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Samuel Dégardin (Autre)Martin de Halleux (Autre)Frans Masereel (Autre)Jacques Tardi (Autre)
EAN : 9782490393138
221 pages
Éditeur : Les Editions Martin de Halleux (08/10/2020)

Note moyenne : 4.25/5 (sur 2 notes)
Résumé :
« Prenez cette oeuvre à la fois neuve et ancienne, recherchée et libre, consciente de la tradition et ancrée dans le présent, l'oeuvre de ces mains diligentes, ce film magistral d'une vie d'artiste ! Suivez le héros et mêlez-vous au monde multiple et étrange des hommes, étonnez-vous, riez, et laissez-vous emporter ! » Extrait de Thomas Mann, Frans Masereel, 1927, publié en préface de cette édition.
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
oblo
  23 décembre 2020
Livre reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique.
C'est d'abord une foule : des hommes, des femmes, des voitures. Un personnage, seul, pénètre dans la ville moderne : son train à vapeur, ses chantiers, ses rues pleines, ses usines. Il déambule, lit le journal dans la rue, traîne dans les cabarets et les expositions de peinture. II est seul mais point isolé : le voilà dans la chambre d'une femme, ou là en compagnie d'enfants avec lesquels il joue. du haut de sa grande silhouette longiligne, le personnage parcourt un monde bien défini : urbain, industrieux, où le loisir existe malgré tout (le théâtre, le patin à glace, les combats de boxe ...). Il nous semble être un homme simple, qui aime les choses comme lui : les balades en forêts, les danses festives, les jeux et concours de foire.
Dans la première partie, le personnage mène la vie moderne d'un Européen. Tantôt observateur à distance de la société, tantôt vrai acteur de celle-ci, c'est pourtant un drame personnel qui le touche : la perte d'un amour, malgré les bons soins et les prières. Il quitte la ville, voyage, se confronte à la nature, finit par embarquer sur un navire en partance vers l'Afrique. C'est tout le décor qui change : point d'usines fumantes, plus de masses industrieuses et revendicatives. de retour dans la ville, il est plus entreprenant auprès de la gent féminine et moins soucieux des réactions d'autrui. Il devient même inconvenant, dérangeant pour sa société d'origine : invitant les pauvres aux tables des banquets, refusant la guerre, riant de la religion. Paradoxalement, on le trouve plus humain, plus impliqué dans la vie de la communauté car, s'il en refuse les codes et les tabous, il éprouve un intérêt vrai pour ses congénères. Il demeure pourtant seul, face à la nature et face à ses rêves, face à ses démons aussi. Homme il est, seul mais libre : en peignant un autre soi-même, Frans Masereel trace aussi les contours d'une certaine condition humaine.
Comme l'écrit Jacques Tardi dans la préface, Mon livre d'heures est certes muet mais pas sans bruit. Résonnent, au fil des pages, le souffle du train et le claquement des coups que se portent les boxeurs, les sonorités de l'accordéon et les respirations haletantes des amants. Viendront d'autres sons, et des odeurs aussi : celle du chou qui cuit, celle des chevaux laborieux, celle de la terre fraîche que l'on travaille. le livre que l'on tient est aussi le fruit d'un labeur qu'on n'imagine pas. Masereel a dessiné puis gravé ses planches de manière à ce que, en tous points, Mon livre d'heures est aussi un vrai livre artisanal. Gageons que les éditions Martin de Halleux, par leur honnêteté et leur travail, lui font honneur.
Sans doute faut-il, pour comprendre l'importance d'une telle oeuvre, la contextualiser quelque peu. D'abord, en tant qu'oeuvre graphique, Mon livre d'heures, comme les autres oeuvres de Frans Masereel, est ce que l'on appellerait aujourd'hui un roman graphique. Un roman graphique, muet certes, comme il en existe aujourd'hui, et de très bons : on pense à Pinocchio de Winschluss, à Babylone de Zezelj. Masereel, ici, pourrait être vu comme une référence à ces oeuvres, une sorte d'aïeul littéraire. La forme est intéressante, aussi : se succèdent 167 dessins en 167 planches, narratifs en eux-mêmes, liés entre eux par le personnage qu'ils mettent en scène ; avec ce titre, Mon livre d'heures, Frans Masereel renvoie clairement à la tradition littéraire chrétienne de ces livres de prière illustrés et se place lui-même, en tant qu'auteur, dans la dynamique d'une histoire littéraire et picturale. Masereel, pourrait-on dire, est le chaînon entre les illustrations liturgiques du Moyen Âge et les romans graphiques de notre période contemporaine. Ses planches sont parlantes pour elles-mêmes, on l'a dit, mais certaines font sens aussi en se succédant les unes aux autres (l'histoire de la jeune fille qu'il recueille et qu'il accompagnera jusqu'à la mort). de ce point de vue, Mon livre d'heures est et n'est pas de la bande-dessinée. Libre est le lecteur qui fait de cet ouvrage ce qu'il veut.
Mais, à la différence des scribes médiévaux, Masereel s'affirme comme auteur. On pourrait même dire qu'il se met en scène, et cela dès la couverture. En s'appropriant le livre - par l'utilisation du pronom possessif mon -, Frans Masereel annonce au lecteur que le personnage dessiné tient sans doute de lui-même. La citation de Whitman ne fait que le confirmer : ce que Masereel nous contera, ici, il le puisera en lui-même. Sa matière, c'est dans sa vie qu'il la trouve, et aussi dans le monde qui l'entoure. La ville que dessine Masereel rappelle celle que décrit Verhaeren dans Les campagnes hallucinées et La ville tentaculaire : endroits immenses où règnent les usines du nouveau monde industriel. Mais là où Verhaeren donnait à sa ville des accents collectifs et inquiétants, Masereel la regarde du point de vue de l'homme, et les drames qui s'y vivent sont ceux que réserve la vie ordinaire. A nous, lecteurs du vingt-et-unième siècle, Masereel laisse une oeuvre hybride, une source de découverte au sens premier du terme : lire - ou regarder - Mon livre d'heures, c'est aussi inventer sa propre histoire.
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SPQR
  13 janvier 2021
En plus de la joie qu'ils vous apportent, certains livres ont le pouvoir de vous émouvoir. Il en fût ainsi pour moi avec ce "livre d'heures" de Frans Masereel, composé de 165 gravures nous contant la vie de l'alter ego de l'auteur. Un ouvrage d'abord paru en 1919, dont j'ai entendu parler il y a un peu plus de 10 ans, et superbement réédité en 2020 par les éditions Martin de Halleux sous reliure toilée et beau papier bien épais.
165 gravures donc, ici introduites dans une préface signée Tardi dont le seul défaut serait sa brièveté. 165 bois pour raconter la vie d'un homme, sa liberté, ses aventures et mésaventures, ses engagements politiques et amoureux, boire et déboires. Mélange de précision et de simplicité, les traits de ces gravures ont une force d'évocation rare, et m'a rappelé certaines affiches de propagande (tous bords politiques confondus).
Mais c'est sûrement dans cette idée de narration par l'image et uniquement par l'image que Masereel est profondément novateur, puisqu'il invente tout simplement le roman graphique au début du XXe siècle. Un récit muet mais qui ne manque pas de crier, pleurer, rire, hurler et faire ressentir pas mal d'émotions. Difficile d'en dire plus ici, je ne peux que vous conseiller de le lire et de le garder comme le témoignage historique et esthétique précieux qu'il est, bien au chaud dans votre bibliothèque.
Pour terminer, ces quelques mots de Tardi repris en 4e de couverture qui pour moi résument parfaitement le superbe objet : « L'histoire assourdissante, frémissante, émouvante et lumineuse de la vie. »
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critiques presse (1)
Actualitte   21 octobre 2020
Pas un mot, il est vrai, dans ces 167 gravures, mais une force indubitable de communication qui, cent ans après la première publication de Mon livre d'heures, n'a rien perdu de sa lisibilité, de sa force et de son humanité.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (1) Ajouter une citation
deuxquatredeuxdeuxquatredeux   31 décembre 2020
Ce n'est pas un film muet mais l’histoire assourdissante, frémissante, émouvante et lumineuse de la vie, en deux couleurs seulement : le blanc et le noir, sans demi-teintes, taillée dans du bois de poirier, sans « chichis » ni virtuosité inutile, seulement des « aplats » d’une précision sans égale.

L’histoire assourdissante, frémissante, émouvante et lumineuse de la vie par Tardi, p. 6
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