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Jocelyne Hubert (Éditeur scientifique)
ISBN : 2210754747
Éditeur : Magnard (30/06/2004)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 15 notes)
Résumé :

Et si l'on inversait les rôles ? Les hommes fileraient la quenouille et les femmes établiraient des lois : le monde en serait-il mieux gouverné ? Supposons encore que maîtres et serviteurs échangent leur costume : le théâtre du monde en serait-il plus juste ? Telles sont quelques-unes des questions posées par les pièces insulaires de Marivaux : les hommes de La Colonie, comme les maîtres de L'Île des ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Nastasia-B
  29 octobre 2013
Dans La Colonie, Marivaux se fait le chantre, dès 1750 (et même, dans sa version initiale, dès 1729) des droits de la femme, ouvrant grand la porte à notre vaillante Olympe de Gouges. D'ailleurs c'était tout à fait inutile Monsieur de Marivaux puisque la société était (et est toujours) très égalitaire, qu'il ne lui a fallu qu'à peine deux cents ans, après votre pièce, pour accorder le droit de vote aux femmes, une bagatelle !
Merci et bravo, en tout cas pour ce courage-là, car il fallait oser, et vous le fîtes sans peur et sans honte et vous ne vous laissâtes point démonter par l'insuccès de la première mouture de 1729.
Le principe est le même dans cette pièce que dans l'Île des Esclaves, à savoir un échouage sur une île ou en un lieu sans repère, où il s'agit d'édifier des règles de conduite.
Les femmes, frustrées d'être cantonnées à des tâches subalternes et d'obéissance réclament leur droit à édicter des lois conjointement avec les hommes et à avoir accès à tous les types d'emplois.
Ce n'est donc pas peu dire que Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux était fort en avance sur son temps. On peut certes s'interroger sur ses intimes convictions, notamment quant aux limites du pouvoir féminin, son penchant viscéral au crêpage de chignon, le fait que placées dans la même position de supériorité que les hommes, les femmes, de la même façon aiment à jouir de leurs privilèges et ne se montrent pas plus que les hommes prêtes à partager les meilleurs morceaux…
Ceci vient probablement du fait que l'auteur ne se faisait pas beaucoup d'illusions sur le genre humain dans son entier. Saurait-on lui donner tort ?...
Donc, une belle petite comédie sociale, qui appuie là où ça faisait mal pour l'époque.
Avec l'Île des Esclaves, c'est à l'aristocratie qu'il s'en prend et qu'il met le feu. Ouh ! que ça devait faire mal d'entendre ça ! Car Marivaux sait très bien de quoi il parle et sait également à qui il s'adresse.
Il faut saluer là-encore ce beau courage de dire tout haut, dès 1725, à une époque où les Lumières sont encore au stade de l'étincelle, d'un feu tout juste ébauché, à peine allumé par le philosophe anglais John Locke, que l'aristocratie se comporte envers le peuple de la façon la plus abjecte, qu'elle est, même vis-à-vis d'elle-même, mesquine, superficielle et viciée. Rien que ça. Pour la deuxième fois, chapeau Monsieur de Marivaux.
Elle est petite cette comédie, un seul acte, mais elle est corrosive et l'on y sent comme un avertissement à la classe dirigeante, comme un avant-goût de révolte.
Assez parlé ! L'histoire, quelle est-elle ? Au large de la Grèce (On éloigne un peu l'action histoire de ne pas trop s'attirer les foudres de la cour de Louis XV, mais tout le monde s'y reconnaît cependant.), un bateau transportant des personnes de qualité et leurs domestiques fait naufrage. Or, le naufrage a lieu sur L'Île des esclaves, une île où, des années auparavant des domestiques ou des esclaves (Marivaux emploie le terme esclave pour désigner les domestiques ce qui renforce le trait) mutinés ont trouvé refuge ici bas et ont au passage trucidé leurs maîtres. Depuis lors, dès qu'un arrivage se fait sur l'île, ces compagnons démocrates de l'île (eux-mêmes ex-serviteurs) infligent une inversion des positions sociales aux naufragés.
C'est ainsi qu'Iphicrate, le maître et son serviteur Arlequin ainsi qu'Euphrosine et sa servante Cléanthis vont faire l'expérience d'une inversion des rôles sous la houlette de Trivelin, le grand ordonnateur de l'île. Ceci est bien sûr le prétexte à de nombreuses répliques comiques, mais aussi et surtout à une prise de conscience de l'iniquité avec laquelle les maîtres ont conduit leur destinée jusqu'alors, notamment envers leurs subordonnés.
Je vous laisse savourer la chute et ce qui a bien pu l'inspirer à Marivaux en cet Ancien Régime flamboyant. Il demeure une très belle comédie sociale, pleine d'allant et de sous-entendus, que j'élèverais sans honte au firmament de mes cinq étoiles s'il n'était une impression de trop grande brièveté. Je vous la conseille sans hésitation, mais tout ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, bien peu de chose, en somme.
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olivberne
  16 janvier 2012
Marivaux a l'art de faire jouer des situations inédites, surprenantes et pourtant si évidentes. Ici, un île, un maître et son valet échoué et des rôles inversés: les maîtres sont dominés, les dominateurs sont maîtres. Beaucoup d'enseignements à tirer de cette pièce, toujours autant d'actualité!
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dacotine
  22 avril 2016
2 pièces de théâtre qui annonce les droits de l'homme à la liberté. Pièces d'inspiration modernes, trés drôle.
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decloitrecynthiaz
  29 octobre 2013
J'ai surtout aimé L'île des esclaves d'une modernité frappante !
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   29 août 2012
ARTHÉNICE :
Le mariage, tel qu'il a été jusqu'ici, n'est plus aussi qu'une pure servitude que nous abolissons, ma belle enfant (…).
LINA :
Abolir le mariage ! Et que mettra-t-on à la place ?
MADAME SORBIN :
Rien.
LINA :
Cela est bien court.
ARTHÉNICE :
Vous savez, Lina, que les femmes jusqu'ici ont toujours été soumises à leurs maris.
LINA :
Oui, Madame, c'est une coutume qui n'empêche pas l'amour.
MADAME SORBIN :
Je te défends l'amour.
LINA :
Quand il y est, comment l'ôter ? Je ne l'ai pas pris ; c'est lui qui m'a prise, et puis je ne refuse pas la soumission.
MADAME SORBIN :
Comment soumise, petite âme de servante, jour de Dieu ! soumise, cela peut-il sortir de la bouche d'une femme ? Que je ne vous entende plus proférer cette horreur-là, apprenez que nous nous révoltons.
ARTHÉNICE :
Ne vous emportez point, elle n'a pas été de nos délibérations, à cause de son âge, mais je vous réponds d'elle, dès qu'elle sera instruite. Je vous assure qu'elle sera charmée d'avoir autant d'autorité que son mari dans son petit ménage, et quand il dira : je veux, de pouvoir répliquer : moi, je ne veux pas.

La Colonie, Scène 5.
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Nastasia-BNastasia-B   15 avril 2016
L'oppression dans laquelle nous vivons sous nos tyrans, pour être si ancienne, n'en est pas devenue plus raisonnable ; n'attendons pas que les hommes se corrigent d'eux-mêmes ; l'insuffisance de leurs lois a beau les punir de les avoir faites à leur tête et sans nous, rien ne les ramène à la justice qu'ils nous doivent, ils ont oublié qu'ils nous la refusent.

La Colonie, Scène 9.
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Nastasia-BNastasia-B   30 août 2012
ARTHÉNICE :
Nous aurions volontiers supprimé le faste dont on nous pare. Il nous aurait suffi d'être ornées de nos vertus ; c'est à ces marques qu'on doit nous reconnaître.
MADAME SORBIN :
N'importe, prenons toujours ; ce sera deux parures au lieu d'une.
ARTHÉNICE :
(…) Je fais vœu de vivre pour soutenir les droits de mon sexe opprimé ; je consacre ma vie à sa gloire ; j'en jure par ma dignité de femme, par mon inexorable fierté de cœur, qui est un présent du ciel, il ne faut pas s'y tromper ; enfin par l'indocilité d'esprit que j'ai toujours eue dans mon mariage, et qui m'a préservée de l'affront d'obéir à feu mon bourru de mari, j'ai dit. À vous, Madame Sorbin.
MADAME SORBIN :
(…) Voici mes paroles : vous irez de niveau avec les hommes ; ils seront vos camarades, et non pas vos maîtres. Madame vaudra partout Monsieur, ou je mourrai à la peine. J'en jure par le plus gros juron que je sache ; par cette tête de fer qui ne pliera jamais, et que personne jusqu'ici ne peut se vanter d'avoir réduite, il n'y a qu'à en demander des nouvelles.

La Colonie, Scène 6.
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Nastasia-BNastasia-B   27 août 2012
ARTHÉNICE :
Nos vaisseaux nous ont portés dans ce pays sauvage, et le pays est bon. (…) Le dessein est formé d'y rester, et comme nous y sommes tous arrivés pêle-mêle, que la fortune y est égale entre tous, que personne n'a droit d'y commander, et que tout y est en confusion, il faut des maîtres, il en faut un ou plusieurs, il faut des lois. (…) ces lois, qui est-ce qui va les faire, de qui viendront-elles ?
MONSIEUR SORBIN :
De nous.
MADAME SORBIN :
Des hommes !
MONSIEUR SORBIN :
Apparemment.
ARTHÉNICE :
Ces maîtres, ou bien ce maître, de qui le tiendra-t-on ?
MADAME SORBIN :
Des hommes.
MONSIEUR SORBIN :
Eh ! apparemment.
ARTHÉNICE :
Qui sera-t-il ?
MADAME SORBIN :
Un homme.
MONSIEUR SORBIN :
Eh ! qui donc ?
ARTHÉNICE :
Et toujours des hommes et jamais de femmes, qu'en pensez-vous, Timagène ? car le gros jugement de votre adjoint ne va pas jusqu'à savoir ce que je veux dire.
TIMAGÈNE :
J'avoue, Madame, que je n'entends pas bien la difficulté non plus.

La Colonie, Scène 2.
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Nastasia-BNastasia-B   17 septembre 2012
C'est une émeute, une ligue, un tintamarre, un charivari sur le gouvernement du royaume ; vous saurez que les femmes se sont mises tout en un tas pour être laides, elles vont quitter les pantoufles, on parle même de changer de robes, de se vêtir d'un sac, et de porter les cornettes de côté pour nous déplaire ; j'ai vu préparer un grand colloque, j'ai moi-même approché les bancs pour la commodité de la conversation ; je voulais m'y asseoir, on m'a chassé comme un gredin ; le monde va périr, et le tout à cause de vos lois, que ces braves dames veulent faire en communauté avec vous, et dont je vous conseille de leur céder la moitié de la façon, comme cela est juste.

La Colonie, Scène 12.
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