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EAN : 9791097594718
368 pages
Serge Safran éditeur (18/08/2023)
3.83/5   6 notes
Résumé :
Dalibor rejoint à Istanbul Merve, une jeune Turque dont il s'est épris à Belgrade. Très vite surgissent la froideur de la jeune fille, l'immaturité de Dalibor et le refus parental d'une union entre une musulmane et un chrétien. À ces difficultés s'ajoutent pour Dalibor celles de trouver un logement, un emploi et d'autres fréquentations. Il rencontre Evlyn, une Canadienne plus âgée que lui dont il s'éprend, et des musiciens avec qui il forme un groupe

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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Dalibor rencontre Merve, une jeune turque , en Serbie et la suit à Istanbul.
Changement de décor : Les préceptes religieux de la famille de Merveimpose la rupture .
Voilà notre Serbe bien seul , vivant dans une cave où la moisissure pollue aussi bien l'atmosphère que l'âme . Pourtant, il tombe vite sous le charme de Kadiköy , quartier situé coté asiatique mais aussi d'Evelyn , une canadienne qui pourrait être sa mère.

On se promène beaucoup dans ce roman , autant dans les rues d'Istanbul, mais pas celles des guides touristiques que dans la tête de Dalibor.
La vision d'Istanbul est intéressante car le roman se passe au moment où les premiers attentats islamistes touchent cette ville et d'idyllique , elle devient dangereuse . Ce qui rend le portrait attrayant, ce sont les visions du commun des mortels stambouliotes, ce quotidien des transports épuisants, cet attrait pour la gastronomie. On vit la ville de l'intérieur , avec en toile de fond, la main mise des "moustaches" de l'AKP qui s'amplifie.
On en oublierait presque Dalibor et ses problèmes. La construction du roman rend cette facette un peu moins convenue qu'elle n'aurait pu l'être et finalement, on se laisse porter par cette belle écriture au grès des caprices du Bosphore.
Une belle découverte, mais est ce surprenant avec la littérature serbe ?

Merci à Babelio et aux éditions Serge Safran pour leur confiance .
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Une mosaïque qui tisse une épopée singulière qui incarne la voie de traverse. Des êtres qui gravitent dans la pleine lumière turque. Une force nous propulse d'emblée dans « La Mosaïque d'Istanbul », contemporaine, dans une région du monde empreinte de couleurs, de senteurs et de mouvements.
Istanbul en apothéose dans sa plus réelle mise en abîme, par Andrija Matic qui rassemble l'épars d'une ville emblématique.
Dalibor Stojanovic est le protagoniste principal. le narrateur serbe qui déambule dans ce lieu manichéen, palpitant dont il cherche la raison même de son souffle.
Il est ici. En cet espace, un peu, voire beaucoup pour Minerve, une jeune turque qu'il a rencontré à Belgrade en Serbie et dont il est épris.
On ressent d'emblée un anti-héros. Un homme lisse, opportuniste, aux prises de décisions difficiles. Sans personnalité, un côté loser et profiteur, mythomane et calculateur.
« Étais-je certain de vivre à Istanbul ainsi que je le pensais ? Non. Quoique amoureux de Minerve et désireux de la revoir au plus tôt, je craignais que notre liaison ne soit que de courte durée ».
Il va subrepticement déchanter. Minerve ne peut vivre avec lui. La rencontrer au grand jour dans une Turquie clivante de par ses principes religieux. Elle est musulmane. Il est chrétien. Elle est issue d'une famille conservatrice qui la surveille. Les diktats sont prégnants. Avec pour seul soutien un peu d'argent emprunté à son père, il va vite se heurter aux disparités d'un pays et Dalibor est étranger. Il va vivre dans un antre insalubre et spartiate. Trouver du travail comme professeur d'anglais. le rocher de Sisyphe. Loin des cartes postales colorées, symboliques d'une Istanbul paisible. Il souffre. Se sent abandonné et dans un même tempo, il va persévérer. S'infliger des rites, moins manger et faire très attention à son budget. Il va fortuitement rencontrer Evelyn, une femme beaucoup plus âgée que lui et très maline. On a l'impression d'une duperie inversée. Evelyn semble une aiguille sous une roche. On a du mal à cerner ce qu'elle cherche dans cette relation chahutée par les vulnérabilités.
La mosaïque est un kaléidoscope de la Turquie actuelle. Les manifestations contre le pouvoir vont exacerber son advenir. Dalibor se prend au jeu d'analyser les comportements, les cris et les révoltes. Evelyn est étrangère, canadienne, et travaille pour une organisation humanitaire.
« Evelyn est la femme la plus mystérieuse qu'il m'ait été donné de rencontrer. J'avais beau me décarcasser, je ne parvenais pas à comprendre pourquoi elle était avec moi, il devait y avoir une raison plus profonde que mon manque de confiance, que mon jeune corps tendu, ferme et bien fait ».
Le roman est une toile de maître. Une immersion dans un pays où le moindre écart est filature. Dalibor est un homme blessé dans sa chair. Il se devine faible et son côté machiavélique va prendre le dessus. Il fouille dans un tiroir chez Evelyn. Ouvre son ordinateur. Change de tactique et devient vil, sournois et inquiétant. Elle va le surprendre dans cette gestuelle de filou et la rupture advient, annonciatrice d'un basculement d'identité pour Dalibor.
Pour faire l'avocat du diable, elle n'a jamais assisté à l'un des concerts de Dalibor. Ce dernier joue dans un groupe et la musique englobe l'idiosyncrasie turque.
Composer et jouer en rythme est le seul point d'attache pour Dalibor avec la réalité. Il est constamment sur une fausse piste. Il est imprévisible et le complexe de l'Albatros est omniprésent. Il se prend donc les pieds dans le tapis et devient agressif. La faim au ventre, la toux complice de ses souffrances qu'il provoque immanquablement.
Evelyn et Dalibor vont se séparer.
Et là le récit devient un quasi thriller psychologique. Un roman sombre, serré comme un café fort. Dalibor est de troubles et d'espionnages. Il va se poser dans un café et observer l'immeuble où habite Evelyn. Guetter son ombre, la suivre. Chercher la faille. Il est jaloux et paranoïaque.
Le récit est superbe, réussi et implacable. La Turquie devient gémellaire de ses folies. On ressent une mosaïque semblable à la réalité. Les psychologies d'êtres qui se cherchent, affrontent leurs désirs et leurs frustrations. Il y a des notes chères à la surprise, aux émois et à la quête de soi.
C'est un roman passeur de destinées. Une histoire sensible, humaine, résolument intranquille et poignante. Dalibor est la démonstration minutieuse des turbulences intérieures et des fragilités humaines. La Turquie élève ses prismes politiques et sociologiques. Fascinant, il dévoile l'autre solitude, celle que les ombres assignent. le tsunami des psychoses. C'est un tour de force avec un regard sensible et admirable d'un auteur né en Serbie. La plus belle phrase du livre et vous comprendrez alors la puissance de ce roman : « La mosaïque avec les musiciens ».
Après les remarquables « L'Égout» et « Burn-out », « La Mosaïque d'Istanbul » est également publié par les majeures Éditions Serge Safran éditeur. Traduit à la perfection par Alain Cappon.
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Après « L'Egout » (2018) et « Burn-out » (2020), voici la troisième traduction, rigoureuse et réussie, d'un roman de l'écrivain serbe né en 1978. Nous transportant aujourd'hui sur l'une et l'autre rive du Bosphore, il illustre à sa façon ce qu'énonçaient Baudelaire puis Julien Gracq : « La forme d'une ville change plus vite hélas que le coeur d'un humain. »
Celui qui raconte, Dalibor Stojanovic, 26 ans, avait quitté sa chère Belgrade pour aller retrouver à Istanbul une étudiante en droit turque de trois ans sa cadette. Il s'en était épris alors qu'elle séjournait en Serbie dans le cadre d'un échange universitaire. L'élue de son coeur portait le prénom évocateur de Minerve, la déesse aux multiples fonctions de la mythologie romaine, depuis la stratégie guerrière jusqu'aux arts et au commerce. Mais elle se faisait appeler Merve, certainement par commodité, peut-être aussi inconsciemment pour plus de légèreté. Ils s'étaient d'ailleurs rencontrés dans la boîte où lui-même, diplômé en économie sans emploi, se produisait comme batteur d'un « cover band », l'un de ces « groupes de reprises » qui vivent de la reproduction sur scène de titres célèbres. Dans son bref exorde Dalibor évoque rétrospectivement ces quelques semaines d'une passion qui lui avait semblé partagée, tant il s'accordait avec Merve. Au point que celle-ci lui avait proposé de venir s'installer dans la colocation qu'elle partageait avec une étudiante géorgienne plutôt invisible. Un seul mot lui vient alors à l'esprit, « l'idylle. » le 24 octobre 2014, il descendait de l'avion à l'aéroport « Ataturk » et la tonalité de son discours allait immédiatement changer.
Dans ses remarquables premières pages Andrija Matic fait montre d'un sens de la suggestion annonciateur d'autres temps moins idylliques. Tout se passe en effet comme si la jolie Merve voulait brûler par tous les bouts la relation avec Dalibor. Cela avait lieu pour l'essentiel dans la chambre de la jeune femme. Pour qualifier leurs étreintes à répétition, il ne recourt qu'à un seul verbe, « baiser. » Entretemps ils regardaient ensemble des films, écoutaient de la musique ou échangeaient sur la situation au Proche-Orient. C'est que la jeune femme se trouvait loin de sa famille et de son pays. Dalibor allait en faire la dégrisante expérience. Car dès son arrivée sur le sol de la Turquie il s'était trouvé face à une autre Merge, soudain distante, en fait soumise au rigoureux traditionalisme de sa famille, qui ne concevait pour elle aucune liaison avec un non-musulman. Circonstance éventuellement aggravante, l'étudiant serbe était athée. Andrija Matic évoque un désenchantement d'autant plus douloureux que, à l'encontre des clichés sur Istanbul, la ville n'allait pas se montrer pour lui particulièrement accueillante. le 10 août 2014, après onze années à la tête du gouvernement, Erdogan avait été élu président de la république lors de la première élection au suffrage universel. Depuis plus d'un an, les manifestations de l'opposition à son pouvoir autoritaire se succédaient. Des attentats, islamistes et kurdes, ponctuaient le quotidien des Stambouliotes. Dalibor découvre une métropole en ébullition, quadrillée par la police et les sbires du régime, en même temps que son extrême diversité. Une véritable mosaïque à cheval sur le Bosphore. A la recherche d'un logement, il en parcourt les différents quartiers. le romancier en dresse la cartographie, ou du moins en fait entendre la continuelle rumeur et respirer l'atmosphère électrique, en de saisissants tableaux.
Au cours d'une nouvelle manifestation anti-Erdogan, Dalibor avait fait la connaissance d'Evelyn, une intrigante quinquagénaire canadienne venue travailler pour une ONG. Une autre histoire commence, qui prend bientôt un tour singulier. le Serbe désargenté, qui n'avait trouvé pour se loger qu'un entresol moisi à Kadiköy, sur la rive asiatique, se met peu à peu à l'unisson de son galetas. Dans une ville sous haute tension, lui-même se laisse gangréner par une manière de corruption. le garçon plutôt lisse de Belgrade se transforme en un être acrimonieux et soupçonneux, dans cette ville vite perçue comme dangereuse, à l'égard de cette femme qui ne se livre pas. Andrija Matic opère alors un virage narratif et démonte pièce à pièce la mécanique du soupçon : « Evelyn est la femme la plus mystérieuse qu'il m'ait été donné de rencontrer. J'avais beau me décarcasser, je ne parvenais pas à comprendre pourquoi elle était avec moi, il devait y avoir une raison plus profonde que mon manque de confiance, que mon jeune corps tendu, ferme et bien fait. » A sa modeste échelle Dalibor reflète ce temps de soupçon généralisé. La brève romance vire au thriller. A la limite de la folie. Effarant et prenant. Un coup de maître.

Lien : https://jclebrun.eu/blog/
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"La Mosaïque d'Istanbul" m'a véritablement laissé perplexe. D'un côté, le ton geignard et le manque apparent de profondeur dans la représentation d'Istanbul ont éveillé en moi une certaine déception. La vision limitée de la ville au travers des embouteillages et de la séparation des secteurs asiatiques et européens a créé une distance entre mes attentes et la réalité du récit.

Pourtant, Istanbul occupe une place particulière parmi mes voyages, une ville que j'affectionne profondément pour sa bienveillance cosmopolite et son âme chaleureuse. La richesse culturelle, la diversité des quartiers, et la convivialité des habitants font partie intégrante de ma vision d'Istanbul. Malheureusement, dans ma lecture, cette essence riche de la ville semble avoir été reléguée au second plan.

L'histoire de Dalibor, bien que captivante dans sa complexité, n'a pas su saisir pleinement l'esprit vibrant et diversifié que j'associe à Istanbul. Les embouteillages et la division des secteurs ne suffisent pas à rendre justice à cette métropole aux mille visages. Istanbul est bien plus que ces éléments superficiels, elle est une mosaïque vivante de cultures, d'histoire, et d'interactions humaines.

En fin de compte, "La Mosaïque d'Istanbul" a été une expérience littéraire ambivalente pour moi, oscillant entre la déception face à certaines attentes non comblées et le désir non réalisé de retrouver la profondeur et la richesse de l'Istanbul que j'aime et connais. C'est un roman qui a captivé mon intérêt par moments, mais qui, d'une certaine manière, n'a pas réussi à capturer l'essence même de cette ville enchanteresse qui résonne si intensément dans mes souvenirs de voyages passés.
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Déception…
J'apprécie infiniment cette maison d'éditions qui produit des livres passionnants. Je pense notamment à « Bombay » de Marie Saglio et « Je suis né laid » d'Isabelle Minière.

L'histoire :
Le narrateur est également le héros principal, Dalibor, un jeune serbe de 24 ans. Il rejoint Istanbul pour l'amour de Merve, qui, hélas, ne partage pas du tout son amour.
Par fierté, il reste à Istanbul où il survit grâce à un job d'enseignant.
Il tombe amoureux d'Evelyn et l'essentiel du roman sera consacré à cet amour.
Il est pressant, « collant », envers elle, comme un adolescent qui découvre l'amour et se pose mille questions à propos de « son aimée ».
Elle finit par le quitter et il s'invente une histoire délirante, à la limite de la folie pour justifier cet abandon.

L'analyse de l'immaturité pathologique, du narcissisme de Dalibor aurait pu être intéressante si elle n'était accompagnée d'un ton geignard qui traîne en longueur.

J'espérais une vision d'Istanbul mais je dois reconnaître qu'à part les embouteillages monstres de la ville et la séparation bien marquées des secteurs asiatiques et européens, je n'ai pas vu grand-chose d'Istanbul…

Je remercie Babélio et les éditions Serge Safran de m'avoir permis de découvrir cet auteur.

Instagram : commelaplume
Lien : https://commelaplume.blogspo..
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