AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 9782806102416
114 pages
Éditeur : Academia (21/09/2015)
3.38/5   4 notes
Résumé :
Au palais de Mycènes, Clytemnestre côtoie tous les jours Kilissa, une esclave qui vit dans l'ombre. Leurs voix, leurs yeux, leurs regards se croisent et se répondent. Entre les deux femmes qui vivent dans un contexte de guerre, de séparation, d'injustice et de désespoir, la reconnaissance des sentiments et la compréhension se faufilent. Au-delà des personnages antiques, les interrogations, les douleurs, les joies et la recherche de justice ont des accents intemporel... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
argali
  20 avril 2020
Même sans avoir fait d'études classiques, tout le monde a entendu parler de la guerre de Troie et de son fameux cheval. Mais sait-on encore ce qui l'a déclenchée et qui étaient les protagonistes ?
Marie-Bernadette Mars réécrit ici cette histoire en s'intéressant avant tout aux femmes. Les grands faits antiques sont toujours racontés par des hommes et du point de vue des hommes. Dans ces récits, les femmes sont soit détestées, soit ignorées. Ainsi Clytemnestre apparait-elle comme une femme cruelle (N'a-t-elle pas tué son mari ? N'a-t-elle pas un amant alors que son époux guerroie ?) mais qui cherche à comprendre les raisons de son geste ?
Dans ce roman deux femmes sont mises à l'honneur : Clytemnestre le « je » et Kilissa le « elle ». Kilissa est une esclave, une femme de l'ombre. Dans l'Antiquité, les esclaves n'avaient pas de nom. On les déterminait selon leur origine, ils perdaient toute identité. Kilissa signifie la Cilicienne. Dans la maison de Clytemnestre, c'est l'accoucheuse. Elle développe donc une relation particulière aux enfants qu'elle a mis au monde et dont elle a pris soin. C'est ce lien particulier entre Kilissa et les enfants de la famille des Atrides que l'auteure met en évidence dans ce récit. Quand, trompées par Agamemnon, les deux femmes vont assister impuissantes à la mort d'Iphigénie, leur existence va en être bouleversée à jamais.
Entre Kilissa et Clytemnestre va se nouer une relation autre. Sans jamais sortir de son rôle, Kilissa va soutenir et aider Clytemnestre à survivre à son deuil. Discrète, elle va prendre soin d'Electre et d'Oreste dont sa maîtresse n'arrive plus s'occuper.
Ce roman poignant rend à ces deux femmes un rôle fort et clair qui permet de comprendre ce qui s'est passé à Mycène, à l'époque d'une société patriarcale où défendre son honneur était primordiale, quitte à s'en prendre à sa propre famille pour le rétablir. Un récit d'une modernité incroyable qui fait écho à certains faits de notre époque.

C'est un récit sur la violence, l'absence de justice, l'honneur et l'amour maternel. C'est aussi deux beaux portraits de femmes, des femmes de l'ombre auxquelles on donne enfin la parole. le tout servi par une écriture maîtrisée, à la fois belle, forte et mélodieuse. Toutes ces raisons me l'ont fait beaucoup aimer et je ne peux que vous le recommander chaleureusement.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          82
beatriceferon
  18 juin 2016
Un jour, une jeune esclave est amenée au palais d'Agamemnon. Elle est originaire d'Anatolie, près de Troie et, personne ne se donnant la peine de connaître son prénom, on la nomme simplement Kilissa, la Cilicienne. Très vite, la jeune femme devient la suivante et l'ombre de la reine Clytemnestre. Elle s'occupe de ses trois enfants, les soigne, leur raconte des histoires.
Quand les princes grecs décident d'aller guerroyer à Troie pour ramener Hélène, le vent refusant de souffler, les prêtres prétextent une colère divine et exigent un sacrifice humain. Celui de la princesse Iphigénie. Mais on fait croire à la reine que l'on fait venir sa fille pour la marier. Ce drame va bouleverser son existence.
Marie-Bernadette Mars revisite la légende des Atrides en se plaçant du côté de Clytemnestre, que les récits mythologiques ou les textes qui en sont inspirés, nous ont toujours présentée comme une femme sans coeur, qui devient la meurtrière de son mari afin de garder le pouvoir et de porter sur le trône Egisthe, son amant. Au contraire, Marie-Bernadette Mars nous la fait voir comme une épouse solitaire et bafouée, une mère meurtrie.
Dans des chapitres très courts (pas plus de deux ou trois pages, et, le plus souvent, simplement une demi-page), elle donne la parole, tantôt à un narrateur externe, tantôt à Clytemnestre elle-même, pour nous faire pénétrer dans l'âme de cette femme. La voilà peinte comme une jeune fille heureuse, élevée avec sa soeur Hélène, rêvant de bonheur et d'amour. Leur père, qui les aime beaucoup, « ne voulait pas que nous ayons une existence banale et nous cherchait des maris cultivés, audacieux, entreprenants. Il avait persévéré, il avait attendu qu'une famille suffisamment prestigieuse le séduisît. Et nous avons épousé les deux frères, Ménélas, trop heureux d'avoir enfin Hélène, que l'on disait belle comme une déesse, Agamemnon qui m'impressionnait par ses connaissances, ses histoires, ses récits, ses défis. Et peut-être aussi son ambition. »
Mais, malheureusement, aucune des deux n'est heureuse en ménage. Elle doivent se contenter de miettes et se persuader que « l'habitude pouvait remplacer un amour inexistant ».
Ce n'est donc pas étonnant si Hélène suit Pâris. Ménélas se sent humilié dans son honneur. « Il a trouvé de nombreuses raisons pour partir vers Troie mais la seule que j'aurais comprise, l'amour, n'a jamais été invoquée. »
L'auteur aborde de nombreux thèmes. La guerre d'abord, bien évidemment, puisque Ménélas entraîne à sa suite tous les princes grecs. Avant même de commencer, la guerre sépare ceux qui s'aiment. Thétis et Pélée vont chercher un moyen d'en préserver leur fils Achille. Ulysse feint la démence pour ne pas abandonner son épouse et leur bébé.
La religion joue un rôle funeste. Pour asseoir leur pouvoir, les prêtres interprètent en leur faveur, des éléments purement aléatoires, telle une météo capricieuse. Attribuer le manque de vent à une colère divine, leur permet de rabattre l'orgueil de ce chef arrogant qu'est Agamemnon en exigeant le sacrifice de sa propre fille.
L'auteur met en avant crédulité et superstition qui poussent la foule à exiger cette barbarie. Elle analyse l'amour maternel. Clytemnestre, naïvement, amène elle-même sa fille adorée sous la lame du bourreau, pensant la conduire à ses noces. On la lui arrache. La séparation brutale d'Iphigénie. Les cris d'Iphigénie. Les larmes. Les supplications. Son désespoir. Et elle, Clytemnestre, enfermée dans une tente, avec des soldats qui la repoussaient lorsqu'elle s'élançait, se battait pour rejoindre Iphigénie, pour empêcher le sacrifice. »
Elle oppose l'indifférence de mari et de père d'Agamemnon avec le tourment enduré à la fois par Clytemnestre et par Kilissa, qui a élevé Iphigénie. « Elle basculait, gémissait, abrutie de pleurer. » « Lorsque j'évoque Iphigénie, c'est un marais qui se referme, c'est un gouffre, c'est une étendue à jamais sombre et silencieuse, c'est un plus jamais, c'est une immense désolation. »
Elle nous présent Egisthe, non comme un ambitieux, avide de pouvoir, mais comme un être sensible, tendre, empathique, qui, lui aussi, a connu une perte douloureuse.
Tout est donc original et intéressant. Et, malgré cela, j'ai dû m'accrocher pour terminer ce livre, que j'ai souvent trouvé très ennuyeux.
Donc, malheureusement, je ne l'ai pas aimé, bien que, sans doute, il le mérite.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          12
frconstant
  25 octobre 2016
"Kilissa", un court roman d'une densité propice à la réflexion. Il s'agit, bien sûr, d'un roman, d'une 'faction' comme dirait certains critiques. Marie-Bernadette Mars prend appui sur des faits... et, avec liberté et pertinence, s'interroge en prenant un autre point de vue que celui qui est habituellement pris dans l'approche de ces récits antiques dont elle s'inspire. En toile de fond, l'histoire de ces héros antiques bien (ou mal) connus qu'étaient Agamemnon, Achille, Priam et tant d'autres. Mais c'est aux femmes que Marie-Bernadette MARS, l'auteure, donne la parole. À Clytemnestre, épouse d'Agamemnon et mère d'Iphigénie, sa fille assassinée. À Kilissa, aussi, la Cilicienne, une jeune esclave. Entre ces deux femmes que tout pourrait séparer, s'installent des silences qui savent écouter, des paroles qui portent à vivre, un lien tissé dans le respect, la compréhension et la compassion entre personnes en souffrance, en révolte.
L'auteure pose, à travers son roman, une réflexion profonde et intemporelle sur ce que vivent les femmes. Loin d'être réductible à des propos sexistes, ce roman ouvre une brèche dans L Histoire pour que soit remis en question la place laissée aux femmes dans nos sociétés, encore souvent dominées par des hommes s'octroyant le droit de décider pour elles ce qui est bon et juste!
Un roman qui se lit facilement, même pour celui qui n'est pas habitué à ces personnages antiques car, avec clarté et à propos, l'auteure nous les resitue en quelques mots et nous permet, de la sorte, de poursuivre les idées soulevées sans se perdre en chemin.
Un seul petit regret, ce livre et les idées développées auraient mérité de la part de l'éditeur une mise en page des différents chapitres un peu plus soignée. Malgré ce petit bémol, Kilissa est un coup de coeur. À partager, en lecture, sans modération!
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
Willd
  02 novembre 2019
Quel joli titre pour un roman ! Kilissa résonne comme une eau rejaillit sur une roche, comme un cri d'enfant que l'on entend au loin sans le distinguer.
Esclave, sans véritable identité (son nom « La Cilicienne » lui a été attribué en raison de sa région natale située en Anatolie), elle vit à Mycènes auprès d'Agamemnon et de Clytemnestre. Femme de l'ombre, discrète et respectueuse, elle partagera l'intimité de la cour royale.Elle aidera sa maîtresse à accoucher des ses enfants : Iphigénie, Electre et Oreste. Elle sera leur nourrice, leur nounou et leur confidente. Au fil du récit l'entente entre la maîtresse et l'esclave sera de plus en plus intime au point que Kilissa ressentira toutes les émotions de Clytemnestre. L'auteure construit son roman en tableaux dans lesquels, par un intéressant jeu de miroirs, les deux héroïnes se réfléchissent mutuellement.
Le sacrifice d'Iphigénie pour raison d'état (sacrifice exigé par les dieux pour qu'Agamemnon, à la tête de l'armée grecque, obtienne des vents favorables qui amèneront ses troupes à Troie) plonge les deux femmes dans une souffrance indicible et un profond désarroi. Commence alors le temps de l'absence insupportable accompagnée de son cortège de questions sans réponse, ravivant d'autant plus la douleur de Kilissa qu'elle se sait à tout jamais séparée des siens. Pourtant dans le silence et l'ombre deux femmes au statut social différent vont se comprendre, se respecter et se réconforter. le succès divise, la souffrance rapproche. On retrouve dans Kilissa l'ambiance intimiste du roman Dans l'ombre de la lumière où Claude Pujade-Renaud imagine la vie de la concubine d'Augustin qu'il répudiera avant de devenir évêque d'Hippone et à qui il enlèvera plus tard leur fils.
La disparition d'Iphigénie, qui est en fait un assassinat doublé d'infanticide, comporte des résonnances bien actuelles puisque on a recours à la religion pour justifier le pouvoir sanguinaire qu'exercent certains hommes sur d'autres. « Je crois que c'est ce jour-là que j'ai compris tout à fait combien ceux qui avaient le pouvoir trouvaient des ressources pour utiliser la religion et s'en servir pour gagner les hommes à leur cause. » (p. 39). Ce roman baigne, on l'aura compris, dans une ambiance de guerre, de vengeance, de viol voire même d'inceste et rejoint par là la tragédie antique. Toutefois l'auteure (philologue classique et bachelière en philosophie) nous invite à aller au-delà en visitant des thèmes intemporels : la douleur de l'absence que rien n'efface, l'injustice, la violence, l'abus de pouvoir, l'écoulement du temps, l'angoisse de l'avenir...
Le grand mérite et l'originalité de Marie-Bernadette Mars consistent à donner la parole aux femmes de l'antiquité ( les grandes ignorées de l'époque sauf quand elles sont soumises à un destin tragique) et à travers elles aux femmes exploitées, humiliées, soumises, méprisées (doit-on rappeler les injures proférées à leur égard par un « ancien candidat » à la présidence des Etats-Unis?), réduites à l'esclavage, contraintes au mariages forcé...
Ce roman court mais dense invite donc le lecteur à la réflexion et lui permet, tout comme on fait un arrêt sur image pour vérifier un détail, d'arrêter momentanément la lecture pour poursuivre le cheminement de la pensée tout en interrogeant l'actualité brûlante. Comment ne pas comparer Kilissa aux réfugiées qui , au péril de leur vie, abordent les frontières de l'Europe? Comment ne pas comparer la disparition d'Iphigénie à ces images effrayantes d'un petit garçon kurde rejeté, sans vie, par la mer sur une plage turque ?
Kilissa a disparu dans les strates de l'humanité. Trotte dans la tête ces paroles d'Aragon interprétées par Léo Ferré : « Est-ce ainsi que les hommes vivent ?»

Lien : http://willem.dominique@skyn..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
FelixKati
  25 septembre 2018
Kilissa est un roman fascinant, en ce sens qu'il effectue une lecture tout à fait neuve de l'un des plus fameux épisodes de la mythologie grecque : la guerre de Troie. Marie-Bernadette Mars n'a que faire des héros; dans Kilissa, l'histoire ne s'écrit pas aux côtés d'Agamemnon; on reste sur le rivage de l'Argolide et c'est seulement de loin que nous parviennent les clameurs, les cris, la rumeur de sang et de carnage. Kilissa, c'est l'Iliade de ceux et celles qui restent. C'est l'Iliade de deux femmes, Clytemnestre et Kilissa, l'esclave cilicienne du palais de Mycènes. C'est, non pas la douleur d'un guerrier privé de son compagnon d'armes, mais celle d'une mère que d'absurdes superstitions ont amputé - le mot n'est pas trop fort! - de sa fille ainée. C'est l'épopée d'une amitié improbable et d'un amour salutaire. C'est une tragédie de toute beauté. C'est, toutes proportions gardées, le pendant essentiel de l'oeuvre d'Homère. C'est à lire absolument.
(On regrettera seulement que la concision de ce roman, qui fait sa force, fasse aussi sa faiblesse : Kilissa n'exploite pas assez certaines possibilités que lui offre son thème. Je parle du féminisme : ce qui aurait pu être un monument féministe, une véritable "guerre de Troie des femmes", n'est, dans ce roman, que la guerre de Troie de deux femmes, et les considérations féministes y sont plutôt sous-entendues que développées. Mais retenons plutôt ses innombrables qualités : Marie-Bernadette a écrit un grand roman sur ceux qui restent, sur l'amitié et sur la douleur maternelle.)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10

Citations et extraits (2) Ajouter une citation
WilldWilld   02 novembre 2019
Combien de temps me réveillerai-je encore avec, soudain, comme un orage qui brusquement obscurcit tout, un chagrin profond qui m'envahit ? Les images alors défilent, m'obsèdent, des souvenirs que je croyais atténués reviennent, je revois, pendant plusieurs heures, des gestes précis, j'entends des mots que je croyais oubliés, une intensité de tristesse que je pensais endormie se réveille. Le temps, les années ne m'ont pas encore usée, je ne suis pas morte de chagrin, j'ai, vaille que vaille parfois, survécu. J'ai peu à peu retrouvé mon rire, j'ai connu encore des moments heureux, j'ai appris à vivre avec ma blessure qui jamais ne cicatrise mais fait moins mal au fil du temps. Bien souvent encore, j'ai apprécié la vie et jamais je n'ai souhaité la quitter. Mais, après plusieurs années, la précision de certaines heures, une indicible horreur, des mots, des odeurs, des gestes reviennent, intenses brusquement de douleur réveillée. (p.79)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
FelixKatiFelixKati   25 septembre 2018
Elle n'avait jamais eu de nom. Ou peut-être tout le monde l'avait-il oublié. On l'appelait Kilissa, la Cilicienne, à cause de son origine. Elle était arrivée un matin, fière, désespérée, humiliée. Jamais elle n'évoquait son départ de là-bas, jamais elle ne parlait de son passé, personne ne savait quel regard, quelles pressions, quel marchandage l'avaient amenée sur les rives de l'Argolide. Elle était alors au bord de l'adolescence, seule, le ventre noué, elle ne comprenait pas un mot de la langue de la région où elle avait abordé. Elle était un objet parmi d'autres. Elle avait essayé de fixer, au plus profond d'elle-même, les couleurs, les visages, les gestes de ceux qu'elle ne reverrait jamais. Elle était une esclave. Elle n'était rien. Elle avait l'impression de disparaître peu à peu.
On l'avait conduite au palais du roi Agamemnon.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00

autres livres classés : honneurVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Devenez très fort en citations latines en 10 questions

Que signifie Vox populi, vox Dei ?

Il y a des embouteillages partout.
Pourquoi ne viendrais-tu pas au cinéma ?
J'ai un compte à la Banque Populaire.
Voix du peuple, voix de Dieu.

10 questions
499 lecteurs ont répondu
Thèmes : latin , Citations latines , antiquitéCréer un quiz sur ce livre