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EAN : 9782710305804
240 pages
Éditeur : La Table ronde (14/10/1993)
3.12/5   16 notes
Résumé :
L'action de Nous n'irons plus au Luxembourg se situe à Paris, de nos jours. Le personnage principal en est M. Alphonse Dulaurier, soixante-six ans et demi, professeur de lettres à la retraite, amateur de jeunes personnes du sexe, de petits plats et de poésie latine, qu'un itinéraire initiatique conduit du « Rendez-vous des Camionneurs » au « Dietetic Shop », et des quenelles de lièvre de l'Archestrate au riz complet du bouddhisme zen. Outre M. Dulaurier, les personn... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Pitchval
  20 juillet 2021
Matzneff a choisi en exergue une citation de Nietzsche. Anecdotique sans doute, et pourtant cette introduction me plaît.
Paris, années soixante-dix. Nous suivons Alphonse Dulaurier durant quelques semaines, professeur de lettres à la retraite, féru de poésie latine, inspiré des luxures et joies romaines. Ce vieil homme pas très avantagé physiquement aime pourtant les belles choses. Toutes les belles choses : les vêtements élégants mais un brin excentriques, les bijoux voyant et les tapis en peau de tigre parce que ça amuse les femmes, les beaux livres, la gastronomie et les belles et jeunes personnes.
Aussi, la jeune maîtresse de Dulaurier a dix-sept ans quand il en a soixante-six. Philosophe du bonheur, il conjugue les joies de la table aux joies du lit, et se sent ainsi tour à tour Atticus et Apicius, dont les vies et les suicides le fascinent. C'est que Dulaurier voue avant toute chose un amour aux romains antiques, quoiqu'il aime aussi les mousquetaires, et surtout Athos.
Cependant, c'est le jour où il est malade de colique néphrétique que Dulaurier réalise à quel point il n'a pas la bravoure d'un mousquetaire. À défaut, dans la cabine de déshabillage avant une radio de la vessie, très pénible parce qu'il sera sondé par la bite, il se sent tout à coup plutôt Fenouillard avant le poteau de torture qu'un philosophe romain ou un mousquetaire courageux.
Le résultat tombe. Dulaurier se voit retrancher, pour sa santé, tous les plaisirs de la table et du lit. Tout ce sur quoi il avait bâti son bonheur, en somme.
Dulaurier, par un concours de circonstances et surtout par un manque cruel d'assurance pour s'y opposer, va se retrouver comme malgré lui entraîné dans un « diététic shop » à manger du riz complet boudhiste avec une Baronne et une comtesse, membres de l'Union Mystique Universelle, dont il devient membre lui aussi. Tachant de trouver des remèdes à sa maladie, il devient un grand adepte de cette religion.
Sa foi nouvelle l'accapare tant qu'il se sépare de ses anciens amis à cause de son fervent prosélytisme notamment. Fort heureusement, il finit par trouver un compromis, lui permettant de conjuguer des bienfaits de sa nouvelle religion aux plaisirs d'avant. C'est une sorte d'arrangement mental qui fait que l'on trouve toujours l'interprétation des textes qui nous arrange.
C'est très bien écrit. Un excellent, un ton impertinent. Les ironies côtoient joyeusement les références précises et documentées à la Rome Antique. Vraiment, c'est plein d'humour raffiné et subtil. Élégant, je dirais. Et empli également de perches philosophiques tendues.
Les caricatures sonnent extrêmement juste et ne peuvent que faire sourire. le médecin urologue est suffisant et hautain, les adeptes de la macronutricon se disputent au sujet du nombre de fois qu'il faut mastiquer l'aliment en bouche, parce que les théologiens ne sont pas d'accord sur ce point. Parodie des religions.
Quant au genre, je dirais qu'il s'agit de la caricature du parcours initiatique d'un type on ne peut plus banal, qui passe d'une vie de plaisirs à celle d'un boudhiste défenseur de la planète et adepte du végétarisme.
Une idée forte se dégage. Cet homme instruit qui a des idoles et idéaux et vie, qui a une ligne de conduite philosophique de principe, renoncera absolument à tout lorsque sa vie se trouve potentiellement en danger. Il lâchera toutes ses belles théories épicuriennes par crainte de la mort, et au profit de la seule conservation de son existence, quitte à ne plus manger que du riz complet en méditant et à renoncer au sexe. J'ai pu mesurer récemment comme cette caricature était juste, comme des individus plutôt élevés philosophiquement et épris de libertés reniaient tout lorsqu'il a été question d'un virus potentiellement mortel. Plus de grandes théories, plus le moment de penser par soi-même, mais être guidé par la seule crainte pour sa vie. J'aimerais conseiller à ces gens de ne point reprendre la philosophie lorsque le virus aura disparu. Car enfin, avoir des idées philosophiques, en débattre et les défendre tant qu'elles ne sont que des idées de tête, et n'être point capable de les appliquer un minimum au moindre péril, ce n'est pas de la philosophie, c'est une sorte d'imposture pour l'épate, guère plus. Penser pour seulement penser, sans en tirer de conclusion pour son propre destin ni appliquer « sur le terrain » ses convictions philosophiques n'est pas être un individu, mais avoir seulement l'apparence d'un penseur qui se sait en sécurité. Ça ne vaut pas grand chose, en somme. Et peut-être même rien. Et sans doute moins qu'un individu qui ne pense pas du tout. Car enfin, ce dernier ne leurre personne.
Cette première idée en rejoint une autre qui lui ressemble. Dulaurier, pourtant si épicurien, se vautre dans la macronutrition avec une naïveté et une crédibilité déconcertantes. Et, très vite, il mâche du riz complet en le nommant bouddha, comme on communie en prétendant que c'est le corps du Christ. Il lit tous les ouvrages sur la question et semble découvrir, par une illumination, comme il a perdu plus de soixante ans dans l'ignorance des bienfaits de l'agriculture biologique et de la méditation. Une renaissance dans la foi! le nouveau converti renie qui il était, trouve du réconfort dans une sorte de mouvement sectaire après avoir craint de mourir, et surtout de mourir seul. L'idée de faiblesse au moment de la peur de la mort et de la solitude, de celle qui fait se raccrocher à n'importe quoi, à des croyances allant à l'encontre d'une discipline pratiquée toute une vie, est parfaitement suggérée.
À la fin, Dulaurier, lassé du riz et convaincu par la comtesse de ne pas tant commettre un sacrilège dans le sexe et la nourriture, revient à ses plaisirs d'avant sans renier la mystique universelle tout à fait. Il parvient à se persuader que l'un et l'autre ne sont pas incompatibles, et que même les textes des prophètes, finalement, sont interprétables. le tout étant de pratiquer le sexe et les excès alimentaires en toute conscience, ce qui change absolument tout. Et je lis cela comme une moquerie du croyant, qui ne prend dans les préceptes de sa religion que ce qu'il peut supporter, décidant lui-même ou feignant de lire entre les lignes des textes que le reste n'est pas si important pour sa foi, un eu comme cela l'arrange.
Pour conclure, si vous cherchez dans un roman des rebondissements, du suspense insoutenable, des péripéties surprenantes, de même que si vous n'aimez pas trop réfléchir à ce que vous lisez, ni vous imprégner de ce que vous lisez, mais que vous préférez plutôt vous « laisser porter » par un récit , alors passez votre chemin. Rien de tout cela dans « Nous n'irons plus au Luxembourg », je le crains.
Tout comme je suis bien désolée de vous démentir si des fois vous prétendez que Gabriel Matzneff n'est qu'un pedophile. Non, il n'est pas que. Matzneff est aussi un écrivain et un penseur comme on en connaît peu de nos jours.
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kristian
  13 juin 2017
Quelques semaines de la vie d'un professeur de lettres classiques à la retraite. Il faut du talent d'écriture pour que l'on ne lâche pas ce court roman avant la fin, et du talent, il en a le bougre!
Il ne se passe rien d'extraordinaire et pourtant le roman est terriblement accrocheur, l'écriture est un vrai régal, on pourrait le rapprocher d'un Cauvin (en tous cas pour ce roman, je n'en ai pas lu d'autres de lui).
A lire par ceux qui acceptent de lire un roman sans aventures extraordinaires et qui n'est pas une introspection narcissique d'un écrivain.
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PietDVB0089
  24 mai 2021
J'ai vu l'homme dans un reportage sur la pédophilie. J'ai décidé de taper ce texte pour crier ma révolte. Comment un type comme lui peut-il faire l'apologie de la pédophilie ? L'art ne permet pas tout ! Puis, j'ai du mal à comprendre comment cet homme était reçu partout. Parce qu'il écrit bien ! D'autres aussi écrivaient bien et ont été fusillés. je pense à Robert Brassilac. A Céline qui a écrit des choses infâmes. Honte à vous monsieur Matzneff et honte à celles et ceux qui vous ont laissé faire, dire et écrire !
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Piling
  06 décembre 2008
Relecture du délicieux roman de Matzneff, tout plein du charme des seventies, époque dorée, insouciante. Avoir eu 20 ans en 68 c'était pas si mal.

Lien : http://vitanova.blogspot.com..
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
rkhettaouirkhettaoui   17 août 2015
La vérité est que, comme tous les Français d’aujourd’hui, tu es un jobard. J’écrirais volontiers un traité sur la jobardise du peuple français, toujours mené par le nez, toujours dupe et amoureux de ses dupeurs. Hier, quand l’Allemand bivouaquait dans nos villages, la France savait quelle était occupée. Aujourd’hui, l’ennemi nous occupe derechef, mais c’est un ennemi invisible, et qu’il ne faut pas nommer.
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rkhettaouirkhettaoui   17 août 2015
Le grand révélateur d’un être, ce n’est pas le devoir, c’est l’amour, et les maladroits sont souvent des gens à qui il n’a pas été donné de mettre la main à une œuvre qu’ils auraient aimée.
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rkhettaouirkhettaoui   17 août 2015
La seule existence de ces grilles, autour de nos rares jardins parisiens, est un scandale. Toujours des barrières ! toujours des interdits ! On croirait que les hommes ne peuvent se passer de bastilles, et qu’ils n’en détruisent une que pour en bâtir une autre à côté, encore plus solide, et encore plus bête.
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rkhettaouirkhettaoui   17 août 2015
L’abîme qui sépare les Orientaux des Européens, c’est que les Orientaux aiment le bonheur, et que les Européens ne l’aiment pas. Je parle de l’Europe d’aujourd’hui, bien entendu. En 1972, être heureux, c’est être suspect.
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rkhettaouirkhettaoui   17 août 2015
La douleur du monde, on peut s’employer à la vaincre, soit par le combat, si on est un homme d’action, soit par la prière, si on est un homme de foi, mais en aucun cas elle ne devrait être un prétexte à polir des phrases.
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Videos de Gabriel Matzneff (25) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Gabriel Matzneff
Roman Polanski, Gabriel Matzneff, Heidegger… La sociologue Gisèle Sapiro publie un essai « Peut-on dissocier l'oeuvre de l'auteur ? », dans lequel elle revient sur des polémiques récentes, aux ressorts divers, qui ont toutes posé cette question ancienne.
L'émission intégrale : https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/091020/separer-l-oeuvre-de-l-artiste-vaine-tentative#at_medium=custom7&at_campaign=1050

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