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EAN : 9782709642415
450 pages
J.-C. Lattès (20/08/2014)
3.97/5   173 notes
Résumé :
Dans un village enneigé de Tchétchénie, Havaa, une fillette de huit ans, regarde, cachée dans les bois, les soldats russes emmener en pleine nuit son père, accusé d'aider les rebelles. De l'autre côte de la rue, Akhmed, son voisin et ami de sa famille, observe lui aussi la scène, craignant le pire pour l'enfant quand les soldats mettent le feu à la maison. Mais quand il trouve Havaa tapie dans la forêt avec une étrange valise bleue, il prend une décision qui va boul... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (54) Voir plus Ajouter une critique
3,97

sur 173 notes
Si Anthony Marra était un artiste du vivant il serait un transformiste bluffant. Il a beau être un auteur américain installé sur les collines californiennes, dans Une constellation de phénomènes vivants, il se fait conteur slavo-oriental déroulant avec une formidable assurance un récit tout ensemble poétique et réaliste, sarcastique et tragique, mélancolique et profond en racontant des vies brisées par deux guerres successives en Tchétchénie.
On peut même dire que Marra s'intéresse peut-être au pire de la guerre : le chaos qui lui succède et la vulnérabilité des populations civiles soumises à la délation, les arrestations sommaires, la torture, les mines antipersonnel, la contrebande quand ce n'est pas l'exode ou le trafic d'êtres humains…autant de paramètres qui bouleversent les gestes du quotidien, broient les alliances claniques traditionnelles telles que les Teïps et ce qui reste d'humanité chez les rescapés. La guerre moderne détruit tout, le visible comme l'invisible. Ou presque.
Car malgré la désolation infinie, le roman fourmille de personnages improbables, presque farfelus à l'image d'Akhmed, médecin plus doué pour le dessin que pour soigner les habitants de son village Eldár qu'il a fui en compagnie de la petite Havaa, fillette de huit ans qui rêve de devenir "anémoniste de mer". Il y a également Sonja, chirurgienne russe qui les recueille dans ce qui reste de l'hôpital de Volchansk. Sans cesse importunée par des mouches elle guette la moindre information sur sa soeur disparue. Et enfin Khassan l'ancien instituteur qui a ramené au village ses parents morts en camp de déportation dans une valise marron.


Loin d'enfermer le récit dans une atmosphère ténébreuse et glaçante d'effroi, Anthony Marra utilise les codes littéraires de cette contrée aux lignes géographiques éclatées. de la même manière que la Tchétchénie mêle les alphabets arabe, cyrillique et latin, l'auteur entrelace humour noir et grâce bouleversante, amour transcendant et cruauté, sens de l'honneur et le pire de la nature humaine avec une plume remarquable. le contraste est saisissant, parfois déstabilisant mais en tout cas séduisant car il donne à lire un roman puissant sur l'endurance et la résilience humaines en temps de guerre.
Un premier roman passionnant qui par sa construction refusant la linéarité invite à une lecture lente, ce sont des vies martyrisées qu'Anthony Marra tente patiemment de reconstituer.
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Vie: une constellation de phénomènes vitaux - organisation, irritabilité, mouvement, croissance, reproduction, adaptation.

En 2000, la dernière guerre de Tchétchénie a écrasé le pays sous la botte russe mais la fin des hostilités a offert une paix illusoire et dangereuse, sous armée d'occupation.
Le quotidien de la population reste une lutte sans fin contre les exactions des militaires russes et des rebelles indépendantistes, une quête journalière pour s'alimenter, se chauffer, se soigner, sauver sa peau en évitant les mines, les enlèvements, les délations et le mauvais sort.

Les destins croisés de la petite Havaa, qui a vu son père arrêté sous ses yeux, de son gentil voisin Akhmed, improbable médecin de village connu pour son incompétence et de Sonja, la chirurgienne russe, dernière soignante d'un hôpital à l'agonie, font la force de ce roman attachant, au plus près des individus.

Par des chapitres entrecroisés des deux guerres et de l'instabilité de la courte indépendance, le contrechamp visuel offre un pays en ruines, en couleur sépia, décimé par la guerre, où chacun s'arrange à sa manière des événements, en opportuniste ou en les subissant. L'écriture de Anthony Marra est visuelle, sensuelle, pétille parfois d'un humour salvateur, entre ironie et poésie, ménage ses effets en étant capable de lâcher des petites bombes meurtrières en petites phrases lapidaires.

Un très beau roman, dans un contexte géo politique original pour mettre en scène une fiction dramatique, aux personnages bruts et denses, hommes et femmes ordinaires pétris d'humanité. C'est l'occasion de découvrir la Tchétchénie entre modernité et moyen-âge, ses traditions, son fondement religieux musulman, son sentiment nationaliste féroce et belliqueux, ancré dans la rancune atavique envers le grand frère voisin, et le tourbillon politique d'épuration ethnique subi par cette région au 20ème siècle.

Coup de coeur! Coup de coeur!
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Dans ses luttes récentes contre la Russie, une partie des Tchétchènes a opposé une résistance farouche à ses envahisseurs alors que les liens ancestraux (les clans) étaient anéantis et les familles décimées.

Havaa, une villageoise de huit ans, voit son père emmené par les soldats russes en pleine nuit. Il est accusé, après une dénonciation perpétrée par un de ses amis, d'aider les rebelles. Mais une délation, dans un pays détruit qui manque de tout et surtout de l'essentiel, ne signifie pas grand-chose.

Car les délateurs, les salauds de ce monde privé de repères, peuvent être aussi des héros qui agissent pour sauver leurs proches ou pour survivre. Et la jalousie, la solitude, la non communication et les paroles impossibles à dire n'interdisent pas le sentiment de culpabilité et l'amour.

Une constellation de phénomènes vitaux, un conte historique, un roman documenté bien qu'un peu obscur tant les chemins qu'il empreinte sont nombreux.
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Un roman émouvant sur des existences dévastées par la guerre, sur le misères du peuple tchétchène.

Une petite fille qui survit, Haava n'avait que son père qui continuait de lui montrer de nouveaux mots en « ismes » et de lui parler d'avenir, son père, dont on avait coupé les 10 doigts… Jusqu'au jour où elle est recueillie par un voisin lorsque son père est amené à la « Décharge » et leur maison incendiée.

Le voisin, c'est un médecin un peu raté, plus doué comme portraitiste que pour la médecine. Il amènera Haava à l'hôpital d'une ville proche où en échange de la protection de la petite, il travaillera pour la chirurgienne épuisée qui est la seule à réaliser chaque jour les amputations de membres déchiquetés par les mines antipersonnelles.

Une autre famille du village, c'est un père, historien, qui écrit l'histoire des Tchétchènes, des milliers de pages qu'il doit réécrire à chaque changement de gouvernement. C'est un homme seul, surtout qu'il ne parle plus à son fils unique depuis que ce dernier sert d'informateur aux tortionnaires russes.

Une histoire qui n'est pas très réjouissante, car il s'agit des horreurs de la guerre, une guerre sans pitié où on peut bombarder l'aile d'un hôpital en représailles pour avoir soigné des rebelles.

Un livre qui ouvre sur coin du monde qu'on connait peu, un petit bout de ce qui est aujourd'hui un territoire russe, mais aussi un roman de héros qui gardent leur humanité dans un contexte inhumain…
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Nous sommes en 2004 en Tchétchénie. C'est la désolation, il ne reste rien après la guerre contre les Russes qui contrôlent tout et font appel à la délation des habitants.
Pendant la nuit des soldats viennent incendier la maison de Dokka et l'emmènent. Sa petite fille s'est cachée et le voisin, Akhmed, la recueille.
Celui-ci l'emmène à l'hôpital distant de onze kilomètres et la confie à Sonja, la chirurgienne qui garde l'hôpital en activité, si on peut dire. Akhmed a une vague formation de médecin et va venir l'aider mais il retourne chaque jour auprès de sa femme malade.
La désolation et l'histoire pénible des Tchétchènes nous est racontée par l'intermédiaire de Khassan qui a écrit ses mémoires.
L'auteur nous décrit très bien l'ambiance et les personnages et c'est ainsi que j'ai appris qu'il avait travaillé dans régions de l'est de l'Europe tout en étant Américain.
Je regrette les détours que prend l'auteur, un peu comme dans les nouvelles où on doit quitter ce qu'on lit pour passer à autre chose. Lui, il y revient mais j'ai ressenti un sentiment d'abandon du fil de l'histoire à chaque fois.
J'ai apprécié la ligne du temps en début de chaque chapitre qui se résume aux années 1996 ou 2004.
C'est un livre qui ouvre l'esprit à la réalité bien dure de certains de nos égaux.
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critiques presse (2)
Liberation
03 novembre 2014
Selon le tempérament du lecteur, son élan le portera vers ces hommes et ces femmes secourables, leurs faiblesses rachetées par le sentiment, ou bien vers la généreuse ingéniosité de l’écrivain.
Lire la critique sur le site : Liberation
Actualitte
21 octobre 2014
Un livre en mouvement perpétuel, balloté entre deux guerres, où se racontent simultanément les vies douloureuses de plusieurs personnages, réunies progressivement, au fil des pages, en une constellation intensément réaliste et poétique, stupéfiante par sa construction habile et assurée, parfaitement maîtrisée.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (51) Voir plus Ajouter une citation
Elle sourit. Un grand sourire qui dévoilait la ligne blanche de ses dents. Douze ans plus tôt, ces incisives émerveillaient le dentiste de la ville, un jeune homme pour lequel les bouches des jeunes femmes étaient l'objet de tous ses fantasmes ; mais le dentiste était mort puceau, quand un obus de mortier à la trajectoire hasardeuse avait atterri dans son cabinet, l'emmenant au Paradis dans un panache gris.
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Le temps n'allait plus vers l'avant. Les grandes horloges aux façades des immeubles de bureaux se mirent à confondre heures et minutes. Elles donnaient des dates de juin en novembre, des prédictions météorologiques estivales en décembre. Doudaiev changea l'heure nationale, dans un acte de résistance contre la Russie. Ses supporters retardèrent leurs montres d'une heure, mais les autres gardèrent le fuseau horaire de Moscou, si bien que plus personne ne savait l'heure qu'il était.
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Le visage de Havaa se creusa de résignation. Il y avait longtemps, Sonja avait elle aussi connu ça ; elle se souvenait de ce qu'on ressentait à force de s'entendre dire qu'on n'était pas plus brillante que le plus benêt des hommes, pas plus forte que le plus faible des garçons. Avec toutes ces idées qu'on vous mettait dans la tête, l'option "soumission" était le seul choix possible. Sonja s'assit sur le lit à côté de la fillette. Oui, elle se souvenait de ce qu'on ressentait alors, et elle fut pleine d'empathie.
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- Parler ne sert à rien, répliqua-t-elle.
Heureusement que Natasha n'était pas là pour l'entendre dire ça.
- Dokka a disparu une fois, et il est revenu. Sans ses doigts, mais il est revenu. J'espère encore que ce sera le cas.
C'est ça le plus dur du chemin, aurait-elle pu lui répondre, le temps qu'il faut pour que la douleur s'érode et devienne un mal supportable. Mais Akhmed et la fillette parvenaient à plaisanter avec une légèreté que Sonja n'avait jamais trouvée, même un an après la disparition de Natasha. Et cette force de joie chez ces deux-là la troublait.
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À cet instant capital du 26 décembre 1991, quand il vit tomber le drapeau rouge de l’Union soviétique — la fin d’un empire qui couvrait onze fuseaux horaires, de la mer du Japon aux côtes de la Baltique, regroupant plus de vents ethnies et deux cents langues ; la fin de cette entité collective dont la sécurité avait réclamée sacrifice de millions d’individus, avec cette stupidité slave qui exigeait la déportation de tout le peuple de Khassan, la fin de ce mirage utopique concocté par des hommes cruels qui se souciaient davantage de leur moustache que de leur intégrité, la fin de ce système cauchemardesque qui lui disait ce qu’il devait penser, dire ou être, qui croire, qui aimer, qui désirer ou haïr.

(JC Lattès, p.99)
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Video de Anthony Marra (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Anthony Marra
Présentation du premier roman d'Anthony Marra - Rentrée littéraire 2014 A l'occasion de la rentrée littéraire 2014, Isabelle Laffont a présenté, devant les libraires, le premier roman d'Anthony Marra "Une constellation de phénomènes vitaux" (JC Lattès).
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