu’elles s’en portent bien. Le Gros Marcel fonctionne ainsi depuis quinze ans, et, bon an mal an, la police marseillaise a survécu à la prise du pouvoir par de Gaulle, qui ressemblait beaucoup à un coup d’État, à la création par le pouvoir gaulliste de son service d’ordre musclé, le SAC, peu regardant sur les méthodes employées et infiltré dans la police officielle, à l’abandon de l’Algérie en 1962, avec son cortège d’attentats et la mini-guerre civile menée par l’OAS, à l’arrivée massive de cent mille rapatriés dans la ville, dont beaucoup de policiers de l’ancienne colonie, directement intégrés dans les cadres de la police métropolitaine. Derniers soubresauts, en mai 1968, le pouvoir gaulliste répond aux contestations étudiantes et ouvrières en amnistiant tous les condamnés de l’OAS, sans doute pour s’en faire des alliés contre la « chienlit gauchiste », les prisons se vident, beaucoup d’amnistiés, et non des moindres, viennent s’installer dans la région de Marseille. Épidémies de braquages, coups bas et luttes d’influence dans la police, nouveaux problèmes… Puis de Gaulle est parti, en 69, et chacun sait maintenant que des hommes politiques sympathisants de l’Algérie française et de l’OAS participent au gouvernement à Paris.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
Charybde2Charybde2   05 juillet 2020
Prologue
1973. Grasse, charmante cité provençale, ses fleurs, ses parfums, ses trente mille habitants, et son petit millier de travailleurs immigrés, souvent tunisiens, ouvriers agricoles, ouvriers du bâtiment, tous travailleurs au noir.
À l’automne 1972, le gouvernement français décide de contrôler la population immigrée beaucoup plus strictement qu’il ne l’avait fait jusqu’alors. La circulaire Marcellin-Fontanet impose aux immigrés qui souhaitent entrer sur le sol français ou qui y résident déjà d’être munis d’un contrat de travail et d’avoir un logement décent pour pouvoir obtenir un permis de séjour et, ainsi, être « régularisés ». Quatre-vingt-six pour cent des immigrés présents sur le sol français passent d’un coup de la catégorie des « travailleurs au noir » à celle des « travailleurs clandestins » et alimentent du jour au lendemain une catégorie nouvelle, celle des « sans-papiers » candidats à l’expulsion dès l’été 73.
À l’approche de l’échéance, Ordre nouveau, mouvement d’extrême droite, nationaliste et néofasciste, s’engouffre dans la brèche ouverte par le gouvernement et lance, le juin 1973, une campagne nationale « Halte à l’immigration sauvage ».
À Grasse comme ailleurs, les travailleurs immigrés se sentent menacés. Ils n’ont ni contrat de travail ni logement décent.
Le 11 juin 1973, ils tiennent un meeting en plein air dans la vieille ville, où beaucoup d’entre eux sont logés dans des taudis, et décident de faire grève le lendemain pour des contrats de travail et des logements décents. Dans la nuit, les murs de la cité se couvrent d’affiches noir et blanc « Halte à l’immigration sauvage », signées Ordre nouveau.
Le 12 juin, la grève est très suivie et deux cents à trois cents grévistes se retrouvent le matin devant la mairie de Grasse. Ils demandent qu’une délégation soit reçue par le maire, pour lui faire peur de leurs revendications.
Le maire ne les reçoit pas, réquisitionne les pompiers, fait disperser les travailleurs à la lance à incendie et appelle les CRS en renfort.
Dans l’après-midi, des groupes de grévistes déambulent et discutent dans la vieille ville, où beaucoup d’entre eux habitent. Vers 16 heures, les CRS interviennent vigoureusement à la matraque contre les groupes de grévistes, les artisans et commerçants de Grasse, munis de bâtons, se joignent aux CRS. La chasse à l’immigré jusqu’à l’intérieur des maisons dure toute la soirée et une partie de la nuit. Bilan : cinq blessés graves, deux cents arrestations.
Le lendemain, les habitants de Grasse créent un « Comité de vigilance des commerçants et artisans », dont l’objectif déclaré est : « Se débarrasser des mille oisifs qui portent atteinte au bon renom de la cité. » Le maire (centriste) déclare à la presse qu’il a convoquée : « Ces manifestations d’immigrés sont absolument scandaleuses et nuisent à l’ordre public. Il est non moins scandaleux qu’elles ne soient pas plus sévèrement réprimées. » Il ajoute : « C’est très pénible, vous savez, d’être envahi par eux. »
L’Express, le plus important des magazines d’information nationaux de ces années-là, rend compte des événements sous le titre suivant : « Les sorcières de Grasse. Quelque chose de grave est en train de naître, qui porte un nom : le racisme. »
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
mimo26mimo26   19 juin 2020
« Tour de table, accord unanime. Percheron continue sur sa lancée :
- Autre chose. Nos collègues de l’antenne SRPJ de Toulon nous ont contactés. Ils surveillent depuis un moment l’UFRA... Tout le monde est au clair sur l’UFRA ? Non ? L’Union des Français repliés d’Algérie, une des associations de défense des pieds-noirs, pas la plus importante, mais la plus remuante, avec son siège social dans le Var, et un goût prononcé pour l’illégalité. D’après nos collègues, un groupe armé de proches de l’UFRA a débarqué chez un notaire et a bloqué les armes à la main une vente aux enchères des biens saisis pour dettes d’un de ses adhérents. Ils ont récidivé un mois plus tard pour empêcher l’expulsion d’un exploitant agricole pied-noir qui ne payait pas son bail. Nos collègues en ont profité pour arrêter quelques membres de l’UFRA pour port d’arme prohibé et, au cours d’une perquisition au domicile de l’un d’eux, ils ont trouvé tout un arsenal du parfait petit chimiste pour bricoler une assez belle bombe. Dans le contexte actuel, après les accidents de Grasse et le climat tendu dans la région, nos collègues craignent que ça pète, d’une façon ou d’une autre. Le procureur de Toulon a décidé d’ouvrir une enquête préliminaire. Et nos collègues ont trouvé dans les carnets des individus qu’ils ont arrêtés quelques adresses marseillaises, ils nous demandent donc de prendre contact avec eux pour des échanges d’informations. Je sais que mon prédécesseur a toujours été très réservé dans ses rapports avec l’antenne de Toulon. Mais il me semble que, dans le contexte actuel, nous ne pouvons pas négliger cette demande. Daquin, j’ai pensé que vous pourriez vous charger de ce dossier avec votre équipe. Vous les contactez, et nous voyons ensemble les suites éventuelles.
La proposition est validée.
Quand la réunion est finie, le patron entraîne Daquin dans son bureau et lui communique les coordonnées des Toulonnais à joindre. Il ajoute sur le ton de la confidence :
- Soyons précis. Nous apportons notre soutien à nos collègues de Toulon, dans le cadre de l’enquête qui a été ouverte par le procureur de Toulon, mais pour l’instant aucune enquête n’est ouverte à Marseille. Il faut être d’autant plus prudent que je me suis laissé dire que nous avions des collègues de chez nous dans le circuit de l’UFRA. Je ne veux pas de conflits dans la Maison. D’autre part, ces gars de l’UFRA ne sont pas tous à mettre dans le même sac. Certains militants risquent d’aggraver la tension avec l’immigration nord-africaine en jouant la provocation et la violence. Ceux-là, il faut les calmer. D’autres peuvent à l’avenir nous aider à encadrer cette population qui nous crée déjà pas mal de problèmes. Eux, ils les connaissent bien, les immigrés. J’aimerais que vous profitiez de cette demande des Toulonnais pour me faire un tableau précis de ce qu’est l’UFRA sur Marseille. Qui devons-nous craindre, sur qui pourrons-nous peut-être nous appuyer. Vous voyez, c’est assez simple.
- Je vois, et je ne trouve pas que ce soit simple, mais nous allons nous y mettre tout de suite. » (p. 20-21)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20

Videos de Dominique Manotti (17) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Dominique Manotti
"Raconter, c'est résister", cette formule de Luis Sepulveda, Dominique Manotti l'a faite sienne. Historienne, romancière, elle revient dans son nouveau roman sur une série de crimes commis en particulier à Marseille, en 1973, contre des immigrés maghrébins. Passé colonial mal digéré, déni des violences policières et du racisme, son livre, passionnant, résonne étrangement avec l'actualité.
"Marseille 73" de Dominique Manotti, éd. Les Arènes, collection Equinox. UNE ÉMISSION ANIMÉE PAR Michel Abescat Christine Ferniot RÉALISATION Pierrick Allain TÉLÉRAMA - JUIN 2020
autres livres classés : roman noirVoir plus
Notre sélection Polar et thriller Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Retrouvez le bon adjectif dans le titre - (6 - polars et thrillers )

Roger-Jon Ellory : " **** le silence"

seul
profond
terrible
intense

20 questions
1899 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature , thriller , romans policiers et polarsCréer un quiz sur ce livre