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EAN : 9782869160439
211 pages
André Dimanche (31/10/1999)
3.6/5   21 notes
Résumé :
La Rose de Mahé vient de quitter les Seychelles que ravage une épidémie de variole.

A bord, le plus étrange chargement : un lot de tortues géantes à destination d'Aden ; douze matelots qui rêvent d'or depuis que le capitaine Eckardt a révélé le but de son voyage ; un homme silencieux, leur prisonnier, qui détient le secret de leur future fortune ; la mort, enfin, embarquée aux Seychelles avec la variole...

Loys Masson (né en 1915 à l'î... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
EvlyneLeraut
  27 avril 2021
Chef-d'oeuvre !
A propos des tortues, L'Express s'était écrié : « C'est L'Île au Trésor écrite par un poète de la race de Saint John Perse. »
« D'autant qu'il y aura toujours, comme le savait fort bien ce fictionneur hors pair, « des histoires ourlées de cyclones et de requins à conter. » Éric Dussert.
Magnétique, culte, « Les tortues » est le livre. Celui qui honore la littérature. Sa richesse infinie est garante d'une oeuvre rare. Écrit en 1956, pas une ride sur le filigrane. Son souffle perdure, la lecture est une sacrée chance. Merci L'Arbre Vengeur pour sa renaissance ! Ce classique est un récit voyageur dirions-nous, mais non. Il est un esprit, l'emblème maritime. Une rencontre fabuleuse avec des hommes, aventuriers, éperdus d'espace et de déraison. La fraternité chevillée dans les lames de fond.
Le narrateur (anonyme) s'allie au capitaine Eckardt avec « une douzaine sous ses ordres à bord de la Rose de Mahé, fin voilier. » Contrebandes, « tout nous était argent sans odeur. »
L'histoire se déroule dès novembre 1904.
On ressent des destinations avides de richesses, des marins complices des transports d'esclaves « entre l'Abyssinie et le Yémen et, à deux reprises même, piraterie caractérisée sur la Côte des Somalis. »
Eckardt est vil, avide d'argent, un homme oublié, égaré dans les affres nauséabondes. « Eckardt, énorme comme son destin. » Surnommant les marins « mes petits frelons. »
Le capitaine Seamus Eckardt à défaut d'autres marchandises va transporter sur son voilier des tortues géantes, celles des Seychelles, île ravagée par la variole. de ce fait, le voilier reste accroché tel l'étendard d'un malheur sous-jacent aux regards de l'île qui va sournoisement prendre au piège les marins. Pas de vaccin pour eux. Plus un seul à disposition. Une soixantaine de tortues géantes sont embarquées. Eckardt promet aux marins de l'or « au bout du voyage ». le narrateur tremble. Les tortues sont pour lui le symbole de la malédiction. Un rejet venu de sa plus tendre enfance. Une métaphore cruelle et dévorante. Des tortues fantomatiques qui dévorent ses pensées, sa condition même d'homme. Imaginez ces mastodontes marcher sur le plancher qui craque. Cette vision d'horreur qui prend vie et encercle sa raison jusqu'à frôler la folie. Des tortues paraboliques d'une phobie intestine. le voilier est un microcosme grouillant de vie. Comme si le monde naviguait sur les flots. Ici, il y a des hommes, une hiérarchie de fer, la peur de la variole qui va être un tsunami. Pourtant la douceur de la trame est lagune. Tout, ici, peut être annoté, certifié. Un auteur de génie (Loys Masson) qui souffle sur les voiles, fait briller les regards et attise une histoire forte, scellée à la beauté humaine envers et contre tout. Ce livre est une émotion. Un passage obligé pour s'endurcir face aux tempêtes.
« Éléazar avait cessé de chanter. D'en bas montait l'archange bleu de sommeil. Il se postait à l'avant, il était le veilleur de la tranquillité et du rêve, le grand cousin radieux de l'espoir. C'était le calme d'avant orage : l'araignée du silence marchait sur la peau. La mer ne frappait plus la Rose que dans un gant de plume. »
Les tortues se figent dans l'orée de cette épidémie. Assignées au sceau de la perdition. le symbole détourné à l'instar d'un navire fantôme échappé de l'irrévocable. La promesse de l'or au bout du voyage est l'homme qui se noie en pleine mer.
« L'homme n'est pas chez lui sur l'eau ; il y voyage, c'est une intrusion : ces vagues, ce bleu, cet horizon fondant ne sont pas de son domaine naturel. »
Que va-t-il se passer dans le coeur même de « La Rose de Mahé » ?
« A chaque fois le monde des tortues se rapproche. »
L'épidémie griffe, les tortues géantes, la variole ? Lisez, lisez ce livre splendide.
Sur l'autre rive, le plus beau chant d'une littérature de renom : l'accolade langagière.
Prendre soin de la préface d'Éric Dussert. Lire attentivement « une lumière d'Acropole avec un goût de laurier. » Loys Masson « Ce poète est pour moi l'un des seuls d'à présent qui ait une voix. Et elle va droit en moi. » Henri Michaux. Loc-bloc, dame-jeanne et livre de loch…
Dans l'écrin d'une collection : l'alambic dirigée par Éric Dussert. Publié par les majeures Éditions de L'Arbre Vengeur.

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Nuageuse
  22 avril 2021
Ce roman est une descente aux enfers.
Le narrateur, matelot, a la phobie des tortues. le bateau, où il travaille, se retrouve avec une cargaison de tortues géantes. le capitaine ordonne à son équipage de fabriquer un enclos sur le pont.
Si seulement il n'y avait que ces fichues tortues sur la Rosé de Mahé. le navire a quitté les Seychelles où sévit une épidémie de variole. Les habitants attendent des doses de vaccin qui n'arrivent pas... La variole va s'inviter sur ce bateau car un des passagers en est atteint. Ce passager silencieux détient les informations sur un trésor. le capitaine en a d'ores et déjà parlé à son équipage qui souhaite évidemment faire fortune.
Notre narrateur est le dernier survivant avec Bazire, un autre marin, qui a une fascination pour les tortues, à son grand dam.
Loys Masson a un style très poétique. Son écriture accentue les moments de désespoirs, de folie même, et d'espoirs. Même si l'espoir sera vite balayé.
J'ai du m'accrocher aux premières pages car le narrateur en veut aux tortues au point...
J'ai beaucoup aimé les scènes d'accouplement de ces animaux et de l'étonnement des marins.
Ce roman reste une jolie découverte.
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bibliogite
  02 octobre 2021
Le capitaine Eckardt, dont les veines du cou explosent presque tant la rage et l'obsession les irriguent, entraîne douze matelots, ses "frelons", à la recherche d'un trésor. Leur brick, le Rose de Mahé, quitte bientôt les Seychelles après avoir embarqué quelques passagers de cauchemar: le virus de la variole, un mort en sursis du nom de Vahély qui seul connaît l'emplacement du trésor, et une soixantaine de tortues géantes. de leur enclos monte "le frottement doux, pressant, amoureux, des coques entre elles quand le temps de la parade approche". La fièvre, le rhum, le soleil
cognent dur, des visions étranges faseyent parmi les haubans; la folie rôde - mais n'est-ce que la folie?
Commencée sous les bonnes étoiles de Melville et de Conrad, cette étrange croisière s'affranchit bien vite de tout sextant et explore des parages que nul explorateur n'avait encore cartographiés.
Mais l'on en a déjà trop dit... "Ah, c'est le silence, plutôt, qui devrait suivre", écrivait jadis Max-Pol Fouchet en refermant un autre grand livre.
Lien : https://bibliogite.jimdofree..
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Djuna
  03 avril 2020
Plongée sensuelle dans la folie, avec un goût de sel, de soleil et de mort, le choc mat des carapaces à l'heure du rut et la cupidité des hommes, d'or et de feu. Un chef d'oeuvre.
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
DjunaDjuna   03 avril 2020
Et puis un visage noir, un visage de vrai nègre est toujours plus rassurant qu'un autre. Il y a ce dessin ouvert des lèvres, offert à quelque chose de béat peut-être mais d'activement amical, cette bonté qui habite le front et le nez. Il y a aussi quelque chose d'enfantin, même dans les très vieux noirs ; et l'enfant est confiance plus que fragilité. Un visage blanc - je ne dis pas le mien, ce miroir éclaté - votre visage dans une glace ou celui de votre voisin, détaillez-le : quoi que vous prétendiez ou qu'il prétende, il est voué à l'inquiétude. N'est-ce pas la nuance qui le veut, ce blanc faux qui est la pauvreté et la mort d'une couleur ? Race suspecte se prétendant reine ! Je n'ai jamais conçu Orphée de la légende que noir d'ébène - que sonore et que net. c'est un noir qui se concilie les bêtes, fait se pencher en alliés, en amants, les arbres et les roseaux, dompte la musique, echante le silence, guérit. Le blanc c'est Adam de l'Eden ; il pèche, il se damne. Vivant, il est déjà comme mort ; il a la teinte de la mort. Il vogue et va dans la couleur négative... Maccaïbo comme tant d'autres de sa race était un homme sur le chemin du retour au Paradis Perdu. Je le haïssais pour sa brutalité ; je l'aimais pour sa géante innocence.
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DjunaDjuna   03 avril 2020
Mais la tortue ? Serpent qui se cache d'être serpent. Diable sous masque de mendicité. Faux Job. Sisyphe pire, qui transporte son rocher et qui est son rocher. L'incarcéré qui est le prisonnier et la geôle. Et qu'est-ce que ces profondes commissures de sa gueule sinon le rictus de la cruauté calme ? Les plissures des paupières ! des yeux qui semblent avoir regardé déjà, avoir déjà vu avant le Temps. Ces chocs sonores des carapaces dans l'accouplement - mariage de deux pierres livrant une semence de pierre, le démoniaque suintement des traînassements futurs. Ces grognements alors, ces cris étouffés, presque d'humains, comme si nous nous interpellions dans le couple du fond de l'abime promis. Et, après, les prunelles à peine mobiles qui s'alentissent encore, de sourds craquements dans les cuirasses comme ces bruits d'un poêle qui refroidit après la flambée, le rudiment de queue qui traîne, ébauche lamentable de la naissance d'une vipère...
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DjunaDjuna   01 avril 2020
Ramenez le monde dans le monde, capitaine ! Mais non, il se taisait. Je me taisais. Les ressacs dormaient. Peut-être les poissons eux-mêmes ? Dieu dormait, qui n'avait plus guère à gérer que cette création engourdie. Le spectre de la Rose Mahé grandissait régulièrement, le spectre de la ville derrière nous s'amenuisait. L'eau comme un espace mort, même pour nous qui y voguions. Un derrick là-bas, un cou de métal offert à une guillotine de brume - la brume cette nuit plus consistante que l'acier, et c'était juste. Une avancée de bâtiments noyés. Quelques lueurs montant et descendant avec le mouvement de la rade - et l'énigme d'un bateau devant nous qui était cependant le nôtre, où nous avions nos habitudes et nos certitudes, et nos places, et nos répondants dans le petit miroir du poste...
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DjunaDjuna   03 avril 2020
C'était une danse de son pays et il l'avait rebaptisée la danse de l'or. Il la dansait nu comme un ver, s'accompagnant d'un long chant rauque dans le dialecte de Goa. Il tournait, tournait jusqu'à tomber en hurlant un hurlement étranglé, menaçant à force de puissance. Le soleil le piquetait d'or, c'était vrai. Chaque goutte de sueur étincelait sur ce noir profond aux richesses d'écrin. On donnait la mesure en claquant des mains, en tapant des pieds. L'esprit de la danse finissait par nous envahir en nous-mêmes.
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DjunaDjuna   01 avril 2020
Il y a des journées d'avant-drame qui sont pires que le plein drame. Quelque chose vous guette dans le dos ; vous vous retournez, il n'y à rien. Mais à peine avez-vous repris votre position que cela du même mouvement reprend aussi sa place. Puis, sournoisement, cela glisse, va vers la droite mais toujours un peu en retrait, caché - vous regardez à droite, tout aussitôt c'est votre côté gauche qui est assiégé. Vous êtes accompagné, suivi, très nettement assiégé ; on suppute votre résistance, vos ressources de santé, de chance ; et soudain il y a cette sensation que quelqu'un d'énorme a ri. La sensation, car ce rire vous ne l'avez pas entendu : c'est seulement comme un long biseau de cristal qu'on vous promène sur la nuque. Et voilà que vous devenez deux en vous, comme à un signe - l'homme premier, celui qui jusque-là était le vrai, lentement dissous par l'autre qui, lui, est déjà dans l'avenir, dans l'orage qui monte. Heure après heure il s'y installe. Il prépare les poisons, dessine les chemins de la foudre. Au soir il se croisera les bras, sa besogne achevée ; et alors, en vous, ce qui reste de vous, une sorte de fantôme écrasé, étiré, s'affole - il n'y a pas de porte...
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Les Tortues de Loys Masson, réédité par L'Arbre vengeur dans la collection L'Alambic avec une préface d'Eric Dussert.
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