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ISBN : 2072626110
Éditeur : Gallimard (20/08/2015)

Note moyenne : 4.06/5 (sur 544 notes)
Résumé :
Blanche, la môme chardon, est-elle morte en 1361 à l’âge de douze ans comme l’affirme son fantôme ? Cette vieille âme qu’elle est devenue et la petite fille qu’elle a été partagent la même tombe. L’enfant se raconte au présent et la vieillesse écoute, s’émerveille, se souvient, se revoit vêtue des plus beaux habits qui soient et conduite par son père dans la forêt sans savoir ce qui l’y attend. Veut-on l’offrir au diable pour que le mal noir qui a emporté la moitié ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (176) Voir plus Ajouter une critique
Piatka
  19 janvier 2016
Qui n'a jamais rêvé de dialoguer avec l'enfant qu'il était, de revisiter son histoire à travers le prisme de l'expérience ?
« Nous sommes mortes à douze ans et, depuis, j'ai vieilli, infiniment, à regarder le monde sans en être. »

Alternant les voix et réflexions de la petite Blanche, douze ans à peine, dotée d'un tempérament hors du commun, et de sa vieille âme, fantôme bienveillant mais lucide, Carole Martinez m'a littéralement entrainée dans son magnifique récit qui prend racine en 1360 au bord de la Loue, au fond d'une vallée du Jura.
L'immersion fût totale et réjouissante l'espace d'un week-end dans un Moyen Âge délicieusement onirique, peuplé des légendes et croyances de la région que l'auteur s'est appropriée avec talent et sensibilité.
Ici, les personnages ont autant d'importance que les lieux, les descriptions ne sont jamais lassantes tant l'écriture est splendide, poétique sans mièvrerie aucune, le propos sensible autant qu'affirmé. Ainsi, je retiens particulièrement l'incarnation de la rivière en Dame verte, longiligne créature tour à tour sensuelle et séductrice ou cruelle et désabusée, qui rythme la vie de la vallée et permet des moments de narration d'une rare beauté : une rivière exutoire, liant naturel entre époques et souvenirs des êtres.
« La mémoire est une alchimie merveilleuse, certains souvenirs nous donnent l'illusion du réel. Pourquoi retenons-nous cette minute plutôt qu'une autre ? Ce minuscule détail-là ? Cette légère brise agitant le voile bleu du lit ? Comment arrivons-nous à nouer plusieurs sensations les unes aux autres ? »
Qu'il me fut doux et agréable de suivre les péripéties de Blanche à l'aube de l'adolescence, de découvrir ses premiers émois amoureux, sa détermination pour apprendre tout simplement à lire et écrire, pour approcher cette liberté fantasmée, surtout par une femme dans cette société féodale - le tout soutenu par un réel suspense puisque l'on ignore comment Blanche est morte à douze ans…jusqu'au dénouement, inattendu.
Laissez le charme de La terre qui penche agir
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Lolokili
  13 janvier 2016
J'avais aimé "Le coeur cousu", et "Du domaine des murmures" m'avait envoûtée, mais à la lecture de "La terre qui penche"… les superlatifs me manquent.
Résister pourtant à l'envie de dithyrambiquer. Eviter par conséquent les «waouh quelle claque», «attention pépite», «chef d'oeuvre (dont on ne sort pas indemne)», «gros coup de coeur» et autres manifestations extatiques d'usage. La fée Martinez mérite bien mieux. Mais de fait, elle intimide. Car sa plume enchantée fait de chacune de ses phrases un poème à lui seul, transcendant un récit au mystère tout aussi poétique. L'on y découvrira les aventures de la singulière petite Blanche sur les terres du Domaine des Murmures, dont le roman éponyme dressait déjà le portrait d'une héroïne d'exception.
Deux siècles plus tard voici à nouveau une histoire de femmes, une histoire d'amours et de secrets, merveille de grâce et de cruauté somptueusement conjuguées au coeur d'un âge médiéval ésotérique et sauvage.
Non contente de nous offrir une prose aussi miraculeuse que les récits qu'elle nous conte, Carole Martinez est en outre une personne exquise, c'est du moins le souvenir que j'avais gardé d'une séance de dédicace à deux pas de chez moi. Après-demain (joie) elle revient. Occasion rêvée de la rencontrer à nouveau et de peut-être découvrir enfin quels sont les secrets d'une écriture aussi lumineuse.
Bon, on avait dit pas dithyrambique...


Lien : http://minimalyks.tumblr.com/
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LydiaB
  20 juin 2016
Vous le savez, j'avais adoré du Domaine des Murmures. C'est d'ailleurs avec ce livre que j'avais découvert Carole Martinez et son style oscillant entre prose et poésie. Et c'est avec un plaisir incommensurable que j'ai retrouvé non seulement ce style inimitable mais encore le lieu. En effet, la romancière fait évoluer les narratrices dans le Château des Murmures, deux siècles plus tard. Il appartient désormais à la famille de Jehan de Haute-Pierrre, père d'Aymon, jeune promis de Blanche, une des deux voix de ce roman. Cette dernière nous raconte sa courte vie et, à travers elle, la vie de toutes les jeunes filles de cette époque dont le destin était d'obéir à son père et de se marier avec celui qui avait été choisi par ce dernier, même si le futur époux n'avait pas toute sa tête, comme c'est le cas ici. Mais Blanche va finalement s'attacher à Aymon, à l'entourage, au paysage également. Et comme le roman alterne entre réalité et imaginaire, à l'instar des romans médiévaux d'ailleurs, Blanche va également avoir de l'intérêt pour la Dame Verte, la fée qui hante la rivière, la Loue. Cette eau est le fil conducteur du livre, un personnage à part entière, une des clés qui permettra au lecteur de comprendre le destin de Blanche.
Mais qui est donc la seconde narratrice ? Il s'agit de l'âme de la fillette, cette âme qui va nous permettre de tout savoir, y compris les circonstances de la mort de la petite Blanche. Elle reconstitue les manques de l'histoire, à la manière d'un puzzle. Je trouve cette idée très originale. Les deux voix se complètent. Jeunesse et maturité se font face, s'imbriquent, pour ne plus former au final, pour le lecteur, qu'une seule et même personne qu'il aura reconstituée.
Un coup de maître ! Je ne vois pas d'autres formules pour dire à quel point j'ai aimé ce roman.
Lien : https://promenadesculturelle..
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Eve-Yeshe
  04 décembre 2015
C'est une très belle histoire, comme sait les raconter Carole Martinez. Au début, on se demande pourquoi elle fait intervenir l'âme de la petite fille et l'âme qui erre depuis longtemps. Leurs deux récits alternent, la vieille âme complétant les dires de la fillette, ce qui peut dérouter au début du récit mais nous réservera une bien belle surprise…
Cette petite Blanche est émouvante par la force de caractère qui se cache derrière le petit corps frêle. Sa fascination pour la lecture, l'écriture la conduit à invoquer un prétexte pour que son père, le beau seigneur, tombeur de ces dames la laisse apprendre. Mais peine perdue, une fille, cela ne peut servir qu'à se marier et avoir des enfants. Elle mène donc une vie triste à côté des bâtardes qui semblent être mieux loties qu'elle, la fille légitime.

Carole Martinez sait parler des femmes, de cette époque, de la dureté de leur vie, de leur prison, voire emprisonnement, mais avec des instants de grâce au milieu de la sauvagerie, sur cette terre qui penche.
Elle décrit si bien la pureté des liens qui se tissent entre Blanche et son promis, alors qu'ils galopent tous les deux, accrochés à ce beau cheval qui est aussi un personnage du livre. Elle nous parle de liberté, de l'enfant qui devient adulte, tout au long d'un récit initiatique.
Elle nous raconte la rivière, la Loue qui peut être calme et douce comme une mère, sensuelle dans ses caresses comme une femme et se transformer en furie, tuant sur son passage, s'en prenant même au petit poisson qui nage si bien…
Elle nous berce avec des chansons dont la tradition orale remonte à si longtemps : « La belle si tu voulais, nous dormirions ensemble, Dans un grand lit carré, tendu de toiles blanches, Aux quatre coins du lit, un bouquet de pervenches…
L'écriture est très belle. L'auteure sait si bien raconter, il s'agit d'un long poème en prose, dont le rythme devient de plus en plus dense, de plus en plus riche. Cela commence comme la petite musique de nuit, pour se continuer sur le mode du Boléro de Ravel…
La langue de Carole Martinez est belle, chaque mot en est pesé, choisi, ciselé et elle décrit si bien l'importance de l'écriture pour cette petite fille.
La poésie, l'histoire, la magie, les fantômes, tout dans ce beau roman nous permet de voyager quelques siècles en arrière, où la vie n'était pas forcément plus belle qu'aujourd'hui, les humains sont tellement doués pour inventer des châtiments au nom de Dieu, des joutes, et autres maltraitances…
J'ai beaucoup aimé « du Domaine des Murmures », et je retrouve la magie, même si la lecture est différente, car il est plus difficile d'entrer dans l'histoire….
Donc, un autre coup de coeur…
Note : 9/10
Lien : http://eveyeshe.canalblog.co..
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michfred
  06 octobre 2015
Un moyen-âge à demi rêvé, un conte pour adultes pas sages, une initiation à la maturité, par la magie du don d'enfance, une préparation à la perte et à la mort d'un optimisme ensoleillé, un récit terrien et pourtant plein de secousses et de déluges..
Une fois encore, dans cette langue généreuse, charnelle et lumineuse qui n'appartient qu'à elle, Carole Martinez sait nous ensorceler, nous emmener, loin des sentiers battus...
Pourtant on reconnaît d'abord le domaine des Murmures, perché sur cetteTerre qui penche vers les bords de la Loue, la rivière -une Vouivre séductrice, tour à tour maternelle ou maléfique. Au coin d'un bois dansent les petites filles rouges de la Cuisinière des délices, mais ce sont des petites mortes, et l'Ogre les guette toujours, homme ou cheval, prédateur ou bête de guerre, appelé Bouc, pour achever de nous brouiller la raison. Entre le château et les bois, sautille Aymon, petit enfant sauvage, garçon-chien, homme-oiseau, qui vit dans les arbres, une sorte de Peter Pan médiéval, qui se nourrit d'affection et de tendresse.
Le conte, on le voit, n'est jamais loin, ni la chanson , populaire ou savante, chanson des rues ou chanson de troubadour, qui fait danser le récit. Sarabande, pavane ou danse macabre, c'est selon...
L'Histoire met aussi ses jalons plus convenus : pestes, famines, bûchers, clercs et manants, seigneurs et serfs, tournois et belles dames, mariages forcés et adultères à la Tristan et Yseult..
Et l'histoire avec un petit H musarde entre ces deux grands sœurs, la légende dorée et la réalité historique.
Elle suit les pas menus d'une petite Blanche aux cheveux roux, qui ne sait pas encore écrire mais ne veut déjà plus obéir. Une petite flamme toute droite de colère contre son tyran de père, qui, on le sait dès le début, doit mourir à 12 ans.
C'est sa vieille âme qui nous le dit, elle qui flotte encore, plusieurs siècles après, sur ce paysage comtois enchanté et farouche. Et la petite Blanche vit pas à pas le présent qui la rapproche de ce terme fatal mis à son enfance, tandis que sa vieille âme, sereine, apaisée, accueille son récit dans l' océan indifférent du temps.
Je me serais presque laisser charmer par ces chants amoebées si je n'avais pas trouvé à cette alternance un petit caractère d'artifice, comme à l'histoire elle-même d'ailleurs, qui s'allonge et s'étire, avec ses redites et ses refrains, comme les méandres paresseux de la Loue, mais ne déferle pas, vive et forte, comme l'échappée belle du Cœur Cousu ou ne se déploie pas, intense et concentrée, comme le formidable récit de la recluse Du Domaine des Murmures.
J'ai aimé retrouver au fil du récit, comme le Petit Poucet ses cailloux blancs, les personnages des contes de l'enfance, les mythes élémentaires ou littéraires, le fredon joyeux des chansons de toile ou de rue..mais jamais sans me départir d'un petit soupçon, d'une légère réserve qui freinait mon enthousiasme....
Complaisance, trucage ou simplement manque de pertinence dans le propos?
J'aime toujours Carole Martinez, mais elle m'a moins étonnée, moins pétrifiée d'admiration qu'à ses deux précédents livres... J'ai sans cesse été retenue au bord de cette Terre qui penche sans m'y laisser rouler...
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critiques presse (2)
Lexpress   25 septembre 2015
Elle nous offre, à travers ce roman gorgé d'énergie, une belle réflexion sur la condition des femmes.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeFigaro   20 août 2015
Quelques pages suffiront pour que le charme agisse, renouvelé, plus puissant que jamais.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (236) Voir plus Ajouter une citation
armand7000armand7000   12 octobre 2019
La Terre qui penche de Carole Martinez
Le diable, agile et filou, est mort dans la forêt, je l'ai tué ! J'ai gagné le droit de lire et d'écrire.
Notre maître s'efface dans l'ombre des chiffres et des tables, disparaît derrière les chroniques, les poèmes et les psaumes.
"Il sera le précepteur de votre fille", a dit Haute-Pierre le premier jour, et j'ai alors compris que je resterais aux Murmures, que je n'y étais pas seulement de passage. Je me suis cabrée sans réaliser ce que l'on me proposait, sans entendre que l'on m'offrait d'apprendre, qu'il n'y avait pas de badine, ici. Pas de badine ! Ni pour ceux qui veulent s'instruire, ni pour ceux qui s'y refusent ! Jamais Maître Claude ne frapperait Aymon qui ne sait rien, ne travaille pas, n'apprend pas.
Ici, l'on peut pester éveillé, parler à satiété, dire ce qui nous chante en plein jour !
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armand7000armand7000   12 octobre 2019
La Terre qui penche de Carole Martinez
La petite fille
Je cause ! Je sais bien que je cause. Je sais que je n’ai aucun secret pour qui dort à mes côtés et, comme une fille ne dort jamais seule, je suis un livre ouvert. Quoiqu’un livre, même ouvert, reste toujours fermé pour moi, puisque mon père se refuse à m’instruire, par peur que le diable ne s’insinue.
Il est filou, le diable, et agile, il se glisse dans les têtes par de toutes petites portes, un livre s’ouvre et le voilà qui pointe le bout de son nez entre deux pages.
Comtois tête de bois. Je dis n’importe quoi !
La vérité, c’est que je ne vois pas pourquoi le diable entrerait plus facilement dans mon âme que dans celle de mon frère Jean qui n’est pas bien futé. À moins que le diable n’entre pas dans la tête de ceux qui peinent à apprendre. Il a raison, le diable, quel intérêt y aurait-il à partager les pensées d’un idiot ?
J’ai tout tenté pour fléchir mon père, j’ai même raconté à mon confesseur que j’avais vu, en rêve, la Vierge me tendre un psautier et qu’elle m’avait dit : « Lis ! » Le bonhomme a été ébranlé par mon joli récit, ma jeunesse et sa naïveté ont achevé de le convaincre de la réalité de ma vision. Il a demandé à rencontrer père et a cherché à l’amadouer pour qu’il m’offre ce psautier exigé par la Vierge et père a ri comme jamais en l’entendant plaider ma cause.
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armand7000armand7000   12 octobre 2019
Je sais qu'Aélis a tort et qu'elle ne sait pas tout des hommes, qu'ils ne sont pas si simples à berner. Depuis que mon père l'a abandonnée au-dessus du vide, elle-même est si pleine de larmes qu'elle est insensible à la peine de sa fille comme au sommeil de son fils. Elle ne pourrait ajouter des larmes aux larmes sans déborder et la crue ravagerait son beau visage impassible, ce visage qu'elle s'acharne à tenir fixe pour ne pas s'abîmer les traits, ce visage lisse et tranquille qu'elle a posé sur son âme comme un masque de marbre et qui n'exprimera jamais rien d'autre que sa beauté jusqu'au jour où il craquera et où les peines anciennes, accumulées sous sa chair, jailliront toutes ensembles emportant pêle-mêle dans un flot de larmes la couleur de ses yeux, l'arrondi de ses lèvres et l'arrête de son nez. La chair de ses joues s’amollira, la pâte se distendra, ne tiendra plus l'os. Aucune saignée n'aura été creusée en prévision de ce jour-là qui permettrait à sa douleur de s'écouler directement jusqu'à la Loue sans tout détruire sur son passage. Alors Aélis sera comme un coteau ravagé par l'orage.
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armand7000armand7000   12 octobre 2019
La mémoire est une alchimie merveilleuse, certains souvenirs nous donnent l’illusion du réel. Pourquoi retenons-nous cette minute plutôt qu’une autre ? Ce minuscule détail-là ? Cette légère brise agitant le voile bleu du lit ? Comment arrivons-nous à nouer plusieurs sensations les unes aux autres ? P 177
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armand7000armand7000   12 octobre 2019
A mes yeux, les lettres sont de sucre et d’or, elles ont la couleur dorée des cheveux d’Aymon, elles sont ma liberté à venir, elles feront de moi ma maîtresse et, bientôt, je pourrai broder B L A N C H E au fil rouge sur ma petite chemise. Signer, réparer, écrire. Et mon nom ne sera plus seulement prononcé d’une voix forte par mon père, mon nom sera inscrit par ma main sur des parchemins où je reposerai éternellement. P 134
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