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Martine Veillet (Éditeur scientifique)
EAN : 9782266198288
384 pages
Pocket (21/10/2010)
4.24/5   146 notes
Résumé :
Août 1914. Louis Maufrais, étudiant en médecine, pense présenter l'internat quand la guerre éclate. Le jeune homme rejoint le front, découvre les tranchées. Il va y rester quatre ans. Quatre ans pendant lesquels il côtoie la mort les pieds dans la boue et les mains dans le sang, jour et nuit enterré
au fond de postes de secours secoués par le souffle des obus. Quand il a un moment de repos, il prend des notes, photographie, pour raconter la souffrance,
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Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
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C'est « la voix de mon grand-père » que Martine Veillet restitue à partir du lot de seize cassettes de quatre vingt dix minutes héritées de Louis Maufrais .

Une voix qui m'a bouleversé car d'une part mon propre grand-père était l'un des six mille médecins mobilisés en 1914 et d'autre part elle est d'une vérité et donc d'une brutalité extraordinaire.

Partant des enregistrements et des albums photographiques légués, Martine Veillet a réalisé un travail impressionnant en allant consulter les archives militaires au fort de Vincennes pour y lire l'histoire des unités dont Louis Maufrais a partagé la destinée puis en retrouvant la famille d'un brancardier Marcel Bitsch… qui lui a ouvert les manuscrits de celui ci. L'historienne complète le témoignage de ces poilus en ajoutant des cartes et des notes qui font de ce livre, préfacé par Marc Ferro, un document historique. Il ne suffit pas d'avoir de bonnes briques pour bâtir un chef d'oeuvre, il faut un architecte génial, et Martine Veillet le prouve !

Confronté aux horreurs du conflit, notre médecin militaire précise que l'épidémie de « grippe espagnole » fit plus de victimes (civiles et militaires) que la grande guerre, et il détaille les immenses progrès réalisés par la médecine et la chirurgie durant la grande guerre : radiologie, transfusion, hôpitaux mobiles sont des innovations testées et mises au point durant les cinq années 1914-1918 … la guerre de 1870 a engendré la Croix Rouge … la guerre 1939-1945 a diffusé la pénicilline.

Ce reportage très factuel, illustré de photographies de cadavres (que la censure militaire interdisait strictement) est exempt de propagande ou de haine et se révèle prophétique quand, au lendemain de l'armistice du 11 novembre, un blessé allemand observe que la disparition du Royaume d'Autriche Hongrie va laisser le terrain libre à une Allemagne grande et revancharde.

Enfin ces pages rappellent le dévouement et le rôle essentiel des milliers de femmes enrôlées comme infirmières ou cantinières dans les équipes médicales et montre que leurs stratégies de conquête furent souvent couronnées de victoires … quand Louis Maufrais montre ses camarades se marier dès la démobilisation.

Preuve que l'amour et l'amitié l'emportent finalement sur l'absurde et la souffrance !
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Tiré de ses carnets du front, illustré de ses photos, le médecin généraliste Maufrais raconte sa Grande Guerre peu avant sa mort, à près de 80 ans. Enregistré sur cassettes, sa petite-fille a retranscrit tous son récit et vérifié les noms, batailles et effectifs dans les archives militaires de Vincennes.
Après 3 années passées dans l'infanterie, peu de survivants des premières troupes en novembre 1918. Vu l'ampleur de ce qui est rapporté (combats, bombardements), il est étonnant qu'il soit revenu, et sans blessures encore...
Contrairement à Laby, il n'y a pas là de patriotisme exalté : il ne prendra jamais les armes, n'aura que très peu de mots durs pour eux, les soignera comme il soigne les Français, sans discrimination (il y a tout de même du "Boche" et il n'hésite pas à se rendre dans l'infanterie. Plus parce qu'on y a besoin de médecin qu'autre chose semble t-il).
Là où il rejoint l'aspirant Laby, c'est l'impossibilité de soigner les Poilus, la mortalité, le dénuement, la boue, la pluie (l'impression de années de pluie incessante). Il donne plus de détails médicaux, et semble moins libre de ses mouvements (ou prend moins de liberté ?) On connait mieux son état d'esprit, les conséquences sur les corps, même intègres, des bombardements incessants (ils s'évanouissent parfois, commotions, crise de "folie"...)
Les photos sont de très bonne qualité : bien faites (exposition, lumière...) et surtout, très bien développées (dans une chambre noire de fortune) Leurs légendes, souvent de la main de Maufrais avec nom, lieux, permettent de se rendre compte de l'ampleur des pertes en vies humaines de ces boucheries successives. Souvent, après une attaque, il ne reste plus grand monde de vivant...
Mais il semblait pourtant que certains généraux étaient jugés avares du sang de leurs hommes...
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Un récit authentique et pour cause, il s'agit des Carnets de Louis Maufrais, ceux qu'il tint de 1914 à 1918 alors qu'il était médecin dans les tranchées, sur tous les fronts de France : Argonne, Marne , Champagne, Verdun, Somme, et sans discontinuité , pendant les quatre années de la Grande Guerre.
Le narrateur n'eut pas le temps de retranscrire ses notes au propre avant d'être atteint par la cécité. Avec l'aide de son épouse Madeleine, il les enregistra sur cassettes.
Bien des années plus tard, c'est une de ses petites-filles, Martine Veillet, journaliste free-lance qui allait consacrer de nombreuses années à « décrypter la voix, identifier les témoins et vérifier les faits et anecdotes racontés. » Cela a permis la publication d'un livre fort émouvant, qui dit, une fois de plus, l'horreur de cette guerre. Mais Louis Maufrais prit le parti de raconter aussi bien les monstruosités de la guerre que les anecdotes, les petits faits burlesques, cocasses, émouvantes, les liens intangibles de camaraderie. Parce que tout cela faisait partie de leur quotidien, de leur environnement, parce que tout cela était leur terrible réalité.
A chaque fois que je lis un ouvrage consacré aux atrocités commises durant ce conflit, je suis accablée par ce que vécurent ces hommes. On dénombre presque 10 millions de soldats tués. Après la lecture de ce récit, je reste interloquée. Ce bilan exorbitant aurait pu être démultiplié : dans la plupart des cas, les blessés qui survécurent ne purent être soignés, dans un premier temps, que dans des conditions très précaires, dans un cadre hostile, avec très peu de moyens - (teinture d'iode comme antiseptique à défaut de stérilisant).
Il fallut donc beaucoup de témérité, de dévouement, d'obstination, de rage, de la part du corps médical (médecins, infirmiers, brancardiers, ambulanciers) pour tenter de sauver ces hommes , certains, beaucoup, horriblement mutilés , il fallut, aussi, de la part des victimes, énormément de courage, de volonté, d'inconscience pour survivre.
Un témoignage exceptionnel assorti de photographies prises par Louis Maufrais malgré les règlements militaires qui interdisaient cela, de nombreux combattants prirent des clichés pour garder une mémoire visuelle de ces tragiques événements.
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Médecin pendant la Première Guerre mondiale, c'est un témoignage poignant que nous livre Louis Maufrais.

J'ai été totalement subjuguée par son récit. Témoignage concis, précis mais surtout plein d'humanité. Il nous donne une vision différente de ce qu'a été cette guerre si meurtrière et si traumatisante pour la population française.

Historiquement parlant, son récit est passionnant de par la description captivante qu'il fait de la vie au front et surtout, du rôle de médecin dans ces circonstances. Louis Maufrais possède une approche très réaliste de ces événements. Il nous fait part de ses peurs, de ses doutes et de ses désillusions.

Mais c'est aussi un très bel hommage à ses camarades tombés au front. Cette camaraderie et les liens d'amitiés qui se nouent transparaissent clairement au fil du récit. Il retranscrit à mi-mots le déchirement de les avoir perdu notamment lors du dernier chapitre sur le défilé du 14 juillet où leur absence se fait vivement ressentir.

Je tiens aussi à souligner le travail remarquable qu'a effectué Martine Veillet, l'initiatrice de ce livre qui se trouve être la petite-fille de Louis Maufrais. Ses recherches enrichissent le témoignage de son grand-père et permettent de rendre le récit plus authentique.

Ce livre est un ouvrage précieux, d'une valeur historique incontestable.

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Rares sont les documents écrits par les médecins sur cette grande guerre. La médiathèque qui m'approvisionne mit en évidence cet ouvrage et d'autres, dans le cadre du centenaire de la fin de cette guerre. Une chance !
On apprend dès les premières pages que plus de 6000 médecins furent engagés, seulement une vingtaine d'entre eux prirent la peine d'écrire afin de partager...Il avait tout noté sur ses carnets, et à la veille de sa mort, soixante ans plus tard, alors qu'il était presque aveugle, il pris la peine d'enregistrer sur magnétophone son témoignage extrait de ses carnets. Sa petite fille en fit ce livre.
Jeune externe en médecine, pas encore médecin diplômé donc, il est affecté dans le personnel soignant dès les premiers jours de la guerre, en août 1914. Il fit toutes les campagnes de France, fut affecté sur tous les fronts, l'Argonne, la Somme, Verdun...d'abord comme médecin auxiliaire, puis termina la guerre en qualité d'officier, responsable. Et fut démobilisé en 1919.
Son témoignage écrit est illustré de photos qu'il prit ou que d'autres prirent avec son appareil, photos qu'il développa dans une chambre noire qu'il conçut, photos de groupe, où on l'aperçoit parfois, et photos de tranchées, des photos toutes de très grande qualité historiques et photographiques. Certaines sont difficilement soutenables et illustrent les propos du médecin, qui voyait disparaître, corps et âme des sections entières de jeunes hommes de son âge dans le souffle d'un obus, des hommes dont on ne trouvait qu'une main, des mains portant une alliance ou une chevalière permettant d'identifier le soldat. Des obus qui déshabillaient des hommes par leur souffle ou les coupaient deux. Terribles photos ! Ces obus ou ces mines accompagnaient ces attaques pour quelques mètres de terrain, qu'on perdrait le lendemain. Des attaques déjà lues et relues dans tous les témoignages des poilus qui prirent la peine de les écrire. Impossible de faire dans l'originalité.
Des milliers d'hommes, français ou allemands passèrent entre ses mains. Sa fonction de médecin, lui imposait, en effet, une stricte neutralité. Il les soignait dans la boue, les pieds dans l'eau, faisait le tri entre ceux qui devaient être rapatriés vers l'arrière car ils avaient une petite chance de s'en sortir, et ceux qui, sans espoir, n'en avaient que pour quelques heures. Et il nous en apprend beaucoup sur ces soldats, courageux, dont on ne parle jamais, ces brancardiers qui sous les balles et les obus allaient chercher ces blessés. Et y laissaient aussi la vie.
Son témoignage donne offre un point de vue intéressant quant à cette guerre. Il n'était pas combattant, il peut donc porter sur ces soldats qu'il voyait courir vers les lignes ennemies sous les balles et les obus, un regard différent de ceux précédemment lus, sans être ni juge ni partie.
Bien que rare, son témoignage est d'une page à l'autre, répétitif.... obus, boue, sang, blessures soignables ou mortelles....On change de campagne, on change d'année, les pages se ressemblent, il prend des galons, la technique de soin s'améliore... c'est l'un des "bienfaits" des guerres...améliorer les compétences du corps médical, arriver à sauver des hommes qui quelques années auparavant étaient condamnés. Rares sont ceux qui mobilisés en 14 connurent l'armistice, y compris dans le personnel non combattant...Il ne faut pas oublier que ces médecins n'étaient pas des planqués de l'arrière. Ils étaient sur les champs de batailles, certes sans fusils, et nombre d'entre eux furent tués, sous les yeux de Louis Maufrais parfois.
Il nous en apprend beaucoup sur les états d'âme et l'abnégation et le courage des poilus, et nous fait aussi sourire lorsqu'il nous raconte, ce que je n'avais lu auparavant, que les soldats urinaient parfois dans des boites de conserve, qu'il jetaient dans les tranchées allemandes distantes de quelques mètres parfois.
Un témoignage qui m'a personnellement touché ...il fait référence notamment aux combats du Mort-Homme, proche de Verdun, combat que fit mon grand-père, où il fut blessé et dont il me parlait en quelques mots...des paroles rares pour me parler de l'horreur, de ses blessures...les larmes aux yeux. Ils se sont peut-être rencontrés, Louis a peut-être sauvé Antonin.
Merci à Louis pour son livre, qui couvre toute la période de guerre, du 3 août 1914 jusqu'au 14 juillet 1919, un livre d'un grand intérêt, tant pour la qualité des observations précises et du texte, que pour la qualité de ses photos. Il dût être hanté toute sa vie par cette expériences. Aussi il termine son livre par cette phrase : « J'ai la chance de survivre, mais aujourd'hui, je me sens seul »
Il fut l'un des rares pour lesquels la guerre dura depuis le tocsin jusqu'aux trompettes de la victoire !
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
Il avait une blessure terrible à la tête (...) il avait eu une perte de substance du crâne de cinq centimètres au moins qui donnait accès à une autre plaie en dessous, cérébrale et profonde comme un œuf de poule.(...)
Nous lui faisions son pansement tous les deux jours. Chaque fois nous trouvions la plaie comme remplie de riz ou de semoule. C'étaient des asticots et des œufs d'asticots. On commençait par vider tout cela avec une cuillère puis avec une spatule pour compléter le nettoyage. Enfin on lavait et on rembourrait le pansement de compresses stériles. Deux jours plus tard, tout était à refaire. Et bien, il arriva quelque chose d'incroyable : la plaie devint absolument propre, et des bourgeons de cicatrisation poussèrent sans aucune espèce de pus ni d'infection ! J'avais déjà remarqué bien des fois que les plaies souillées d'asticots évoluaient admirablement. Ces observations furent faites par quantité de médecins du front. Elles servirent après la guerre, à la mise au point d'un procédé de cicatrisation par broyage d'asticots.
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2 août 1914
C est par une belle fin d après midi que j ai entendu la petite cloche de la cathédrale. Elle tintait à un rythme inhabituel, précipité. Tout le monde s est arrêté, comme pétrifié. On avait compris. Les femmes pleuraient, les hommes figés le long du trottoir regardaient, hébétés, le clocher sans rien dire. C était le tocsin. Lorsque le tintement s est arrêté, il y eu un silence profond. Mais, au loin, on pouvait entendre, en écho, le tocsin du Vivier, celui du Mont-Dol, de Carfentin ou de Baguer- Morvan. C était poignant.
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En effet, le lendemain à huit heures du matin, une mine saute sous les tranchées allemandes, et une seconde une demie-heure après. Dans le poste de secours, malgré la poussière, nous sommes beaucoup moins secoués que la veille. Chaque mine contenait cent cinquante kilos d'explosifs. Un peu plus tard, un petit gars de la 5ème compagnie m'apporte sur un couvercle de boîte une main sectionnée. Elle est soignée, portant une belle chevalière.

- Je vous la donne. On ne sait pas à qui elle appartient. Il n'y a pas de mutilé comme ça dans les compagnies. On suppose que c'est la main d'un officier allemand. On vous l'apporte parce qu'on ne sait pas quoi en faire.
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Nous avons à peine assez d’eau pour laver nos mains pleines de boue. On passe les plaies à la teinture d’iode, qui fixe le sang. Les blessés sont très choqués, mais en 1915, en première ligne de bataille, nous n’avons rien comme antichoc. Il ne faut pas songer à faire des transfusions intraveineuses ; rien n’est propre. Les transfusions sanguines sont tout aussi impensables ; on ignore les groupes sanguins et autres groupes Rhésus. Avec les infirmiers, nous faisons des pansements. Après un nettoyage des plaies, on applique de gros pansements tout préparés de l’armée, pratiques peut-être mais absolument inopérants.
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Dans la tranchée nous vivions constamment dans l'humidité, la boue, la neige et, surtout le froid.
L'hiver était particulièrement rigoureux. Depuis que j'étais en ligne, à savoir pas loin de huit jours, je ne m'étais pas réchauffé une seule fois. On avait froid au nez, aux oreilles, aux mains.... nos pieds enserrés dans des chaussures pleines d'eau macéraient, gonflaient. Il était formellement INTERDIT DE SE DECHAUSSER. Il en résultait des espèces d'engelures qui s'infectaient, et les pieds gelaient.
Une affection extrêmement sérieuse, qui me fit évacuer un grand nombre d'hommes, dont certains restèrent estropiés pendant des années. Page 72 Ed R Laffont
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