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Martine Mathieu-Job (Éditeur scientifique)
ISBN : 2358480940
Éditeur : Bleu autour (01/02/2018)

Note moyenne : 4.12/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Cinquante-deux auteurs de cultures musulmane, juive ou chrétienne livrent leurs souvenirs d'école dans l'Algérie française et coloniale. De l'école française, pour "indigènes" ou non, espace de normativité mais aussi, souvent, d'ouverture à l'autre. Et parfois, en parallèle, de l'école coranique ou talmudique. Reflets de la complexité des expériences vécues, ces récits inédits recèlent des informations méconnues, mettent à mal des préjugés sur les deux rives de la M... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
MicheleP
  11 mars 2018
Encore une enfance, dans la lignée de celles dirigées par Leila Sebbar (Enfance algérienne, juive, d'outremer, pendant la guerre etc.), mais celle-ci est dirigée par Martine Mathieu-Job, qui a repris le flambeau. Cinquante deux collaborateurs nés dans l'Algérie française, racontent leur découverte de la culture, si différente de leur expérience quotidienne, l'influence des instituteurs et des institutrices, dont les enfants tombent souvent amoureux, leur découverte du « bon » français, eux qui disent « estatue » pour "statue", "entention !"pour "attention" et « midicoule » pour « maître d'école ». Récits naïfs et pleins de fraicheur, qui montrent bien les qualités de cet enseignement généreux et attentif (le plus souvent), mais aussi ses défauts, ce qu'on a appelé le jacobinisme : bien des contributeurs regrettent que ne soient enseignés ni l'histoire, ni la géographie, ni la langue, ni le quotidien du pays où ils vivent, mais uniquement « la France éternelle », sa neige et ses sapins. Du point de vue historique, deux périodes sont particulièrement intéressantes (on regrette qu'à côté du nom des lieux qui figure en exergue n'aient pas été ajoutées des dates, mais on s'y retrouve quand même facilement). La première est la période de Vichy, avec le lever des couleurs tous les matins, mais surtout l'exclusion des enfants juifs, pour laquelle certains enseignants se montrent d'un racisme insupportable, pendant que les malheureux bambins humiliés ne comprennent pas ce qui leur arrive. La seconde concerne les dernières années de l'Algérie française, quand l'école commence à s'ouvrir largement aux enfants musulmans : les enfants « européens » découvrent l'altérité, les enfants musulmans se plient à une culture nouvelle et aux exigences des maîtres, sachant que s'ils se plaignent chez eux, ils seront punis aussi par leurs parents, et continuent la guerre d'Algérie dans la cours de récré à coup de chansons détournées, « vive la France et ses alliés » devenant « vive l'Algérie et son drapeau ». Il y a ceux qui s'assimilent et ceux qui résistent.
Et tout cela donne au final les intellectuels vieillissants que nous sommes, universitaires, poètes, metteurs en scène, dramaturges, psychanalystes, romanciers, dont il est toujours amusant de lire les souvenirs.
Aujourd'hui, où l'école de l'époque coloniale est sujette à tant de controverses, la lecture de ce recueil apporte son éclairage de sincérité, de simplicité et de fraîcheur.
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Bigmammy
  14 mars 2018
52 intellectuels racontent leurs années d'école en Algérie, de 1930 à l'Indépendance, un kaleidoscope de souvenirs, morceaux choisis - sans doute magnifiés - de mémoire émouvante qui se répondent, malgré les différences des lieux et des communautés d'origine des narrateurs – Pieds-noirs, Musulmans, Juifs.
Un hymne plein de fraîcheur à un enseignement universel dispensé avec amour, par ceux venus de la Métropole comme par les natifs de ces familles installées en Algérie depuis le début de la colonisation, maîtres et institutrices imprégnés de la même foi dans les valeurs de la République, attentifs à transmettre sans discrimination le roman national, la France éternelle, sa littérature, sa géographie, ses héros, ses drames et ses guerriers …
On remarque avant tout le respect, celui donné aux élèves et celui dû aux enseignants, la mise en valeur du trésor de la langue française, l'extraordinaire pression exercée sur les bons élèves pour qu'ils puissent, à travers leur succès scolaire, sortir de leur condition. Tout comme cela est de rigueur dans les écoles de France, avec des instituteurs compétents, habités par leur métier, des modèles.
On note aussi quelques constantes : l'effectif énorme des classes, telles que l'on peut les voir à travers les photos : plus de 30 élèves, souvent une cinquantaine. La faible proportion d'enfants « indigènes » scolarisés – surtout chez les filles - dont les parents font de grands sacrifices pour équiper leurs enfants qui vont pouvoir « passer d'un monde à l'autre ».
Les auteurs de ces courts récits ont tous réussi de brillantes carrières : quelques noms plus connus comme Mehdi Charef, Daniel Mesguich, Michèle Perret, Benjamin Stora mais aussi une pléiade d'enseignants, universitaires, journalistes, écrivains, cinéastes, psychanalystes, anthropologues, linguistes … Ils sont souvent eux-mêmes enfants d'enseignants et tous des intellectuels persuadés que la scolarisation des enfants et l'accès à l'instruction est le fondement de l'égalité républicaine. Tous ont conservé au coeur la nostalgie de l'Algérie.
Des zones d'ombre aussi : la brutalité de l'éviction des enfants et enseignants juifs lors de l'abrogation du décret Crémieux en 1940, la ségrégation de fait entre les enfants des différentes communautés, la montée des périls dans les années qui précèdent les accords d'Evian, la violence des attentats à l'extérieur de l'école, l'absence de toute référence à la géographie et à la civilisation de l'Algérie dans la pédagogie centralisatrice de l'Education nationale – à part quelques exceptions très gentiment illustrées en fin d'ouvrage.
Un livre de mémoire qui illustre le lien toujours présent entre deux peuples qui ont la langue française en partage.
Lien : http://www.bigmammy.fr/archi..
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critiques presse (1)
Liberation   17 septembre 2018
Les récits de 52 auteurs font revivre leurs années d’écoliers dans l’Algérie coloniale, avec en arrière-plan le plus souvent la guerre. Les souvenirs ressortent à travers des sons, des odeurs, des sensations. La nostalgie n’est jamais loin, pour un temps où les professeurs incarnaient la sagesse, où les classes sentaient la craie et l’encre… sous le soleil permanent.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (3) Ajouter une citation
MichelePMicheleP   12 mars 2018
Mon premier jour de classe a été un véritable événement familial. L'heure qui précédait mon départ eut une agitation de ruche. Tandis que ma mère tentait de démêler ma tignasse frisée... Melkheir, ma grand-mère, me faisait répéter mon nom de famille, que je découvrais pas la même occasion. Jusqu'à ce jour, je répondais au nom de Fatima bent Mohammed. Fébrile, Yémouna, ma jeune tante, s'est brûlé les doigts en retournant les "msemens" qu'elle faisait cuire pour l'occasion... Brahim, mon grand père maternel, était descendu de sa montagne...pour m'offrir les habits et les souliers à lacets qu'il avait achetés la veille au souk du village. Quant à Mouloud, mon grand père paternel, il s'activait à nettoyer ses chaussures et à ajuster son chèche blanc car c'était lui qui allait m'accompagner.
(Fatima Besnaci-Lancou)
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MichelePMicheleP   11 mars 2018
Je suis d'Algérie, je vis ici, dans le bruit et les couleurs de Bab-el-Oued, dans la rumeur des marchés odorants, dans sa brise marine qui parcourt l'air tout entier, dans ces sillages d'odeurs suaves, de fleurs et de parfums bon marché que portent les femmes voilées. La rose et le henné, l'oeillet et le mimosa : des essences fortes qui saturent l'odorat.
Le maître ne fait pas état de ces impressions pourtant perceptibles à tous. Il enseigne comme on enseigne sur l'autre rive. La France éternelle, le roman national, ses héros, ses drames et ses guerres. Il tient à ce que notre langue soit pure et châtiée.
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OtelloOtello   01 mars 2018
Je suis retournée à Mercier-Lacombe, redevenu Sfisef, en 2015, soixante ans plus tard. Les deux écoles, celle des filles et celle des garçons, existent toujours, de part et d’autre de l’église devenue mosquée, attendrissantes, avec leurs arbres aux troncs badigeonnés de blanc. Mais à quelques centaines de mètres seulement de la petite source, se trouve maintenant un monument à la mémoire d’autres institutrices, onze martyres, égorgées, à la rentrée des classes 1997, par intolérance religieuse, pour le crime de s’être, elles aussi, dévouées à apprendre à lire et à vivre à d’autres petites filles.
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