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Gilles Goullet (Traducteur)
EAN : 9782290373682
576 pages
J'ai Lu (20/04/2022)
3.6/5   46 notes
Résumé :
Yskandr, l'ambassadeur de Lsel en poste dans la capitale de l'Empire teixcalaanli, est mort. Sa remplaçante, la jeune Mahit Dzmare, part avec un handicap : la puce mémorielle censée lui fournir tous les souvenirs de son prédécesseur est défectueuse, la laissant démunie face à une société complexe dont elle a du mal à appréhender les codes. Elle peut cependant compter sur l'aide de Trois Posidonie, sa chargée de liaison pleine de ressources, pour la guider parmi les ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
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sur 46 notes
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JustAWord
  09 février 2021
C'est après de longues études en histoire arménienne et byzantine que l'américaine Arkady Martine (de son vrai nom AnnaLinden Weller) décide d'écrire une saga de science-fiction. Version fictionnelle de sa dissertation de fin d'études autour de lettres de diplomates byzantins, Un souvenir nommé empire troque les oripeaux historiques pour une façade science-fictive assumée dans l'univers de Teixcalaan, un empire galactique colossal qui rayonne sur une foultitudes de peuples.
Couronné en 2020 par le prix Hugo et largement acclamé par la critique américaine, Un souvenir nommé empire débarque aujourd'hui en France dans la collection Nouveaux Millénaires des éditions J'Ai Lu.
Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'Arkady Martine risque bien de faire parler d'elle…
Un empire poético-guerrier
Un souvenir nommé empire nous emmène dans le sillage de Mahit Dzmare, nouvelle ambassadrice de Lsel (une station spatiale indépendante de 30.000 âmes) auprès de l'Empereur Six Direction de l'empire Teixcalaanli.
Son prédécesseur, Yksandr Aghavn, est décédé dans des circonstances particulièrement étranges… en lesquelles Mahit ne croit guère.
En effet, elle découvre dans la Cité, planète-ville et capitale de l'empire, que les luttes politiques vont bon train. L'Empereur Six Direction se fait vieux et le triumvirat qui doit lui succéder ne semble guère à la hauteur, surtout face à l'ambition dévorante du général Un Eclair.
Pour l'aider dans sa mission, Mahit devrait pouvoir compter sur sa machine-imago, une technologie neuronale qui permet de greffer les souvenirs de son prédécesseur et de fusionner sa mémoire avec celle du nouvel arrivant.
Problème, Mahit ne dispose que d'une version obsolète de Yksandr et celle-ci se met en plus à dysfonctionner. Dès lors, sur qui compter dans un monde totalement étranger qu'elle n'a parcouru que dans les livres et les films ?
Trois Posidonie, sa chargée de liaison culturelle ? Douze Azalée, membre du ministère de l'information ? Ou la redoutable politicienne Dix-Neuf Herminette ?
Plongé quasi-immédiatement dans le grand bain, le lecteur découvre avec Mahit, notre narratrice, la gigantesque ville-monde appelée la Cité.
Coeur d'un empire galactique à la croisée des civilisations aztèques et grecques, Teixcalaanli nous apparaît avec toute la splendeur qu‘il se doit. Arkady Martine fait ici un pari audacieux, celui de concentrer l'action de son récit exclusivement sur cette Cité et d'exclure quasiment toute autre considération (si l'on oublie deux-trois interludes de quelques pages sur Lsel).
Ce qui étonne le lecteur en premier lieu, ce sont les noms farfelues des Texcalaanlizlim qui fusionnent à chaque fois un nombre et un qualificatif : Trois Posidonie, Un Eclair, Six Hélicoptères, Huit Boucles… un procédé dangereux qui flirte allègrement avec le ridicule mais qui renforce l'impression d'étrangeté ressentie par Mahit (et donc par le lecteur).
L'exotisme ne se limite d'ailleurs pas aux noms des personnages mais également à leur pratique quotidienne de la poésie qui devient ici une forme d'information, un art et même une arme.
Mais que cache cette civilisation éprise de poésie derrière le lustre de ses cérémonies et de ses convenances ?
Une coquille vide
Une fois que l'on a posé le pied sur la Cité et cerné les enjeux principaux — trouver le responsable du meurtre d'Yksandr et mettre Lsel à l'abri des prédations de l'empire — , le roman tourne à vide ou presque.
Derrière cette intéressante façade de civilisation néo-aztèque, Arkady Martine ne creuse rien et se contente de nous rejouer une intrigue politico-politique à la Game of Thrones version SF.
Les similitudes avec l'oeuvre de Martin sont d'ailleurs troublantes : un personnage d'une lointaine contrée (Mahit de Lsel/Ned Stark de Winterfell) est appelé à venir séjourner à la capitale (la Cité/Port-Réal) au service d'un roi/empereur menacé (Six Direction/Robert Barathéon) pour remplacer un prédécesseur assassiné (Yksandr/Jon Arryn) et doit négocier avec un allié fourbe (Dix-Neuf Herminette/Littlefinger). le tout dans un contexte de guerre civile pour la succession sur le trône et d'une menace périphérique incompréhensible (les aliens /Les marcheurs blancs).
Autant dire que tout cela sent (beaucoup) le réchauffé.
Mais le pire ici n'est pas l'impression de déjà-vu mais bien la lenteur du récit qui se traîne de façon incompréhensible perdu entre les tergiversations et atermoiements de Mahit et un didactisme étouffant où Martine répète et répète et répète au lecteur les enjeux et les révélations (qui se comptent sur les doigts d'une main). Pire encore, certaines péripéties semblent carrément se produire pour rallonger la sauce : quel besoin de tenter d'assassiner une seconde fois Mahit après avoir tenté de l'empoisonner une première fois ?
L'immense problème d'Un souvenir nommé empire, c'est que le récit s'enlise régulièrement pour rabâcher les mêmes choses, notamment sur la terrible absence d'Yksandr et le difficultés de Mahit à faire sans lui…
Sur les 500 pages du récit, au moins 200 auraient pu être évitées facilement , affutant d'autant l'histoire finale.
Car sans être mauvaise, l'aventure de Mahit laisse dubitatif à la fois par sa lenteur, ses incohérences (l'empire déteste les machines neurales mais possède des légions de guerriers Ensoleillés contrôlés par une IA toute-puissante régnant sur la Cité, logique) et par son incapacité à provoquer l'ébahissement auprès du lecteur. Les révélations n'ont jamais l'impact espéré et, surtout, on finit par prévoir les réactions des personnages, du triangle amoureux au sacrifice final.
Un souvenir nommé regret
Surtout, Un souvenir nommé empire déçoit par sa superficialité.
Si le but premier d'Arkady Martine était de plonger dans les méandres de la diplomatie en terres étrangères (un thème déjà largement exploité ailleurs de façon plus convaincante), elle loupe presque totalement les thèmes porteurs de son récit à commencer justement par le rôle du souvenir et de la mémoire qu'elle ne fait qu'effleurer. L'impact de la machine-imago et l'importance de la mémoire dans la construction d'un être n'est ici abordée que de façon purement politique et davantage comme un outil que comme un fin.
Idem pour le clonage, évoqué en passant, jamais exploré.
La poésie, seule fantaisie clairement mise en valeur par le roman, ne peut sauver le reste d'une histoire molle et paresseuse qui traîne des personnages pourtant intéressants et complexes, notamment Trois Posidonie et Douze Azalée, dans un univers qui semble, paradoxalement, étriqué.
Car c'est certainement le plus surprenant mais le choix audacieux de situer l'action entièrement sur la Cité finit par se retourner contre son autrice. Jamais le lecteur n'a l'impression de contempler un vaste empire galactique, cloîtré sur une planète-ville où tout se ressemble et où l'on cause à peine d'une station spatiale, d'un peuple quadrupède extra-terrestre et d'une planète rebelle du nom d'Odile. Et ce ne sont pas les sempiternelles tirades des personnages sur la grandeur de l'empire qui change quelque chose à ce fait malheureux. Il faut montrer et non épeler.
Comment décrire au mieux ce premier roman de science-fiction lent, bavard et creux ? Un pétard mouillé. Voilà certainement le meilleur terme pour désigner cette aventure spatiale déguisée en planet-opera mâtinée de policier qui gaspille ses meilleures idées sur l'autel d'un didactisme fatiguant.
Définitivement, le prix Hugo n'est plus ce qu'il était…
Lien : https://justaword.fr/teixcal..
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LaGeekosophe
  07 avril 2021
Un souvenir nommé Empire avait éveillé mon intérêt car l'autrice s'est inspirée de sa dissertation de fin d'étude pour rédiger son récit de science-fiction. Ensuite, je trouvais que l'histoire et l'univers avaient l'air plutôt originaux : des complots politiques dans un Empire intergalactique. Alors merci à la masse critique pour l'envoi ;) On y va ?
D'abord, c'est une histoire avant tout sur la culture. Je parle de culture au sens anthropologique du terme, à savoir l'Ensemble des formes acquises de comportement dans les sociétés humaines. Je pense qu'il faut avoir conscience de cet état de fait pour entamer ce roman et comprendre certains partis pris de l'autrice. En effet, l'histoire est centrée sur Mahit, qui débarque d'une lointaine station interstellaire pour découvrir les us et coutumes du centre politique d'un vaste empire qui a annexé de multiples planètes. Ce parti est aussi intrigant que prometteur et se concentre sur les différences culturelles entre un personnage central catapulté dans un monde qui lui est étranger et hostile. dans ce cadre, l'autrice offre une certaine précision sur les spécifités culturelles qui animent son monde.
Il y a notamment certaines insistances sur le langage des Teixcalaalni (là j'ai dû m'y reprendre à trois reprises pour l'écrire correctement), qui est très spécifique en termes de temps et de déclinaisons. Il est assez complexe pour que Mahit fasse quelques remarques dessus quand elle rédige des messages. Ensuite, ce peuple a une relation très particulière avec la poésie, qui sert de moyen de communication, de chiffrage autant que d'art ou de jeu. L'autrice démontre avec ces aspects que l'Empire a une culture d'une sophistication, érudition même, là où celle de Mahit est plus pragmatique et directe. Mais ces mêmes aspects sont parfois maladroits. Les noms sont ainsi assez… particuliers, composés d'un nombre ou d'un chiffre, parfois suivi d'un nom naturel. Il y a donc Trois Posidonie, Douze Azalée, Dix Perle… Où on se dit pourquoi pas, c'est poétique. Mais quand on passe aux éléments non naturels et qu'on se retrouve face à Six Hélicoptère ou Dix Moteur, disons qu'il est plus difficile de leur accorder de la crédibilité.
J'ai sûrement oublié de préciser qu'"un souvenir nommé Empire" avait remporté un prix prestigieux : le Prix Hugo. Ce qui m'a un peu surprise car j'ai trouvé qu'il y a avait quelques maladresses qui auraient mérité d'être corrigées. Par exemple, j'ai évoqué au passage précédent que Mahit avait parfois du mal avec l'extrême subtilité du langage Teixcalaani. Mais il me semble tout de même surprenant qu'elle soit ambassadrice. Certes, elle est censée avoir reçu la mémoire et une partie de la personnalité de son prédécesseur grâce à une technologie spécifique à la station qui lui aurait permis de bénéficier d'une grande expérience sans l'avoir vécue, il semble peu probable qu'un ambassadeur ne soit pas plus expérimenté et entraîné à naviguer dans une culture extérieure. Mahit semble parfois naïve, ce qui n'est pas amélioré par une tendance de l'auteur à sur-expliquer.
En effet, nous sommes dans un roman proche d'une intrigue de cours, qui est censé mettre en place des intrigues complexes entre des personnages de pouvoir. du coup, l'autrice est parfois très prodigue quand il s'agit d'expliquer certains retournements de situation. Il y a certains passages assez lourds ou des répétitions qui allongent une lecture qui aurait gagné en rythme en réduisant un peu certaines parties. Par exemple, Mahit se plaint à de nombreuses reprises de sa technologie Imago qui ne lui donne pas accès à la mémoire d'Yksandr, ce qui lui aurait été fort utile. Et quand j'écris à de nombreuses reprises, c'est que c'est arrivé deux fois à trois pages d'intervalle. le reste du style est assez direct et efficace mais avec peu de moments vraiment marquants.
J'apprécie beaucoup certains des éléments que l'autrice met en place. L'Empire qu'elle décrit semble beaucoup s'inspirer des empires aztèques de par les noms et l'apparence des autochtones. L'atmosphère de danger de la cours est assez bien retranscrite et j'aime l'idée que cela se passe dans un univers de space opera. L'idée de faire voyager un personnage dans un milieu inconnu n'est pas nouvelle mais est tout de même bien décrite et bien exploitée se lit bien. Il y a un vrai effort dans la description d'une technologie originale, comme les imagos évoqués plus tôt ou le fait que la Cité soit contrôlée par une IA gérant l'ensemble des problèmes du quotidien.
Mais le principal souci est que la plupart de ces éléments ne sont jamais réellement approfondis. On en sait finalement assez peu sur l'Empire et ses possessions, ses relations avec les autres entités sont évoquées rapidement. Cela aurait pu donner un aspect de huis-clos angoissant, mais ce n'est jamais vraiment le cas. L'IA de la cité intervient une ou deux fois. Les intrigues de cour sont bien loin d'un Game of Thrones, la faute à des personnages un peu falots et un manque d'enjeux d'ampleur. Tout est trop centré sur Mahit, qui finalement n'offre qu'un point de vue trop étriqué. Dommage, car Yksandr aurait pu être, paradoxalement, un protagoniste plus agréable à suivre.
Même si la critique semble tiède, j'ai tout de même passé un assez bon moment pour lire jusqu'au bout. Dommage que la qualité globale soit assez bancale. Beaucoup d'idées intéressantes sont mises en place, avec tout un propos autour de la culture, du langage et de l'altérité construits avec une vraie connaissance des mécanismes de domination induits (même si parfois peu subtilement amené). Il y a cependant une impression de survoler des éléments de contexte et d'intrigue qui m'ont un peu déconnectés par moments, notamment un manque d'approfondissement qui réduisent l'implication lors de la lecture.
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boudicca
  22 mars 2021
Récompensé en 2020 par le prestigieux Prix Hugo, « Un souvenir nommé empire » est le premier volume d'un diptyque baptisé « Teixcalaan » et le premier roman de SF d'Arkady Martine (Anna Linden Weller de son vrai nom). Envoyé par les éditions J'ai lu à un certain nombre de blogueurs d'imaginaire, l'ouvrage semble faire consensus mais dans le mauvais sens, et n'a malheureusement pas séduit grand monde. Pour ma part, si le roman ne s'est pas révélé être la purge que je craignais, j'ai tout de même eu énormément de mal avec cette lecture. Posons d'abord un peu le décor. L'autrice met en scène l'ambassadrice d'une petite station spatiale, Mahit, envoyée dans la très puissante et très cosmopolite cité de Teixcalaan afin d'y remplacer son prédécesseur, mort dans d'étranges circonstances. Très vite, la jeune femme se retrouve entraînée dans un tourbillon d'intrigues dont elle peine d'autant plus à cerner les enjeux que le dispositif mémoriel dont elle est équipée, et qui devrait lui permettre de bénéficier des souvenirs et des connaissances de son prédécesseur, semble visiblement défectueux en plus d'être daté. La voilà donc totalement à la merci des manigances fomentées par les hauts-dignitaires qui gravitent autour de l'Empereur dont la fin de règne promet d'être mouvementée. Entre une menace de guerre civile, des courtisans ambigus et ambitieux qui la jaugent en permanence, sans oublier des tentatives d'assassinats et l'enquête concernant la disparition du précédent ambassadeur à mener, le moins qu'on puisse dire c'est que l'héroïne a du pain sur la planche. le pitch fait penser à une intrigue de cour classique comme on en trouve beaucoup en fantasy (difficile de s'ôter de la tête le « Trône de fer » de G. R. R. Martin…) mais le roman s'inscrit dans de la SF pure et dure. Impérialisme galactique, nouvelles technologies omniprésentes, abondance de termes scientifico-technologiques : là encore rien de très original. Bien que classique par ses références et sa construction, l'ouvrage aurait malgré tout encore pu séduire si un paquet d'autres bémols ne s'étaient pas accumulés au fil de la lecture.
Parmi eux, on peut mentionner l'univers élaboré par l'autrice qui paraît bien creux et ne suscite à aucun moment la curiosité du lecteur qui a l'impression d'évoluer dans un décor de carte-pâte. L'intrigue reste focalisée sur la cité dont on apprend finalement très peu de choses et qu'on arpente à de trop rares occasions, tandis que le reste du monde semble avoir été totalement mis de côté. Cette apparence de huis-clos aurait pu servir à renforcer le sentiment d'oppression du lecteur, mais il donne ici simplement l'impression que l'autrice ne s'est donnée la peine de développer que le strict minimum nécessaire à son histoire. Les spécificités propres à la culture de Teixcalaan contribuent elles aussi à rendre la lecture pénible, que ce soit en raison de l'attention particulière portée par l'héroïne à la sémantique de ses interlocuteurs qu'à cause des noms portés par les habitants de la cité. Franchement, à quel moment peut-on se dire que c'est une bonne idée de nommer ses personnages en leur accolant un numéro et le nom d'un objet/animal/plante ? le résultat est franchement indigeste et frôle le ridicule lorsqu'on se rend compte qu'on est en train d'assister à une conversation avec un individu nommé « Quinze Moteur » ou un autre « Dix-Neuf Herminette » ! L'intrigue n'est quant à elle guère plus élaborée : le protagoniste tourne en rond, ressasse encore et encore les mêmes constats et inquiétudes tandis que les événements s'enchaînent sans guère de logique. L'ennui ne tarde pas à s'installer, d'autant que l'ouvrage cumule les incohérences qui témoignent de l'absence de maîtrise de l'autrice pour faire comprendre au lecteur les tenants et aboutissants de son récit (l'ambassadrice doit se faire TOUT expliquer de la politique locale par ses alliés, ce qui permet certes au lecteur de mieux cerner l'univers mais paraît totalement déplacé compte tenu de la fonction de l'héroïne…). Les personnages ne sont, hélas, pas plus réussis car fades, à défaut d'être antipathiques. Une vacuité qui se révèle d'autant plus flagrante que l'héroïne passe son temps à chercher des significations cachés à tel discours ou tel comportement, s'emerveillant de l'incroyable complexité de ses interlocuteurs… qui se révèlent en définitive aussi peu subtiles ou sibyllins que n'importe qui.
Arkady Martine signe avec ce premier tome un roman qu'on lit avec peine tant les obstacles mis sur la route du lecteur s'accumulent. Entre une absence totale d'originalité, une intrigue qui peine à surprendre et à convaincre, sans oublier un univers superficiel et des personnages falots, l'ouvrage pâtit de trop nombreux défauts pour parvenir à capter l'intérêt du lecteur qui préférera certainement s'orienter vers d'autres rivages, ce dont on ne saurait l'en blâmer...
Lien : https://lebibliocosme.fr/202..
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Manetheren
  08 août 2022
Quel dépaysant et insatisfaisant premier roman ! Avec Un Souvenir nommé Empire, Arkady Martine essaie de poser un univers complexe avec une multitude de données culturelles nouvelles, tout en nous emmenant dans une intrigue mi-diplomatique, mi-space opera et re-mi thriller-espionnage derrière. L'ensemble est dense, parfois redondant, intriguant souvent, largement inégal mais avec du potentiel. Les imperfections du livre sont pourtant assez inattendues, à la vue du prestigieux Hugo reçu.
Mahit Dzmare, ambassadrice de la station minière de Lsel au nom imprononçable, est envoyée remplacer au pied levé son prédécesseur, mort en fonction (que je ne lise personne critiquer les fonctionnaires après ça !). Pour l'assister, on lui implante dans le corps une puce de mémoire, aussi nommée machine-imago, qui lui permet d'avoir les connaissances d'Yskandr, le précédent ambassadeur. Problème : la puce est défectueuse. Problème bis : on dirait bien qu'Yskandr a été assassiné.
Dès lors qu'elle pose le pied à Teixcalaan, capitale de l'Empire, Mahit est prise dans un tourbillon de problèmes. Une tentative d'assassinat par-ci, une rencontre secrète avec l'Empereur par-là ; des révolutions sur les bras, sans parler des extra-terrestres (du coup, j'en parle pas) ; des histoires de fusions de personnalités et d'IA skynetienne. Je comprends pourquoi elle a décidé de faire grève en juin dernier.
Le livre m'a pourtant déçu. L'action, en profusion, est souvent gâchée par des longueurs. On tourne en rond ! le livre manque aussi profondément de menaces. L'IA, les révolutions et les complots de palais auraient pu être des menaces. Les invasions et toute l'intrigue autour de la machine-imago auraient pu donner une dimension menaçante au récit. Au lieu de cela, l'IA donne l'impression d'un ordinateur bugué après une visite sur un site peu recommandé, les bruyantes révolutions sont désincarnées et inaudibles, les complots de palais sont à peine effleurées. le côté space opera n'est pas assez exploité : on ne sent ni la violente et oppressante puissance que peut être l'Empire, ni l'invisible menace des envahisseurs extra-terrestres, ni l'étendue du domaine impérial car Mahit ne rencontre quasiment personne du sérail. Et la machine-imago, 90 % du récit, ne sert à rien.
II n'y a que le côté thriller qui sauve le récit : le roman est punchy, Mahit Dzmare et de Troie Posidonie (ma fan-favorite !) sont entrainées dans les rebondissements. A noter une bonne écriture de ces deux personnages majeurs aux personnalités attachantes. Au final, le thriller technologique est, avec la découverte du lore, la partie qui m'a le plus intéressé. Il y a un peu de l'ambiance de Deus Ex : Human Revolution. Oh ! Petit plus aussi pour la poésie qui imprègne bien le récit, j'ai trouvé ça original.
Dans un domaine galactique proche, je vous recommande aussi la saga du Dévoreur de Silence, de Christopher Rucchio. Bon, ceci étant dit, j'attends de lire le tome 2 pour me faire un avis définitif sur la saga. Elle peut être prometteuse si Arkady Martine donne plus de profondeur à ses intrigues macro et celles sous-jacentes et si elle donne de vrais enjeux et de vrais menaces en face de ces protagonistes.
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FMK
  17 avril 2021
Ce roman de SF, le premier de son autrice, était dans ma wishlist depuis l'annonce de sa publication en France, surtout après avoir vu qu'il avait obtenu le prestigieux prix Hugo en 2020 ! Je remercie donc grandement Babelio et les éditions J'ai Lu pour m'avoir permis de le découvrir lors de la dernière Masse Critique Mauvais Genres !
Le rêve de la jeune Mahit Dzmare va enfin se réaliser : après de longues années d'études, elle est appelée à prendre le poste de nouvel ambassadeur de la station orbitale indépendante Lsel à Teixcalaan, le Joyau du Monde, capitale de l'Empire ! Mais elle ne sera pas seule pour débuter sa nouvelle vie à la cour impériale. Grâce à une technologie secrète, elle conserve dans son imago, un implant neurologique greffé à son tronc cérébral, la conscience et les souvenirs de son prédécesseur, captés lors de sa dernière visite sur la station il y a de longues années. Cette deuxième voix intérieure sera bien utile à la stationniste pour assimiler toutes les subtilités du protocole teixcalaanli et pour être rapidement opérationnelle. Après avoir été accueillie dans cette gigantesque et somptueuse cité par sa chargée de liaison culturelle, l'érudite Trois Posidonie, Mahit va vite comprendre la raison de sa nomination soudaine : Yskandr Aghavn, l'actuel ambassadeur de Lsel, celui-là même dont une version plus jeune cohabite dans son propre cerveau depuis plusieurs mois, est mort ! le choc de cette nouvelle, et de la vue de son cadavre dans les sous-sols du bâtiment judiciaire de Teixcalaan, sont tels que les circuits de l'imago de Mahit entrent en surchauffe : plus de voix intérieure rassurante, de réflexes conditionnés à la manière de la cour, le trou noir ! Convaincue que la mort d'Yskandr n'a rien d'accidentelle, et malgré ce handicap nouveau dont elle ne peut parler à personne, la nouvelle ambassadrice de Lsel va tout faire pour découvrir la vérité sur cette affaire, au cours d'une enquête qui va la mener jusqu'aux arcanes les plus secrets du pouvoir impérial…
Vous l'aurez sans doute compris rien qu'à la lecture de ce résumé assez cryptique : c'est complexe ! Au-delà de l'intrigue en elle-même, qui lorgne du côté du thriller politique de manière assez réussie, c'est bien l'univers créé par Arkady Martine qui peut désorienter le lecteur. En effet, dès l'arrivée de Mahit à Teixcalaan, on se retrouve, comme elle, noyé sous une tonne d'informations au sujet de la cité et de cette civilisation florissante à l'écrasant rayonnement culturel. L'autrice ayant également inventé le langage teixcalaanli, les dénominations officielles des différentes fonctions au sein de la cour et du gouvernement s'égrènent peut-être un peu trop rapidement dans les premiers chapitres, et on a tôt fait de les confondre. Quant aux noms des citoyens de l'empire, composés d'un nombre puis d'un nom commun se rapportant à une fleur, un phénomène naturel ou un objet par exemple, ils sont également assez déroutants au début Mais une fois passé un petit temps d'adaptation cela ne m'a plus dérangé, malgré quelques associations qui restent assez curieuses… de mon point de vue, que ce soit par le langage, les patronymes ou de nombreuses coutumes, Teixcalaan m'a énormément fait penser à la civilisation aztèque ! L'autrice étant chercheuse en histoire arménienne et byzantine, elle a dû mêler à son Empire imaginaire des éléments importants de ces civilisations disparues, mais je ne m'y connais pas suffisamment pour les avoir décelés.
En plus de la richesse de l'univers, j'ai bien apprécié l'écriture des personnages. Mahit, l'héroïne, va devoir vite abandonner sa naïveté de nouvelle arrivante en terre inconnue afin de pouvoir s'en sortir, et elle y parvient grâce aux différentes personnes, plus ou moins influentes, qu'elle va rencontrer dans la cité. Ces nouveaux alliés lui sont d'une aide précieuse pour franchir les innombrables barrières protocolaires et comprendre les subtilités des relations politiques à la cour impériale qui sont au coeur de l'intrigue. Petit à petit, elle aussi va se construire un masque et va réussir à manier les mots pour obtenir ce qu'elle veut au cours de subtils échanges verbaux. On y retrouve aussi de nombreux doubles-sens qui semblent être caractéristiques du langage créé par Arkady Martine selon ses notes explicatives à la fin de l'ouvrage. Mais en dépit de tous ses efforts, tout le monde fait bien comprendre à Mahit, avec l'enrobage protocolaire d'usage à la cour, qu'une barbare comme elle ne sera jamais l'égale des citoyens de l'empire. En effet, la littérature et la poésie sont si importantes dans la civilisation teixcalaanlie que le moindre message officiel est codé en utilisant comme clé de décryptage des textes d'illustres auteurs, ou bien les dernières poésies en vogue à la cour, selon les caprices du moment. Je n'aimerais vraiment pas être à la place de Mahit lorsqu'elle se retrouve à devoir rattraper un retard de plusieurs semaines de messages non-lus à son arrivée… Heureusement, elle peut compter sur Trois Posidonie, employée lettrée du Ministère de l'information, pour l'assister dans toutes ses tâches. Je la trouvais au début assez insupportable, à toujours montrer sa supériorité intellectuelle à Mahit, mais les événements vont la faire changer petit à petit, et une vraie relation de confiance va s'installer entre les deux femmes. En règle générale, j'ai trouvé que les personnages féminins étaient mieux construits et bien plus intéressants que les personnages masculins. Ces derniers sont majoritairement dominés par leurs désirs et aveuglés par leurs ambitions, contrairement aux femmes qui sont dotées d'un esprit plus fin et calculateur et qui sont le vrai moteur de l'intrigue.
Sans pour autant parler de gros coup de coeur, j'ai bien aimé ce premier tome de la duologie Teixcalaan. Après avoir assimilé l'organisation complexe de la cour impériale et m'être habitué aux noms des personnages, je me suis plongé dans le récit qui met un peu de temps à démarrer mais finit par être bien plus rythmé dans sa dernière partie. La fin du tome ouvre vers beaucoup de possibilités et me donne déjà très envie de lire la suite de cette histoire. Si vous aimez découvrir des univers bien construits et que vous appréciez les intrigues politiques pleines de complots et de trahisons en tous genres, le Joyau du Monde vous attend !

Lien : https://lesaffamesdelecture...
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
JustAWordJustAWord   09 février 2021
Engendrer un enfant avec son propre corps plutôt qu’à l’aide d’un utérus artificiel était une débauche de ressources que la station ne pouvait tout simplement pas de permettre : des femmes mouraient de cette manière ou détruisaient soit leur métabolisme soit leur plancher pelvien, alors qu’elle étaient des personnes capables de travailler. Mahit avait reçu son implant contraceptif à neuf ans. Quand elle avait appris que, parfois, des Teixcalaanlitzlim portaient leurs propres enfants à l’intérieur de leur corps, cela lui avait fait le même effet que l’eau se répandant d’un de ces bols de fleurs dans le restaurant sur Place Centre Neuf. Elle trouvait à la fois choquant et fascinant qu’on puisse avoir autant à gaspiller en toute décontraction.
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JustAWordJustAWord   09 février 2021
De nouveau, les immensités de l’espace : le néant et les minuscules points brillants des étoiles. Ne tenez pas compte de la carte, oubliez-la. Aucune carte ne convient à ce qui s’est passé ici, le portail d’Anhamemat dans le secteur spatial de la station Lsel. Autour de la discontinuité qui marque l’existence du portail de saut — cette petite étendue invisible, l’endroit impénétrable aux regards comme aux instruments -, on trouve des épaves. Certains vaisseaux ont péri là, leurs pilotes aussi. Certains vaisseaux ont été tués là.
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FMKFMK   17 avril 2021
La Cité se soulève
Forte de mille points stellaires
Libérés, nous parlerons de visions non-éclipsées
Je suis une lance dans les mains du soleil.
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BleuopaleBleuopale   03 août 2021
Je porte l’exil dans mon cœur. Il anime ma poésie et ma politique ; je n’en serai jamais libre, ayant vécu si longtemps hors de Teixcalaan. Je mesurerai à jamais la distance qui me sépare d’une personne restée dans le cœur du monde, la distance entre la personne que j’aurais été en y restant et celle que je suis devenue sous la pression de la frontière. Lorsque la Dix-Septième Légion, sortant du portail de saut dans de brillants vaisseaux dérobeurs d’étoiles, a rempli le ciel ebrekti de formes de chez moi, j’ai commencé par avoir peur. Une discontinuité profonde. Reconnaitre la peur dans la forme de son propre visage.
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JustAWordJustAWord   09 février 2021
La poésie s’adresse aux désespérés, et aux gens ayant assez vécu pour avoir quelque chose à dire.
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A Memory Called Empire by Arkady Martine | Review
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Aldous Huxley
H.G. Wells
Pierre Boulle

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Thèmes : science-fictionCréer un quiz sur ce livre