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EAN : 9782246852667
288 pages
Éditeur : Grasset (18/02/2015)

Note moyenne : 4.08/5 (sur 6 notes)
Résumé :
Jean-François Mattéï n'a cessé, depuis sa thèse sur "La fondation de l'ontologie platonicienne", de poursuivre ses recherches sur "le fondement prémétaphysique de la métaphysique". Dans ce voyage philosophique, il a toujours cheminé en compagnie de Platon, de Heidegger, d'Hannah Arendt, d'Albert Camus et de Jan Patocka ? et, surtout, de leurs concepts ou sensibilités face au monde moderne. Ces recherches l'ont amené, de proche en proche, à se quereller avec les tena... >Voir plus
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
enkidu_enkidu_   25 août 2016
La déconstruction a fêté un bal des adieux à tout ce à quoi l’homme s’était identifié dans son histoire. L’adieu à l’âme ; l’adieu au corps ; l’adieu au sujet ; l’adieu à l’œuvre ; l’adieu au monde ; l’adieu au sens ; l’adieu à Dieu, enfin, qui sonne le glas des meurtriers. L’adieu à ce qui faisait la substance de l’humanité, cristallisée dans son idée, est en même temps l’adieu à l’humanisme et, en son cœur, l’adieu à la condition humaine. Rien ne semble résister au travail de la taupe qui a sapé les principes sur lesquels reposait la civilisation. Descartes rappelait que la ruine des fondements signe en même temps la ruine de l’édifice. Ces fondements, qui provenaient de différentes sources, justifiaient l’idée d’une conception architectonique de la culture. Forgeant son existence passagère au contact de créations durables, l’homme était en mesure d’habiter un monde fugitif éclairé par des œuvres dotées de sens. Le monde cassé de Kafka ou la terre dévastée de Kundera n’offrent plus à l’humanité le foyer qui est le sien (...) la Nouvelle Idéologie dominante de Shmuel Trigano souligne de son côté la façon dont le postmodernisme interdit à l’homme de trouver un sens à sa condition. Devenu débris idéologique après avoir été concept métaphysique, il a investi les champs du savoir et du pouvoir en déconstruisant les principes qui lui procuraient son humanité. « Il n’y a plus de fondement au discours ni à la réalité puisque le réel est évanescent ; il n’y a plus de vérités ni de valeurs ultimes ; il n’y a plus aucune synthèse ni vision d’ensemble possible ; il n’y a plus de cohérence globale ni systémique entre les éléments de la réalité » (2012, 26). Si la dissémination de l’être devient la règle de l’histoire, en l’absence d’une architectonique qui articulerait l’homme, selon le vœu de Kant, au monde et à Dieu, il ne reste qu’à saluer la mort de l’homme ou à préparer son extinction. Sans un principe qui éclaire l’humanité, comme la lueur d’une étoile appelle le regard, l’homme ne perçoit plus sur une terre dévastée que le désastre de sa condition.

Qu’est-ce qu’un homme révolté ? demandait Camus. Un homme qui dit non à ce qui transgresse les frontières de l’humain et qui dit oui à la part précieuse de lui-même. Qu’est-ce qu’un homme dévasté ? Le négatif du précédent. Un homme qui ne dit ni oui ni non à cette part précieuse dont il sent la présence. En récusant en lui le centre de son humanité, il déserte tout ce à quoi l’homme peut s’identifier, c’est-à-dire la liberté qu’il partage avec les hommes du passé, du présent et de l’avenir. C’est cette désertion, et la dévastation qui en résulte, qui fait de lui une rupture dans la chaîne de l’humanité. (conclusion)
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enkidu_enkidu_   24 août 2016
On ne comprend pas en effet la pensée deleuzienne, dans l’ordre philosophique, psychanalytique ou cinématographique, si on ne la ramène pas à une lutte incessante contre le platonisme. Dans Le Sophiste, Platon décrivait le combat de géants au sujet de l’être qui opposait les idéalistes aux matérialistes. Pour Deleuze, le combat est moins mythique et plus abstrait : il oppose les simulacres, longtemps refoulés au fond de la caverne philosophique, à l’idée qui prétend leur imposer sa puissance de création.

L’antiplatonisme de Deleuze commence par une simulation de Platon à qui il emprunte son vocabulaire : idée, modèle, copie, icône, idole, simulacre et fantasme. Il lui dérobe également sa méthode qu’il qualifie, non sans justesse, de dialectique de la rivalité et des prétendants. En effet, la question essentielle de Platon et, à sa suite, de la philosophie, est bien : qui doit régner ? La réponse traditionnelle de la connaissance a toujours été : le vrai. Aussi, tout l’effort du langage consiste à mettre à l’épreuve les trois personnages qui prétendent posséder la vérité : le philosophe, le politique et le sophiste. La dialectique de Deleuze repose sur une autre trilogie platonicienne, cette fois inversée, pour mettre en scène le faux : le modèle, la copie et le simulacre. Elle se trouve exposée dans un article de 1967, « Renverser le platonisme », repris dans Logique du sens sous le titre « Platon et le simulacre ». L’œuvre entière de Deleuze se trouve inscrite dans ce court texte qui est son Discours de la méthode. Et cette méthode, que l’auteur emprunte à Nietzsche, est celle du renversement du platonisme. Le texte commence, effectivement, par le constat de ce renversement qui abolit d’abord la dualité de l’essence et de l’apparence pour aboutir finalement à « la plus innocente de toutes les destructions, celle du platonisme » (1969, 361).

Détruire l’édifice de Platon, c’est détruire la triple architecture de la philosophie. Elle hiérarchisait, dans La République et dans Le Sophiste, l’idée en tant que modèle souverain, la copie-icône qui reproduit l’archétype supérieur, et, tout en bas, la copie de copie, nommée idole, fantasme ou simulacre. Soit la hiérarchie des trois opérations de la pensée : la modélisation, la représentation et la simulation. Deleuze interprète cette triade platonicienne comme celle de la dégradation progressive du fondement jusqu’à la copie la plus exténuée qui ne participe plus à l’éclat de l’idée. Tout se joue au passage du deuxième au troisième niveau lorsque les copies de l’idée, qui la reproduisent une première fois, sont à leur tour copiées par d’autres copies qui récusent le rapport initial au modèle. Les images produites se divisent donc en copies-icônes, qui sont des représentations fidèles, et en copies-idoles, qui sont des simulations incapables de se hausser à la hauteur de l’idée. Le platonisme consiste à édifier cette hiérarchie des trois niveaux en refoulant les simulacres pour les maintenir, selon une image empruntée à la caverne de Platon, « enchaînés » tout au fond avec l’interdiction de remonter à la surface. Or, c’est précisément cette surface – en termes philosophiques : ce plan d’immanence – que Deleuze réhabilite en subvertissant le modèle idéal protégé par sa transcendance.
(...)
On le constate dans la façon avec laquelle Deleuze, commentant l’œuvre littéraire de Pierre Klossowski, reprend à son compte ce qu’il nomme « l’ordre de l’antéchrist ». Il y reconnaît, à la suite du romancier, « la mort de Dieu, la destruction du monde, la dissolution de la personne, la désintégration des corps » (1969, 394). Surenchérissant sur la mort de Dieu dans le texte de Nietzsche, il l’assimile à la dissolution du Moi en identifiant le système de l’antéchrist au triomphe des simulacres qui remontent à la surface du langage sans que nul ne puisse tarir ce dégorgement infini. La formule la plus saisissante de cette disparition du Sujet se trouve dans Différence et répétition qui scande à plusieurs reprises, comme un leitmotiv, la complainte du « Je fêlé et du Moi dissous » (1968, 332) (chap. II)
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enkidu_enkidu_   24 août 2016
Que l’être humain se soit assimilé aux produits qu’il fabrique met en lumière sa déchéance dans les sociétés démocratiques. Les régimes totalitaires ne l’ont pas conçu autrement. Lorsque les nazis entreprirent la déportation des Juifs, ils ne considéraient pas ceux qu’ils concentraient dans des ghettos, puis dans des camps et dans des centres d’extermination, comme des êtres humains. Eichmann ne se voyait pas comme un ennemi des Juifs, mais comme un administrateur du transport chargé des trains qui expédiaient les passagers vers les camps de la mort. Lorsqu’un homme n’apparaît pas à d’autres hommes comme ce qu’il est, un être humain, lorsque ces autres hommes ne se demandent pas si c’est un homme, celui qui souffre sous leurs yeux, parce qu’ils sont aveugles à l’idée d’homme et que, pour reprendre l’expression de Levinas appliquée à Dieu, ils ne se soucient pas de l’homme qui vient à l’idée, tout modèle déserté, il n’y a aucune raison de traiter les êtres humains autrement que comme des choses.

L’Holocauste a révélé la manière dont la modernité a réduit l’homme au statut de produit que la société utilise pour son administration. Le paradoxe tient à ce que cette société d’êtres humains ne s’interroge plus sur l’être de l’humanité. Zygmunt Bauman a mis en évidence comment la destruction de la race juive par les hitlériens et la destruction de la classe bourgeoise par les staliniens ont été permises par la rationalisation bureaucratique. L’apparition des totalitarismes implique un processus de civilisation qui n’a pu empêcher son dévoiement criminel. Le plus saisissant, c’est que « l’Holocauste a vu le jour et a été mis en œuvre dans une société moderne et rationnelle, la nôtre, parvenue à un haut degré de civilisation et au sommet de la culture humaine, et c’est pourquoi c’est un problème de cette société, de cette civilisation, de cette culture » (2008, 17). Quand Bauman insiste sur le fait que la bureaucratie a fait le lit des régimes totalitaires, il montre que la déshumanisation s’attache à la confusion entre l’homme qui les a créés et les instruments qui l’utilisent. Si nous parvenons malgré tout à « rester humain dans des conditions inhumaines » (2008, 250), c’est parce que nous gardons en nous une idée de l’homme qui ne s’efface pas sans détruire notre humanité.

Zygmunt Bauman révèle le trait caractéristique d’une époque qu’il voit comme la liquéfaction de l’humanité. Dans une série d’ouvrages, Liquid Modernity, Liquid Love, Liquid Life (La Vie liquide), Liquid Fear, Liquid Times, Culture in a Liquid Modern World, le sociologue observe le pouvoir dominant qui rompt avec ce que les siècles antérieurs avaient apporté à la culture. Qu’est-ce qu’une vie liquide ? Une vie de consommation qui réduit l’homme à un utilisateur de produits qui s’écoulent le plus vite possible pour faire place à de nouveaux produits. Prise dans un flux incessant de désir et de consommation, l’existence humaine se confond avec la fugacité des objets qui n’apparaissent que pour aussitôt disparaître. Les cadres de notre vie sont d’autant plus fluides qu’ils sont emportés par un courant de traces évanouissantes que nous avons peine à suivre. Encore soumis en droit à un humanisme usé jusqu’à la corde, l’homme se réduit en fait à une mosaïque d’images dénuées d’articulation.

Dès que le processus de vie se mue en procédure de production, c’est-à-dire en un nœud de moyens rationnels privés de fin, le temps se délite et n’ouvre plus à l’humanité d’horizon de sens. L’homme ne séjourne plus dans le monde et se dissipe, hors de toute demeure, en une multitude de fragments. (intro.)
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lrntvlrntv   24 juillet 2020
Que l'on édifie le monde à partir d'un modèle scientifique, l'homme à partir d'un modèle éthique, ou le citoyen à partir d'un modèle juridique, le geste d'édification a pour but d'élever la réalité de l'homme à la hauteur d'une idée, l'idée de vérité, l'idée de justice ou l'idée de bien. C'est parce que les hommes, dénués de force à la naissance, ne peuvent vivre sans la protection de leurs aînés, que l'humanité a édifié des temples, des maisons, des institutions, et, d'une façon générale, des œuvres pérennes qui assurent son orientation dans l'existence. Ce sont ces œuvres qui, comme Hannah Arendt l'a répété avec insistance, donnent leur sens à nos vies passagères en les inscrivant dans un monde durable. Si nous ne nous insérons pas dans ce réseau de significations linguistiques, religieuses, éthiques, juridiques et scientifiques qui constitue une société, nous ne saurons habiter ni un temple, ni une maison, ni bien entendu la terre. En l'absence de l'impératif d'édification qui, loin de restreindre la liberté de l'homme, l'accorde à un monde doué de sens, nous n'accéderions pas à l'humanité. Comme on construit une maison pierre après pierre, en fonction du plan voulu par l'architecte, on construit un homme signe après signe, en fonction de l'ordre imposé par l'éducation. C'est l'idée d'humanité qui, de façon visible ou secrète, conduit l'individu à devenir ce qu'il est, un homme, et non un insensé perdu sur une terre qui dérive loin de tous les soleils.
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enkidu_enkidu_   24 août 2016
La déconstruction ne se contente pas de dévaster, à défaut de détruire puisqu’il lui faut avoir un monde pour agir sur lui, les figures de l’origine, de l’unité et de la transcendance. Elle développe, en matière de compensation, une orgie de fantasmes et de métastases de l’Un que Derrida qualifie de « fausses unités de simulacres ». Dans cette Nuit de Walpurgis, le sabbat des sorcières met en branle une débauche de fantômes logiques ou, selon un terme que l’auteur affectionne, de « spectres ». Il ne fait ici que renouer avec la tradition gnostique. Dans son Adversus haereses, Irénée disait des formations verbales incessantes des disciples de Valentin : « Chaque jour l’un d’eux invente quelque chose de nouveau, et nul n’est tenu pour parfait s’il n’a cette manière de fécondité. »

Derrida ne fait pas autre chose dans ses centaines de textes. L’éclatement de l’unité originelle provoque une prolifération monstrueuse d’entités graphiques. Dans la dissémination cosmique des gnostiques, le plérôme est constitué d’un ensemble d’éons particularisés par des figures individuelles, chaque éon formant un monde séparé qui interdit au tout de parvenir à l’unité. Ce qui joue le rôle de plérôme chez Derrida, en produisant une infinité de leurres, de doubles, de spectres et de simulacres, est la Différance originaire dont la trace s’efface aussitôt qu’énoncée. Chaque lecteur de Derrida sait déjà que la différance, qui n’est « ni un mot ni un concept », n’a également « ni essence ni existence » (Marges, 1972, 6 et 7). Dès son premier texte, l’introduction à L’Origine de la géométrie de Husserl, Derrida faisait appel à « la différence originaire de l’origine absolue » (1962, 171), cet oxymore ontologique exprimant l’origine absolue minée par une différence originaire au creux de sa propre disparition.
(...)
On comprend que, pour évoquer le sens blanc d’une parole blanche dans L’Écriture et la différence ou le sang blanc d’une mythologie blanche dans Marges – de la philosophie, Derrida ait été filmé dans une pièce entièrement blanche, revêtu d’un complet blanc et éclairé par une lumière blanche. On comprend aussi que, pour sacrifier à l’installation nommée Disturbance (Among the Jars), il ait choisi de citer, non pas ses propres textes, mais des extraits de l’évangile selon Thomas. Il n’est pas certain cependant qu’en prononçant a parole : « Si de deux vous faites un… », mise par l’écriture gnostique dans la bouche de Jésus, il se soit assuré d’entrer dans le royaume de la déconstruction. (chap. II)
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