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Alain Keruzoré (Traducteur)
EAN : 9782743600525
350 pages
Éditeur : Payot et Rivages (24/11/1996)

Note moyenne : 3.66/5 (sur 66 notes)
Résumé :
Divorcé depuis peu, Victor, scénariste pour la télévision, et nègre à l'occasion, est invité un soir à dîner chez Marta, mariée, mère d'un enfant. Alors qu'ils sont dans la chambre « à demi vêtus et à demi dévêtus », Marta se sent de plus en plus mal, jusqu'à agoniser et mourir. À trois heures du matin, dans un appartement inconnu à Madrid, que doit faire Victor ? Se débarrasser du cadavre ? Prévenir le mari ? Réveiller l'enfant endormi ? Victor choisira de fuir. Av... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
GeorgesSmiley
  22 janvier 2019
Marta, trente-trois ans, était trop jeune pour mourir, mais on ne choisit pas son heure. Elle est morte dans son lit, non, je devrais dire sur son lit parce qu'elle n'a pas eu le temps de se glisser sous ses draps. Un malaise qui ne passe pas, qui s'aggrave et qui vous emporte silencieusement, presque calmement au début de la nuit. A-t-elle souffert ? La question rituelle des proches ; il faudrait la poser à son mari mais il n'était pas là, en déplacement à Londres. Alors la réponse, c'est l'invité de passage, celui qui ce soir-là lui tenait compagnie sur le lit, qui nous la donne puisque c'est lui le narrateur. La clandestinité, le travail à la place du titulaire habituel, « honorer dans l'ombre et en secret », il connaît, c'est même son métier. « Ruibérriz reçoit beaucoup de commandes et s'il ne publie pas il écrit continuellement, ou plutôt il écrivait, car ces derniers temps…il préfère prendre du bon temps et se permet de refuser la plupart des commandes, ou plus exactement il les accepte et me les repasse avec soixante-quinze pour cents des bénéfices, afin que je les honore dans l'ombre et en secret. Ainsi, il est ce qu'on appelle en langage littéraire un nègre – dans d'autres langues un écrivain fantôme – et moi j'officie en tant que nègre du nègre, ou fantôme du fantôme du point de vue des autres langues, double fantôme et double nègre, double personne. »
Que faire, que dire, qui prévenir ? Emmener l'enfant en bas âge qui dort dans la chambre à côté ou prendre la fuite en le laissant seul ? le premier chapitre est tout simplement formidable et même si les phrases sont longues, le roman très cérébral (l'essentiel se passe dans les pensées du narrateur), vous n'aurez qu'une envie : celle d'écouter jusqu'au bout ce « double nègre, double fantôme » cherchant à se délivrer de ce fardeau qui le hante.
Puisqu'on évoque l'aspect fantomatique du narrateur, faisons un sort au titre, extrait de Shakespeare, dans lequel le spectre d'une de ses victimes vient hanter Richard III, tyran usurpateur et infanticide, à la veille d'une bataille. Bien choisi, n'est-ce pas ?
«Demain dans la bataille pense à moi, et que ton épée tombe émoussée!
Demain dans la bataille pense à moi, quand j'étais mortel, et que ta lance tombe en poussière. Que je pèse demain sur ton âme, que je sois un plomb dans ton sein et que finissent tes jours dans une sanglante bataille.
Demain dans la bataille, pense à moi, désespère et meurs.»
Le reste de l'intrigue, qui ménage quelques surprises finales, est également l'occasion d'une brillante dissertation sur la mort, la vieillesse, le mensonge et la confession. La mort et surtout l'effacement et l'oubli. «Avant on les vénérait ou du moins leur mémoire, et on allait leur rendre visite sur leurs tombes avec des fleurs et leurs portraits trônaient dans les maisons, on gardait le deuil pour eux et tout s'interrompait un temps ou diminuait, la mort de quelqu'un affectait l'ensemble de la vie, le mort emportait en fait avec lui quelque chose des autres vies, des êtres chers… Aujourd'hui on les oublie comme des pestiférés, à la rigueur on les utilise comme boucliers ou comme fumier pour rejeter sur eux la faute et les responsabilités de la situation lamentable qu'ils nous ont laissée… »
La vieillesse : « C'était cette naïveté feinte, si courante chez les vieux, grâce à elle ils finissent par faire et dire ce qui leur passe par la tête sans que personne ne le leur reproche ou n'en tienne compte, ils feignent d'être pré-morts pour avoir l'air inoffensifs, sans désirs et sans attente d'aucune sorte, alors qu'on ne cesse jamais d'être dans la vie tant qu'on est conscient et qu'on ressasse des souvenirs, d'ailleurs ce sont les souvenirs qui font de tout vivant un être dangereux et désirant et en perpétuelle attente…on ne peut s'empêcher de penser que ce qui a été une fois peut être de nouveau, si quelqu'un avait la certitude qu'il a fait l'amour pour la dernière fois il mettrait fin à sa conscience et à son souvenir et se suiciderait… »
Le mensonge… « Comme il est fatigant de garder un secret ou d'entretenir un mystère, que de travail représentent la clandestinité et la conscience permanente que nos proches ne peuvent pas tous savoir la même chose… Ce n'est pas toujours par intérêt personnel ou par peur ou parce que nous avons commis une véritable faute que nous le cachons, c'est très souvent pour ne pas déplaire ou ne pas décevoir et pour ne pas faire de mal, d'autres fois c'est par pure courtoisie, il n'est pas bien élevé ni civilisé de se donner à connaître entièrement, sans parler de dévoiler tares et manies. »…mensonge qu'il nous faut bien accepter « Etre trompé est facile et c'est même notre condition naturelle et en réalité nous ne devrions pas en être si affectés ».
Et pour finir, la confession libératrice, la révélation de la vérité : « C'est pour cela que ce qui a eu lieu est toujours beaucoup moins grave que les craintes et les hypothèses, les conjectures et l'imagination et les mauvais rêves. » « Celui qui raconte sait en général bien expliquer les choses et sait s'expliquer, raconter c'est comme convaincre ou se faire comprendre ou faire voir, ainsi tout peut être compris, même ce qu'il y a de plus infâme, tout peut être pardonné s'il y a quelque chose à pardonner. » « On lit parfois que quelqu'un avoue un crime quarante ans après l'avoir commis…et les candides, les justiciers et les moralistes croient que cette personne a été vaincue par le remords ou le désir d'expiation ou la torture de la conscience, alors que la seule chose qui l'ait vaincue est la fatigue et le désir d'être d'une seule pièce, l'incapacité à continuer à mentir ou à se taire… »
Intrigant, brillant, percutant !
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Rilau
  04 février 2020
Victor Francés scénariste pour la télévision et à l'occasion "prête-plume" pour célébrité inculte, est invité un soir à dîner chez Marta Tellez. Elle est mariée à un industriel en déplacement à Londres. Leur fils Eugenio 2 ans assiste à ce repas. Victor n'est pas très à l'aise en présence de l'enfant et est soulagé lorsque celui ci s'endort enfin.
Alors que les deux futurs amants sont à demi devêtus dans la chambre, Marta a un malaise, elle se sent de plus en plus mal jusqu'à agoniser et mourir. Pendant tout ce temps là, Victor reste sans réaction, il ne cherche pas à lui apporter son aide, n'appelle pas les secours ou une personne de l'entourage de Marta.
Après le décès de Marta, Victor prendra la fuite en laissant l'enfant avec sa mère dans l'appartement. La culpabilité et la dissimulation de la réalité pousseront Victor à prendre des nouvelles de l'enfant, il se rapprochera de la famille de Marta afin de réparer ses fautes et de rétablir la vérité.
Javier Marias est un grand écrivain qui entraîne le lecteur dans un récit dont on ne veut pas sortir. Il est excellent pour décortiquer les personnages jusqu'au tréfonds de leurs êtres. Sa sublime et étonnante écriture nous plonge dans une histoire dont on ressort ébloui et ce roman reste longtemps en mémoire.
Son style est dense, grandiose, Javier Marias déroule petit à petit les différents événements de sa narration. En immergeant le lecteur lentement dans la culpabilité de Victor Francés, ce livre est une extraordinaire et puissante réflexion sur la dissimulation, l'intention, indécision, les blessures que l'on peut infliger aux autres par manque de volonté ou par duperie.
Je vous conseille ce livre si vous aimez les romans qui demandent de la patience et de la concentration.
C'est un roman magnifique à lire!
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Nadouch
  13 mai 2019
Un point de départ très original et déroutant : le soir d'un premier rendez-vous, une jeune femme meurt dans les bras de son amant. Ce dernier fait le choix de partir discrètement de chez elle (le mari est en voyage d'affaires), en laissant aussi un petit garçon de deux ans avec sa mère morte...
Déjà, très intriguant, mais ça met nettement mal à l'aise. Et le malaise ne fait qu'augmenter quand le narrateur décide de côtoyer la famille de la femme décédée (son père, sa soeur, et même son mari), tout ça pour savoir plus ou moins si tous savent qu'elle n'était pas seule lors de son décès...
Mais sans doute aussi d'autres motivations (pourquoi le mari n'est pas rentré tout de suite ? quels sont ces messages sur le répondeur ? et la soeur, elle est séduisante...).
Bon, je vais l'avouer tout de suite, j'ai cru ne pas pouvoir aller au bout de ce roman. Les phrases sont longues au point de nous perdre, les digressions souvent inutiles et geignardes de la part du narrateur, qui quant à lui est à la fois peu crédible et franchement gênant tant il est autocentré et malsain... Même si je reconnais la valeur du style littéraire, je dois avouer que trop c'est trop, tout ça devient bien trop alambiqué.
J'ai néanmoins aimé le "twist" final, la grande explication... Sinon, un roman trop long, trop intellectuel peut-être, qui me laisse un arrière-goût d'ennui.
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Sandre
  07 juin 2009
Juste, il faut que je vous dise deux mots de ce roman. Comment d'ailleurs ai-je pu ne pas penser à le faire avant ?

C'est un des romans qui m'ont le plus marquée. Je l'ai lu à sa sortie, en 1996, et depuis je vous jure que je n'ai cessé d'y repenser tant l'histoire et le style m'ont bouleversée.
Je fais simple.

L'histoire, rien que le début... Un homme rencontre une femme. Elle est mariée. Son mari est absent. Elle invite l'homme chez elle.

Ils vont dans sa chambre et entament les préliminaires de l'amour.
Mais elle a un malaise, se sent de plus en plus mal et
meurt... dans ses bras.


Le corps éteint d'une étrangère, qui allait avec lui tromper son mari, dans cette chambre inconnue, alors qu'un enfant dort dans une pièce voisine...

Voilà, je crois que cela devrait suffire.

Le style est au diapason du drame, de l'intensité et de l'horreur du drame. le narrateur est extérieur mais le point de vue est interne. Plus que cela même, nous sommes plongés dans le flux de la conscience de l'homme en train de vivre le désir, puis le drame, la panique, la déroute, les rencontres et les révélations...

Ce roman est une pure merveille.
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Pirouette0001
  22 juillet 2015
Un des meilleurs Javier Marìas que j'aie lu. Au moins aussi bon et aussi bien écrit que "Comme les amours", qui, jusqu'à ce jour, était mon préféré. Un grand coup de coeur.
Quelle écriture ! Ce n'est plus la sensation d'une valse à l'instar de "Comme les amours", mais bien de variations musicales sur un même thème : la peur d'être oublié, des craintes irrationnelles qui nous poussent à agir de manière invraisemblable, mais le tout exprimé dans un style magistral.
Je reste, après cette lecture, 'afficionada' de l'auteur, même si je peux comprendre que ce que j'aime chez lui, son écriture, rebute précisément d'autres.
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
GeorgesSmileyGeorgesSmiley   21 janvier 2019
Je n'ai pas fait mon testament, je n'ai pas grand chose à laisser et je n'ai jamais beaucoup pensé à la mort qui pourtant semble venir et d'un seul coup fausse et bouleverse tout, ce qui était utile et faisait partie de l'histoire de chacun devient en un instant inutile et sans histoire, personne ne sait pourquoi, comment, ni quand ce tableau a été acheté ou cette robe, ni qui m'a offert cette broche, d'où ou de qui me vient ce sac ou ce foulard, quel voyage ou quelle absence l'a apporté, s'il fut la compensation d'une attente, l'ambassade d'une conquête ou l'apaisement d'une mauvaise conscience; tout ce qui avait un sens et laissait une trace les perd en un instant et toutes mes affaires se figent, incapables soudain de révéler leur passé et leur origine; quelqu'un les entassera et avant de les envelopper ou de les mettre dans des sacs de plastique mes soeurs ou mes amies décideront peut-être de garder quelque chose en souvenir ou parce que ça peut servir, ou de conserver la broche pour que mon fils, quand il sera grand, puisse l'offrir à une femme qui n'est sans doute pas encore née. Il y aura des choses dont personne ne voudra parce qu'elles ne peuvent servir qu'à moi - mes pinces à épiler, mon eau de toilette entamée, mes sous-vêtements, ma sortie de bain et mon éponge, mes chaussures et mes chaises d'osier qu'Eduardo déteste, mes lotions et médicaments, mes lunettes de soleil, mes cahiers et mes fiches et mes coupures de presse et tous ces livres que je suis seule à lire, ma collection de coquillages et mes disques anciens, le poupon de mon enfance, mon petit lion - il faudra peut-être même payer pour les faire enlever, il n'y a plus de ces chiffonniers avides et complaisants d'autrefois, qui ne faisaient pas la fine bouche et parcouraient les rues...
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Pirouette0001Pirouette0001   22 juillet 2015
Nous avons honte de beaucoup trop de choses, de notre aspect et de nos croyances passées, de notre ingénuité et de notre ignorance, de la soumission ou de l'orgueil dont il nous est arrivé de faire preuve, de la flexibilité ou de l'inflexibilité, de tant de choses proposées ou dites sans conviction, d'être tombés amoureux de qui nous sommes tombés amoureux et d'avoir été l'ami de qui nous l'avons été, les vies sont souvent trahison et négation continuelles de ce qu'il y eut avant, tout s'altère et se déforme au fil du temps, et pourtant nous continuons à avoir conscience, même si nous nous trompons, que nous gardons des secrets et que nous entretenons des mystères, bien que la plupart soient banals.
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   24 janvier 2019
Cet enfant ne saura jamais ce qui s'est passé, son père et sa tante le lui cacheront, moi-même je lui cacherai et ça n'a pas d'importance car tant de choses arrivent sans que personne ne s'en rende compte ni ne s'en souvienne, car tout est oublié ou prescrit. Et comme il reste peu de chaque individu dans le temps inutile comme la neige glissante, comme sont rares les choses qui laissent des traces, et comme on en parle peu, et de celles dont on parle on ne se souvient plus tard que d'une infime partie, et pendant peu de temps : tandis que nous voyageons vers notre lent évanouissement pour simplement passer dans le dos ou revers de ce temps, où l'on ne peut plus penser ni faire ses adieux : "Adieu rires, adieu offenses. Je ne vous verrai plus, vous ne me verrez plus. Adieu ardeur, adieu souvenirs."
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   23 janvier 2019
Je sais bien que dans le monde de la télévision et du cinéma comme dans celui des discours et péroraisons, personne ou presque n'écrit ce que l'on suppose qu'il écrit, or - et c'est le plus grave, mais pas si rare à la réflexion - les usurpateurs, une fois qu'ils ont lu en public les tirades et entendu les applaudissements courtois ou mesurés...finissent par se convaincre que les mots prêtés ou plutôt achetés sont bel et bien sortis de leur plume ou de leur tête : en fait ils les assument et sont capables de les défendre bec et ongles, ce qui somme toute est sympathique et flatteur de leur part, du point de vue du nègre.
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   24 janvier 2019
On lit parfois que quelqu’un avoue un crime quarante ans après l’avoir commis…et les candides, les justiciers et les moralistes croient que cette personne a été vaincue par le remords ou le désir d’expiation ou la torture de la conscience, alors que la seule chose qui l’ait vaincue est la fatigue et le désir d’être d’une seule pièce, l’incapacité à continuer à mentir ou à se taire…
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