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EAN : 9782840498452
151 pages
Seguier Editions (24/02/2022)
3.62/5   8 notes
Résumé :
À dix-sept ans, Nora Lefebvre s'ennuie dans la douce torpeur de son adolescence. Les sociologues diraient sûrement d'elle qu'elle est une " héritière " : fille unique d'une famille aisée bordelaise, son milieu et son parcours scolaire l'ont programmée pour la réussite matérielle, une vie sans histoire ni relief. Mais à son entrée en terminale, une rencontre vient tout bouleverser : son professeur de philosophie, la troublante Anna Berl, l'initie à l'amour, aux livre... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
« La littérature est pour moi la promesse de je ne sais quelle félicité, une promesse souvent non tenue, mais à laquelle le lecteur que je suis veut toujours croire. » ● Nora Lefebvre, la narratrice, est une « héritière » au sens de Bourdieu, c'est-à-dire une jeune fille issue d'un milieu favorisé et doté de capital pécuniaire et culturel. Elle est au lycée en classe de Terminale à Bordeaux. Elle y fait la connaissance d'Anna Berl, sa professeure de philosophie, et éprouve envers elle une attirance qui se révèle réciproque. Anna initie Nora aussi bien à la philosophie qu'à l'amour. Elle lui fait aussi prendre son envol professionnel, puisque la jeune fille est reçue deuxième à l'agrégation de philosophie à vingt-trois ans, ce qui va l'amener à partir pour Paris… ● C'est là un magnifique roman d'apprentissage, superbement écrit, qui a pour objet une jeune fille qui sait où elle va et ne s'embarrasse guère de sentiments ; l'ironie est constante, le cynisme affleure. Il n'y a aucun temps mort, le récit est mené de mains de maître. le roman est court et très efficace – « [S]i je devais me mettre un jour à l'écriture, je ferais court », dit Nora. ● Sagan est plusieurs fois citée, non sans intention. Les écrivains du « développement personnel » comme Matthieu Ricard ou Frédéric Lenoir sont égratignés, de même que (injustement à mon avis) Antoine Compagnon. On reconnaîtra d'autres écrivains, parfois sous des pseudonymes divers. ● Au passage, une réflexion sur l'art contemporain : « — Ah, oui ! Duchamp !… Ils n'en finissent pas de reproduire chacun dans son style, si j'ose dire, son esthétique des ready-mades, comme si elle était toujours aussi subversive que dans les années 1910. Ils ne s'en remettent pas de l'audace de Fontaine. L'image de la pissoire les poursuit. Alors tu les vois cavaler dans la régression et la provocation. Ils plongent des cadavres de vaches dans de grands bacs de formol, exposent des boîtes de conserve pleines de fiente humaine, érigent des plugs anaux géants dans des jardins publics, que sais-je encore. Ils croient heurter le bourgeois alors qu'ils distraient tout au plus le badaud qui en a vu d'autres au journal télévisé ou sur Internet dans le genre dégueu, obscène, violent, scato, même. » ● J'ai beaucoup aimé, je recommande, et je vais suivre cette autrice. Merci à @LicoriceWhip pour cette découverte.
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C'est en lisant une brève critique de ce livre sur un hebdomadaire bien connu qu'est née en moi l'envie de me le procurer et de le lire.
C'est un roman court et assez bien écrit. Malgré tout, ce n'est qu'à la fin ou plus précisément à partir du chap 19 (sur 27) que tout l'intérêt du livre surgit. Et il est vrai que je ne m'attendais pas à ça!
On comprend, tout à coup, pourquoi tant d'impudeur. On juge moins les actes de la jeune narratrice. On comprend peut être comment de tels actes arrivent et détruisent.
Encore un! me direz-vous? Oui, ce sujet est un peu à la mode, ces derniers temps! Et pour cause! A la manière d'un Flaubert qui fera d'un fait divers sa Emma Bovary (la référence est de l'autrice, et non de moi ! Rendons à César ce qui est à César!), Gabriela Manzoni se base également sur des faits divers, malheureusement trop nombreux et donne ainsi à son récit un réalisme poignant, dérangeant parfois mais c'est ce qui en fait toute sa force. Bravo à Gabriela Manzoni pour ce 1er roman. L'autrice s'était fait connaître en partageant des détournements de comics americains sur les réseaux sociaux. Elle signe là un premier roman qui risque fort de faire parler de lui.
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On avait connu Gabriela Manzoni avec ces inénarrables et impertinents Comics retournés" . Nous la retrouvons enfin, mais en tant qu'écrivaine d'un premier roman au titre fleurant bon le classique ou la littérature de gare ( c'est selon son imaginaire).
Première chose, son roman, est court et en cela il est conforme aux déclarations de son héroïne Nora qui rewrite chez un éditeur : " ... si un jour je devais me mettre à l'écriture, je ferai court, ..." Cependant, cette brièveté ne semble pas un passage au lance-flammes du roman tant l'intrigue paraît être loin des détournements de comics sarcastiques qui ont fait sa ( petite) réputation. On se dit qu'il y a peut être de l'autobiographie dans cette histoire de lycéenne qui devient la maîtresse de sa prof de philo avant de devenir, plus grande, la secrétaire à tout faire d'un éditeur connu ( mais vraiment tout, de l'écriture jusqu'à des pipes dans des sex shops et autres fantaisies érotiques), mais allez savoir...
C'est vrai que le roman démarre par un léger petit règlement de compte de la famille, mais en version soft, avec juste quelques petites piques pas bien méchantes. Puis arrive l'histoire d'amour avec Anna ( Berl... petit clin d'oeil à Emmanuel? ), un peu longuette ( mais oui, même dans un roman de peu de pages) pour se conclure, peut être plus perfide ( et à clef ?) , par un portrait de l'édition où les petites mains se rebiffent contre d'autres plus baladeuses. On va retrouver cité, comme dans ses comics, quelques Lacan ou Houellebecq, on constatera un coup de griffe ( justifié) à nos gourous actuels Ricard et André et c'est un peu tout.
Peut être qu'il n'aurait pas fallu connaître ses comics ( ni avoir lu beaucoup de romans d'apprentissage) pour apprécier pleinement cette "héritière", qui se lit facilement, surfe avec l'air du temps mais s'avère être ni un pastiche, ni un nouveau détournement d'un genre bien codé ou alors de façon trop tiède.
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Avec Une héritière, Gabriela Manzoni signe un roman d'apprentissage et une éducation sentimentale à la langue recherchée, précise sans être précieuse. Un texte fulgurant, sans excès ni fioritures, qui suit le parcours de Nora, issue d'un milieu bordelais aisé, douée pour les lettres qui trouve en Anna Berl un mentor érotique et intellectuel qui va guider sa trajectoire dans le milieu littéraire.

Nonchalante et étrangère aux tourments du coeur, Nora bien que lycéenne, jouit pleinement de cette relation avec Anna, qui n'est autre que son professeur de philosophie. Grâce à ses relations et son entregent, Nora s'installe à Paris et se fait embaucher dans une maison d'éditions au prestige équivalent à celui de Gallimard ou Grasset. En acceptant de devenir le nègre d'un grand ponte de cette maison (et dans le même temps sa maitresse), Nora découvre un univers en trompe-l'oeil, où savoir jouer la comédie passe bien avant l'amour de la littérature.

Redoutablement efficace, ironique, parfois trop, au point de faire sourire devant cette jeune femme qui traverse son existence comme si rien ne pouvait l'atteindre, Une héritière n'en est pas moins savoureux et admirable par son refus de faire de sa Nora un jouet des circonstances, mais un personnage intelligent qui sait exactement se servir d'elles quand elles se présentent.
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Héritière s'il en est, l'auteur signe un ouvrage bien bâti, à la langue soignée, roman à tiroirs et aux imaginations systémiques, comme saurait l'écrire cette génération d'écrivains français nés peu après la guerre.
Nous observons bien ici les marques du premier roman. Un passage par toutes les stations, des lettres et des arts, empruntant le dernier TGV Bordeaux-Paris du roman compendieux, hypersexualisé ; mélancolie du vide et de la solitude par l'avenue du Maine jusqu'au luxe d'un appartement de la rue du Cherche-midi, dans lequel nous serions spectateurs de toute la vanité et la vérité de celui qui aurait prétendu à une supériorité du destin, régnant sur un milieu décadent immanquablement cruel.
Le personnage central ne serait donc pas une femme mais bien un homme, victime du puritanisme décliné à notre province, la France.
Un roman qui décrirait ses méthodes de fabrication, un roman où même un octogénaire libidineux pourrait prendre la peau d'une jeune femme rien que pour avoir le plaisir d'être l'esclave d'un vagin savant, se défendant entre quelques coups de langue de son péché de luxure, un roman où le réviseur aurait paraphé quelques pages, un roman où l'on solderait l'esprit d'une génération.
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
À cet âge juvénile du collège et du lycée, je ne me suis jamais posé la question de savoir si mes parents m’aimaient. Il me semblait que c’était le cas et cela me suffisait pour que je leur témoigne un sentiment similaire. Ils furent cependant assez surpris d’apprendre qu’après mon baccalauréat S – que j’obtiendrais avec la mention très bien –, je m’orienterais vers une hypokhâgne. « Tu as conscience que cette filière n’a aucun débouché ? » Ils me serinèrent cette métaphore plombière quelque temps sans parvenir à me faire changer d’avis.
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Souvent, à l’abri du regard de Jo et Christine, nous nous adonnions au « montre-montre ». Il s’agissait, comme à cache-cache, de se trouver une cachette, mais, quand on était découvert, il fallait, en manière de gage, baisser sa culotte. Je sentais Enzo et Luca perplexes devant ce que je leur exposais. Quant à moi, je trouvais que leur petit sexe avait une forme rigolote. Ces distractions cessèrent avec l’âge des pudeurs, mais furent remplacées par le visionnage de vidéos pornographiques sur l’ordinateur d’Enzo.
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L’apparence de cette femme de trente ans était inactuelle mais collait à son être, et c’est cette impression de parfaite coïncidence qui lui épargnait le ridicule. Parfois, je me faufilais parmi les groupes d’élèves pour m’approcher d’elle. Mais j’échouais à attirer ses yeux sur moi. Je ne lui en voulais pas de ne pas me distinguer dans la population lycéenne. Le moment où elle me remarquerait viendrait l’année suivante avec mon entrée en terminale.
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À l’évidence, la joie ne se partage pas entre frères. Un couple qui veut plusieurs enfants devrait savoir qu’il engendrera une fratrie d’ennemis. Par ailleurs, quand j’observais mes cousins en présence de leurs parents, je me demandais si Christine, ou Jo, avait une préférence pour l’un ou l’autre. Je n’ai jamais cru au discours selon lequel un père ou une mère ne faisait pas de différence entre leurs enfants et leur portait un égal amour.
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Ce baiser avait anéanti toutes mes appréhensions. Anna savait depuis longtemps qu’elle me plaisait, selon mon idiote expression. Elle avait bien vu que je n’étais pas douée pour dissimuler mes sentiments. Cependant, elle avait été surprise de mon audace quand je m’étais déclarée.

« Comme vous voyez, vous me plaisez aussi, mademoiselle. D’ailleurs, je vais de nouveau goûter à vos lèvres… »
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