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Critique de Emnia


Emnia
  05 juillet 2015
Rémi Fontevrault est un jeune con. Il est riche, beau, cultivé, et fasciste comme il pourrait être communiste. Pour lui, la violence prime sur les idées.


Fasciste, premier roman de Thierry Marignac paru pour la première fois en 1988, traite intelligemment et en moins de 200 pages la question de l'adhésion à l'extrême-droite pour des raisons autres qu'idéologiques. Le personnage, étudiant âgé d'une vingtaine d'années quand démarre le récit, se rapproche grâce à son ami Lieutenant, rencontré durant son service militaire, du bras armé du Front, parti montant dans lequel il va s'impliquer du service d'ordre musclé jusqu'au trafic d'armes.

Le protagoniste n'est pas raciste et est trop lucide et cynique pour ne pas voir le ridicule derrière les discours des officiels du parti. Son adhésion n'est pas un choix : pour lui, il n'existe pas d'alternative. Dans cette France pourrissante, veule, et condamnée à une mort lente par inertie, le Front et sa violence sont les seules choses qui peuvent le sauver de l'ennui. Le roman, peinture réussie de son époque, touche sans peine le lecteur contemporain.

La construction du texte est probablement l'aspect qui m'a le plus séduite. L'auteur multiplie les ellipses au point que l'on ne sait plus si ce sont des jours ou des années qui s'écoulent. Seule la relation qui se noue entre Rémi et Irène, la sœur de Lieutenant, montre les personnages mûrir et vieillir et donne une idée du temps qui passe.

Ce qui m'a gênée et m'a empêchée de donner cinq étoiles à l'ouvrage sont des maladresses récurrentes dans le texte que l'on retrouve en particulier dans quelques dialogues, assez peu crédibles. J'en pardonne certaines qui fonctionnent assez bien comme révélatrices de la jeunesse et de l’arrogance du personnage. Dans l'ensemble, le style dense, lapidaire et assez brutal, m'a tout de même convaincue. Comme il s'agit d'un premier roman, ça présage d'assez bonnes choses pour les suivants.

Je m'interroge sur la nécessité d'un appareil critique aussi présent. Si la préface est assez fine et confère une aura de littérarité à l’œuvre, l'interview de l'auteur à la fin du livre m'ennuie un peu. C'est le genre de choses qui aurait plus sa place sur le site de l'éditeur. J'ai l'impression qu'on cherche à priver le lecteur d'une interprétation personnelle du texte. Peut-être l'éditeur a-t-il préféré la prudence en prenant en compte le mauvais accueil du roman lors de sa première parution. Il me paraît tellement surréaliste qu'on puisse le lire comme une apologie du fascisme, étant donné la façon dont les partisans du Front et leurs actions y sont décrits, que je ne parviens pas à comprendre les « deux années de purgatoire » qu'a valu à l'auteur sa parution. (Mais ce qui est formidable avec la connerie, c'est qu'elle parvient toujours à me surprendre.)

Il m'a paru intéressant de lire, en parallèle de Fasciste, Seventeen de Kenzaburô Ôé. Le Japonais, au contraire du Français, prend pour personnage un être répugnant, pathétique, laid, qui se laisse laver le cerveau par le premier vociférateur venu et passe brutalement de la gauche à la droite, n'ayant finalement pour idées que celles des autres. Dans chacun de ces courts romans, les protagonistes gagnent quelque chose grâce à la violence des partis politiques auxquels ils adhérent, comme s'ils acquéraient le statut d'hommes à travers elle.

Un grand merci à Actu SF et Babelio sans qui je n'aurais pas oser, et à tort, découvrir ce roman.
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