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Critique de Horizon_du_plomb


Horizon_du_plomb
  03 septembre 2019
« Pour ces gens que la moindre excentricité affole, qu'ils soient bourgeois ou prolétaires, songer à ces aliénées excite leur désir et alimente leurs craintes. Les folles les fascinent et leur font horreur. »

« Pourquoi idolâtrer des dieux, lorsque des hommes comme Charcot existent ? »

Le roman commence par une renaissance, une renaissance formatée comme un reboot d'ordinateur. Mais bien vite le corps a à nouveau ses mouvements compulsifs, ses tremblements, ses arrêts. Par delà le voile de l'esprit, on espère encore le libérer, revoir l'enjoué équilibriste sur le fil. Et c'est bien une étrange liberté que se donne l'auteure qui déchirera par contraste la camisole du formalisme.

«  (…) surtout, l'urgence de ne pas se sentir limitée, ni dans son savoir ni dans ses aspirations – une urgence telle qu'elle lui tord parfois l'estomac. »

Plus que d'autorité ou de conditionnements, on parlera de légitimité, cette acceptation qui dépasse la normalité et, bien évidemment, plus que l'identité, on reconnaîtra ce foutu besoin de reconnaissance, ce soi-disant tampon à l'être qu'on devrait avoir en société alors que tout déborde des cases.

« L'indignation est une émotion envahissante et ne mérite pas d'être dispersée. »  

On a affaire à un roman d'époque, historique mais la magie c'est que le regard contemporain qu'on porte sur cette époque se transfère à la nôtre. Ce décalage vers la folie qui voit rouge nous aide à mieux cerner l'étendue du monde réel. La question est dés lors y a-t'il encore un sauveur dans cette prison universelle, celle qui vous encage tout en prétendant vous nourrir. En faut-il encore un d'ailleurs ? Et si le sorcier disparait, que reste t'il de l'emprise du sort ?

« Mais la folie des hommes n'est pas comparable à celle des femmes : les hommes l'exercent sur les autres ; les femmes, sur elles-mêmes. »

« – Vrai ou faux m'importe peu. Les choses dont tu lui as parlé n'ont pas leur place dans notre maison. »

Ce livre sous ses airs de fiction recèle bien des théories savantes et m'a rappelé pas mal de lectures. En particulier, les mécanismes psychologiques dans les familles sont bien décrits.

« Souvent, la vérité ne vaut pas mieux que le mensonge. D'ailleurs, ce n'est pas entre les deux qu'on fait son choix, mais entre leurs conséquences respectives.  »

Difficile de ne pas voir une interprétation homosexuelle à tout ce livre même si son propos général dépasse le statut du genre (le pendentif retrouvé, la librairie ou même Thérèse peuvent avoir des symboliques très claires). D'ailleurs, l'auteure s'amuse aussi avec cette interprétation dans les dialogues.

« elle avait longé le Jardin des Plantes où, depuis plus de dix ans, depuis que la Commune avait forcé les Parisiens affamés à abattre les herbivores de la ménagerie pour s'alimenter de leur chair, on n'entendait plus un seul cri sauvage s'échapper des grilles du jardin »

Un livre pas si loin « Des fleurs pour Algermon ». On devrait en faire un semblable mais avec un animal et sa considération actuelle dans les centres de traitement. En tout cas, je dirais que « Madame Einstein » et ce livre-ci sont non pas frères mais des cousins germains assurément.

Pour moi, la cerise sur le gâteau a été que ma femme est médecin et s'appelle Jennifer, soit la même étymologie que Geneviève (vient du germain "geno et wefa" qui signifie : « race et femme », tout un programme en soi)

Les clichés sont là et l'écriture est académique, facilement lisible vu qu'elle n'offre aucune surprise en soi, mais le talent de l'auteure c'est qu'elle prend les bonnes ficelles et les manipule très bien, l'ensemble formant une chorégraphie des plus élégantes car résonnantes. Pour savoir si Eugénie rimera avec eugénisme ou ingénue, lisez-donc le livre.

«  Toi mon enfant, ma fille,
Ta peau comme du lait,
Sais-tu à quel point brillent
Tes deux yeux si parfaits ?
Mon âme s'illumine
À te savoir si près.  »
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