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EAN : 9782757824863
404 pages
Points (09/05/2011)
3.77/5   93 notes
Résumé :
Libération

1980, quartier du Sentier à Paris : les ouvriers turcs sont en grève et luttent pour sortir de la clandestinité. Dans un de leurs ateliers de confection textile, on retrouve le corps d’une adolescente thaïe. De descentes de police en interrogatoires, l’affaire prend rapidement un autre tour. Le commissaire Daquin et son indic Soleiman sauront-ils démêler les fils d’un trafic international où la mafia côtoie des politiques de haut vol ?
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Exploitation d'ouvriers clandestins dans des ateliers de confection, trafic de drogue et d'armes, proxénétisme, réseaux pédophiles, blanchiment d'argent - entre Français et Turcs essentiellement. Et les dommages collatéraux de toute cette économie souterraine aux enjeux financiers monstrueux : règlements de comptes sanglants et dérapages meurtriers...
Dominique Manotti, historienne et économiste née en 1942, évoque tous ces sujets dans son premier roman, publié en 1995. L'intrigue se situe en 1980, dans le Sentier. Quand on a entendu l'auteur parler de son expérience de militante CFDT aux côtés des grévistes turcs à cette époque, on sait que ce sujet lui tient à coeur et que ce roman est parfaitement documenté.

Chez Manotti, les flics sont pourris, de la b!te au portefeuille en passant par l'ego, et en plus, ils sont violents. Ça ne les empêche pas d'avoir de temps en temps une conscience professionnelle et un petit coeur qui palpite, mais ça peut interférer avec le boulot, quand même.
Chez Manotti, les politiques sont véreux, et les symptômes sont placés aux mêmes endroits - sexe, compte en banque, soif de pouvoir.
Dominique Manotti est bien informée ; son parcours, ses bagages culturels et son acuité sont impressionnants. Avec ce 'Sombre Sentier', elle tisse une intrigue dense qui balance, dont les ramifications complexes m'ont parfois égarée - mais peu importe, le contexte socio-politique est passionnant !

Un grand merci à Diablotin0 😊 qui a attiré mon attention à Rennes sur cette auteur que je ne connaissais pas. Le polar engagé, je crois à son pouvoir, moi, contrairement à quelques 'jeunes' écrivains entendus récemment au festival de Mauves. En tout cas, j'aime ; ça défoule !
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Roman, polar, docu fiction, Sombre sentier est un recit a part, haletant, prenant, dont on ne sort pas indemne.
Des personnages border-line, Dacquin le commissaire bi-sexuel, ses adjoins, Attali et Romero, Thomas et Santoni des ripoux « malgre eux » qui se payent sur la bete « Romero s'appuie contre elle de tout son poids, defait sa braguette d'une main, releve la jupe. Grognements de plaisir. »
« Attends, autant en profiter. Fais moi jouir entre tes seins. Et Santoni defait son pantalon debout devant la porte. »
L'histoire est credible. le Sentier a Paris dans les annees 1980, la revolte des clandestins turcs dans les ateliers de confection. Les citations de Liberation sur ces evenements, comme le mentionne l'avertissement en debut de roman, sont reelles.
L'imagination de Manotti fait le reste.
Imagination ou clairvoyance, le lecteur hesite tout au long de la lecture.
Le recit prend la forme d'un agenda qui deroule les evenements jour apres jour heure apres heure.
Trafics en tous genres, drogue, prostitution, vente de certificats de sejour, passe-droits, complaisance.
Le fil rouge qui traverse le roman repose sur l'analyse que nous livre Bourdieu dans son essai La misere du monde.
En resume : Lorsque l'Etat abandonne la gestion des dispositifs de controle social a l'initiative des agents qu'il est cense encadrer, conseiller, diriger ; reduit leurs moyens de facon drastique, ces agents confrontes a des situations qu'ils ne maitrisent plus, sont capables du meilleur comme du pire.
Les personnages du roman se debattent dans cette problematique, en tentant d'imposer une logique que sous tend leur conception personnelle du bien et du mal.
Guerre des personnages, guerre des services, guerre des polices, conflits de generations, entre Meillant l'ancien resistant entre dans la police pour faire valoir les ideaux du CNR mais, qui peu a peu s'en eloigne en considerant qu'il detient toujours la verite et Dacquin devenu commissaire a 26 ans apres avoir brillamment passe le concours lui delivrant ce titre.
Experience contre titre universitaire, tradition contre iconoclastie. Il n'y aura ni vainqueur ni vaincu.
La raison d'Etat avec un grand R et un grand E s'impose.
Une logique de cercles concentriques. Au milieu le noyau dur, noir comme l'enfer, dans lequel s'agitent les flics, et plus on s'eloigne plus la couleur palit sans jamais donner autre chose qu'un blanc sale qui satisfait politiciens, entrerpeneurs et opportunistes de tous bords.
Dacquin lui, continue de voir le noir qui pervertit l'ensemble du coprs social. Escorts de haut vol, clubs echangistes, consommation assumee de cocaine, et autres substances, contrats mirifiques arraches de facon douteuse, diplomates complices...sont a l'extreme peripherie de ce contre quoi il combat tous les jours.
Un catalogue qui ressemble a s'y meprendre a notre actualite.
« Ce matin, j'ai eu un coup de telephone du directeur du cabinet du ministre. Hier, un de vos inspecteurs a contacte deux deputes, pour leur demander un entretien...
- Oui, l'inspecteur Attali sur mes ordres.
- Bien. Mais les ordres du ministre, eux, sont clairs : on laisse tomber les deputes. Vous n'avez rien de solide contre eux...Et ca liberera des forces que vous pourrez concentrer sur la filiere turque. »

A lire absolument.
Au passage, un clin d'oeil a Simenon : page 103, « le juge d'instruction, un denomme Parent, aujourd'hui a la retraite a Meung-sur-Loire, a prononce un non-lieu... »

Lien : http://desecrits.blog.lemond..
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J'ai lu ce premier livre de Dominique Manotti totalement par hasard, peu après sa publication. J'ai tout de suite adhéré au style littéraire Manotti : des phrases courtes, rythmées, sans fioritures, et une action qui avance tout le temps. Pas de gros temps morts, une succession de scènes qui entraînent une progression inexorable. Un style mis au service d'histoires complexes, s'intéressant à toutes les classes sociales, rebondissant souvent sur l'actualité passée ou récente, et malheureusement trop près de la vérité en ce qui concerne le rôle extrême de l'argent dans notre société et le degré de corruption des élites. Depuis j'avoue avoir été fan de tous ses livres.
Ce premier opus, premier aussi de la série sur le commissaire Daquin, un flic homosexuel aux méthodes qui ne doivent pas toujours être reprises au code de procédure pénale, se situe dans le milieu des ouvriers clandestin qui peuplent le Sentier, ce quartier de Paris où des vêtements pas chers sont confectionnés pour le plus grand bénéfice des chaînes de magasins de mode. Les conditions de travail dans les ateliers semi clandestin génèrent une grève pendant que la mort rôde et que l'héroïne circule.
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Printemps 1980 : Les travailleurs de la confection du Sentier, essentiellement turcs, se sont mis en grève de la faim pour obtenir des papiers, ce qui va conduire à la première manifestation d'envergure pour obtenir des régularisations de travailleurs clandestins.

«Il raconte la clandestinité, se déguiser en touriste avec un appareil photo en bandoulière ; la peur qu'il faut surmonter quand on voit un flic dans la rue, continuer à marcher, les fouilles, les nuits dans les postes de police, les arrêtés d'expulsion. Termine. Nous ne voulons plus. Nous sommes ici, nous travaillons, nous voulons carte de séjour, carte de travail. La dignité.»

Dans le même quartier, le commissaire Daquin et ses hommes de la brigade des stupéfiants enquêtent, avec des méthodes brutales, souvent au-delà des limites de la légalité, sur un réseau turc de trafic d'héroïne. Dans un contexte international mouvementé, avec l'arrivée au pouvoir de Khomeini en Iran, l'intervention de l'URSS en Afghanistan et les soutiens locaux des Etats-Unis aux trafiquants, les routes internationales du trafic de drogue sont remaniées, et l'héroïne maintenant en provenance d'Iran, du Pakistan ou d'Afghanistan, beaucoup plus pure que celle en provenance d'Amérique Latine, cause de très nombreux décès par overdoses en Europe.

Avec la découverte du cadavre d'une adolescente thaïlandaise, et grâce à Soleiman, indicateur turc et amant de Daquin, qui va prendre la tête du mouvement des sans-papiers, l'enquête va mener la police sur des terrains glissants, croisant le marais des intérêts français au Moyen-Orient, des réseaux de prostitution et de pédophilie, des trafics, fraudes fiscales et corruption en tous genres, mettant en cause des politiques et des hommes d'affaires influents.

Publié en 1995 aux éditions du Seuil, ce premier roman de Dominique Manotti, qui fut partie prenante dans cette lutte des sans-papiers en tant que syndicaliste, fut aussi son premier coup de maître. Dans un milieu masculin, violent et extrêmement réaliste, où les frontières entre crime et police sont toujours incertaines, «Sombre sentier» s'inscrit dans une réalité politique et sociale toujours très pertinente, avec un rythme qui ne se relâche jamais.

«-Vous connaissez un peu le milieu professionnel du Sentier ?
-Absolument pas. Depuis trois ans, je suis à la Financière, et je travaille sur les délits d'initiés à la Bourse. Ma présence ici, si j'ai bien compris, est le résultat d'un compromis dans les hautes sphères. Les uns veulent absolument qu'on assainisse le Sentier, pour ne pas laisser le terrain complètement libre à ceux qui réclament la régularisation des clandestins. Les autres pensent que c'est de la foutaise, et qu'il faut laisser tourner un secteur qui marche bien, et qui ne pourrait pas le faire sans clandestins. Alors, ils se sont mis d'accord pour designer quelqu'un, mais ils ont pris un jeunot naïf, qui n'y connaît rien, et qui a donc toute chance de se noyer. Voilà. C'est moi.
-Et vous, vous pensez quoi de cette affaire ?
-Moi, je suis là pour trouver, c'est la façon dont je considère mon métier de flic, et je peux vous dire que je vais me déchirer la gueule pour sortir quelque chose de ce merdier.
-Vous parlez curieusement, pour un costard-cravate.
-Je n'ai pas toujours été costard-cravate.
-Ah bon ? Et que faisiez-vous avant la Financière ?
-J'étais loubard.»
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Du polar, du bon, du brut avec des rencontres normales : des truands, des trafiquants des putes, des flics et des pourris ... tout est normal.
L'action se passe dans le Xe arrondissement de Paris, celui de ma jeunesse, celui que j'ai arpenté dans un sens et dans un autre ... je suis née à Belleville .... j'ai habité près de la rue saint Maur ... j'ai travaillé près du sentier ... les noms des rues citées me font revenir dans la tête des images de ce temps là.
Les faits évoqués se passent dans les années 80, c'est à cette époque que j'ai quitté le Paris de mon enfance ...

Le point de depart un fait divers ... Des immigrés turcs font la grève de la faim à Paris pour obtenir la régularisation de leur situation " Kazanakagiz ! " (*)

Il y a beaucoup de monde pour traiter cet imbroglio .. affaire de trafic de drogue ... d'armes ... de contrefaçon ... de prostitution... on a le choix !
Et trafic d'influence sous jacant ... les ayatholas ... les politiciens verreux ... les maquereaux... les drogués de luxe ou des trottoirs !
Nous sommes tenus en haleine jusqu'aux dernières pages ... un épilogue qui n'en est pas vraiment un ... le vrai celui qui fait le bilan quinze ans après ... juste une dizaine de lignes ... c'est ce que retiendra l'histoire de ce fait divers publié par le Monde le 16 février 1980.
Et en plus une suggestion ... pour pouvoir déguster une pizza à la rughetta ... suivre les instructions :
* Sortez la pâte à pizza du réfrigérateur 5 minutes avant de l'utiliser. Préchauffez le four à 240°C (th 8).
* Étalez la pâte en cercle au rouleau, posez-la sur la plaque du four recouverte de papier sulfurisé et étalez la sauce tomate. Disposez dessus les tranches de viande des Grisons coupées en deux et 4 feuilles de basilic grossièrement coupées à la main. Poivrez généreusement et enfournez pour 12 à 15 minutes de cuisson.
* Taillez des copeaux de parmesan à l'aide d'un épluche-légumes. Sortez la pizza du four dès la fin de la cuisson, répartissez dessus la roquette et le parmesan et arrosez d'huile avant de servir immédiatement.
Notes
Accompagnez avec des tomates confites au four parsemées de persillade.
Bonne lecture et bon appétit

(*)
Une vingtaine d'ouvriers turcs - dont une femme - embauchés clandestinement par des patrons de la confection ont commencé depuis plusieurs jours une grève de la faim dans les locaux de la Maison verte, un centre protestant situé 127, rue Marcadet, à Paris (18e), pour obtenir la régularisation de leur situation. Ils ont constitué un " collectif des ouvriers turcs sans papiers", qui a reçu d'ores et déjà l'appui de la C.F.D.T., du parti socialiste, du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP), ainsi que de plusieurs autres organisations.
Un atelier clandestin, rue du Sentier, à Paris (deuxième arrondissement) : au sommet de l'escalier branlant, trois pièces de douze mètres carrés aux murs nus et décrépis, aux volets clos - pour que le bruit des moteurs n'alerte pas les voisins.
Derrière la double porte, également close, il y a des machines à coudre, une surpiqueuse, une surjeteuse, une planche à presser d'un modèle antédiluvien, de la vapeur partout. Et puis une dizaine d'hommes aux yeux cernés.
Ils travaillent là douze heures par jour, sous la lumière crue d'un tube au néon, dans cette espèce de morgue étouffante - l'unique vasistas n'a que cinquante centimètres sur quarante - sans dimanches ni congés pendant six mois : le temps de préparer les commandes du Salon du prêt-à-porter. Puis la moitié d'entre eux seront mis à la rue jusqu'au prochain Salon.
À eux de se débrouiller, pour survivre, terrés le jour dans leurs caves ou leurs greniers, car ils craignent les rafles dans la rue, dans le métro. Les autres restent avec le " petit patron ", un étranger comme eux, presque aussi pauvre, exploité lui aussi. Bien contents, ceux-là, d'avoir un carrelage où dormir, où manger entre les machines, dans la vapeur des presses et la fumée d'un réchaud de fortune.
Pas de permis de séjour ni de travail pour ces ouvriers qualifiés, recrutés à la sauvette, en Turquie même, parfois depuis 1973, par des patrons de la confection et entrés en France comme simples touristes. Donc, par de sécurité sociale, pas de protection en cas de chômage ou de maladie, pas de visites médicales. L'an dernier, un de leurs compagnons a eu un ulcère à l'estomac. Il n'a pas osé se faire soigner, et l'ulcère est devenu un cancer. L'homme est mort récemment, sans jamais se plaindre. Une tranche de vie à la Zola en plein vingtième siècle.
La face cachée et hideuse de la French confection, qu'a révélée vendredi dernier le film de Michel Honorin, sur FR 3, la voici à l'état brut, avec ses " griffes " - démarquées - de grandes maisons de couture, ses fausses factures et ses faux bulletins de paie. Douze heures par jour, les hommes venus d'Istanbul ou du fin fond de la Cappadoce assemblent, cousent, repiquent et repassent les jupes, les robes, les fanfreluches du prêt-à-porter parisien. Ils reçoivent 7 francs par robe. S'ils en font dix par jour, ils auront 70 francs le soir : un tiers de moins que le SMIC pour seulement huit heures. le lendemain on recommence. La robe à 7 francs pour la façon, affichée 200 francs et plus chez les grossistes, est vendue plus de 300 francs. T.V.A. incluse, dans les boutiques, quelques semaines plus tard.
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
[ 1980 ]
- Vous connaissez un peu le milieu professionnel du Sentier ?
- Absolument pas. Depuis trois ans, je suis à la Financière, et je travaille sur les délits d'initiés à la Bourse. Ma présence ici, si j'ai bien compris, est le résultat d'un compromis dans les hautes sphères. Les uns veulent absolument qu'on assainisse le Sentier, pour ne pas laisser le terrain complètement libre à ceux qui revendiquant la régularisation des clandestins. Les autres pensent que c'est de la foutaise, et qu'il faut laisser tourner un secteur qui marche bien, et qui ne pourrait pas le faire sans clandestins. Alors ils se sont mis d'accord pour désigner quelqu'un, mais ils ont pris un jeunot naïf, qui n'y connaît rien, et qui a donc toute chance de se noyer. Voilà. C'est moi.
- Et vous, vous pensez quoi de cette affaire ?
- Moi, je suis là pour trouver, c'est la façon dont je considère mon métier de flic, et je peux vous dire que je vais me déchirer la gueule pour sortir quelque chose de ce merdier.
- Vous parlez curieusement, pour un costard-cravate.
- Je n'ai pas toujours été costard-cravate.
- Ah bon ? Et que faisiez-vous avant la Financière ?
- J'étais loubard.
Un temps de silence.
- Je voulais dire : que faisiez-vous dans la police avant la Financière ?
- C'est mon premier poste.
- C'est très indiscret de vous demander pourquoi vous êtes à la Financière ?
- Non, ce n'est pas indiscret. J'ai toujours eu la haine de ceux que vous appelez les costard-cravate. Et je ne veux pas taper sur les petits voyous de banlieue.
(p. 54-55)
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- Patron, la combine est géniale. Moreira déclare vingt-deux travailleurs qu'il n'emploie pas, les Turcs. Et il en fait travailler vingt-deux, qu'il ne déclare pas, mais qu'il ne paie pas non plus, les Marocains.
[...]
- Comment ça, il ne les paie pas ?
- Non, je suis sûr que non. Il les loge, faut voir comment, il les nourrit, mais il ne les paie pas. Ils sont tous originaires du même village. Moreira doit être de mèche avec un grand propriétaire marocain qui a probablement organisé leur passage, en leur faisant payer le prix fort. Les familles sont toutes restées au village. Comme ça, si un travailleur avait l'idée de protester, ce qui arriverait à sa famille là-bas lui en ferait vite passer l'envie. Son entreprise a l'air en règle, personne ne l'emmerde, ni le fisc ni l'inspection du travail. Les Turcs de la filière ont l'air de travailleurs innocents, et le patron fait un énorme bénéfice sur des travailleurs pour lesquels il ne paie que les charges sociales, mais pas les salaires. Ce qui nous change du Sentier, notez bien, où les patrons paient plutôt les salaires, mais pas les charges...
(p. 148-149)

[ c'était en 1980... bien sûr, ce genre de combine négrière n'existe plus en 2017... 😣]
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[ 1980, grève des ouvriers turcs clandestins, dans le Sentier ]
Pas un flic à l'horizon. C'est l'ivresse. Les clandestins occupent la rue, et personne ne vient les en chasser. Les hommes hurlent 'Yasasin grevi', vive la grève. Carte de séjour, carte de travail. Les sonos circulent, tout le monde veut dire son mot. Soleiman tremble au soleil. Il l'avait voulu de toute sa force ce moment, mais il n'y croyait pas. Ce moment de vertige où les masses commencent à exister, hors de toute abstraction, où il devient possible, peut être... le monde va changer de base.
(p. 16)
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Un flic en civil, pas grand, épais, la cinquantaine bien sonnée, semble commander les opérations. Soleiman s'adresse à lui :
- Je suis là pour le comité de défense [des grévistes turcs]...
- Toi, ta gueule. Je ne t'ai pas causé.
Et il [le commissaire] prend le patron [de l'atelier clandestin] par le bras, l'entraîne dans l'appartement d'en face, de l'autre côté du palier.
Soleiman demande aux Turcs de l'atelier de lui expliquer ce qui se passe. Des rires. En face, c'est l'appartement du patron. Le commissaire le connaît bien parce qu'il vient, tous les vendredis à midi, baiser la femme du patron, une blonde française, justement dans l'appartement d'en face. Le patron et le commissaire sont très copains. Le patron paie, et en plus le commissaire baise sa femme, jamais un contrôle dans l'atelier, une affaire prospère...
(p. 286-288)
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[mars 1980, clandestins ouvriers du textile à Paris]
Soleiman commence à parler, en turc. Il raconte la clandestinité, se déguiser en touriste avec un appareil photo en bandoulière ; la peur qu'il faut surmonter quand on voit un flic dans la rue, continuer à marcher, les fouilles, les nuits dans les postes de police, les arrêtés d'expulsion. Terminé. Nous ne voulons plus. Nous sommes ici, nous travaillons, nous voulons carte de séjour, carte de travail. La dignité.
(p. 15-16)
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Vidéo de Dominique Manotti
C'est l'histoire d'un golden boy qui a vu dans la folie du monde de la finance des années 1980 l'opportunité de construire un système d'arnaque à grande échelle. C'est aussi l'histoire d'un escroc rattrapé par la justice, qui a fini ses jours dans un pénitencier de Caroline du Nord ce mercredi 14 avril. C'est en somme l'histoire d'un véritable personnage de roman. Comment Bernard Madoff est-il devenu un symbole des dérives du capitalisme financier moderne ?
Guillaume Erner reçoit Dominique Manotti, écrivaine, ancienne professeure de l'histoire économique du XIXe siècle et auteure de l'ouvrage “Le rêve de Madoff” paru en 2013 aux éditions Allia.
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