AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2828916952
Éditeur : Favre (18/10/2018)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Une révolution se prépare dans le domaine de la guerre avec le développement d'engins armés autonomes. Quelle sera alors la place de l'être humain dans les combats ?
Les anglo-saxons les appellent unmanned vehicles que l'on pourrait traduire par " véhicules déshumanisés ". Il s'agit d'engins robotisés pilotés à distance qui se sont répandus depuis les années 2000. Dotés de nombreux automatismes, ils semblent préparer l'arrivée d'engins robotisés autonomes qu... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
catallaxie
  18 mars 2019
Publié en octobre 2018, le court livre d'Éric Martel est une introduction intéressante sur un thème déjà actuel, qui sera de plus en plus important dans un avenir proche, et qui intéresse tout un chacun dès lors que, quel que soit l'aspect non-désirable que peut prendre la société technologique, nul ne peut plus sortir de l'Histoire au risque de connaître au XXIème siècle le même sort funeste que les Indiens des Amériques, les Africains ou les Océaniens dans les siècles passés.
Comme tout bon ouvrage, son organisation est rationnelle avec 12 chapitres logiquement agencés, commençant par l'histoire de la robotisation de la guerre (chap. 1-3), un catalogue (que je suppose non-exhaustif) de l'existant (chapitre 4, frappé le plus évidemment d'obsolescence très rapide), puis des perspectives philosophiques (chap. 5-7) et tactiques (chap. 8-11) qui aiguisent l'intérêt du lecteur. Et comme tout ouvrage de vulgarisation, il laisse un peu sur sa faim. Un cahier central reprend des photos en couleur de machines évoquées dans les différents chapitres, dont le choix n'est pas forcément toujours des plus judicieux, puisque des cartes géopolitiques, des schémas tactiques ou des explications sur le fonctionnement des machines, auraient été parfois plus utiles que la seule apparence de certaines d'entre elles.
Au titre des défauts du livre notons quelques redites (...) et des petites négligences éditoriales, mais rien de bien grave.
Étant un ignorant complet sur le sujet, je ne saurais rien dire sur la teneur des premiers chapitres, sinon qu'ils sont stimulants. J'ai noté avec intérêt la distinction politique établie entre la cybernétique, vite investie par les soviétiques et qui fut rapidement estampillée comme science “communiste”, et l'intelligence artificielle du monde capitaliste (...). Dans l'un et l'autre cas, j'aurais aimé avoir de temps en temps plus de détails et de schémas, au risque de devenir plus technique et un peu plus de notions, mais soit.
Éric Martel montre au fil des pages, et de manière assez convaincante, que la notion de robot est bien plus large que la machine anthropomorphe imaginable un peu naïvement, et que ces technologies du début du XXIème siècle fonctionnent de manière complémentaire avec des technologies de la moitié du XXe siècle, notamment pour les bombes. Néanmoins, deux aspects m'ont frustré. D'une part, le manque de considérations sur les sources d'énergie qui permettent d'alimenter ces robots tant sur le plan des composants des batteries – et qui éclairent quelques enjeux internationaux, par exemple en Afrique riche en métaux rares –, que sur l'autonomie et la fiabilité de ces batteries, qui donneraient quelques indications sur la vulnérabilité de ces machines. (...) D'autre part, j'aurais aimé plus de développements sur la notion de dispositif global permettant de faire fonctionner ces robots : M. Martel prend un certain soin à discuter la complémentarité homme-machine ou le remplacement total des premiers lorsque les machines sont capables de prendre elles-mêmes des décisions et de changer leur plan de mission en fonction des données récoltées au cours de celle-ci, mais il néglige parfois de prendre en considération l'ensemble des autres machines qui permettent en amont au(x) robot(s), de mener cette mission, notamment les caméras de surveillance, les satellites ou les radars qui lui donnent des informations sur son environnement, etc. Dans ce que nous présente l'auteur, souvent, seuls les essaims sont reliés à leur vaisseau-mère ou les missiles à leur drone, mais cela est une petite partie d'un dispositif plus large. De même, ses considérations sur la doctrine militaire sont beaucoup trop sommaires, surtout qu'il rappelle à plusieurs reprises l'échec de la stratégie technologique américaine face aux Vietnamiens ayant appris à tromper les capteurs de mouvement et de bruit de l'opération Igloo White, ou comment les Serbes ont trompé les Casques Bleus sur le nombre de chars détruits, et qu'on voudrait en savoir bien plus !
La question de la cohabitation des hommes et des machines est plus fouillée. Là encore, le grincheux pourra regretter que cette réflexion n'ait pas été encastrée dans une réflexion plus large sur les places de l'homme et de la machine dans la société, et notamment dans les rapports de travail pour les individus de moins en moins nombreux qui restent affectés à des tâches non-remplaçables par des machines. Cette perspective permettrait de montrer que la guerre s'est déplacée, qu'elle n'est plus tant entre groupes sociaux distincts qu'au sein-même des nations divisées en territoires de plus en plus fermés sur eux-mêmes, centre-villes bourgeois d'où les humains pucés, transhumains puis posthumains de demain comme nouvelle hyperclasse sociale, seront sans doute tentés de se débarrasser des simples hommes devenus surnuméraires vivant dans les quartiers périphériques ou dans les campagnes. Autrement dit, le chapitre 6 sur la déshumanisation de l'homme dans la guerre et le chapitre 7 sur la robotisation du combattant, auraient pu être replacés dans un contexte plus global qui dépasse les cas de guerres entre nations, déclarées, réglées par la Convention de Genève, identifiables, au profit de guerres sociales larvées, lentes, où – pour adopter un schéma plus marxiste – la paix n'est qu'une longue guerre de classe, de races et de clans, et où la possession de la technologie est un facteur de suprématie sociale, religieuse ou voire raciale si un groupe particulier s'approprie les technologies les plus efficaces. Malgré ce gros bémol géo-sociologique, Éric Martel est juste dans sa façon de dédramatiser l'usage des robots : après tout, du chevalier dans son armure, au drone en passant par le CRS obtus et brutal, le robot n'est pas plus déshumanisé ni plus dangereux que le guerrier 'humain', et a même une capacité de calcul qui lui permet de minimiser les erreurs de tirs. De sorte qu'on ressort de la lecture de ces chapitres avec une réflexion plus aboutie et moins techno-alarmiste qu'auparavant.
Si réédition augmentée il devait y avoir un jour, notamment pour remettre à jour le chapitre 4 avec les nouveaux engins apparus, je suggérerais qu'Éric Martel considère plus l'usage des robots dans le cas non pas uniquement des populations étrangères déclarées ennemies, mais bien aussi dans ce cas de maintien de l'ordre par des pouvoirs désireux de contrôler leur population, ou, dans les colonies, contre une population à surveiller cohabitant sur le même territoire que la population protégée. Si le cas du terrorisme paraît a priori assez simple – mais dans les faits il ne l'est pas du tout puisque le pouvoir politique a toute latitude de modifier l'extension de la notion au fur et à mesure qu'il adapte la norme à ses besoins politiques immédiats –, la révolte populaire ou la création de milices privées communautaires ou du fait d'entreprises privées, complexifie les choses. Ce serait l'occasion de changer aussi de titre, puisque la notion de robots-tueurs est malvenue, l'auteur expliquant que le robot permet notamment de détruire de manière plus sélective et d'épargner plus de vies qu'un combattant humain. Si la visée est "zéro mort", les robots sont donc idéalement non-tueurs. Aussi, 'Les conflits robotisés' ou 'Le conflit armé à l'âge de l'intelligence artificielle' seraient donc plus appropriés.
Sans doute manque-t-il aussi un chapitre 12 à ce livre, qui ne considèrerait plus uniquement les cas où l'humain est à la tête de robots à sa disposition, mais une guerre où les robots sont dotés d'une intelligence artificielle autonome capable d'apprendre, d'innover et seraient laissés libres de choisir leurs 'doctrines' stratégiques. En effet, si Éric Martel évite les poncifs sur la science-fiction tout en montrant le rôle de celle-ci comme aiguilleuse des recherches militaires, il oublie le thème des machines devenues autonomes (volontairement ou à notre corps défendant) et mises les unes face aux autres, tout en échappant aux humains. Je pense notamment au films "Screamers" [1995], "I, Robot" [2004] ou "Her" en 2013. Dans le premier cas, deux factions de robots opposées finissent par s'allier et se retourner contre les humains qui les ont créés. (...) Dans Her, les robots finissent par dialoguer entre eux et se désintéressent simplement de leurs créateurs. Le troisième exemple est le plus intéressant, car il peut être inscrit dans un schéma progressiste concevant l'être humain comme un moment historique bientôt dépassé, qui avait pour mission historique de créer l'intelligence artificielle (ou Dieu) et devra s'éteindre une fois cette tâche effectuée, remplacée par ces êtres immatériels. Cette vision non-apocalyptique – mettons que les immatériels permettent à quelques humains choisis via des méthodes eugénistes développées de vivre dans de très bonnes conditions et se débarrassent de l'humanité par des techniques de castration non-violentes – renvoie donc à des schémas eschatologiques où même la guerre de partisans (...) ou la guerre civile sont dépassées.
Prenons l'exemple de la Chine. Avec le système du crédit social, un dispositif complet de récolte d'information sur l'ensemble de la population, permet à un algorithme de définir une note sociale définissant à quel degré l'individu est conforme à ce que le régime attend de lui. Si sa note est trop basse, des lieux et des métiers lui sont interdits, les prix peuvent monter et le débit de son Internet peut être réduit, etc. ; pire : toute personne le côtoyant trop, peut voir sa note sociale affectée, obligeant à ostraciser l'individu mal noté. Il n'y a pas là un seul robot qui a le droit de vie ou de mort sociale sur l'individu, mais un ensemble de caméras, de dossiers administratifs ou ses machines connectées (ordinateurs, téléphones, maison) reliées à un serveur et enfin l'algorithme en question modifiable politiquement. Il n'y a pas là de guerre visible, il n'y a pas de mort, mais il n'y a pas de machine unique, sinon au bout de tout cela, une mort sociale à petit feu pour l'opposant et peut-être l'interdiction pour lui d'enfanter. On peut imaginer que le régime chinois sert de laboratoire au parti collectiviste-oligarchique de Grand Frère orwellien, et cette techno-lutte des classes étendue au niveau mondial. L'algorithme tueur socialement n'est-il donc pas plus dangereux que le robot ? Et comment l'être humain peut-il couper les sources d'énergie à un tel pouvoir ? Retournera-t-on à l'âge des cavernes pour avoir seulement un futur ?
Merci en tout cas à Babelio, Eric Martel et les éditions Favre pour cette lecture qui aura suscitée toutes ces questions en moi, en marge d'un combat en jaune qui me permet de me battre pour un futur échappant aux pires scenarii.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
Tiephaine
  13 mars 2019
Un ouvrage très intéressant sur les systèmes de combat et de renseignement semi-automatisés et autonome. Eric Martel a très bien travaillé son sujet, et a fourni un travail en profondeur, tant sur le plan historique que théorique.
Très bien écrit et organisé, ce livre peut s'adresser autant à un public ne connaissant pas du tout le sujet qu'à un public plus averti.
Bien renseigné sur les projets actuels, Eric Martel explique les origines oubliées des travaux sur les "robots tueurs", un terme un peu trop étriqué pour refléter ce vaste domaine d'étude. En expliquant les premiers temps de la Cybernétique, Eric Martel donne à son essai une profondeur historique plus qu'intéressante, qui permet d'expliciter à la fois les développements technologiques et les réflexions théoriques, notamment celles encore en cours dans l'armée américaine quant à l'emploi des drones armés.
Une lecture très actuelle, qui donne un panorama complet des projets en cours de développement, ainsi qu'un aperçu des projets passés. Les "robots tueurs" ne se limitent en effet pas aux seuls drones: les systèmes de défense automatisés de type Phalanx, la tourelle SGR-A1 de Samsung ou le système russe "Terminator" rentrent dans cette catégorie. L'auteur tente également de montrer l'avenir de ces systèmes en abordant deux grandes approches en cours d'étude, l'essaim et le "vaisseau mère".
Une excellente synthèse, donc, soutenue par des sources diverses, aussi bien institutionnelles que provenant de la société civile. S'il fallait ne lire qu'un seul ouvrage sur le sujet, ce pourrait être celui-ci.
Un grand merci aux éditions Favre et à Babelio!
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
arbrevert
  18 mars 2019
Ce livre aborde la thématique des robots tueurs. L'évolution de cette technologie est une question d'actualité.
Ce livre aborde la partie historique ainsi que les questions morales que ces robots tueurs déclenchent.
L'auteur retrace très bien l'évolution technologique avant d'en arriver à ces robots (la cybernétique, l'intelligence artificielle, les drones, la nanotechnologie...). Il aborde également les questions morales.
Il retrace les avancées technologiques dans le contexte historique (les guerres sont les principaux moteurs de cette avancée). Il montre également le changement de pensée et de comportements pour arriver à accepter ces machines. Dans l'ensemble, c'est plutôt intéressant même si certains passages sont difficiles à lire car trop technique, notamment quand on lit une suite de noms de drones.
Commenter  J’apprécie          00
autres livres classés : guerreVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox




Quiz Voir plus

Quelle guerre ?

Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell

la guerre hispano américaine
la guerre d'indépendance américaine
la guerre de sécession
la guerre des pâtissiers

12 questions
1740 lecteurs ont répondu
Thèmes : guerre , histoire militaire , histoireCréer un quiz sur ce livre