AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
>

Critique de Pois0n


Pois0n
  16 juillet 2020
Certaines critiques sont plus difficiles à taper que d'autres, en particulier quand le livre concerné a échappé de peu à un abandon de lecture.
Reçu en cadeau avec mon abonnement Ispahan chez Harlequin, Une femme entre deux rives n'est déjà pas le genre d'histoire vers laquelle je me dirigerais de mon propre chef. Bref, son résumé ne me disait rien du tout et s'il n'a transité par ma pile à lire que le temps de finir ma lecture précédente, c'était afin de lui laisser sa chance par curiosité avant de revenir en des contrées littéraires plus familières.

Et autant dire qu'entre nous, ça s'est plutôt voire franchement mal passé au départ.

Le roman débute au moment où Charlene, quarante-six ans, se fait larguer par son mari (du moins, de façon officielle, le bougre ayant en réalité fichu le camp depuis une éternité). Et Charlene, on a franchement envie de la baffer tant elle semble tout droit sortie des années 50. Sa vie entière tourne autour de son mari et de ses enfants et pendant des dizaines de pages, on se farcit une brochette des pires clichés sexistes : si elle « n'a pas su / même pas été capable de retenir Joey » c'est parce qu'elle n'a pas assez bien tenu la maison, ne l'a pas satisfait au lit, et puis se fringuer comme un sac et ne pas se maquiller n'a pas dû aider, etc.

Mais le plus dérangeant, c'est qu'on ne sait pas très bien si ces opinions sont celles de Charlene, ou de l'autrice...

Car on s'aperçoit très vite que le truc est clairement un bouquin « inspirational » dégriffé. La religion (chrétienne ? catholique ? j'y connais rien) est citée à tous les chapitres, voire presque toutes les pages, les persos vont à la messe, bref, la grande totale. Et pourtant, j'en ai eu d'autres en main, des bouquins inspirational, eux labellisés comme tels, mais aucun n'était blindé à ce point d'allusions à Dieu, l'église ou la foi. Ceci dit, la surabondance de prêchi-prêcha reste toujours « positive », du genre « garde le cap et laisse passer l'orage », sans jamais tomber dans le moralisateur. Pas de « fais pas-ci, fais pas-ça ». du coup, même si c'est parfois un peu lourdingue, ça passe.

Bref, pendant plus de la moitié du livre, on se demande si on a en main un truc particulièrement rétrograde, ou s'il s'agit là d'un effet volontaire pour mieux dépeindre l'évolution de Charlene. Et très franchement, à ce stade, j'ai vraiment failli lâcher l'affaire, moi qui n'abandonne presque *jamais* mes lectures. Parce qu'en plus, la narration est d'une lenteur abominable, tranche de vie oblige.

S'il y a bien une romance en toile de fond, Une femme entre deux rives n'est en effet pas une romance. Il s'agit de l'émancipation et de la renaissance d'une femme avant tout. A travers sa vie de famille à l'équilibre bouleversé, sa vie professionnelle qui recommence et sa réconciliation quelque peu aventureuse avec le volant (d'où le titre VO, « Driving Lessons »), on suit l'évolution de Charlene du stade de serpillière bloquée un demi-siècle en arrière, à celui de femme d'aujourd'hui bien dans sa peau. Tout en passant, à l'occasion, quelques lignes du côté de Mason, de Winston le père de Charlene, ou de la voisine qui jalouse les rosiers de celui-ci. Que du palpitant. le plus croustillant demeure toutefois la guerre amicale à laquelle se livrent Winston et son voisin d'en face à grand coups de drapeaux : confédéré pour le premier (rien de raciste ici, plus une fierté régionale), Stars and Stripes pour le second. Mais les deux hommes ne vont pas en rester là et l'escalade de moyens mis en oeuvre pour défendre leurs drapeaux respectifs, d'abord à coups d'hymnes, avant que les choses ne virent définitivement au grand n'importe quoi, est un régal à suivre.

Donc, au lieu d'en rester là et de coller le 3 que le début du bouquin incite à mettre, on continue.

Et on lève de moins en moins souvent les yeux au ciel (tant mieux, parce qu'à force, ça donne un peu mal à la tête). On commence à s'attacher aux personnages (Winston évidemment, mais aussi les nouvelles collègues de Charlene, son fils aîné, sa fille...) et finalement, on se force de moins en moins, suivant les péripéties de la petite communauté avec un intérêt croissant. Plus, en tout cas, que l'histoire de Charlene et Mason, qui reste au point mort tout du long. C'est tout juste si celle du panneau électronique déréglé qui donne la température à la mairie n'est pas traitée avec plus de piment.

Toujours est-il que ça marche. Impossible de traiter Une femme entre deux rives de mauvais livre, en tout cas. le début est poussif et donne envie de hurler, mais la suite se révèle meilleure et finalement, on passe un plutôt bon moment en compagnie de ce petit monde.
Comme quoi, parfois, non seulement sortir de sa zone de confort, mais aussi s'accrocher, ce n'est pas si terrible que ça.
Commenter  J’apprécie          20



Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Ont apprécié cette critique (2)voir plus