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Denise Naert (Traducteur)Pierre Naert (Traducteur)
EAN : 9782748900248
315 pages
Éditeur : Agone (08/03/2004)

Note moyenne : 4/5 (sur 9 notes)
Résumé :
Y en a-t-il encore parmi vous qui pensent que les vagabonds prennent la route par désir de jouissance ? Ces hommes-là sont égarés. Et on leur reproche leur égarement. " À eux d'en tâter aussi ! dit-on. De sentir l'effet que ça fait de damer le macadam ou de tailler des pavés! Que ces canailles sachent ce que c'est que de faire bouillir l'asphalte et de se balader au soleil auprès de cette marmite infernale! " Ici les hommes font la grève pour de bon. Ils ne la font ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
lolo71
  13 mars 2009
La figure du vagabond en littérature traîne avec elle tout un imaginaire poétique et romantique. Si la poésie est bien présente dans le livre de Harry Martinson (1904-1978), ce n'est pas par romantisme que les vagabonds qu'il met en scène ont pris la route. Nous sommes à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, en Suède. Les transformations économiques et sociales induites par la percée du capitalisme industriel forcent à l'émigration vers l'Amérique un million de Suédois, et jettent sur les routes des dizaines de milliers d'autres. Certains resteront vagabonds, préférant mendier leur nourriture et un abri pour la nuit plutôt que de grossir les rangs des forçats du travail obligatoire. Leurs motivations ne sont pas précises, ils se sentent poussés par une sorte d'instinct à mener cette existence marginale et à refuser la vie des « honnêtes gens » : Dans tous les pays il existe des milliers de gens qui ne veulent pas de la réalité de la majorité. Ils n'y voient qu'enfer et damnation. Et ils prennent la route, quoique ce soit également un enfer de crainte et de blâmes. Mais ils le font quand même. Ils partent malgré tout. Par malice et par esprit de rébellion, à défaut d'autres motifs.
La vie sur le trimard n'est pas de tout repos. le vagabond est un être instable et inquiet. Ses joies sont éphémères et sa liberté est toute relative. Il doit subir les reproches et les humiliations de la société pour prix de sa mendicité. Il risque les travaux forcés lorsqu'il est pris plusieurs fois à vagabonder par les policiers. Mais son plus grand problème c'est la peur, cette peur qu'il inspire au sédentaire et qui le force à se détourner des gens lorsqu'il en croise sur sa route, cette « peur exagérée que les gens aient exagérément peur de lui ». Malgré tout il lui arrive parfois, rarement, de rencontrer au détour du chemin des âmes accueillantes et compréhensives, surtout parmi les vieux, les malades, les isolés, autres marginaux comme lui.
Ce livre n'est pas un roman, plutôt une succession de tableaux sur la vie des vagabonds. On y croise entre autres Bolle l'ancien ouvrier cigarier, Sandemar le globe-trotter intellectuel, Poussière des Chemins le fataliste, Axne le vagabond malgré lui. Ils ont en commun de rejeter l'hypocrisie de la société bourgeoise et de fuir le travail vécu comme une torture. Ils sont paresseux non par désir de jouissance mais par défi, « par malaise », « par impuissance », « ils bravent le travail en le refusant ». de l'apathie comme révolte.
Harry Martinson sait de quoi il parle. Fils de petits commerçants, abandonné par sa mère veuve alors qu'il avait six ans, il s'embarque à l'âge de seize ans et parcourt toutes les mers pour gagner sa vie. Il va exercer toutes sortes de boulots sur mer comme sur terre, avant de commencer à publier des poèmes dans les journaux. Son oeuvre poétique et en prose se nourrira de cette vie d'errance et de travail. Rattaché à la génération des écrivains prolétariens, Martinson a reçu le prix Nobel de littérature en 1974.

Lien : http://plaisirsacultiver.unb..
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marcossor
  12 mars 2014
"Tu veux dire qu'il ne faut jamais penser la vérité? Qu'il faut toujours embellir les circonstances réelles?
- Oui, toujours. Je veux dire que la beauté qu'on ajoute aux choses leur a d'abord été enlevée."
Il est bien probable que vous soyez comme nous et que le nom d'Harry Martinson ne vous dise pas grand chose. Harry Martinson, écrivain suédois que l'histoire de la littérature classe dans les "écrivains prolétariens" qui firent entendre leur voix dans la première moitié du XXe siècle, fait partie de ses écrivains oubliés à coup de prix Nobel.
La société des vagabonds nous invite à un voyage intérieur dans ce monde des chemineaux et des trimardeurs en des temps où l'industrialisation et les progrès technologiques mettent tout un peuple d'artisans à la rue, laissant miroiter aux plus chanceux le mirage de l'Amérique. Bolle, lui, ne sera pas des chanceux qui parviendront à franchir l'océan à la quête d'une autre vie. Cigarier, il sera mis au chômage par les machines et le succès des cigarettes industrielles, "car lorsque la mécanique s'est insinuée dans un métier, elle y reste à jamais". Repoussé par celle qu'il voudrait aimer, il sera aussi perdant au coup de dés qui aurait pu lui ouvrir l'horizon du grand voyage.
Irrépressiblement, Bolle prendra alors la route, marchant du nord au sud, d'est en ouest, d'un village à l'autre, de la montagne aux forêts, d'une rencontre à une autre, sans jamais cesser d'aller son chemin. Pour échapper au froid humiliant de l'hiver - celui qui est dans le coeur de ces hommes bien pensant, travailleurs et sur d'eux-mêmes - il y a l'enfer brûlant des briqueteries où se réfugie tout un peuple de vagabonds. Ce n'ai pas que le travail leur fasse peur, mais leur rapport au travail tel que le pense les moralistes de tous bords, c'est un monde d'enfermement et de peur qu'ils préfèrent éviter. Cela n'est pas simple et l'apprentissage est parfois dur. Apprendre à ne pas faire peur, à avaler toutes sortes d'humiliations pour peut-être avoir le droit à un peu de rêve.
"Si on veut arriver à Klockrike, il faut que ce soit en rêve. C'est pour cela que le rêve existe. Pour que l'homme puisse aller plus loin qu'avec ses propres jambes et se libérer de ses chaînes."
Cela en évitant autant que possible de se retrouver à Berget, la prison où les trimardeurs cassent les pierres.
"Les raisons d'arpenter les routes du pays, année après année, se comptaient par milliers.
L'une des plus belles était les forêts, la forêt.
Les forêts avaient une façon de se dissimuler derrière elles-mêmes, d'arbre en arbre, de crête en crête, et de ne jamais cesser de promettre quelque chose de caché."
On trouve chez Martinson un peu de cette mythologie de la nature et du vagabond qu'on rencontre dans l'oeuvre de Knut Hamsun l'écrivain norvégien, mais le fond n'est pas le même. La question du vagabondage, de l'errance est ici autant sociale que morale ou philosophique. de tous temps vagabonds et marginaux ont fait et font peur, et un rien peut justifier toutes les violences "honnêtes" à leur égard.
"Espèce de propre à rien qui traîne constamment sur les routes. Vous n'avez pas honte? Maudit voyou! Vous allez recevoir une bénédiction que vous n'oublierez pas de sitôt. Une bonne raclée, oui. Pour une fois vous allez voir ce que c'est que de rencontrer un honnête homme. (...) Oh oh, vous regimbez? Vous n'en avez pas le droit, pas du tout. Vous n'avez pas le droit de faire un mouvement dans ma maison. Remuer un doigt est une violation de domicile. Vous défendre? Vous dites que vous avez le droit de vous défendre? Ah! Ah! C'est ridicule de prétendre cela. Chaque mouvement, chaque pas que vous faites est un délit contre la société, contre les gens honnêtes et ceux qui travaillent."
Proche des mouvements anarchiste et du socialisme de ce temps, Martinson a puisé dans sa propre expérience pour écrire et décrire cette société des vagabonds. Ces récits, parus en Suède en 1948, font suite à la biographie qu'il avait publié dans les années trente. L'écriture porte ma marque de ce temps-là mais les réalités qu'elle porte sont toujours parmi nous, même si les "vagabonds" ont pu changer de nom et de style.
Lien : http://filsdelectures.over-b..
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Lau
  06 janvier 2015
Un roman qui nous offre une plongée dans le monde des trimardeurs suédois vécue de l'intérieur. Où le réalisme se joint à la philosophie et à la légende. Un roman à lire en prenant son temps de voyager avec ces hommes qui ont choisi la route plutôt l'esclavage. Une liberté qui se paie cher car leur quotidien est fait de peur, de faim, de froid, de solitude ou d'humiliations. Mais aussi de rencontres généreuses et douces, tellement rares. Une façon de vivre qui ne correspond pas à la majorité mais qui est défendable et compréhensible. Un roman pour s'interroger sur notre vie et notre manière d'être.
Lien : http://www.partispour.com/pl..
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