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Henri Coulet (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070373274
Éditeur : Gallimard (03/11/1981)

Note moyenne : 3.59/5 (sur 99 notes)
Résumé :
"Le titre que je donne à mes Mémoires annonce ma naissance ; je ne l'ai jamais dissimulée à qui me l'a demandée, et il semble qu'en tout temps Dieu ait récompensé ma franchise là-dessus; car je n'ai pas remarqué qu'en aucune occasion on en ait eu moins d'égard et moins d'estime pour moi.
[...] " "Le récit de mes aventures ne sera pas inutile à ceux qui aiment à s'instruire. Voilà en partie ce qui fait que je les donne; je cherche aussi à m'amuser moi-même."
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  25 août 2014
Quel bonheur de lire cette langue dont notre petit français actuel n'est qu'un vestige ! Marivaux, tout en finesse, tout en touches successives, brosse un portrait, non pas tant de son héros, dont on devine dès le titre son devenir, mais bien plutôt de toute la société parisienne dans laquelle il va graviter.
Il n'est évidemment pas usurpé, comme il a déjà été fait, de comparer ce Jacob au Julien Sorel du Rouge Et le Noir car, notre homme tient son ascension dans le monde grâce à l'attrait qu'il exerce sur la gent féminine. Mais là où il y avait un magnétisme de l'esprit chez Stendhal, Marivaux n'hésite pas à ne considérer que le physique, ce qui n'est pas si fréquent à l'époque pour un personnage masculin.
Notre Jacob, fraîchement débarqué de sa Champagne natale, va apprendre les usages à vitesse grand V (du moins c'est ainsi qu'il le raconte bien des années plus tard car le narrateur nous conte son ascension sociale a posteriori) et savoir utiliser ses atours physiques pour obtenir des dames l'amélioration de son quotidien avec un souci de la morale parfois assez peu prononcé.
Ensuite, deuxième et inévitable comparaison moult fois faite, celle avec Les Liaisons Dangereuses. Comment ne pas voir dans le libertinage éhonté de Jacob quelques accents du grand Valmont ? Pourtant, je trouve qu'il y a un tantinet plus du Jacques dans Jacques le Fataliste Et Son Maître que du Valmont dans la façon dont Jacob s'adonne à la question des femmes. Quelque chose de très terre à terre, de très opportuniste, un simple appel du plaisir, plus qu'une recherche de performance ou un challenge.
Quoi qu'il en soit, quel roman savoureux et quel affreux dommage que notre bon Marivaux n'ait pas jugé bon de l'achever car ces cinq premières parties sont tout bonnement succulentes d'ironie, de truculence, de sarcasme parfois. On ne peut probablement pas en dire autant des trois suivantes, fruit d'une autre plume, mais ceci, bien évidemment, n'est que mon avis de paysanne pas revenue, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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sabine59
  24 juin 2016
Ce livre me rappelle très agréablement mon année de licence, la littérature du 18 ème siècle était une option que j'avais choisie avec enthousiasme, et j'aimais beaucoup les cours du professeur que nous avions.
Marivaux est un auteur que j'apprécie: finesse de la plume, jeu subtil des sentiments, observation en profondeur des personnages et de leurs contradictions alliée à une légèreté du style.Je connaissais plutôt ses pièces de théâtre mais ce roman-mémoires m'a plu, lui aussi.
Les mémoires sont celles de Jacob de la Vallée , le narrateur.Il écrit: "Je conterai toute ma vie, et si j'y mêle autre chose, c'est que cela se présentera sans que je le cherche."L'aspect essentiel du livre est là , en substance:la duplicité, les détournements de la vérité, la volonté de séduction de ce personnage...
Son obsession: s'enrichir, comme ces financiers ayant acheté un titre nobiliaire.Fils de paysan, il comprend très vite que c'est sa beauté, son charme qui le serviront dans ce but, grâce aux femmes, qui , effectivement, seront là pour l'aider, l'élever socialement.
Voilà un personnage complexe, tout à fait représentatif de l'univers de Marivaux: un mélange d'innocence, de rouerie, de charme et de tromperie.Une ambition redoutable aussi.
De Geneviève à Mademoiselle Haberd, de sa femme à Madame de Ferval, elles tombent toutes dans ses filets, tant il sait y mettre du coeur ! Il préfigure tout à fait un Bel-Ami...
Le lecteur s'amuse des commentaires que fait Jacob, cherchant à le séduire ( tout comme il le fait avec les femmes du livre) ou à l'apitoyer.Ses aventures picaresques l' entraînent dans la campagne française , à Versailles, à Paris, et lui font découvrir un 18 ème siècle foisonnant et en trompe l'oeil, où la richesse s'acquiert de toutes les façons.Surtout les plus inavouables...
Mais n'est-ce pas un principe social intemporel ?
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mjaubrycoin
  14 décembre 2018
C'est toujours avec délice que je me plonge dans un roman du 18ème siècle tant je suis fascinée par l'élégance de la langue, la hardiesse des thèmes développés comme dans un filet de soie, la profondeur de la critique sociale qui affleure à travers l'ironie mordante et qui reflète toujours une troublante actualité. Rien de nouveau sous le soleil, si ce n'est que la langue est bien plus malmenée de nos jours, même chez les romanciers encensés par la critique...
Marivaux n'est pas seulement l'auteur de délicieuses pièces de théâtre ou les sentiments sont disséqués avec une délicate précision, mais il fut un romancier très lu avec "la vie de Marianne" et aussi "le paysan parvenu" qui parut sous la forme de "saisons" suivies par des lecteurs avides de connaître la suite du parcours de ce sympathique Jacob beau jeune homme monté à Paris pour y tenter sa chance.
Et Dieu sait que la chance, il la rencontrera , à travers les femmes qui croiseront sa route et qui seront séduites par son physique avantageux. Pour une fois, ce n'est pas une femme qui fait l'objet de la convoitise non dissimulée de l'autre sexe et ce renversement de thématique très rafraichissant doit être souligné parce qu'il illustre parfaitement l'esprit libre qui animait l' auteur en le conduisant à dénoncer sans fard les travers libertins de ses contemporains, mais avec une indulgence amusée .
Jacob est en effet l'objet du désir des femmes, désir non dissimulé qui nait de l'attrait physique et le jeune homme profite de ses bonnes fortunes en toute innocence. Il conserve cependant une certaine loyauté et un sens des valeurs qui lui permettent de tracer son chemin dans le monde, et il est certain que si le roman n'était pas resté inachevé, on l'aurait retrouvé dans une position encore plus enviable que celle qu'il a atteint à la fin du texte.
J'ai souri pendant toute cette lecture et apprécié les passages féroces dirigés contre les dévots qui bien entendu, seront de tout temps les ennemis du plaisir et même du bon sens...Je me suis réjouie pour la délicieuse Melle Habert qui trouve enfin l'amour à un âge bien avancé et profite de cette chance inespérée au mépris des mises en garde bien-pensantes.
Les personnages sont tous parfaitement croqués et à travers les lignes on croit voir la poitrine avantageuse de Fercour sur laquelle louche notre héros,le pied érotique de Mme de Ferval agité avec art, le nez mutin de la jeune Agathe qui observe le manège de sa mère Mme d'Alain la parfaite commère qui adore s'impliquer dans la vie de ses locataires...
Une galerie vivante de personnages...une prose qui fait supposer ce qu'elle ne dit pas de façon explicite, l'élégance à l'état pur d'un roman méconnu qui gagnerait à être davantage mis en avant .
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Eliahwyn
  05 mars 2015
Je pense que le résumé a été fait plusieurs fois donc je vais venir directement à la critique, si vous le permettez. Je dois dire que j'ai beaucoup aimé ! Marivaux, que je ne connaissais qu'en tant que dramaturge, et que je n'appréciais que moyennement m'a convaincue en tant que romancier.
Tout en finesse, il nous dresse le portrait de Jacob, fermier provincial, qui va arriver à Paris et s'élever socialement. A côté de cela, c'est une critique de la société, et du beau monde parisien. Quand il nous offre une critique plutôt gentille et naïve dans l'Île aux esclaves, il est presque acerbe dans le Paysan parvenu, surtout dans sa satire anticléricale. L'ironie est partout.
Les traits picaresques que prend parfois le récit lui donne une certaine truculence. On commence avec le schéma presque classique du "valet aux nombreux maîtres" pour arriver à un Julien Sorel du XVIIIe siècle, beaucoup plus sympathique. La ressemblance réside non seulement dans le fait que les deux personnages se servent des femmes pour s'élever sur l'échelle sociale, mais également dans la mesure où tous deux sont plus attirés par "l'aura sociale" de cette femme que par la femme elle-même ; et qu'ils sont tous deux d'une nature calculatrice. ( M'voyez ? )
L'inachèvement du roman est bien déplorable, beaucoup de questions restent en suspens et on aurait aimé savoir jusqu'où Marivaux comptait aller. Trop peu connu, je vous le recommande vivement !
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Chasto
  17 avril 2018
Richesses et atours se font mirages et miracles d'un jour.
Les classes se bousculent, la société s'embourgeoise et s'encanaille et chacun se démène dans son présent.
Marivaux s'amuse de ses contemporains et de leurs travers et de ses défauts dans un jeu de lignes et de chapitres pleins de rebondissements.
Parcours de vies et de rues à découvrir sans modérations.
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
araucariaaraucaria   12 janvier 2017
Le titre que je donne à mes Mémoires annonce ma naissance; je ne l'ai jamais dissimulée à qui me l'a demandée, et il semble qu'en tout temps Dieu ait récompensé ma franchise là-dessus; car je n'ai pas remarqué qu'en aucune occasion on en ait eu moins d'égard et moins d'estime pour moi.
J'ai pourtant vu nombre de sots qui n'avaient et ne connaissaient point d'autre mérite dans le monde, que celui d'être nés nobles, ou dans un rang distingué. Je les entendais mépriser beaucoup de gens qui valaient mieux qu'eux, et cela seulement parce qu'ils n'étaient pas gentilshommes; mais c'est que ces gens qu'ils méprisaient, respectables d'ailleurs par mille bonnes qualités, avaient la faiblesse de rougir eux-mêmes de leur naissance, de la cacher, et de tâcher de s'en donner une qui embrouillât la véritable, et qui les mît à couvert du dédain du monde.
Or, cet artifice-là ne réussit presque jamais; on a beau déguiser la vérité là-dessus, elle se venge tôt ou tard des mensonges dont on a voulu la couvrir; et l'on est toujours trahi par une infinité d'événements qu'on ne saurait ni parer, ni prévoir; jamais je ne vis, en pareille matière, de vanité qui fît une bonne fin.
C'est une erreur, au reste, que de penser qu'une obscure naissance vous avilisse, quand c'est vous-même qui l'avouez, et que c'est de vous qu'on la sait. La malignité des hommes vous laisse là; vous la frustrez de ses droits; elle ne voudrait que vous humilier, et vous faites sa charge; vous vous humiliez vous-même, elle ne sait plus que dire.
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OrpheaOrphea   20 novembre 2010
Je n'en dirais pas tant de celui d'une pieuse, car il y a bien de la différence entre la véritable piété et ce qu'on appelle communément "dévotion".
Les dévots fâchent le monde, et les gens pieux l'édifient ; les premiers n'ont que les lèvres de dévotes, c'est le coeur qui l'est dans les autres ; les dévots vont à l'église simplement pour y aller, pour avoir le plaisir de s'y trouver, et les pieux pour y prier Dieu ; ces derniers ont de l'humilité, les dévots n'en veulent que dans les autres. Les uns sont de vrais serviteurs de Dieu, les autres n'en ont que la contenance. Faire oraison pour se dire "Je la fais" ; porter à l'église des livres de dévotion pour les manier, les ouvrir et les lire; se retirer dans un coin, s'y tapir pour y jouir superbement d'une posture de méditatifs ; s'exciter à des transports pieux, afin de croire qu'on a une âme bien distinguée, si on en attrape; en sentir en effet quelques-uns que l'ardente vanité d'en avoir a fait naître, et que le diable, qui ne les laisse manquer de rien pour les tromper, leur donne ; revenir de là tout gonflé de respect pour soi-même, et d'une orgueilleuse pitié pour les âmes ordinaires ; s'imaginer ensuite qu'on a acquis le droit de se délasser de ses saints exercices par mille petites mollesses qui soutiennent une santé délicate ; tels sont ceux que j'appelle des dévots, de la dévotion desquels le malin esprit a tout le profit, comme on le voit bien.
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OrpheaOrphea   20 novembre 2010
J'ai pourtant vu nombre de sots qui n'avaient, et ne connaissaient, point d'autre mérite dans le monde que celui d'être nés nobles, ou dans un rang distingué. Je les entendais mépriser beaucoup de gens qui valaient mieux qu'eux, et cela seulement parce qu'ils n'étaient pas gentilshommes, mais c'est que ces gens qu'ils méprisaient, respectables d'ailleurs par mille bonnes qualités, avaient la faiblesse de rougir eux-mêmes de leur naissance, de la cacher, et de tâcher de s'en donner une qui embrouillât la véritable et qui les mît à couvert du dédain du monde.
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genougenou   23 avril 2016
Cet art de lire dans l'esprit des gens et de débrouiller leurs sentiments secrets est un talent que j'ai toujours eu et qui m'a quelquefois bien servi.
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najnajenajnaje   19 mars 2013
les dévotes le sont (curieuse), elles se dédommagent des péchés qu'elle ne font pas par le plaisir de savoir les péchés des autres...
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