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Marcel Arland (Préfacier, etc.)John Middleton Murry (Préfacier, etc.)Marthe Duproix (Traducteur)Anne Marcel (Traducteur)André Bay (Traducteur)
EAN : 9782070375059
512 pages
Gallimard (15/11/1983)
4.19/5   24 notes
Résumé :
Morte à trente-quatre ans, le 9 janvier 1923, Katherine Mansfield nous livre quinze ans d'une vie qui se veut toute pureté, sincérité, recherche de la Vérité. Cette quête de la vraie vie à travers l'art et l'amour, l'apprentissage de la douleur physique et morale, les difficultés d'un couple, paraît tout aussi frémissante aujourd'hui qu'hier, sinon plus. Un livre justement célèbre, et qu'on lit avec amour.

Source : Gallimard
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Confusion, exaltation, mélancolie.
Ce sont trois mots que je retiens pour résumer ce Journal et son contenu.
Katherine Mansfield voulait d'abord être musicienne, avant de souhaiter écrire. Et certains extraits du début de ce journal (notamment ceux concernant son voyage de quelques semaines avec son père, qui l'emmène camper dans les campagnes néo-zélandaises) sont comme des notes prises au vol, que la jeune fille aurait consignées « pour plus tard », comme matériau lui permettant d'élaborer un futur récit.
C'est donc un beau mélange des genres : Katherine y parle de ses rêves, de ses voyages, de ses sentiments, de ses lectures (elle note les extraits qui lui ont plu), de ses espoirs, de sa famille, de ses cours de musique, de ses rendez-vous. Et elle met son âme à nu dans ces pages : on y fait la connaissance d'une jeune adolescente exaltée, passionnée, qui souhaite à tout prix « vivre » (dans le sens le plus fort et le plus douloureux du terme). C'est presque comme si une prémonition l'avait saisie : sachant qu'elle va mourir jeune, l'adolescente veut tout connaître tant qu'elle en a le temps… Quand on connaît le destin de Katherine devenue adulte et morte à 34 ans, certains passages donnent un peu froid dans le dos. La fin du journal, en particulier, est assez triste, puisqu'elle a été rédigé durant les derniers jours de Katherine Mansfield.
J'ai beaucoup apprécié les notes qu'elle prenait à propos de ses lectures, les passages dans lesquels elle parle de ses influences littéraires, comme ce moment où elle diversifie ses centres d'intérêts et ne lis plus seulement Oscar Wilde : elle liste les auteurs qu'elle lit et qu'elle trouve importants pour se forger une certaine culture littéraire. D'autres passages sont plus difficiles à lire car, à certains moments, Katherine est comme plongée à l'intérieur d'elle-même, sans que nous puissions accéder à ce qu'elle ressentait quand elle a jeté ses pensées sur le papier : il est alors très difficile d'entrer dans ce Journal et de suivre le déroulement des sentiments dont son auteur nous parle. Enfin, d'autres pages encore, mettent franchement mal à l'aise. C'est notamment le cas lorsqu'elle parle de sa famille, au début du Journal : qu'une si jeune fille puisse ressentir tant de mépris (presque de haine) pour ses parents est un peu étonnant. Elle les trouve vulgaires et communs, parce qu'ils ne s'intéressent pas à la musique et à la littérature, comme elle ; elle leur en veut parce qu'ils la font revenir en Nouvelle-Zélande après un séjour à Londres, qu'elle a adoré. Et de ce fait, elle se sent comme une étrangère dans sa propre famille et utilise parfois des mots très durs pour parler de ses proches.
Malgré ces quelques passages difficiles, ce Journal était une bonne lecture : il montre la précocité et le talent d'une toute jeune fille qui deviendra une grande écrivaine.

Le Journal de Katherine Mansfield est une vraie plongée dans l'intimité d'une jeune fille souhaitant écrire. Il illustre le parcours presque initiatique que cette jeune adolescente a dû suivre avant de devenir la romancière que l'on connaît.
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Je me suis prise de passion pour Katherine Mansfield.
Ses écrits me touchent singulièrement.
Après avoir lu deux recueils de nouvelles "La garden party" et "félicité", j'ai entrepris la lecture de son journal composé de notes, de commentaires de lectures, d'ébauches de nouvelles, de lettres non expédiées ; le tout reproduit et mis en forme par son mari John Middleton Murry qui l'a accompagnée dans son travail de 1912 jusqu'à sa mort en 1923.
Du fait de son contenu fragmentaire et de son caractère éparpillé, l'accès au journal n'est pas aisé et certains passages consacrés aux ouvrages qu'elle lit peuvent paraître assez rébarbatifs, mais ce qui est passionnant dans cet ensemble de texte, c'est la compréhension qui nous est offerte du processus de fabrication de ses nouvelles.
Hypersensible, hantée par la mort de son frère et par la sienne qu'elle sait proche, Katherine Mansfield, dont la vocation d'écrivain éclipse tout le reste, veut aller vite et nous comprenons alors pourquoi elle a choisi le genre littéraire des nouvelles.
Elle explique que sont présentes en elle toutes les histoires qu'elle veut raconter mais qu'elle courre après le temps pour pouvoir les écrire. Plus que des histoires, ce sont des visions ou plutôt comme elle le dit, des entrevisions, nourries d'observations de la vie quotidienne et de souvenirs d'enfance ou de situations rencontrées.
Katherine Mansfield met toute son énergie au service de la littérature qui est pour elle une recherche de la vérité. Son oeuvre est une quête obsédante d' authenticité et d'honnêteté qu'elle vise également dans les rapports humains.
Cette pureté dont parle son mari dans l'introduction du journal, conjuguée à une sensibilité exacerbée, s'est traduite par des petits joyaux littéraires empreints de poésie et de grâce.
Elle voulait retranscrire la vie de la vie, mais souvent la mort pointe son nez dans ses récits, comme si la maladie se rappelait à elle sans cesse.


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Il me semble que j'ai découvert le Journal avant les Nouvelles, fascinée par la photo de cette jeune femme au regard énigmatique, fragile et fort à la fois. Depuis je n'ai plus les jaquettes d'origine mais je suppose que j'ai donc lu le journal en premier, même si cela peut paraître un peu étrange. Rien que cela, c'est dire la qualité de ce journal, puis qu'il m'a incité a acheté le volume des Oeuvres romanesques (toutes ses nouvelle) sans avoir rien lu d'autre d'elle. Plus qu'un journal, c'est une plongée dans l'âme d'une adolescente, puis d'une jeune femme qui veut devenir écrivain. Certains passages, surtout au début, sont de simples notes. D'autres nous indiquent ses goûts littéraire, elle liste les ouvrages qu'elle veut découvrir, recopie des passages qui lui plaisent. Elle se montre dure, très dure avec ses parents comme peut parfois l'être un ado. Elle confie ses rêves, ses espoirs, sa certitude de mourir jeune (bien des années avant de contracter la tuberculose) et donc de ne pas avoir de temps à perdre. Les dernières pages, écrites peu avant sa mort, sont particulièrement tristes à lire. L'ensemble est disparate, mais cohérent, car chaque bribe contribue à comprendre qui était Katherine Mansfield et sa façon d'entrer dans l'écriture. En le relisant, j'ai perçu aussi quelque chose qui m'avait échappé la première fois : Katherine Mansfield est aussi d'une modernité incroyable.
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un "esprit terriblement sensible"
Katherine Mansfield est morte de la tuberculose à 34 ans. Elle ne cesse pas de voyager et d'écrire, des nouvelles qui sont désormais des chefs d'oeuvres de la littérature du XXème siècle, tout en étant confrontée à la maladie, à la solitude et en proie à un sentiment d'exil. Son journal est constitué de fragments de journaux intimes,de lettres, de bribes d'écriture, n'importe quels textes pouvant être datés et formant un tout tout à fait cohérent. de plus l'éditeur a eu l'intelligence de rajouter, en introduction à chaque grande période du journal, des notes biographiques très éclairantes. L'atmosphère est particulière, alternant des descriptions incisives de ce qui l'entoure, à des réflexions angoissées où elle s'apitoie sur son sort. le ton dénote un franc-parler étonnant, elle a un humour que j'aime beaucoup, certaines piques contre les français sont d'une drôlerie que j'aime tout particulièrement, en ce moment même, tandis que j'écris ces lignes, je fais mienne cette citation du journal : "Les Français se fichent complètement du bruit qu'ils peuvent faire. Je les déteste à cause de cela".
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J'ai eu envie de lire ce livre car je suis arrivée à une période de ma vie où je me pose beaucoup de questions sur moi-même en tant que femme et apprenti-écrivaine et j'espérais que le témoignage sans fard d'une femme, auteure sur sa vie m'aiderait à y voir plus clair.
Le seul autre journal que j'ai lu est le célèbre "journal d'Anne Frank" donc question romanesque et histoire proprement dite celui-ci est beaucoup moins "lisible". Assez rapidement j'ai été découragée de le lire de bout en bout. Je me disais bien que ce qui m'intéressait était sans doute caché là, mais où ?
J'ai donc testé deux pistes de lecture : lire tous les mois de janvier -puisque je le lisais au mois de janvier- ; le résultat fut assez décevant. Je l'ai ensuite lu comme Saint François d'Assise lisait la Bible : une question me taraude et je la pose à Katherine Mansfield, j'ouvre le livre et je lis ; expérience concluante et totalement mystique !
Comme je ne posais que des questions qui me travaillaient réellement et puis que j'ai été quand même un peu intimidée, je n'ai eu le temps que d'en poser cinq avant de rendre le livre à la bibliothèque. Je lui ai même demandé à un moment si je l'ennuyais à lui poser des questions, comme çà ! Elle m'a parlé de sa relation avec les autres en tant qu'artiste, de l'admiration que certaines personnes avaient su susciter chez elle. Elle m'a raconté une vision ou un rêve qui semblait présager sa fausse couche quand je lui ai demandé si elle avait fait des rêves prémonitoires.
(J'ai eu un peu de mal à rendre ce livre, j'avais l'impression de l'abandonner ; très étrange...)
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Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
A présent — à présent, ce sont des réminiscences de mon pays à moi que je veux écrire. Oui, je veux parler de lui, jusqu'à l'épuisement absolu de mes réserves. Non seulement parce que c'est une « dette sacrée » que je paierai à la patrie où nous sommes nés, mon frère et moi, mais aussi parce que j'erre avec lui en pensée dans tous les endroits remémorés. Jamais je ne m'en éloigne. J'aspire à les faire renaître en écrivant.

Ah ! ces gens que nous aimions là-bas — d'eux aussi je veux parler. C'est une autre « dette d'amour ». Oh ! je veux, l'espace d'un instant, faire surgir aux yeux du Vieux Monde notre pays inexploré. Il faut qu'il soit mystérieux et comme suspendu sur les eaux. Il faut qu'il vous ôte le souffle. Il faut qu'il soit « une de ces îles » … Je dirai tout, même comment, à la maison du n° 75, le panier à linge grinçait. Mais il faudra tout dire avec un sentiment du mystère, une splendeur, un rayonnement de soleil disparu, parce que toi, mon petit soleil qui l'éclairais, tu t'es couché, tu es descendu par delà la lisière éblouissante du monde. Maintenant, il faut que, moi, je remplisse mon rôle.
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Novembre.

La liste suivante de mots et de phrases, pour lesquels elle cherchait de l'équivalent en russe, est une éloquente démonstration de ce qu'endurait délibérément Katherine Mansfield à l'institut de Gurdjieff.

J'ai froid
Apportez du papier pour allumer le feu.
Papier
Cendres
Bois
Allumettes
Flamme
Fumée
Fort
Force
Allumer un feu
Plus de feu
Parce qu'il n'y a plus de feu
Papier blanc
Papier noir
Quelle heure est-il ?
Il est tard
Il est encore tôt
Bien
J'aimerais parler russe avec vous.

Katherine Mansfield mourut à 10h30 du soir, le 9 janvier 19823, le soir où, à sa demande, j'étais venu la voir.
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Il y a dans la lumière des étoiles une magie qui effraye. De même que sous les rayons du soleil, on voit le feu pâlir et dépérir, de même la flamme de ma vie, sous ces étoiles, vacillait et s'obscurcissait. Je la voyais, cette petite chandelle menacée, je savais qu'elle n'allait pas tarder à s'éteindre , et puis, je ne distinguais plus dans l'obscurité la place où elle semblait avoir lui. Je m'en allais à la dérive, à la dérive, venir de nulle part, condamnée à n'arriver jamais, à la dérive sur une mer violette et sans rivage. Les vagues me lançaient de-ci, de-là, des voix résonnaient à mes oreilles, confusément. Oh ! quelle indicible solitude était la mienne ! La mer, et moi aussi, et mes larmes, tout était de l'éternité.
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Hier encore, je songeais que même mon état de santé actuel m'est un grand gain. Il rend les choses si riches, si importantes, si désirées... Il change l'angle sous lequel on voit tout.
Quand on est petit et malade et exilé dans une chambre lointaine, tout ce qui arrive au-delà est merveilleux... Je suis toujours dans cette chambre isolée. Est-ce pour cela qu'il me semble ne voir, en ce moment à Londres, rien qui ne soit merveilleux... merveilleux... et d'une incroyable beauté ?
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Mai 1908. En bref, voici ce qu’il me faut. La puissance, la fortune, la liberté. Si nous sommes si cruellement enchaînées, c’est la faute de l’insipide théorie qu’on rabâche, qu’on serine aux femmes de génération en génération, et d’après laquelle rien n’a d’importance que l’amour. Cette balançoire, il faut l’envoyer promener, et alors, alors seulement apparaissent les possibilités de bonheur, de libération.
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Vidéo de Katherine Mansfield
RÉFÉRENCE BIBLIOGRAPHIQUE : « Je ne parle pas français », in Katherine Mansfield, félicité, traduit de l'anglais par J.-G. Delamain, préface de Louis Gillet, Paris, Stock, 1932, p. 57.
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