AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Jacqueline Marc-Chadourne (Traducteur)André Breton (Préfacier, etc.)
ISBN : 2859405534
Éditeur : Phébus (04/11/1998)

Note moyenne : 4.09/5 (sur 116 notes)
Résumé :
On ne raconte pas Melmoth : on ne raconte pas un labyrinthe. Construit en abîme selon un vertigineux emboîtage de récits, il brosse avec fureur, six cents pages durant, la vie d’un « héros » possédé par le mal, pour qui le temps n’existe pas. On en sort sans voix. Roman, mais aussi bien recueil kaléidoscopique de fictions savamment mêlées, le livre nous entraîne en divers pays à diverses époques – en particulier dans l’Espagne de l’Inquisition, dont le révérend Matu... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses & Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
Erik35
04 novembre 2016
ÉPOUSTOUFLANT !
Quel drôle d'objet romanesque, quelle place littéraire à part que ce Melmoth l'homme errant, ouvrage de Charles Robert Maturin, romancier, dramaturge et pasteur réformé irlandais -aux origines huguenotes comme son patronyme le suggère-, originellement publié en 1820 et judicieusement proposé en format poche aux éditions Libretto.
Se situant dans la lignée du célèbre Chateau d'Otrante et de le Moine de Matthew Gregory Lewis (dont il reprend en partie certaines thématiques), contemporain du premier Faust de Goethe (que Maturin avait probablement lu) ou encore du célébrissime Frankenstein de Mary Shelley, Melmoth se situe dans la lignée alors prolifique des "Romans Gothiques", littérature alors en vogue en son temps, quoi que souvent décriée par les bien-pensants de l'époque (sans vouloir faire de rapprochements trop hasardeux ni douteux, on peut songer à ce qu'on entend, aujourd'hui, des littératures dites de genre, même lorsqu'elles sont le fruit d'un vrai projet romanesque d'ampleur. Tel cet ouvrage), ces romans réunissant, généralement, magie de préférence noire, malédiction divines ou infernales, histoires d'amour aussi fortes et passionnées que désespérées impossibles, le tout de préférence au sein ou à proximité des ambiances froides et secrètes de quelque cloître ancien, de quelque église "gothique" en ruine, de quelque abbaye abandonnée car maudite. Les temps étaient à la redécouverte de l'architecture médiévale, qu'on allait dénommer du nom des très antiques barbares goths.
Nous sommes-là aux prémices du genre fantastique, parfois de l'épouvante ou même de l'horreur, qui existent encore aujourd'hui. Mais que le lecteur contemporain ne s'y trompe pas, ne s'y fourvoie point inutilement : nous sommes encore bien loin de Harry Potter ou de Twiglith, à des années-lumières même (par bien des aspects, c'est tant mieux !), mais c'est grâce à de tels romans d'un autre temps que toute ces littératures foisonnante ont pu, d'une certaine manière, voir le jour.
D'ailleurs, quelques grands auteurs clés des XIXème et XXèmes siècles ne s'y sont pas trompés -citons Lautréamont et son indémodable Maldoror, citons aussi Lovecraft qui témoignait lui-même de son admiration pour ce texte. N'oublions pas Baudelaire dont la préface à l'ouvrage nous rappelle qu'il rêvait de traduire ce texte, ainsi que Balzac qui inventa une courte suite, Poe que l'on peut situer dans cette filiation, Oscar Wilde (dont Maturin était le grand oncle par alliance, au passage) et son "Portrait de Dorian Gray" auquel il m'a été impossible de ne pas songer, et tant d'autres-, Melmoth l'homme errant est un texte énorme, et pas que par son épaisseur en papier !
Permettez-moi de ne pas reprendre la trame détaillée ni le résumé précis de ce long et fabuleux roman -en quelques mots, le parcours maléfique, en Europe et en Inde, d'un irlandais ayant tant voulu approcher certains mystères interdits qu'il a fini par en vendre son âme à "l'ennemi de l'humanité" (on songe à "celui que l'on ne doit pas nommer...) ainsi que le nomme Maturin sans jamais le dévoiler plus précisément, de ses entreprises de séduction à des fins de malédiction-, les critiques ici présentes, et précédentes, en donnent, d'excellente manière, tous les détails nécessaires, sans ôter l'envie d'en découvrir plus.
Il me suffira d'ajouter qu'une fois plongé dans l'ambiance tentaculaire de ce long et beau texte, il me fût impossible de m'en décoller un seul instant, même s'il y eut quelques moment de légère lassitude, lorsque l'auteur se perd un peu dans des descriptions d'ordre psychologiques et religieuses qui nous paraissent quelque peu dépassées (je pense tout particulièrement à certaines pages harassantes concernant la relation de ce que vit l'un des personnages principaux, un jeune noble espagnol, dans un sévère monastère madrilène digne des pires prisons). Cependant, aussi étrange que cela puisse paraître, je n'ai jamais eu l'idée de cesser le cours de ma lecture tant le roman me tenait, tant il me fallait pousser, page après page, pour découvrir le fin fond de cette histoire époustouflante d'une immense originalité, fonctionnant par une succession d'analepses étonnantes, de mises en abyme géniales, d'histoires aussi incroyables que captivantes.
L'ensemble -et nous pouvons sans aucun doute en remercier l'excellente traduction- est rédigé dans un style parfait pour le genre. Un peu baroque, parfois épique, d'une précision souvent éblouissante sans être jamais lourde, charge incroyablement sévère et intelligente contre les religions (même si elle laisse à l'abri la religion dite "réformée", Maturin ayant été pasteur), des portraits d'êtres parfaitement divers mais toujours probants. Notons que les personnages féminins, qui apparaissent essentiellement vers la seconde moitié de l'oeuvre, sont d'une grande, d'une évanescente beauté.
La lecture de ce monstre littéraire trop mal connu en France se fait avec passion pourvu que l'on soit un peu accoutumé à la lecture des créations romanesques du XIXème siècle, et d'une curiosité farouche.
En quelques ultimes mots, Melmoth l'homme errant est un ouvrage que tout passionné de textes hors norme et inclassables se doit incontestablement d'avoir dévoré au moins une fois dans sa vie... Avant que l'ennemi de l'humanité ne vous ait emporté !!!
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
Titine75
26 novembre 2009
John Melmoth est un jeune homme sans fortune, qui en 1816, se rend au chevet d'un oncle mourant susceptible de lui léguer tous ses biens. John arrive sous une tempête qui présage de l'atmosphère inquiétante entourant son oncle. Ce dernier et ses serviteurs sont en proie à une grande terreur : un fantôme rôde dans le château guettant la mort du vieil homme. Cet être surnaturel serait un ancêtre de la famille Melmoth. John découvre un portrait de celui-ci datant de 1646 ! “Quoi de plus ridicule que d'être effrayé ou surpris de la ressemblance entre un homme vivant et le portrait d'un mort ? Cette ressemblance était à la vérité assez forte pour l'avoir frappé, même dans une chambre mal éclairée, mais au fond ce ne pouvait être qu'une ressemblance et quoiqu'elle eût pu effrayer un homme âgé et d'une mauvaise santé, John résolut de ne pas se laisser aller à une semblable faiblesse.” A la mort de son oncle, John trouve le manuscrit d'un dénommé Stanton, 1er témoignage attestant de la véracité de ce qu'il a vu : le Melmoth de 1646 est bel et bien vivant ! D'autres récits se succèdent et attestent de la nature satanique de Melmoth.
Le roman de Ch. R. Maturin , écrit en 1820, s'inscrit dans la tradition du roman noir et fantastique de la période romantique. On y retrouve tous les ingrédients de ce genre : des châteaux mystérieux, des meutres, des couvents, des orages, les tentations du diable. “Melmoth” est à rapprocher de deux autres romans gothiques de la même période : “Le moine ” de Lewis (1795) et “Les élixirs du diable” de E.T.A Hoffman (1816). Maturin cite d'ailleurs le roman de Lewis au tout début. La construction de ces deux oeuvres est d'ailleurs très similaire. Plusieurs récits se succèdent, s'entrelacent et forment une narration labyrinthique. “Melmoth” est constitué de sept histoires différentes narrant les rencontres de Melmoth avec des humains qu'il doit tenter. le récit de l'espagnol est le plus long et j'avoue avoir éprouvé quelque peu d'ennui car Melmoth y est peu présent. La destinée de Melmoth peut être rapprochée du moine Médard des “Elixirs du diable”. Ce dernier combat le destin et après des crimes inspirés par Satan, il retrouve la raison grâce à l'amour. Melmoth a, quant à lui, vendu son âme au diable et tombe également amoureux d'une jeune espagnole. Isidora ne sauve pas l'âme de Melmoth mais contribue à le faire disparaître.
Dans les trois romans, la place de la religion est primordiale. le personnage principal du “Moine et “Les élixirs du diable” est un moine licencieux, sensuel. Maturin, qui est lui même révérend, n'hésite pas à dire tout le mal qu'il pense des religions. le récit de l'espagnol (qui prend vraiment beaucoup de place dans le livre) est une condamnation violente de la vie conventuelle. Dans les cellules des moines, on ne trouve que sévices corporels, torture psychologique et humiliation. Mais les autres récits lui permettent de critiquer toutes les autres religions : l'Islam, le Judaïsme l'Hindouisme, personne n'est épargné ! “Un fait est certain : tous sont d'accord sur le message que le livre nous apporte : “Aimez-vous les uns les autres”, mais tous traduisent ce message : “Haïssez-vous les uns les autres”. Comme ils n'en trouvent ni la matière ni l'excuse dans le livre ils les cherchent dans leur esprit qui n'en est jamais à court car la méchanceté de l'esprit humain est inépuisable.”
La critique de l'humanité ne s'arrête pas à la religion. Maturin exprime par la voix de Melmoth son opinion sur les guerres qui ne sont que “des massacres légalisés” permettant aux hommes d'aiguiser leur violence naturelle. Les villes ne sont que des moyens d'humilier les plus pauvres, d'accentuer leur misère en leur montrant la richesse de leur voisin. le grand intérêt de “Melmoth” se trouve me semble-t-il dans la critique de la société. le pessimisme de Maturin renforce la noirceur du roman gothique classique. D'ailleurs en lisant les différentes attaques de Maturin, j'ai pensé qu'elles étaient malheureusement encore d'actualité : les guerres sont toujours absurdes, les villes sont toujours des lieux d'inégalité et les religions sont toujours source de conflit, de malentendu entre les peuples.
Melmoth” est donc bien un roman gothique classique avec son diable, ses tempêtes et ses moines sadiques. Malgré quelques longueurs dans la première partie, ce roman m'a séduit par son extrême noirceur. Melmoth est un personnage d'une grande complexité, d'un pessimisme absolu sur l'humanité ce qui explique sans doute son choix de se vendre au diable ! Plus désespéré que “Le moine” et “Les élixirs du diable”, “Melmoth” est un roman fantastique tout à fait captivant.
Lien : http://plaisirsacultiver.unb..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
Philippe67
26 novembre 2011
Ce livre écrit en 1820 est dans un style superbe et démodé que j'ai savouré, il m'a replongé dans les livres que j'aimais lire étant jeune (plus jeune).
Melmoth est il le mal ou bien sommes nous les propres acteurs de notre malheur.
Il y a des longueurs mais ça ne m'a pas semblé trop long, il y a surtout une critique de la société de l'époque, des religions quelles qu'elles soient, des hommes , des femmes oui surtout des femmes.
Je conseille cette lecture si vous aimez le genre gothique bien sur mais il y a plus qu'un roman dans cet ouvrage et certaines réflexions sur le bien et le mal sont très "intéressantes"
Bonne lecture à celles et ceux qui oseront s'y aventurer
Commenter  J’apprécie          110
fanfan50
29 avril 2015
Six cents pages d'une lutte du Bien contre le Mal. le Mal est représenté par un être démoniaque qui se trouve toujours à côté du faible, du pêcheur pour le tenter et le prendre dans ses filets. "Il est originaire de l'Irlande, répondit-on, pays peu connu, et où, pour divers motifs, ses habitants ne restent qu'avec répugnance. Il s'appelle Melmoth." (page 391).
Dans le premier chapitre intitulé "Histoire de John Melmoth" on voit le jeune homme revenir chez son oncle mourant. Un portrait tenu dans un local sombre et discret est l'objet de la plus grande frayeur de cet oncle qui lui demande de le détruire. Je n'ai pu m'empêcher de faire le rapprochement avec "Le portrait de Dorian Gray" d'Oscar Wilde - peut-être s'est-il légèrement inspiré de ce récit fantastique.
Ce qui est curieux c'est que je n'ai eu aucun souvenir du 2ème chapitre intitulé "Histoire de Stanton" si ce n'est le récit du naufrage et de l'homme noir qui surplombait les récifs et qui n'a été d'aucun secours.
Le plus beau récit à mon goût fut celui de l'Espagnol. Alonzo Monçada né d'une des plus hautes familles d'Espagne fut contraint par sa famille et surtout par le Directeur de conscience de sa mère à devenir moine. S'ensuit une belle description de la vie moniale à l'époque de l'Inquisition... A vous glacer le sang.
Les autres histoires sont aussi belles. Celle de Guzman et sa famille m'a beaucoup touchée. Ils sont venus d'Allemagne avec l'espérance de toucher l'héritage du père mourant et à nouveau, cet espoir a été balayé par la prise en main des biens par le clergé. Une famille désespérée et aux abois - prête à succomber à la tentation démoniaque de l'homme errant.
L'histoire de la blanche déesse Immalie, seule habitante d'une île paradisiaque perdue dans les Indes mais cependant visitée par l'homme errant est une lutte entre la pureté et le vice. Ce qu'Immalie/Doña isidora deviendra, c'est ce qui m'a aidé à continuer dans la lecture...
C'est long, très long mais c'est très prenant.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
Kashima
05 août 2013
Au départ, le jeune Melmoth assiste à la mort de son oncle dont il est l'héritier. Celui-ci lui révèle un secret : il existe un portrait et un parchemin qu'il faut détruire, car ils sont liés à un ancêtre étrange qui n'a pas manqué d'être dans la pièce quand l'oncle a expiré.
A travers de nombreux récits enchâssés qui font le charme de ce roman, on prend plaisir à parcourir ce labyrinthe, on se délecte à la lecture des apparitions de Melmoth, l'homme errant, qui semble être un envoyé du diable, un tentateur des âmes.
Lorsque le jeune Melmoth, descendant de l'homme errant, sauve du naufrage un Espagnol, il sort à peine de la lecture du parchemin, récit de Stanton, homme qui a fini dans un asile et que l'homme errant a visité pour lui proposer son secours.
L'Espagnol raconte comment il a été forcé de devenir moine contre son gré vu qu'il était un enfant illégitime : une bonne partie du roman se passe dans l'horrible monastère, où il subit sévices et trahisons. On ne peut que penser au Moineet à La Religieuse lors de certaines scènes. Dans des souterrains à Madrid où il se cache après avoir fui le monastère, un Juif lui demande de recopier un manuscrit. L'Espagnol y lit l'histoire de la pure et tendre Immalie, élevée loin du monde civilisé, à qui s'est présenté un jour Melmoth, l'homme errant. D'autres récits s'imbriquent encore, on s'enfonce dans un roman incroyablement bien structuré, superbement écrit, dans un chef d'oeuvre de la littérature romantique noire.
Lien : http://edencash.forumactif.o..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
Citations & extraits (52) Voir plus Ajouter une citation
stcyr04stcyr0426 juin 2012
- En me priant de vous expliquer l’amour, dit Melmoth avec un sourire amer, vous m’imposer une tâche qui m’est si agréable, que je ne doute pas de la remplir à votre entière satisfaction. Aimer, belle Isidora, c’est vivre dans un monde que nous avons crée nous-mêmes, et dans lequel les formes et les couleurs des objets sont aussi brillantes que fausses et décevantes. Pour ceux qui aiment, il n’y a ni jour ni nuit, ni été ni hiver, ni société ni solitude. Leur délicieuse mais illusoire existence n’offre que deux époques, la présence et l’absence. Elles tiennent lieux de toutes les distinctions de la nature et de la société. Le monde pour eux ne renferme qu’un individu, et cet individu est pour eux le monde lui-même. L’atmosphère de sa présence est le seul air dans lequel ils puissent vivre, et la lumière de ses yeux est le seul soleil de leur création.
- J’aime ! se dit intérieurement Isidora.
- Aimer, continua Melmoth, c’est vivre dans un existence remplie de contradictions perpétuelles ; sentir que l’absence est insupportable ; souffrir presqu’autant dans la présence de l’objet aimé ; être rempli de dix mille pensées quand nous somme loin de lui ; songer au bonheur que nous éprouverons à lui en faire part en le voyant : et quand le moment de notre réunion arrive, nous sentir, par une timidité également oppressive et insupportable, hors d’état d’exprimer une seul de ces pensées ; être éloquent en son absence et muet en sa présence ; attendre le moment de son retour comme l’aurore d’une nouvelle existence : et quand il arrive être privé tout à coup de ces moyens auquel il devait donner une nouvelle énergie ; guetter la lumière de ses yeux, comme le voyageur du désert guette le lever du soleil : et quand l’astre a paru, succomber sous le poids accablant de ses rayons, et regretter presque la nuit.
- Ah ! S’il en est ainsi, je crois bien que j’aime, dit à demi-voix Isidora.
- Aimer, poursuivit Melmoth, avec une énergie toujours croissante, c’est sentir que notre existence est tellement absorbée dans celle de l’objet aimé, que nous n’avons plus de sentiment que celui de sa présence ; de jouissances que les siennes ; de maux que ceux qu’il souffre ; aimer, c’est n’être que par ce qu’il est, n’user de la vie que pour la lui conserver, tandis que notre humilité croit en proportion de notre attachement. Plus nous nous abaissons, moins notre abaissement nous parait suffire pour exprimer notre amour ; la femme qui aime ne doit plus se rappeler son existence individuelle ; elle ne doit considérer ses parents, sa patrie, la nature, la société, la religion elle-même… Vous tremblez ! Immalie ; je veux dire Isidora… que comme des grains d’encens qu’elle jette sur l’autel du cœur.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
stcyr04stcyr0427 juin 2012
Don Francisco fit, à plusieurs reprises, et très dévotement, le signe de la croix, déclarant qu’il n’avait jamais été l’agent de l’ennemi du genre humain.
- Oseriez-vous le soutenir? dit le mystérieux étranger, non point en élevant la voix comme ses paroles pourraient le faire supposer mais en la baissant au contraire, et en approchant son siège de son compagnon surpris. N’avez-vous jamais erré? N’avez-vous jamais éprouvé de sensation impure? N’avez-vous jamais, pour un moment, entretenu un désir de haine, de malice ou de vengeance? N’avez-vous jamais oublié de faire le bien, quand vous l’auriez dû? N’avez-vous jamais, dans le commerce, surfait un acheteur ou profité des dépouilles de votre débiteur mourant de faim? Tout cela n’est-il pas vrai, et pouvez-vous encodé dire que vous n’avez pas été un agent de Satan? Je vous dit que chaque fois que vous avez caressé une passion brutale, un désir sordide, une imagination impure, chaque fois que vous avez prononcé un mot qui a fait de la peine à un de vos semblables, ou que vous avez vu couler des larmes que vous n'avez point séchées quand vous l’avez pu, vous avez été réellement et véritablement l’agent de l’ennemi du genre humain; mais, que dis-je? Ah! c’est à tort que l’on donne ce titre au grand chef angélique, à l'étoile du matin tombé de sa sphère! Quel ennemi plus invétéré l’homme a-t-il donc que lui-même? S’il veut savoir où trouver son ennemi qu’il se frappe la poitrine, et son cœur répondra : Le voici.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
fanfan50fanfan5029 avril 2015
Le passage, ou plutôt le trou, était si obscur que je ne voyais pas à dix pouces devant moi. J'avais aussi la lampe à surveiller. Je la tenais d'une main tremblante ; elle commençait à brûler d'une lumière rendue affreuse par l'atmosphère épaisse du souterrain. Une frayeur soudaine s'empara de moi. Entouré de vapeurs malsaines, j'éprouvai comme un accès de fièvre. J'appelai encore, sans qu'aucune voix ne répondit à mes cris. Dans des moments de péril, la mémoire est malheureusement fertile. Je me rappelai et je ne pus m'empêcher d'appliquer à ma position l'histoire que j'avais lue de certains voyageurs qui visitaient les catacombes, dans les pyramides d'Egypte. L'un d'eux, en se traînant, comme je faisais, par terre, se trouva tout à coup arrêté ; et soit par la frayeur, soit par une suite naturelle de sa situation, son corps enfla à tel point qu'il lui devint impossible d'avancer, de se retirer ou de livrer passage à ses compagnons ; les autres étaient sur leur retour. Voyant leur course arrêtée par cet obstacle invincible, leurs torches près de s'éteindre, et leur guide effrayé au point de ne pouvoir donner aucun conseil, ils proposèrent avec cette impulsion d'égoïsme qu'un danger pressant nous donne toujours, ils proposèrent, dis-je, de couper les membres de l'être malheureux qui obstruait leur passage. Il entendit cette proposition, et son corps, se contractant par un spasme musculaire, rentra dans ses dimensions ordinaires. On le retira de la position pénible où il se trouvait ; mais il avait été suffoqué par l'effort, et on le laissa sans vie dans le caveau. Ces détails, qui exigent du temps pour les expliquer, se présentèrent à la fois et au même instant à mon esprit. Que dis-je à mon esprit ? Non, à mes sens. Je n'avais que des sensations, et tout le monde sait que la douleur physique poussée à un haut degré anéantit en nous toute autre faculté.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
KashimaKashima05 août 2013
Hélas! elle ne savait pas que ceux qui sont privés de cœur et d’imagination sont les seuls qui savent jouir des agréments de la vie. Une indolente et froide médiocrité leur suffit dans leurs occupations comme dans leurs distractions. (…) Tant pis pour eux. C’est peut-être le meilleur de la condition humaine que d’être réduit à subvenir aux nécessités de la vie et d’être satisfait lorsqu’on y parvient ; au-delà, tout n’est que rêve de démence, agonie du désespoir.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
HermantMHermantM09 octobre 2012
Dans les maladies du cœur nous ne pouvons supporter la vérité, nous aimons mieux le mensonge qui nous plaira pour un moment. Les esclaves de leurs passions, comme les esclaves du pouvoir, portent une haine égale à ceux qui ne savent point les flatter.
Commenter  J’apprécie          90
autres livres classés : littérature gothiqueVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle





Quiz Voir plus

Retrouvez le bon adjectif dans le titre - (6 - polars et thrillers )

Roger-Jon Ellory : " **** le silence"

seul
profond
terrible
intense

20 questions
1154 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature , thriller , romans policiers et polarsCréer un quiz sur ce livre
. .