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EAN : 9782072787973
Éditeur : Gallimard (15/08/2019)

Note moyenne : 4.18/5 (sur 46 notes)
Résumé :
Ils étaient si jeunes, quand ils se sont rencontrés, qu’ils ne pouvaient imaginer leur destin. La Madrilène Berta Isla et l’Hispano-Britannique Tomás Nevinson pensaient que leur histoire serait celle de beaucoup de couples de leur époque et de leur condition. Mais il suffit parfois d’une journée - d’une journée quelconque - pour voir sa vie basculer et se retrouver ensuite dans une relation distante, condamnée au secret et à la dissimulation, au faux-semblant et aux... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
kielosa
  27 janvier 2019
Selon le quotidien espagnol El País : "Berta Isla est le roman le plus complexe de Javier Marías et sans doute son plus inquiétant". Son "Los enamoramientos" ou "Comme les amours" de 2011 n'était déjà pas exactement simple, donc encore plus complexe, et presque 600 pages... de quoi hésiter un peu, malgré la belle couverture ! Mais comme l'a formulé un quotidien hollandais (Het Parool) de façon si persuasive : "Avec un roman de Marías en main, nous ne lisons pas, nous vivons." Alors, vivons !
Berta Isla et Tom ou Tomás Nevinson sont 2 élèves attrayants d'un lycée madrilène qui, à peine 15 ans, décident de passer leur existence ensemble. Berta adore la littérature et espère trouver plus tard une profession dans ce domaine, tandis que Tom, de père anglais et mère espagnole, est parfaitement bilingue et apprend les langues, comme le Français et l'Italien, pratiquement sans efforts, en jouant. En plus, il jouit d'un talent rare, celui de l'imitation. Il a un sacré succès en imitant à la perfection des politiciens espagnols, vedettes du cinéma, pêcheurs de Tarragone ou de Málaga.
À l'issue de leur enseignement secondaire, Berta et Tomás continuent leurs études : elle, littérature à l'université de Madrid ; lui philologie à l'université d'Oxford en Angleterre. Les jeunes fiancés ne se verront donc que pendant les congés. En conformité à un catholicisme espagnol conservateur, le couple a des rapports très sages.
En 1969, après le Mai 68 de Paris et le Printemps de Prague (janvier-août 1968), les jeunes souhaitent qu'en Espagne les choses bougent également, mais cela n'est sûrement pas l'avis du dictateur Franco qui, au contraire, renforce les pouvoirs de la police. Ainsi, Berta, qui comme l'auteur Javier Marías, a 18 ans, participe à une manifestation, où elle est sauvée d'une confrontation violente avec un cavalier de la police franquiste par un jeune banderillero qui lui vient courageusement en aide et avec qui elle perd ensuite sa virginité.
Tomás prend l'habitude de fréquenter, juste pour le sexe, une vendeuse d'un antiquaire de livres, jusqu'au jour où, peu après sa visite, cette Janet Jefferys est trouvée morte, étranglée. Un événement dramatique qui aura des répercussions importantes sur la vie de Tomás et sa relation avec Berta.
Pour éviter qu'il ne soit soupçonné de meurtre, son professeur favori, un homme qui a le bras long à Westminster et auprès des services secrets, lui offre son aide, moyennant son allégeance envers ces services. En d'autres mots, il faudrait qu'il accepte des missions pour le service de sécurité, MI5 (Military Intelligence, section 5, service du contre-espionnage) et le service MI6 (Military Intelligence, section 6, service de renseignements extérieurs).
Quoique le service en question qui l'emploiera ait l'allure encore plus obscure et fait penser à la PWE (Political Warfare Executive ou direction de la guerre politique), créé par Winston Churchill en 1941 pour lancer des opérations subversives contre les nazis. de cette organisation super-secrète, je ferai prochainement un billet sur un des rares livres qui existent à ce sujet : "The Black Game" d'Ellic Howe (1910-1991).
Une lourde hypothèque sur le couple, qui se marie en mai 1974 à l'église San Fermín de los Navarros à Madrid, d'autant plus que Tomás est tenu au secret complet quant à ses missions clandestines, bien entendu. Berta ne sait par conséquent jamais où il se trouve, ce qu'il fait et quand elle le reverra et pour combien de temps ! Leur amour persiste pourtant et ils auront un fils Guillermo et une fille Elisa.
En avril 1982 commence la Guerre des Malouines entre l'Angleterre de Margaret Thatcher et l'Argentine du général Leopoldo Galtieri. le 4 avril 1982 a lieu le dernier départ de Tomás que Berta présume être en cette partie du globe. Sur ce conflit, qui se termine en juin 1982, Pierre Boulle a écrit un livre remarquable "La Baleine des Malouines". Fin du conflit, mais pas de nouvelles de Tomás. Noël passe et un nouvel an commence et de son homme toujours rien, rien de rien, "nada de nada" !
En novembre 1983, un collègue de Tomás, Bertram Tupra, se pointe chez Berta pour lui dire que le service de Londres n'a strictement aucune information sur ce qu'est devenu son mari, mais qu'une allocation mensuelle lui sera payée tant qu'ils ne disposent pas de données exactes sur son sort. Pour d'actes juridiques tel un remariage, un héritage... Il faudra attendre les délais prescrits par les lois nationales en Espagne et en Angleterre en cas de disparition.
Notre Berta continue péniblement sa vie en s'occupant de ses gosses et de ses cours à l'université. Elle a quelques affaires avec des hommes qui ne durent pas et passe le plus clair de son temps à lire. Entre autres la fameuse nouvelle De Balzac "Le Colonel Chabert" et le retour du brave homme des années après la fin des guerres napoléoniennes, et le roman de Janet Lewis (1899-1998) de 1941 "The Wife of Martin Guerre" sur un thème similaire. Livre rendu célèbre par le film de 1982 de Daniel Vigne "Le retour de Martin Guerre" avec Depardieu, une excellente Nathalie Baye et un convaincant Bernard-Pierre Donnadieu.
Un jour en 1994, au musée de cire de Madame Tussaud à Londres, Tomás aperçoit une gamine qui ressemble comme 2 gouttes d'eau à Janet Jefferys. Il se met à s'enquêter et doit se rendre à l'évidence que le meurtre a été une mise en scène par les services secrets pour le recruter pour ses dons d'imitateur et comme cela lui voler sa vie.
Si cette découverte lui rapprochera de Berta Isla, à vous de le découvrir, chers amis !
J'ai trouvé cet ouvrage riche et passionnant. J'ai "vécu" 2, 3 jours avec Javier Marías et je n'ai retrouvé la paix qu'en lisant le tout dernier paragraphe.
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Archie
  08 décembre 2019
Aucun couple ne ressemble à un autre. Certains ne durent pas, pour des motifs personnels ou en raison de circonstances externes contre lesquelles on ne peut rien. D'autres durent malgré les difficultés – on pourrait presque dire malgré les impossibilités –, parce que dans le couple, chacun y tient. Dans quelle catégorie faut-il ranger le couple que forment Berta Isla et Tomás Nevinson ?
Tout s'annonçait bien pour eux. Ils sont encore adolescents lorsqu'ils se rencontrent au collège, à Madrid, à la fin des années soixante. Berta est une Madrilène pure souche, Tomás est le fils d'une Madrilène et d'un diplomate anglais. Ils sont beaux, brillants et se destinent très vite l'un à l'autre, même si, pendant des études supérieures qui exilent Tom à Oxford, ils mènent chacun de leur côté les expériences qui en font des adultes équilibrés. Ils se marient un peu plus tard. Il y aura des enfants.
Tom dispose d'une incroyable facilité à apprendre les langues, et un talent exceptionnel d'imitateur lui permet d'adopter n'importe quel accent. Des dispositions qui n'échappent pas aux services secrets britanniques, qui le voient déjà en agent spécial capable de s'infiltrer dans n'importe quel univers étranger. Et malheureusement, Tom se retrouve contraint par à un incident qui s'impose à lui, du moins le croit-il, et de ce fait, il ne pourra plus jamais échapper à des soumissions externes qui guideront sa vie et auxquelles son couple devra s'adapter… Ou pas !
Nous avons tous en tête le brio étincelant de James Bond ou de ses émules. Mais le livre de Javier Marías n'est pas un roman d'aventure ou d'espionnage. Il est l'histoire, racontée par elle-même, d'une femme qui a épousé un agent secret. Elle ne peut rien savoir des missions d'infiltration confiées à Tom, mais elle imagine les ruses, les duperies, les infamies, les meurtres commis au service secret de sa Majesté. Sans oublier les infidélités conjugales sur ordre, assumées plus ou moins plaisamment. Sans oublier non plus les menaces et les pièges mortels auxquels il faut échapper. Des menaces qui pourraient aussi s'exercer sur elle et ses enfants, dans le but de faire pression sur son mari.
Ce mari, cet homme qui dort dans son lit – quand il est là – qui est-il ? Elle a beau insister, Tom ne peut rien dévoiler, ni où il se rend, ni quand il reviendra. Donnera-t-il des nouvelles ? – « Tu le sais bien, si je ne te donne pas de nouvelles pendant un certain temps, et ce peut être long, très long, c'est parce que je ne pourrai pas le faire ». – Jusqu'où peut-on interpréter la notion de ne pas pouvoir ? Et celle de temps très long ? Combien de semaines, combien de mois faudra-t-il pour que Berta arrête d'attendre. Ou d'espérer, ce qui n'est pas la même chose. Berta, qui enseigne la littérature, relit le colonel Chabert, le retour de Martin Guerre.
Le lecteur en sait un tout petit peu plus que Berta. Quelques chapitres sont consacrés aux tribulations de Tomás. Comme un symbole : alors que Berta est la narratrice d'un parcours qu'elle trace elle-même, Tom est soumis au bon vouloir d'un narrateur extérieur.
Les années passent et les armées britanniques de l'ombre n'en finissent jamais : guerre froide avec l'Est, guerre civile en Irlande du Nord, guerre des Malouines ; un bref répit après la chute du mur de Berlin et la dislocation de l'URSS, puis viendra le temps du terrorisme international…
Dans les six cents pages du livre, on peut s'irriter de répétitions, de digressions, de détails inutiles, mais l'ensemble est très agréable à lire, car on se laisse captiver par la destinée de Berta et de Tom. L'écriture est superbe, avec un excellent travail de traduction. Les phrases sont longues et complexes, mais onctueuses, harmonieuses. Et après tout, ces répétitions, ces digressions, ces détails inutiles correspondent aux tourments ressassés par la narratrice, une femme qui ne cesse de s'interroger et qui souffre de ne rien connaître de la vie – si vie il y a toujours ! – d'un mari qu'elle aime.
Berta et Tomás sont des littéraires. Ils trouvent dans des vers de T.S. Eliot, un sens qui éclaire leur relation, et c'est chez Dickens que Berta déniche la conclusion qui s'impose : « Chaque créature humaine est constituée pour être un secret et un mystère profonds pour chaque autre ».

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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Bazart
  17 décembre 2019
Le grand romancier espagnol Javier Marías, sans doute un des plus grands écrivains espagnols vivants, (comme les amours , si Rude soit le début) n'en finit plus d'épater son monde ( ses lecteurs en tout cas) à chaque roman à tel point que chaque année, certains le pronostiquent dans la liste des potentiels Nobel.
A l'instar d'un Victor del Arbol, autre très grand écrivain contemporain espagnol, Javier Marías n'aime rien de plus qu'utiliser ce la littérature de genre - le thriller, le roman d'espionnage, le roman historique- pour embraser dans une prose des plus virtuoses, la peitite et le grande histoire espagnole et sonder les relations les plus intimes.
Dans son dernier roman, qui porte le nom de son héroïne, l'éblouissante Berta Isla, Marias tente d'approcher ce qui pourrait s'apparenter à un roman d''espionnage, sauf qu'on n'est pas vraiment chez John le Carré.
En effet, poursuivant son thème de prédilection, la trahison ( ce qui pourrait s'expliquer vu que Marias est un enfant de l'espagne franquiste) , le romancier espagnol s'intéresse plutôt aux effets sur le couple d'un engagement tel que l'espionnage.
On est totalement immergé dans les doutes et les états d'ame d'une jeune espagnole, qui s'aperçoit que son homme - d'origine britanniques- qui n'est absolument pas celui qu'elle pensait connaitre. puisqu'il travaille pour le compte des services secrets de sa Majesté, et disparait au gré de ses différentes missions
Telle une Pénélope d'aujourd'hui, Berta, qui ignore tout des agissements de son mari vit dans l'attente angoissante et troublée
Revisitant à sa manière, de façon ample et moderne le mythe de Pénélope et Ulysse, cette peinture au scalpel des non-dits et des secrets inhérent à la vie conjugale prend toute sa démesure dans ce cas présent.
On est cosntamment dans la tête de Berta et comme elle on attend le long son Ulysse/ Tomas parti en mission et qui manquera forcément les grands événements de sa vie de couple et de famille .Belle et puissante réflexion sur le couple, et très émouvant portrait de femme délaissée, "Berta Isla" est un vrai enchantement !
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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montmartin
  06 mai 2020
En 1974, Berta Isla épouse Tomás à Madrid. Elle est espagnole, il est hispano-britannique. Tous deux ont 23 ans, ils s'aiment depuis le lycée. Mais Tomas ne peut dire à sa femme Berta la vie qu'il mène loin d'elle lors de ses fréquents et longs déplacements ni la nature réelle de ses missions. Elle doit l'accepter sans poser de questions, et elle l'accepte. Berta sait qu'elle vit en partie avec un inconnu. Mais un jour Tomás s'évapore, les mois et les années s'écoulent sans aucun signe de vie, il a disparu sans laisser de trace.
Reprenant le thème du colonel Chabert ou de Martin Guerre, dans ce roman très original, Javier Marías nous invite à partager le quotidien d'un agent des services secrets britanniques. de Londres à Madrid, de Berlin à la guerre des Malouines, nous voici entraîner dans le monde des vies fictives, des gens qui ne figurent nulle part, qui agissent dans l'ombre, qui obéissent à des ordres qu'il n'est pas question de discuter, ni même d'analyser.
Trois voies se font entendre dans ce récit : un narrateur anonyme, Tomás et Berta, qui attend avec angoisse le retour de son mari, toujours discrète, c'est que dans ce genre de boulot, une épouse qui harcèle son époux et qui veut tout savoir est un fichu problème.
Si parfois quelques longueurs, des détours ou des méandres m'ont un peu donné un sentiment de lassitude, je me suis laissé prendre à cette sombre machination, ce coup monté inimaginable, ce piège implacable qui va déterminer le cours de l'existence de Tomás et Berta.
Pour ceux qui éprouveraient une certaine méfiance à lire un roman d'espionnage, je les rassure ce livre va bien au-delà, car ici l'histoire est racontée de l'intérieur par ceux qui la vivent et ceux qui la subissent.
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Ogrimoire
  03 décembre 2019
Commençons par parler du fond. L'idée de suivre ce couple qui vit séparé la majeure partie du temps est une bonne idée pour interroger la question des non-dits, des secrets, de comment on peut évoluer différemment. Ici, le fait que Tomas soit un agent secret pourrait rajouter une part de romantisme, de mystère, mais ce n'est visiblement ce n'est pas pour cela que l'auteur a choisi cette carrière pour son personnage, puisqu'il n'en dit absolument rien.
Une des autres questions abordées est celle de la « vérité historique » : à la fois sous l'angle de l'action clandestine – est-ce qu'une action que tout le monde ignore a réellement existé ? -, et au travers du contexte, celui du franquisme.
Le choix de la citation renvoie également à un autre questionnement, celui du poids des interactions sociales. Faire société, c'est aussi accepter, en effet, d'être réduit(e) par les autres à un rôle, qui n'est jamais lié exclusivement à votre propres choix, ou à vos actes, mais peut également dépendre de leurs intérêts, enjeux…
Maintenant, sur la forme, j'ai eu beaucoup de mal. J'ai trouvé que le style desservait le propos. Les phrases sont d'une longueur ! J'ai noté une phrase qui n'en finit pas de serpenter sur une bonne vingtaine de lignes… C'est très travaillé, trop à mon goût. Ou, plus exactement, c'est la plupart du temps trop travaillé. Il y a un passage pour lequel cela m'a semblé fluide, à l'occasion d'une discussion entre Tomas et son professeur à Oxford, alors que ce dernier essaye de le convaincre d'épouser une carrière d'espion. Là, les longues phrases alambiquées sonnent juste. Mais, à l'inverse, je pense à une conversation entre Berta et Tomas à une terrasse : personne ne parlerait ainsi, avec des monologues qui n'en finissent pas…
Bref, ce livre n'est pas pour moi…
Lien : https://ogrimoire.com/2019/1..
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critiques presse (3)
LaCroix   27 septembre 2019
Autour d’un agent secret, le grand romancier espagnol Javier Marias a cristallisé toute l’opacité d’un monde absurde et merveilleux.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeFigaro   19 septembre 2019
L’écrivain espagnol propose une variation brillante sur le thème du couple miné par un secret. [...] Vous n’allez plus vouloir quitter Berta Isla et Tomas Nevinson avant la dernière page de pareil monument.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeMonde   02 septembre 2019
Berta retrouve Tomas, le mari qu’elle croyait mort depuis douze ans. Avec son nouveau roman, le grand écrivain espagnol creuse comme jamais le thème de la trahison.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
RilauRilau   19 novembre 2019
Nous sommes plus ou moins comme le narrateur à la troisième personne dans un roman, Nevison, je suis sûr que ça vous est arrivé d'en lire, des romans - poursuivit Tupra d'un ton didactique-. C'est le narrateur qui décide et qui compte, mais on ne peut ni l'interpeller ni le questionner. Il n'a pas de nom et ce n'est pas non plus un personnage, à l'inverse de celui qui raconte à la première personne ; on le croit, et donc on ne se méfie pas de lui ; on ne sait pas pourquoi il sait ce qu'il sait ni pourquoi il omet et tait ce qu'il tait, ni pourquoi il est habilité à déterminer le sort de chacune de ses créatures, sans que jamais on le remette en cause. Il est clair qu'il existe et n'existe pas, tout à la fois, ou qu'il existe tout en étant introuvable. Il est même indétectable. Attention, je parle ici du narrateur et non pas de l'auteur, bien tranquille chez lui et qui n'est pas responsable de ce à quoi se réfère son narrateur et serait même en mal d'expliquer pourquoi ce dernier en sait aussi long. Autrement dit, le narrateur à la troisième personne, omniscient, est une convention que l'on accepte et, d'une façon générale, celui qui ouvre un roman ne se demande ni pour quelle raison ni à quelle fin il prend la parole et garde jalousement durant des centaines de pages cette voix d'homme invisible, cette voix autonome et extérieure venue de nulle part.
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RilauRilau   30 novembre 2019
-De par là-bas- répondit-il à ma première question, tel un adolescent à qui ses parents demandent d'où il revient à une heure indue. J'en conclus qu'il n'était pas vraiment d'humeur à être reprimandé ni à entonner un mea culpa. Il ajouta cependant, moins en guise d'excuse que de simple explication :- Tout a été si précipité, imprévu. C'est comme ça le boulot. Je n ai pas pu te prévenir.
-D'où es tu rentré ? - insistai je-. D'Allemagne, comme me l'a dit ton ami Reresby ou de Belfast? - Et je prononçai "Belfast" comme l'avait prononcé Miguel, du temps où il était encore "Miguel".
- Je t'ai dit de par là-bas- répéta-t-il, et cette fois sur un ton qui revenait à me dire:"Écoute, Berta, mêle -toi de tes affaires, tu auras beau essayer, tu ne le sauras pas. " Demain nous parlerons,demain je t'expliquerai dans la mesure où je peux t'expliquer. Je ne sais pas encore jusqu'à quel point : j'ai demandé conseil, ils réfléchissent, ils me le diront aujourd'hui.
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BazartBazart   17 décembre 2019
Comme il est facile de croire que l'on sait quelque chose alors qu'on ne sait rien", pensais-je." Comme il est facile d'être dans l'obscurité, à moins que ce ne soit notre état naturel. Tomas doit sûrement être lui aussi dans l'obscurité, pas juste moi, pas juste moi. Il est lui aussi dans son monde d'angoisse et de turpitude, il est lui aussi dans l'obscurité en ce qui me concerne
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Pirouette0001Pirouette0001   07 janvier 2020
Il me manquait énormément et je m'imaginais que je lui manquais aussi. Mais ce qui concerne l'autre relève toujours du domaine de l'imagination. On ne saurait jamais être sûr et certain de quoi que ce soit, on ne sait même pas si les déclarations les plus enflammées sont sincères ou si elles sont une simple interprétation ou convention, si elles sont honnêtes ou si elles reflètent ce que l'autre croit ressentir ou est censé ressentir et prêt à exprimer.
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fbalestasfbalestas   05 janvier 2020
De nos jours, les célébrités sont à ce point exposées que précisément cette surexposition les met hors jeu, et ce phénomène ne fera que s'amplifier au fil du temps. (...) Sans l'aura du mystère, sans un voile de brume, rien ne pèse bien lourd et nous cheminons vers une réalité sans ténèbres, pour ainsi dire sans clair-obscur. Tout ce qui est connu est destiné à être englouti, à se banaliser à toute allure, et de ce fait à manquer d'une authentique influence.
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Vidéo de Javier Marías
Javier Marias parle de son livre 'Comme les amours' au festival Passa Porta en 2012.
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