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Renée L. Oungre (Autre)
EAN : 9782264003164
402 pages
10-18 (01/06/1985)
3.97/5   203 notes
Résumé :
" La guerre a laissé des traces sur Larry: en revenant il n'était plus le même qu'en partant": Larry et Isabel s'aiment depuis leur jeunesse mais ne partagent plus les mêmes rêves. Ancien pilote de chasse miné par la guerre, il est assoiffé d'absolu. Elle est ambitieuse, mondaine et adore fréquenter les aristocrates, qu'ils soient européens ou américains. Il décide de rompre et s'en va arpenter le monde; elle n'aura de cesse de tenter de le reconquérir.
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
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Il y a des lectures considérées «ardues», d'autres «faciles», des romans dits pour «intellos» ou bien «populaires», des livres qu'on «dévore», d'autres qui risquent de nous dévorer, des ouvrages qu'on apprécie en raison de leurs grands mérites littéraires, d'autres qu'on aime justement pour l'absence de ces mêmes «mérites»…!
Il y aurait tout de même, fort heureusement, une qualité dite «intrinsèque» à chaque oeuvre, et donc la possibilité (il faut le croire!), sur la base d'un argumentaire cohérent et étayé, bien évidemment, de prétendre à une certaine objectivité critique, même si celle-ci reste difficile à fonder en dehors d'appréciations guidées par les goûts et la sensibilité souverains de chaque époque, ainsi que de chaque lecteur en particulier.

Mon père, par exemple, préférait largement la littérature de langue anglaise et le cinéma américain à ceux d'Europe. Prenant le cinéma pour exemple, il l'expliquait par une formule très imagée:

- Mon fils, disait-il, dans un film américain, si un personnage doit aller quelque part, eh bien, il part de chez lui, on nous le montre à l'appui une ou deux fois peut-être au volant de sa voiture, et la scène d'après il est en train d'arriver à destination. En revanche, si cela se passe en Europe, il y a de fortes chances pour qu'on le voit enfiler son manteau, chercher ses clés, ouvrir puis refermer la porte derrière lui, allumer une cigarette, descendre les escaliers, s'installer dans sa voiture, la faire démarrer, rouler pendant un temps indéterminé sous une pluie battante («Il pleut beaucoup dans les films européens !» -rajoutait-il facétieux), scène accompagnée souvent d'une flopée interminable de pensées en voix off, à tel point que quand le personnage arrive enfin, on doit faire un effort pour se rappeler ce qu'il était vraiment censé y faire !!

Très populaire, de son vivant William Somerset Maugham connut un succès retentissant de public, d'abord comme dramaturge (jusqu'à avoir à l'affiche, au début du XXe siècle, quatre de ses pièces de théâtre jouées en même temps à Londres !), puis comme auteur de romans et de nouvelles, notamment avec la publication en 1915 de «Servitude Humaine», son roman le plus célèbre qui lui avait fait accéder rapidement à une importante notoriété internationale.
L'écrivain aura été en revanche boudé par une partie non-négligeable de la critique littéraire de son époque, considéré quelquefois comme un auteur mineur, «efficace» mais néanmoins «superficiel». Né en 1874, mort en 1965, à la fois contemporain et ayant survécu à quelques-uns des plus grands auteurs des lettres anglaises de son temps (Shaw, James, Conrad, Woolf, Joyce…), Somerset Maugham serait de nos jours, semble-t-il, tombé quasiment dans l'oubli par un lectorat plus jeune.

Et pourtant…Le temps passe, les modes et les mentalités changent, mais les vraies oeuvres, n'est-ce pas, résisteraient malgré tout (et les lieux communs de même, tel celui-ci, peut-être tout simplement parce qu'ils comportent eux aussi quelque chose d'intrinsèquement authentique ?).
Parfois ensevelies sous la neige des années ou plus ou moins reléguées à un second plan, il n'est pas exclu qu'un dégel soudain accorde à ces dernières une fraîcheur insoupçonnée aux yeux de nouvelles générations de lecteurs. Celle de Jane Austen, à ce propos, et pour rester dans le domaine des lettres anglo-saxonnes, en serait un exemple relativement récent, très emblématique à mon avis de ce qui pourrait constituer l'un des critères les plus solides en matière de qualité littéraire : la longévité d'une oeuvre sur ou… sous terre !

Pour revenir au «Fil du Rasoir», roman situé dans l'entre-deux-guerres, il ferait partie, il est vrai, de ces ouvrages qui se lisent plutôt «facilement». Malgré la citation issue d'un des livres de l'Upanishad qui lui sert d'épigraphe et avait inspiré son titre - «Il est difficile de passer sur le fil d'un rasoir. Aussi difficile, disent les sages, est le chemin qui mène au salut»- , il ne s'agirait nullement, tout au moins en apparence, d'un roman dit «à thèse» ou «à idées».
Oeuvre de la maturité de Somerset Maugham, âgé de soixante-dix ans au moment de sa publication (1943), on a le sentiment que l'écrivain tient, à l'inverse, à assumer et à endosser (et à s'amuser aussi peut-être face aux critiques formulées à l'encontre de la légèreté et de la soi-disant «superficialité» de son oeuvre), le rôle de modeste raconteur d'histoires dépourvu de toutes autres prétentions littéraires ! Maugham se met d'ailleurs lui-même en scène en tant que narrateur et personnage à part entière de son récit : l'écrivain à succès qu'il était devenu ayant eu, nous dit-il, envie de coucher sur le papier, tels quels, quelques souvenirs personnels de gens qu'il aurait côtoyés par le passé. Et bien que son livre ait manqué de matière romanesque («mon récit ne se termine ni par une mort ni par un mariage»), et qu'il n'ait surtout pas voulu faire appel à son «imagination» pour «combler les vides» entre les faits relatés afin de procurer "un peu plus de cohésion" à son récit, si l'on veut bien, dit-il, on pourrait le qualifier par défaut de «roman»!

Du réalisme, du réalisme, rien que du réalisme ?

Maugham nous raconte en tout cas qu'au cours d'une escale littéraire aux États-Unis, juste après la fin de Première Guerre mondiale, il avait eu l'occasion de rencontrer la famille d'une de ses connaissances parisiennes, Elliot Templeton, américain expatrié dans la Ville-lumière s'étant enrichi grâce à ses talents de négociant de tableaux et d'objets d'art. Elliot, incarnation proustienne s'il en est du parfait snob, intermédiaire discret entre une aristocratie européenne de plus en plus en mal de trésorerie et une haute bourgeoisie décomplexée en quête de prestige social (toute ressemblance avec d'autres personnages de fiction ne serait bien sûr que simple coïncidence!), de passage alors dans sa ville d'origine, l'invitait à un dîner au cours duquel Maugham ferait la connaissance de sa soeur et de sa nièce, Isabel, ainsi que du jeune fiancé de celle-ci, Larry Darrel. Rentré depuis peu d'Europe où il s'était engagé en tant que pilote volontaire, ce dernier, qui s'avérera peu à peu être le personnage central du roman, semble à ce moment-là toujours très impacté par son expérience personnelle de la guerre.

Le récit se construit en flash-back, à partir des rencontres qui s'en étaient suivies, étalées dans le temps et dans l'espace durant une vingtaine d'années, entre les États-Unis et l'Europe, à Paris ou à Londres, retraçant les échanges et les liens qui se tisseraient progressivement entre les personnages du roman, essentiellement Templeton et les membres de sa famille, et l'écrivain réel. L'auteur devenant avec le temps une sorte de confident à qui ces derniers n'hésiteront pas à demander avis et conseils.

Maugham, tenant donc visiblement à s'astreindre aux faits et gestes qu'il prétend rapporter sans retouches, se passant de toute «imagination», composera son (vrai ?) (faux ?) roman sur ce même ton de «neutralité bienveillante» avec lequel il prête l'oreille aux confidences adressées par ses personnages au fil de leurs rencontres sporadiques.

Il n'y a, au-delà de ce qui est manifesté lors de ces échanges, aucun autre enjeu à rechercher dans l'intrigue, pas de motivations cachées de la part des uns et des autres, pas de flux subjectifs ou de monologues non plus, dans un livre reposant essentiellement sur des «conversations» et dans lequel Maugham excellera par contre dans l'art d'un dialogue teinté d'ironie amicale (parfois très incisive mais toujours indulgente) ; guère plus d'«à-côtés» développés par son personnage «d'auteur», attaché par des liens personnels d'amitié à ceux qu'il observe avec curiosité, mais vis-à-vis desquels il ne semble pas vouloir porter de regard extérieur critique. Un regard dépourvu de tout jugement de valeur, malgré même le caractère «d'apprentissage» que recèlent potentiellement les faits. L'auteur s'abstenant en définitive, non seulement de toute morale implicite face aux choix de vie et aux attitudes de ses personnages, mais aussi de toute autre considération abstraite sur la nature humaine en général, ou de toute remarque ou critique ouverte concernant la mentalité de la société entre les deux guerres.

C'est la vie, a l'air de nous dire Maugham !
« Tous les hommes recherchent d'être heureux » (Pascal) : voici une vérité toute simple elle aussi… Et qui est bien de se faire rappeler de temps en temps.

«Le Fil du Rasoir» parle essentiellement de cette quête, et des sens très différents qu'on peut lui accorder. À travers tous ses personnages, et notamment des deux protagonistes au centre de l'intrigue, Isabel et Larry, dont les choix personnels vont s'opposer au sentiment amoureux qui les unissait au départ, Maugham écrit un très subtil roman existentialiste, sans nausée pourtant, sans soubresauts tragiques ou spectaculaires.

Un récit dont le ton léger n'approche jamais de manière frontale les thèmes qui le sous-tendent et que l'auteur explore en libre-penseur, entre autres la crise de valeurs résultant de l'impact de la Première Guerre mondiale, le déclin du Vieux Monde et l'influence croissante de celles mises en avant par la société capitaliste américaine. Aussi, lorsque dans sa quête à lui, Larry est amené à s'intéresser aux philosophies orientales, jusqu'à partir s'installer dans un ashram en Inde, Maugham anticipe-t-il d'une manière assez surprenante, et précise, un mouvement de jeunesse qui n'allait éclore qu'une vingtaine d'années après la publication du roman, au sein de cette même Amérique positive et entrepreneuse servant ici de toile de fond.

Efficace ? Oui. Et même si d'emblée l'on ne saisit pas forcément dans quel vif l'auteur veut trancher, on se laisse volontiers séduire par le talent du conteur. Un phrasé discrètement élégant, des dialogues souvent cocasses font le reste : le rasoir s'aiguise progressivement. Et la coupe s'avère en fin de compte sur mesure pour chacun. À bon entendeur… !

Superficiel ? Je ne pense pas. Même si on doit admettre que Maugham cherche à faire fond sur la surface, on ne peut pas dire que son style, fluide et proche de l'oralité, n'aurait d'autre but ici que de «distraire efficacement» son lecteur (ce qui, en soi, serait déjà tout de même très honorable, n'est-ce pas !) : son roman interroge astucieusement, entre les lignes et en filigrane, des valeurs aujourd'hui primordiales pour les individus que nous sommes devenus au cours du XXe siècle, à savoir, «réussir» dans la vie et, surtout, «réussir sa vie».

Maugham pratiquerait ainsi un style naturel, cherchant un dépassement de l'artifice purement discursif ou romanesque ? Jouant de cet expédient qui, comme expliquait La Bruyère, «préfère faire trouver par les autres ce qu'on avait voulu dire» ?

Ce qui paraît incontestable, à mon sens, c'est qu'avec «Le Fil du Rasoir», roman tout aussi distrayant qu'intelligent et subtilement construit, Maugham aura sûrement fait pièce, avec panache, à ceux qui avaient voulu l'étiqueter comme un écrivain purement «superficiel».

(Ce que je vous ai omis tout à l'heure, c'est que William Somerset Maugham faisait aussi partie des auteurs préférés de mon père!
Je me devais donc de le lire, tôt ou tard.
C'est d'ailleurs surtout, et avant tout à lui, à l'intention de mon père, où qu'il soit, que ce billet aura été rédigé...)


...
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🎶Comme dans les nouvelles pour dames
de Somerset Maugham🎶...

A part ces paroles d' Alain Souchon,qui n'incitaient pas particulièrement à le lire, je ne connaissais rien de cet auteur. Il s'agit ici d'un roman. J'ai eu un peu de mal à entrer dans l'histoire et surtout le personnage d'Eliott m'a agacée : suranné, snob, je l'ai trouvé peu intéressant.Les frivolités mondaines, très peu pour moi!

Mais le narrateur-auteur, par touches d'humour légères,donne une dimension plus dérisoire et amusante à celui-ci. Et d'autres personnages ont commencé à prendre de l'épaisseur, l'analyse psychologique fine de leurs relations m'a plu.

Isabel, choquante car égoïste et froide. Larry et sa recherche idéaliste et spirituelle. C'est lui le plus intéressant. A son retour de la guerre 14 -18, il n'a de cesse d'échapper au monde bourgeois qui était le sien,et dans lequel il ne se reconnaît plus. Il refuse d'abord d'épouser Isabel et fuit par les voyages. Il fera des expériences étonnantes.

Et l'auteur,par son adresse directe fréquente au lecteur, se présentant un peu comme un commentateur et un témoin, fait hésiter le lecteur entre réalité et fiction, ce qui donne une dimension particulière au roman.

Une première incursion finalement plutôt positive. Vais-je pour autant lire d'autres oeuvres de l'auteur? I dont' know ...
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Un monument de la littérature européenne : une histoire pleine de tiroirs, de personnages attachants ou agaçants, qui dresse un tableau complexe de la société de l'entre-deux-guerres d'une grande fidélité.
Le titre est tiré d'un verset du Katha- Upanishad : « Il est difficile de passer sur le fil d'un rasoir. Aussi difficile, disent les sages, est le chemin qui mène au salut.» Car une grande partie du roman traite de la recherche de l'Absolu, de la sérénité, par un jeune homme que la Grande guerre, où il pilotait un avion de chasse, a profondément traumatisé.
Le fil du rasoir est un roman de maturité puisque l'auteur, au moment où il l'écrit en 1943, a 70 ans. Il se met lui-même en scène comme narrateur, avec son état-civil réel, son métier d'écrivain à succès, sa maison du Cap-Ferrat. Toute cette vérité – révélée à moi à la lecture du roman graphique "Villa Mauresque" de Floc'h et Rivière – mêlée à une intrigue multiforme, se déroulant sur toute une époque : celle des industriels de la région de Chicago, des réceptions du faubourg Saint Germain, des rapins de Montparnasse et des bouges de la rue de Lappe et de Montmartre, des réceptions mondaines qui animent les villas de la Côte d'Azur.
Au coeur de l'histoire, une histoire d'amour contrariée. Isabel est amoureuse de son camarade d'enfance, Larry. Mais Larry refuse de s'établir, rêve uniquement de voyages et d'étude, de philosophie, de connaissance, de spiritualité. Il se contente d'un faible revenu et n'est pas intéressé par l'argent. Isabel, mondaine, ambitieuse, conformiste n'imagine même pas vivre de si peu. Elle renonce à son amour pour Larry et épouse Gray, qui l'adore et lui offre une vie de plaisir … jusqu'à la grande dépression de 1929. Il y a aussi l'oncle d'Isabel, Elliott, riche marchand d'art, snob et mondain jusqu'à son dernier souffle.
Et autour, une série de personnages secondaires dont le destin interfère plus ou moins avec les principaux protagonistes, avec leurs manières, leur silhouette, leurs faiblesses ou leur bon sens.
Une coïncidence troublante : une scène où les grands bourgeois viennent s'encanailler dans un bastrinque sordide du quartier de la Bastille, et le nom d'un personnage fugace : Adrienne de Troye, deux éléments qui semblent tout droit sortis du dernier roman d'Arturo Perez-Reverte," le tango de la Vieille Garde". Hommage à Maugham, pour ceux qui savent lire ....
Une histoire dépeinte avec un tel talent qu'on ne peut laisser le livre tant qu'on n'en a pas tourné la dernière page. Une fin plutôt heureuse, malgré le vertige du renoncement qui en fait le coeur, d'un style fluide et clair, plus cartésien que la manière proustienne, tramé d'ironie mordante mais sans méchanceté. Une peinture réaliste et tout à fait actuelle de la haute bourgeoisie américaine résidant en France, observée comme sous le microscope par un britannique amoureux de la France. Un délice de lecture …
Lien : http://www.bigmammy.fr/archi..
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Dans un univers proche des romans de F. Scott Fitzgerald, Sommerset Maugham s'introduit comme narrateur direct de cette histoire, dont il affirme n'avoir changé que les noms. Il se décrit comme nouvellement en vogue à l'époque du récit et nous fait pénétrer dans l'univers très fermé de la gentry de Chicago, chez les “heureux du monde”.

On est tout d'abord mis en présence d'une figure de ses amis, sorte de champion de ce milieux select, le dénommé Elliott Templeton, prince des mondains, snob incorrigible, figure des salons les plus en vus, illustre la vacuité et la frivolité absolue d'une société obnubilé par l'apparence et la réussite matérielle; il est un peu la valeur étalon d'une époque qui verra de profond bouleversement. Mais la figure principale de ce roman est celle du déroutant Larry Darrell, revenu de la grande guerre où il a servit en tant qu'aviateur et qui semble se complaire dans l'oisiveté, alors que de belles situations lui sont proposées. Pris d'un prurit de connaissance, il pars pour Paris où il se met à bûcher les langues classiques et d'autres matières, afin de se faire son idée sur l'existence de dieu et de donner sens à son existence. Cette vie marginale aux antipodes des espoirs qu'on fondait en lui, lui fait rendre sa promesse à Isabelle, qui n'est pas prête au sacrifice d'une vie brillante de mondanités pour une situation tellement opposée aux valeurs qui lui ont été inculquées. Elle épousera un brillant partis. Larry, dans sa quête de sens et d'absolu, semble vouloir vivre plusieurs vies successives, pour retrouver un sentiment de l'existence plus intense. le temps passe, les valeurs changes; dans les journaux les bulletins de la bourse prennent le pas sur la chronique mondaine. La crise du 23 octobre 1929 va bouleverser tout cela. Larry, singulier de désintéressement, magnifique par ses actes gratuits, est une figure marquante. Deux conceptions de la vie sont mise en regard : opposition entre la quête assoiffé de connaissance chez Larry et le désir anxieux de possession d'Isabelle, entre être et avoir, entre idéalisme et utilitarisme, entre sublime sacrifice et sordide égoïsme. High life, milieux interlopes; salon de la haute société, gargote sordide, William Somerset Maugham s'amuse à faire le grand écart.

On a le sentiment de lire un livre commençant dans la veine des auteurs de la Génération perdue et s'achevant sur une perspective annonçant les thèmes de la beat génération. C'est typiquement le livre qui pose progressivement ses jalons, et libère sa sève au compte goutte des pages; il est de ces livres qui demande à être lu avec la curiosité et la bonne volonté d'un regard neuf et naïf, et se refusera à ceux qui abandonne la lecture d'un livre parce que les cent premières pages n'ont pas su trouver gré à leur humeur butineuse et vagabonde. A bon lecteur! Vous êtes prévenu...
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L'auteur se met en scène pour raconter une histoire formidable. Il rencontre d'abord Elliott Templeton, gentil homme qui lui présente sa soeur et son neveu, Larry. Depuis son retour de France à la fin de la première Guerre Mondiale, Larry a changé. Il ne veut faire ni banquier ni quelque autre métier. Il préfère penser et réfléchir à la vie. Isabelle, sa fiancée, ne le reconnait plus.
A travers diverses rencontres et retranscriptions, l'auteur s'efforce de décrire ce petit monde de la haute société. La manière de raconter indirecte casse un peu la narration mais le regard extérieur sur cette communauté est magnifique. L'auteur peint avec beaucoup de talent les personnes qui la composent. Brillante fable pour montrer l'attachement terrestre que certains peuvent avoir pour l'argent ou le matériel. J'ai moins été inspirée par la spiritualité de Larry même si c'est elle qui donne toute sa force au récit. Un auteur que je relirai.
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
- Vous souvenez-vous comment Jésus, ayant été entraîné dans le désert, jeûna pendant quarante jours ? Puis, lorsqu’il fut à l’extrême limite de la faim, le diable vint à lui et lui dit : «Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que toutes les pierres se transforment en pain.» Mais Jésus résista à la tentation. Puis le diable se plaça au faîte d’un temple et lui dit : «Si tu es le Fils de Dieu, saute dans le vide.» Car les anges qui veillaient sur lui, l’auraient soutenu. Mais de nouveau Jésus résista. Puis, le diable le conduisit sur une haute montagne et, lui montrant les royaumes de la terre, lui dit qu’il lui en ferait don s’il consentait à se prosterner à ses pieds et à l’adorer. Mais Jésus dit : «Arrière Satan !» C’est là que s’arrête l’histoire selon le bon et simple Matthieu. Mais ce n’était pas fini. Le diable tenace revint une fois de plus auprès de Jésus et lui dit : « Si tu es disposé à accepter la honte et le déshonneur, la flagellation, une couronne d’épines et la mort sur la croix, tu sauveras le genre humain, car il n’est de plus grand amour que celui d’un homme qui sacrifie sa vie pour ses amis.» Jésus succomba. Le diable alors se tint les côtes de rire jusqu’à en souffrir, parce qu’il savait tout le mal que les hommes commettraient au nom de leur rédempteur.

...
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Rien dans le monde n'est permanent et nous sommes fous de souhaiter que les choses puissent durer; mais nous le sommes certainement bien plus encore de ne pas en jouir tant que nous les avons. Si le changement est l'essence même de l'existence, il semble simplement raisonnable d'en faire la prémisse de notre philosophie. Personne ne peut se baigner deux fois dans la même rivière, mais le flot poursuit sa course et si nous nous y trempons à nouveau, l'eau nous paraît aussi froide et rafraîchissante.
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Après tous ces mois vécus au fond de la mine, c'était merveilleux
d'être ainsi dehors à l'air libre.
Je crois n'avoir jamais senti auparavant combien peut être apaisante
la vue d'un champ verdoyant ou la beauté d'un arbre dont les feuilles
ne sont pas encore tout à fait sorties mais dont les branches sont
comme déicatement enveloppées dans un voile de verdure naissante.
(j'ai vécu exactement cette expérience ! hormis la mine. Charlotte)
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Tout ce que je voulais vous faire comprendre, c'est que le sacrifice de soi-même est une passion si dévorante qu'en comparaison, même la luxure et la faim ne sont que vétilles. Celui qui en est possédé est entraîné comme dans un tourbillon jusqu'à se détruire lui-même dans la plus haute affirmation de sa personnalité. Peu importe l'objet du sacrifice, qu'il en vaille la peine ou non. Aucun vin n'est plus grisant, aucun amour plus dévastateur, aucun vice plus impérieux. Quand un homme se sacrifie lui-même, il dépasse en grandeur la Divinité, car comment Dieu, infini et tout-puissant, pourrait-il faire le sacrifice de Lui-même? Tout au plus peut-il sacrifier son Fils Unique
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- A propos, pouvez-vous toucher de votre pouce votre petit doigt ? demanda-t-il.
- Evidemment, fis-je en riant ; et pour le prouver, je joignis le geste à la parole.
- Vous rendez-vous compte que c'est là une chose que seuls l'homme et les primates sont capables de faire ? C'est parce que le pouce est opposable aux autres doigts que la main est un instrument si admirable. Ne se peut-il pas que cette opposition du pouce se soit, sans doute sous une forme rudimentaire, développée dans certains cas chez l'ancêtre lointain de l'homme et du gorille, et ne soit devenue commune à tous qu'après d'innombrables générations ? N'est-il pas au moins possible que ces phénomène d'identification avec la Réalité, dont de si nombreuses et de si diverses personnes ont eu la révélation, présagent le développement dans la conscience humaine d'un sixième sens qui, dans un avenir éloigné, encore très éloigné, appartiendra à tous les humains, et leur permettra de percevoir l'Absolu aussi directement que nous percevons aujourd'hui ce qui tombe sous nos sens ?
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"Servitude humaine" Livre vidéo. Non sous-titré. Non traduit.
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