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EAN : 9782800151816
80 pages
Éditeur : Dupuis (14/04/2011)

Note moyenne : 4.88/5 (sur 4 notes)
Résumé :
L'émotion à fleur de peau
À 8 ans, Jean-Pierre vit une existence épanouie, rythmée par la nature, dans un village qui fournit assez d'histoires et d'espace pour nourrir son imagination d'enfant. L'église au milieu du village ; le monument aux morts. Une seule classe de primaire, un instituteur autoritaire et moustachu, des bagarres de garçons, et des gifles de petites filles prétentieuses. Jean-Pierre est amoureux de sa maman, comme le sont tous les petits ga... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Presence
  27 janvier 2018
Ce tome contient une histoire complète de 78 planches en couleurs. Il a été réalisé par Grégory Mardon (scénario, dessins et couleurs) et est paru la première fois en 2006. Il a bénéficié d'une réédition en 2011. Il a été intégré dans une cycle baptisé L'extravagante comédie du quotidien qui comprend 3 autres albums : Les poils (2011), C'est comment qu'on freine ? (2011), le dernier homme (2012). Il s'agit de la cinquième bande dessinée réalisée par Grégory Mardon.
Jean-Pierre Martin est un enfant qui est en classe de CE1, dans un petit village rural. En tant que parigot, il se fait souvent traiter de tête de veau, mais il côtoie aussi les différents animaux de la ferme comme les vaches, les chiens, les chats, les poules, les lapins, les rats, les canards, les perdrix, mais par les gypaètes barbus. Il a un bon copain qui s'appelle Cyril, et il aide avec lui aux travaux de la ferme, dans celle des Gérard. Parfois, il leur faut s'acquitter d'une tâche pas très bien définie comme tuer un chaton parce que la portée était trop nombreuse. À l'école, toutes les classes sont réunies dans une seule salle, du CP au CM2, sous l'égide d'un maître sévère mais juste. C'est également lui qui distribue les bons points, les petites images (= 10 bons points) et les grandes images (= 40 bons points), et qui dirige l'étude. À la fin d l'étude, les enfants rentrent tout seuls chez eux Jean-Pierre ayant quelques rues à faire tout seul dans le noir, et devant passer devant le terrible calvaire, avec son Christ en croix.
À la maison, il retrouve sa maman, son père ne revenant que tard du travail. Il a le temps de regarder un peu la télévision (un documentaire animalier) avant d'aller prendre son bain, de manger, et de réviser ses leçons. Il lui arrive ensuite de regarder la télé avec sa mère en attendant le retour de son père et d'aller se coucher. le week-end il voit passer les hommes qui s'entraînent au vélo, et il va faire office d'enfant de choeur pour la messe. Il peut assister aux combats de coqs quand il y en a d'organisés et même aux jeux d'argents dans la grange du cafetier Ulysse. L'après-midi, il joue à ses jeux dans sa chambre. Il va se promener tout seul dans la campagne en s'imaginant l'existence de bêtes sauvages, mais aussi de personnages fantastiques.
La couverture annonce la couleur : suivre la vie d'un jeune garçon à la campagne. Grégory Mardon lui donne rapidement une personnalité, à la fois issue de son histoire personnelle (il vient de la ville), à la fois de sa situation familiale (une mère présente, un père absent) et de son amitié avec Cyril. Dans les premières pages, le lecteur a du mal à s'impliquer fortement pour ce personnage. Il le voit faire des choses très banales, et les cellules de texte sont rédigées comme s'il les avait écrites, dans un style très simple et direct, premier degré. En outre les dessins ont un air naïf un peu simpliste, ce qui ajoute encore à l'impression infantile. Pourtant dès la page 5 (la troisième page de bande dessinée), il apparaît également une forme d'ironie dans les propos de l'enfant, involontaire de sa part, mais faite sciemment par l'auteur. Jean-Pierre évoque les animaux qu'il croise, et les dessins montrent la réalité prosaïque : les vaches sont frappées à la badine pour avancer, le chien est retenu par une chaîne pour éviter qu'il agresse tout ce qui passe, le chat est noyé dans le puits, les poules sont tuées et vidées, le lapin est éventré la tête en bas, les rats sont empoisonnés par un raticide, les canards ont la tête coupée et les perdrix sont abattues par les chasseurs. Si l'histoire est racontée du point de vue d'un enfant de 7 ans, la réalité n'est pas édulcorée pour autant. du coup, le lecteur comprend que l'auteur s'adresse bien aux adultes.
Le lecteur qui a vécu dans les années 1970 ou dans un village rural retrouve tout de suite les petits détails de la vie quotidienne. Même si elles sont dessinées de manière épurées, les tenues vestimentaires font authentiques, à commencer par les patchs sur les genoux des pantalons et aux coudes des pullovers. le salon de la maison des Martin contient des chaises dont le modèle atteste de l'époque, ainsi que la forme de leur téléviseur, sans télécommande qui plus est. Lors du long dimanche d'après-midi, page 33, le circuit électrique de petites voitures rappellera bien des souvenirs à ceux qui y ont joué. Impossible aussi d'avoir oublié le papier tue-mouche qui apparaît dans une case muette de la page 66, ou les terribles Gauloises sans filtre de la page 77. Finalement, c'est bien volontiers que le lecteur se laisse emmener dans ce coin de France d'une autre époque, par un garçon gentil, avec une façon de penser et d'envisager de son âge, tout en étant dépourvu de niaiserie ou de condescendance. Jean-Pierre n'est pas parfait. Il n'hésite pas à essayer de tuer le chaton pour obéir à la consigne de la fermière et pour être à la hauteur de ce que fait son ami Cyril. Il est un bon élève, mais pas un élève modèle. Il mange une hostie piquée dans la réserve avant l'arrivée du curé, pour la messe. Il essaye de fumer. Il commet même une bêtise ayant des conséquences graves.
Très rapidement, le lecteur se laisse également séduire par la capacité de l'auteur à le ramener dans l'enfance. Gréogry Mardon transcrit avec une rare sensibilité la manière dont les enfants rapprochent et associent des éléments hétéroclites, établissant un lien qui leur semble plus que logique, car il relève de l'évidence. Jean-Pierre ressent bien qu'avoir tué le chaton constitue un acte signifiant. La nuit même, son inconscient fait ressortir la dimension transgressive de l'acte au travers d'un rêve terrifiant. Lorsqu'il rentre de l'école à la nuit tombée, tous les sens du garçon sont aux aguets et il projette des fantasmagories sur ce qu'il ne peut appréhender clairement. Par exemple, il éprouve la sensation très réelle qu'il est capable de voir des gouttes de sang couler sur le front du Christ du calvaire, à partir des pointes de sa couronne d'épine transperçant la peau du front. Ces projections peuvent également revêtir une forme consciente, par exemple lorsqu'il se promène dans les champs et qu'il imagine que les vaches sont de dangereux minotaures, ou qu'un ver de terre dans une flaque d'eau peut être perçu comme le monstre du Loch Ness dans son lac. L'auteur utilise avec une rare pertinence cette spécificité des la bande dessinée qui permet d'établir ainsi des rapprochements entre ce qu'observe l'enfant et ce qu'il y projette, ce qu'il imagine.
Au premier abord, le lecteur adulte peut ressentir une forme déception vis-à-vis de dessins un peu trop naïfs. Dans un premier temps, il constate rapidement que si les formes semblent simplifiées, la densité d'information dans chaque page s'avère élevée. Avec la page 3, il fait l'expérience de la maîtrise du média par Grégory Mardon quand les images donnent un autre sens au gentil texte sur les animaux présents dans le village. Avec la page 13, il découvre une autre facette du savoir-faire de l'auteur avec une planche de 12 cases de la même taille, dépourvue de texte, reconstituant avec une verve étonnante une journée en école primaire. 3 pages plus loin, il y a à nouveau 3 pages sans texte lorsque Jean-Pierre rentre chez lui de nuit, et le lecteur sent l'inquiétude monter en lui, au fur et à mesure que le garçon s'imagine des monstres et des horreurs tapies dans les ténèbres. le lecteur sourit en voyant une double page dessinée à la manière des comics de romance, occupant la moitié de la page 23. Il y a ainsi 21 pages dépourvues de texte et quelques autres avec uniquement un phylactère, ou un cartouche de texte.
Grégory Mardon fait preuve d'encore plus de fluidité dans des pages muettes, en particulier les pages 52 et 66. Dans ces 2 pages il accole des vignettes de paysage ou de détail d'un décor, à nouveau sans texte, et dans la deuxième sans personnage, sauf dans la dernière case. La page 52 évoque l'arrivée du printemps au travers du temps changeant et les changements survenant dans les activités de tous les jours. La page 66 montre l'arrivée de l'été et de la chaleur. le lecteur ressent les sensations de Jean-Pierre observant chacun de ces détails, du vol d'hirondelles, au chien tirant la langue dans l'ombre de sa niche, en passant par le bourdonnement des insectes sous les frondaisons de la forêt. L'auteur fait passer au lecteur les sensations de cet été à la campagne, au travers d'impressions aussi fugaces que significatives. La dernière page est également muette et elle est d'une force peu commune dans sa couleur, dans les décors géométriques, et dans l'absence de personnages, donc de vie.
Éventuellement, avec le recul donné par les années, le lecteur peut trouver que la narration ne transcrit pas la forme de vie très égocentrée des enfants et leur dépendance vis-à-vis des adultes. Mais ce n'est pas le propos de l'auteur, et cela ne diminue en rien la qualité de sa reconstitution de l'enfance, des impressions qui y sont associées et de l'acuité des enfants à percevoir ce qui se passe sous leurs yeux. En particulier, Jean-Pierre se montre des plus perspicaces pour comprendre le comportement de ses parents, et pour en percevoir le sens, en l'exprimant à sa manière, avec les éléments de langage à sa disposition en fonction de son expérience de vie à son âge.
Grégory Mardon réussit un incroyable numéro d'équilibriste avec cette bande dessinée. Il ramène le lecteur à la vie de l'enfant, sans niaiserie ni sentimentalisme, en lui faisant percevoir la réalité comme Jean-Pierre, tout en lui montrant ce qui se passe de manière à ce qu'il puisse le comprendre avec ses yeux d'adulte. Dans un premier temps, les dessins semblent un peu trop naïfs et simplifiés pour un adulte, mais rapidement, leur charme opère au point que le lecteur se retrouve complètement immergé dans cette vie d'enfant insouciante, sans être dépourvue de drame. S'il souhaite y prêter attention, il se rend compte que de nombreuses pages racontent bien plus que l'histoire, faisant passer les émotions et les ressentis, avec une sensibilité d'une rare justesse.
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ancion
  27 avril 2011
Les éditions Dupuis rééditent discrètement et petit à petit certains des albums publiés à l'origine dans l'excellente collection Expresso, aujourd'hui disparue. le public peut ainsi (re)découvrir l'un des livres les plus touchants de ce catalogue : la « Leçon de choses » de Grégory Mardon.
Ce récit d'enfance, certainement pétri d'autobiographie, raconte l'arrivée d'un petit Parisien, Jean Pierre Martin, dans un village de campagne au milieu des années 1970. On suit son quotidien : l'école, les balades avec son copain Cyril, la vente de carnets de tombola, les disputes des parents, les mystères que l'enfant ne parvient pas à percer et les bêtises qu'on fait en cachette. Rien de très original, à première vue. Et pourtant, on tremble littéralement d'émotion au fil des pages, tant les histoires de Jean-Pierre nous touchent, tant Grégory Mardon parvient à faire vibrer un émotion palpable dans ces petits riens qui tissent la vie à la campagne.
Pour cela, l'auteur s'appuie sur un dessin tout simple et épuré, de temps à autres ponctué par une trouée dans l'imaginaire des personnages : vision de super-héros, images allégoriques, métaphores visuelles, qui créent l'épaisseur du quotidien. Il recourt aussi avec brio aux images sans texte, parfois trois pages d'affilée, pour faire pénétrer le lecteur dans la solitude de l'enfant qui déambule dans la campagne, les yeux grand ouverts, la tête emplie des questions qui le secouent : papa va-t-il quitter maman ? dois-je avouer les catastrophes que j'ai entraînées sans le vouloir ? C'est d'une richesse inouïe. Car à ces passages troublants de justesse succèdent des anecdotes drôles et mouvementées, des dialogues qui sonnent juste, des portraits de personnages taillés dans la pleine terre, qu'on garde pour longtemps dans sa mémoire, comme chacun des membres de la famille Crinchon, qui habite au bout du village, dont on dit qu'ils sont consanguins et dont tout le monde a peur, ne serait-ce que parce qu'Hervé, l'un des frères, est capable de soulever un tracteur à bout de bras.
Au fil des pages, on n'a qu'un seul regret : que l'album ne dure pas deux ou trois cents pages de plus, tant on voudrait poursuivre la route avec Jean-Pierre et Cyril, tant on aimerait que la vie ne vienne pas troubler cet univers si touchant. Pourtant, la réalité revient sans cesse troubler les joies de l'enfance : le spectre du divorce, le retour à la ville, la fin de l'enfance, autant de coups dur qui viennent marteler le moral du pauvre Jean-Pierre Martin, petit gamin à lunettes, qui ne demande rien d'autre que de voir la vie se poursuivre, à grands renforts de balades à vélo, d'émissions à la télé et de cassoulet frites.
Lien : http://www.actualitte.com/do..
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mikaelunvoas
  25 février 2019
Je ne savais pas trop à quoi m'attendre avec cette BD, le petit parisien qui arrive dans un petit village du nord. En tout cas ce village, il le décrit bien, le coté "vu par un enfant", naïf, mais pas trop, la vie des gens, la cruauté envers les animaux. L'amitié aussi, les gamins ils se vont vite des copains et ils découvrent la vie, les joies, les échecs et les râteaux, une vraie leçon de choses. du coup, je l'ai lu d'une traite et j'aimerais bien qu'il y ait une suite...
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
PresencePresence   27 janvier 2018
C'est ici que j'habite. Et là-bas derrière, c'est mon village. En entrant, c'est la rue d'en-bas. C'est là qu'il y a le café tabac. Ça s'appelle Chez Ulysse, parce que le patron s'appelle comme ça. Parfois dans sa grange, il y a des combats de coqs, et puis après il y a des jeux d'argent. Une fois j'y suis allé, j'ai perdu dix francs. À côté de l'église, il y a mon école, c'est la rue du château. Il n'y a que deux classes : la maternelle et le cours primaire. Du CP au CM2, on est tous dans la même classe. Dans la grande rue, il y a l'épicerie qui fait boucherie aussi. Il n'y a pas de boulangerie mais il y a une fourgonnette qui passe en klaxonnant très fort pour livrer le pain. Ma maison est tout au bout de la grande rue, presqu'en sortant du village. À côté, il y a un calvaire. Après, il y a des chemins sans nom qui vont dans les champs ou vers les villages voisins.
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PresencePresence   27 janvier 2018
À la sainte Catherine, les garçons offrent des cartes aux filles, et à la saint Nicolas, les filles offrent des cartes aux garçons. C'est là qu'on voit qui on aie et qui on aime pas. Florence, tous les garçons lui offrent une carte, sinon gare à ta gueule. Mais il n'y pas que Florence qui a autant de succès. Il y a Sophie aussi. On est tous amoureux d'elle. Parfois, je me glisse en cachette dans la classe avant que tout le monde soit rentré et je lui mets un bonbon sur sa table. Elle sait pas que c'est moi. J'arrive pas à lui dire.
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PresencePresence   27 janvier 2018
La maison des Crinchon est comme dans un film que j'ai pas eu le droit de regarder en entier parce que c'est un film qui fait peur avec une vieille qui tue une femme qui s'arrête dans l'hôtel de son fils.
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PresencePresence   27 janvier 2018
À la campagne, il y a plein d'animaux : des vaches, des chiens, des chats, des poules, des lapins, des rats, des canards, des perdrix, mais pas de gypaètes barbus.
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PresencePresence   27 janvier 2018
Mon père il est venu et il lui a dit : Si t'arrêtes pas d'embêter mon fils, je tue ton père, je tue ta mère, et je fous le feu à ta maison. Ouais, il a dit ça mon père, et il m'a plus fait chier l'grand, je peux te le dire.
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Vidéo de Grégory Mardon
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