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ISBN : 222625384X
Éditeur : Albin Michel (01/04/2015)

Note moyenne : 3.33/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Dans un paysage éditorial peuplé de sommes historiques et de témoignages personnels, dans une commémoration à la fois prévisible et imprévisible, ce livre, court mais complet, offre éclairages et réponses aux questions qui se posent un siècle après les faits.
Peut-on qualifier de génocide un événement antérieur à la création du mot ? Peut-on le comparer à la Shoah ? Faut-il pénaliser sa négation ? Les politiques ont-ils le droit de se prononcer sur ces questi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Apikrus
  01 mai 2015
25 avril 2015 : centenaire du génocide arménien. Cet essai de Michel Marian apporte sa contribution aux commémorations.
L'auteur commence par rappeler les circonstances et le contexte des massacres d'arméniens en 1915 et 1916 dans l'Empire ottoman. Il les examine ensuite à l'aune des critères définissant la notion de génocide. Ces soixante-cinq premières pages de l'ouvrage sont celles que j'ai le plus appréciées, notamment grâce à la clarté des propos.
La suite de l'essai ne traite plus directement de ces événements. Il s'agit en effet plutôt de réflexions autour de ce qui les a suivis. Quels ont été les rapports entre ce génocide et, d'une part ce qui restait du peuple arménien après 1916 et d'autre part ce qui deviendra la Turquie ? Diverses manières d'analyser ces massacres (du déni des autorités turques à de vaines revendications d'Arméniens), et divers types de rapports avec eux sont disséqués. L'auteur explique ce que ces discours (plus ou moins sincères) révèlent de ceux qui les tiennent, ainsi que ce qu'ils pourraient impliquer pour l'avenir. Il insiste sur l'importance pour les Arméniens de la reconnaissance de ce génocide, et sur les enjeux politiques (pour la politique intérieure turque) et géopolitiques de cette reconnaissance élargie. Michel Marian explique aussi les liens étroits entre le génocide et la fondation de l'Etat turc, égratignant au passage le mythe d'un Mustafa Kemal (Atatürk) moderniste, humaniste et démocrate. La complexité des rapports entre arménité et religions est également prise en considération. En outre, des éléments de comparaison intéressants entre ce génocide et d'autres (Shoah, génocide rwandais) parsèment ce livre.
Cet ouvrage et les réflexions qu'il propose sont résolument tournés vers l'avenir, avec une justesse parfois prémonitoire qui confirme la parfaite maîtrise du sujet par l'auteur. Ainsi on peut lire : « les chrétiens, dont on peut trouver qu'ils n'ont pas été à la hauteur de l'indignation exprimée par Benoît XV [pape de septembre 1914 à 1922] au moment des faits sont aujourd'hui plus soucieux de susciter des exemples de dialogue réel, qui démentent la confrontation religieuse. L'origine argentine du pape François et le contexte des persécutions contre les chrétiens d'Orient pourraient aller dans le sens d'une prise en compte plus marquée du différent arméno-turc par les autorités religieuses » (p. 149). le 12 avril 2015, à la basilique Saint-Pierre de Rome, le pape François utilisait publiquement le terme de génocide pour qualifier le massacre des Arméniens perpétré un siècle plus tôt.
J'ai trouvé le rappel historique particulièrement clair et intéressant, mais je regrette sa brièveté. La suite de l'ouvrage, très riche en réflexions et analyses, m'a aussi intéressé. Plusieurs passages sont cependant ardus à lire, notamment en raison du détail dans l'analyse.
Un ouvrage que je recommanderais à ceux qui veulent réfléchir sur le sujet mais pas à ceux qui recherchent un livre de vulgarisation historique.
■ A propos des arméniens, vous pouvez aussi découvrir :
Arménie russe, Aventures scientifiques à l'époque des tsars (Pierre Bonnet - 1909-1914), de Françoise Ardillier-Carras & Olivier Balabanian
Un village anatolien, de Mahmout Makal
■ Sur le génocide arménien, je recommande aussi :
le génocide des Arméniens, d'Anne Dastakian et Claire Mouradian,
• le crime de silence, le génocide des Arméniens - Tribunal permanent des peuples, de Tessa Hofmann, François Rigaux, et Richard Hovannisian
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de
  03 août 2017
Les Arméniens reviennent sous la forme d'une absence : elles et ils sont un chaînon manquant de la mosaïque anatolienne

Un génocide, sa non-reconnaissance, la mémoire arménienne – des arménien-ne-s devrait-on plutôt dire – les possibles échanges et dialogues, les portes d'Erzerum, « 2015, le centième anniversaire du génocide, doit être l'occasion d'une avancée marquante sur cette route de la réconciliation dans la justice qui soit à la hauteur du symbole du centenaire. Ce livre est adressé à tous ceux, Arméniens, Turcs et tiers, qui veulent comprendre cette histoire, éclairer les débats auxquels elle a donné lieu et inventer l'après ».
Première partie : « La bataille pour un mot ». Michel Marian parle de ce qui n'est pas « précisément nommé », de la mémoire, de la souffrance, et de « La fierté, pour avoir fait sortir leurs morts de l'oubli en livrant un combat surprise pour un mot, celui de génocide ».
La guerre de 14-18, un « legs d'injustice », la désagrégation des empires, des nouveaux Etats « Sykes-Picot », le traité de Lausanne… « Il n'y a plus d'Arméniens en Anatolie ».
L'auteur analyse à la fois l'« annihilation criminelle » et la dissimulation de l'« action derrière une rhétorique de camouflage », les assertions réitérées mais démenties par les faits (la sécurité du front, la complicité avec l'ennemi, les violences commises contre les populations musulmanes, un transfert provisoire), la fable d'une décision très circonscrite et d'une perte de contrôle due à la guerre, les politiques menées par le Jeunes-Turcs, le refus par certain-e-s de « l'égalité des confessions et de l'enrichissement des minorités », les dynamiques du nationalisme, les « solutions démographiques », les possibles en période guerre, « La conception et l'application de la solution la plus extrême vont dépendre des circonstances de la guerre », les Arméniens et les Syriaques comme cibles.
Etre considéré-e-s comme étranger-e-s dans son propre pays, la combinaison de coexistence religieuse – mais inégalitaire – et d'une exacerbation nationaliste. Michel Marian met en perspective et souligne des différences avec d'autres situations historiques. Il souligne une incapacité des Jeunes Turcs à penser les questions nationales non-réduites à la nation dominante – cette incapacité est et sera largement partagée dans les autres Etats et dans le mouvement ouvrier, à l'exception du Bund et d'Otto Bauer – « Dans la nouvelle république de Turquie, celui-ci – (Traité de Lausanne) – prévoit des droits de minorité religieuse pour les Arméniens, aux côtés des Grecs et des Juifs, sans plus aucune référence à des territoires particuliers ». Et les traces – église, écoles, noms – sur les territoires seront effacées…
Seconde Guerre Mondiale, procès de Nuremberg, jugements de crimes contre l'humanité. L'auteur met en parallèle « la justice avortée de 1919 ». Si le concept de « génocide » est inscrit dans une Convention de l'ONU en 1948, il acquiert une autre dimension avec le procès d'Adolf Eichmann. « La convention sur l'imprescriptibilité de 1968 lui donne un statut d'exception ». La réclamation pour le crime de 1915 ressurgit. Il convient à la fois de nommer et de faire mémoire, « la reconnaissance internationale comme génocide de ce que les Arméniens de l'Empire ottoman ont subi en 1915 ».
Michel Marian parle d'un droit de mémoire directement lié aux droits des êtres humains, d'expression de la vérité, de réintégration d'une histoire dans l'Histoire, de la « nature propre de l'acte » perpétré, d'un gouvernement qui planifie la destruction, de documents officiels de camouflage.
L'auteur souligne que si le terme génocide n'existait pas en 1915, il n'existait pas non plus lors de la conférence de Wannsee 1942. « le tribunal de Nuremberg a ensuite employé ce terme non pas comme une transformation rétroactive du droit, mais comme l'instrument qui formalisait une conscience juridique antérieure et universelle ». Quoiqu'il en soit, le terme et sa portée méritent une discussion approfondie ; un approfondissement au delà des limites posées par les vainqueurs ne voulant pas que la notion s'applique à leurs propres actes passés. Il convient bien de construire une conscience juridique plus universelle.
L'auteur discute de maints aspects, ne cache pas certaines difficultés, propose des solutions politiques, parle de sécularisation de l'identité, de monuments mémoriels comme « temps inversé »… sans oublier l'introduction dans se réflexion l'Arménie « soviétique ».
Michel Marian discute aussi des lois mémorielles, des lois anti-négationismes, des politiques et de l'écriture de l'histoire, de la transformation d'explications – toujours à approfondir – en vérités protégées, de la négation comme harassement ou assèchement, de redonner du sens à la notion de génocide, de clôture fragilisant la mémoire, de sens juridique ou de son absence. Je reste quant-à moi plus que sceptique sur les lois dites mémorielles et encore plus sur la pénalisation du négationnisme. Outre l'extraordinaire pouvoir donné à l'appareil étatique dont l'engagement dans de multiples négations de droits reste une constante (sans oublier le recyclage des criminels de guerre, y compris hier nazis), il convient de pas oublier les multiples négationnismes sévissant dans les sociétés, les formulations hier scientifiques et aujourd'hui réduites à néant, les hantises et les peurs sociales… Dire les particularités de crimes ne vise pas à les hiérarchiser. Il ne s'agit ni de tracer un trait sur le passé ni de gommer les responsabilités mais bien de rendre ces passés à toutes et tous pour des futurs possibles. La confrontation concrète aux négations, aux crimes, nécessite des affrontements politiques et non uniquement judiciaires. Imposer la reconnaissance des droits bafoués et des réparations relève du combat pour l'égalité, la liberté, l'émancipation…
La seconde partie du livre est intitulée « le dialogue du passé et du présent ».
Michel Marian revient sur Hrant Dink, le rôle qu'il a joué, sa volonté d'ouverture, et son assassinat ; les avancées et les reculs dans les dernières années en Turquie, ; les « justes », la narration enrichie, les combats pour la démocratie, l'islamisation, la réappropriation d'une partie de la société turque de son passé arménien, la rupture avec des identités figées, la course meurtrière à l'origine, les Azéris, les rencontres possibles avec les lieux, « la banalité, dans un monde globalisé, d'une diaspora »…
Certains éléments me semblent plus discutables, une certaine essentialisation des populations se considérant ou considérées comme musulmanes, une conception exceptionnaliste de l'antisémitisme et du judéocide, l'utilisation du terme « élites », le peu d'historicité de « liens séculaires de la traditions arménienne » ou d'« une tradition de cohésion transétatique autour de leur Eglise », la survalorisation de l'occidentalisation…
Un livre sur l'histoire « outragée » et pour une mémoire partagée, contre une double injustice : « celle de la « grande catastrophe » et celle de l'indifférence et de la négation qu'elle engendre ». Une invitation à comprendre les écritures de l'histoire, les partialités des écritures nationalistes, les nécessaires reconnaissances du passé – et donc des crimes commis – pour que les avenirs de toustes…
Lien : https://entreleslignesentrel..
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okka
  08 avril 2018
Le génocide fait par l'Empire ottoman contre le peuple Arménien à partir du 24 avril 1915 jusqu'en 1917, voire 1923, qui a détruit la vie d'environ un million cinq cent mille êtres humains par déportation, les violences, la famine et les massacres... est un sujet très intéressant, mais hélas la façon dont l'auteur l'a écrit, je l'ai trouvé compliqué, brouillon.
Pour une mémoire « partagée », de mon point de vue, c'est davantage une mémoire encore et toujours « outragée ».
De ce qui m'a interpelé c'est que pour que justice il y est, il faudrait en premier lieu que cela soit avoué, que les coupables culpabilisent. Hors ce n'est pas le cas. Les coupables sont en bas de l'échelle, préférant nier la vérité. Et il n'y a pas plus terrible souffrance pour ceux qui ont été victimes directs et indirects de cela, que d'être ignoré. Cette façon d'ignorer la douleur fait à autrui est comme de continuer à lui faire tourner le couteau dans la plaie, et jamais elle ne cicatrisera de cette façon.
Une chose est sûre, ce qui a été fait à ce peuple montre encore une fois de plus la cruauté de l'espèce dominante sur la planète Terre qui est toujours l'être humain.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
okkaokka   07 avril 2018
p.150.
Les uns et les autres commettent les mêmes erreurs. La première est de redouter la possibilité d'une reconnaissance sèche et sans conséquences. Qui peut y croire, après quatre-vingt-quinze ans de déni officiel, cinquante ans de passion mémorielle, dix ans de débats en Turquie ? Tout début de reconnaissance serait nécessairement accompagné de gestes concrets. Mais il y a effectivement à craindre du pouvoir turc d'aujourd'hui que cette reconnaissance ne soit pas irréversible, qu'elle soit suivie de revirements, accompagnée d'une polémique qui se poursuivrait, qu'elle se fasse sur le modèle du Japon, évoqué plus haut, qui continue à minimiser les crimes commis à Nankin en les comparant aux répressions de la France coloniale, à Madagascar ou à Sétif.
Leur seconde erreur est de durcir la distinction entre reconnaissance et réparation. Quatre générations ont passé, la reconnaissance est la principale réparation, non pas la source de celle-ci, mais sa substance. Si elle n'est pas prononcée ou accomplie du bout des lèvres, elle devient une pleine reconnaissance, qui protège des retours en arrière. Cette pleine reconnaissance ne pourra, lors de sa première formulation, prétendre recueillir une approbation large du peuple turc.
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okkaokka   07 avril 2018
p.39.
La richesse de son expérience humaine et politique explique sa réaction prémonitoire : le procès pénal intenté par les Alliés de 1945 à l'encontre des chefs nazis lui rappelle la justice avortée de 1919¹.
Le cri de Missakian n'est pas un cri de vengeance. Car la vengeance a eu lieu : plusieurs des auteurs de l'extermination, dont Talaat, réfugié à Berlin, ont été exécutés, dans les années suivantes, par des militants de la FRA, dans le cadre d'une opération « Némésis » (la déesse grecque de la vengeance).


1. « Nous suivons le procès de Nuremberg et notre esprit nous tire vers un monde lointain, où s'est commis il y a trente ans un crime de la même espèce... Si seulement pouvaient être jugés et punis les auteurs de génocide ! Mais où a commencé le génocide des Temps Modernes ? » (Haratch, 9 décembre 1945).
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dede   03 août 2017
2015, le centième anniversaire du génocide, doit être l’occasion d’une avancée marquante sur cette route de la réconciliation dans la justice qui soit à la hauteur du symbole du centenaire. Ce livre est adressé à tous ceux, Arméniens, Turcs et tiers, qui veulent comprendre cette histoire, éclairer les débats auxquels elle a donné lieu et inventer l’après
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okkaokka   07 avril 2018
p.60-1.
La ville de Paris a choisi, comme monument au génocide, une statue de Komitas, le Bartók arménien venu mourir en France fou des souffrances endurées dans la déportation, qui symbolise un peuple décapité.
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okkaokka   07 avril 2018
p.13.
Ils demandent que leur souffrance soit comprise, et que le mal qu'ils ont subi soit non pas sanctionné, cela ne s'est pas fait, mais du moins précisément nommé, à la hauteur de sa gravité.
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