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Critique de Nowowak


Nowowak
  09 août 2019
Dans cette usine du non-plaisir elle se plait. Voilà un bon résumé de la venue de Sarah dans l'antre du désespoir. Elle développe une vocation de faire-valoir. Concernant son absence de projets, elle met les choses au clair très vite : "J'aurais pu choisir le mariage mais je n'ai pas l'attachement facile. Les relations affectives m'insupportent. J'aime le monde, me mêler au bruit et au mouvement, côtoyer des êtres qui me sont indifférents, sentir la vie sans autre aliénation".

Cette lecture voulue coïncide étrangement avec celle consacrée à Louise, la bonne (d'enfants) d'une "Chanson douce". Les deux univers se croisent, la thématique est la même. L'intrusion dans un foyer d'un élément allié mais perturbateur qui va peu à peu contrôler cette atmosphère psychologique à couper au couteau. Dépourvue d'envie et d'ambition Sarah est la bonne. Celle qui relègue dans l'antichambre ses désirs enfouis. Les enfants ne sont pas ici l'enjeu puisqu'il n'y en a pas. le parallèle avec Louise se joue sur le glissement progressif vers l'enfer du mal-être. Laura n'est pas Myriam, c'est une maniaque limite sociopathe qui ne donne pas envie de la connaître.

"Laura me regardait à l'ouvrage, avec un tel entrain que j'aurais pu aller jusqu'à lessiver sur le mur mon ombre qui le tachait".

Ignorante de toute frivolité, elle passe ses journées à ne rien faire, à attendre la mort. Laquelle ? Habituée à voir ses domestiques s'échapper en courant, elle choisit Sarah comme alliée face à un mari qu'elle sent toxique. Elle veut une complice à ses petites manies. Tout est nuisible dans l'environnement de Laura à commencer par elle-même. L'hygiène est sa seule préoccupation. Bien que très belle, possédant un corps parfait, mais inerte et morne, elle se considère comme une "poubelle à désinfecter". Même la vie elle la passe à l'eau de Javel. Que va-t-il advenir de ce trio ? 

"A vingt-cinq ans, elle vivait comme ces vieillards enfermés à l'asile, trottinant du lit au fauteuil et du fauteuil à la salle de bains."

Un huit clos étouffant. Pour Laura qui ne sort jamais et se fait livrer ses courses les rues sont des bouillons de culture microbienne. Sarah aime traquer la saleté, elle s'amuse de cette phobie et décide de se faire une tanière dans ce chaos. Sa patronne l'émeut. Vont-elles se compléter ? Assurément un bon livre, il fut sélectionné pour le Goncourt et son auteur qui fut psychiatre et psychanalyste aurait pu prétendre à une grande carrière si elle n'était pas disparue "prématurément" à l'âge de 53 ans. Voilà ce que son éditeur écrivit comme nécrologie :

"Le 28 septembre 1996, Isabel Marie écrivait le mot fin au bas de son roman {La Malle}. Une heure plus tard, elle se pendait. Impossible dès lors de parler de ce roman comme d'un texte anodin. de quoi s'agit-il ? La narratrice naît en prison, à Barcelone, en 1943. Ses parents ont été arrêtés quelques semaines plus tôt en tentant de franchir les Pyrénées. Rejetée par sa mère, la petite fille a trois ans quand elle est confiée à un couple âgé et sans enfant qui vit en région parisienne. Elle mène une vie modeste, chez ces gens incultes qu'elle n'aime pas, et dans le même temps, fréquente un des établissements scolaires les plus huppés, payé par la mère. Bachelière et désormais indésirable dans sa famille d'accueil, elle s'inscrit en faculté et rencontre Henri, un dentiste qui, éperdument amoureux, l'épouse. Mais bientôt, sa vie bourgeoise et médiocre l'ennuie. Une nuit, une voix de femme sanglote au téléphone : sa mère, dont elle est sans nouvelles depuis longtemps, s'épanche. Pedro Donga, celui que la narratrice a toujours cru être son père, et qui s'est pendu quelques années plus tôt, n'est peut-être pas son père..."
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